Les limites de la Terre
Publié : dim. 13 août 2023, 22:35
Croissez et multipliez, tel est le commandement divin. À l'heure du réchauffement climatique, mais également de tous les désordres entrainés par la surpopulation, et la consommation massive des ressources qui en découlent, je m'interroge sur le regard porté par l'Eglise aujourd'hui sur cette question, ainsi que par les fidèles.
Aussi loin que je me souvienne - j'ignore si le discours a fait l'objet d'un réexamen au cours des dernières années - la réponse généralement apportée à cette question est que, de toute manière, la terre pourra toujours nourrir un nombre incalculable d'humains, la Providence divine faisant son œuvre.
Le Christ lui-même évoque cette main secourable du Père qui se charge de nourrir sans limite tous les passereaux du monde, et à plus forte raison ses propres "enfants". Néanmoins, la lecture des Écritures réserve également un tableau un peu moins idyllique, qu'il s'agisse des fameuses famines de la Genèse, ou celles promises par l'Apocalypse.
Concrètement, quelle est la situation ? L'humanité grandit à la vitesse de 90 millions d'habitants par an - de ce point de vue, le précepte divin est parfaitement respecté - et d'un nouveau milliard tous les 11 ans. Le rythme tend même à s'accélérer. Le précédent milliard a mis 12 ans à être rempli, et ceux d'avant mettaient 14 ans. Nous devrions donc allégrement atteindre une bonne dizaine de milliards dans une vingtaine d'années.
Un autre chiffre : 94%. C'est ce que représente la biomasse humaine et domestique par rapport à l'ensemble des mammifères. Vous pouvez retrouver les graphiques ici :
https://planet-vie.ens.fr/thematiques/e ... es-humains
Biomasse mammifère totale : 1080 Millions de tonnes
Humains : 390 Mt
Animaux domestiques : 630 Mt (dont environ 400 Mt pour les seuls bovins)
Animaux sauvages : 60 Mt
Il semblerait que cette croissance sans limite se fasse au détriment du reste des espèces sauvages. Ces chiffres laissent songeur...
Cette obésité de l'humain, ce gigantisme par la masse, se traduit principalement par l'occupation de l'espace : villes, agglomérations, habitats divers, infrastructures, routes, voies ferrées, zones industrielles, entrepôts, installations électriques et téléphoniques en réseau, éoliennes, champs cultivées, forêts artificielles, troupeaux, transhumance et pâturages, animaux domestiques errants, exploitations minières : le nombre d'humains n'entraîne pas seulement un rapport de nombre, mais aussi une extension de son territoire, extension massive, gigantesque, au détriment de la nature sauvage, l'artificialisation des sols qui l'accompagne, sans oublier le pompage quasi exclusif de l'eau.
Il n'est pas seulement question de réchauffement ou d'émission de gaz à effet de serre, mais aussi de ces aspects du partage de cet espace de vie qu'est la terre. Sans même parler de la pollution chimique, due notamment à l'emploi d'engrais chimiques et pesticides, tout cela pour nourrir toujours plus et encore plus d'humains.
La terre est-elle sans limite ? L'homme trouvera-t-il une limite un jour dans son expansion ? Le rôle de l'Eglise est-il de s'en laver les mains et de renvoyer simplement à la Providence divine, et arrive que pourra ?
Bien sûr, mon propos est volontairement provocateur. Je sais bien que l'Eglise est coincée entre la réalité et la doctrine héritée des siècles passés, et qu'il n'est pas facile pour elle de trouver une solution intellectuellement satisfaisante. Valider l'idée d'un contrôle des naissances - je pense personnellement que c'est l'un des sujets fondamentaux - pourrait peut-être menacer l'édifice doctrinal ?
Aussi loin que je me souvienne - j'ignore si le discours a fait l'objet d'un réexamen au cours des dernières années - la réponse généralement apportée à cette question est que, de toute manière, la terre pourra toujours nourrir un nombre incalculable d'humains, la Providence divine faisant son œuvre.
Le Christ lui-même évoque cette main secourable du Père qui se charge de nourrir sans limite tous les passereaux du monde, et à plus forte raison ses propres "enfants". Néanmoins, la lecture des Écritures réserve également un tableau un peu moins idyllique, qu'il s'agisse des fameuses famines de la Genèse, ou celles promises par l'Apocalypse.
Concrètement, quelle est la situation ? L'humanité grandit à la vitesse de 90 millions d'habitants par an - de ce point de vue, le précepte divin est parfaitement respecté - et d'un nouveau milliard tous les 11 ans. Le rythme tend même à s'accélérer. Le précédent milliard a mis 12 ans à être rempli, et ceux d'avant mettaient 14 ans. Nous devrions donc allégrement atteindre une bonne dizaine de milliards dans une vingtaine d'années.
Un autre chiffre : 94%. C'est ce que représente la biomasse humaine et domestique par rapport à l'ensemble des mammifères. Vous pouvez retrouver les graphiques ici :
https://planet-vie.ens.fr/thematiques/e ... es-humains
Biomasse mammifère totale : 1080 Millions de tonnes
Humains : 390 Mt
Animaux domestiques : 630 Mt (dont environ 400 Mt pour les seuls bovins)
Animaux sauvages : 60 Mt
Il semblerait que cette croissance sans limite se fasse au détriment du reste des espèces sauvages. Ces chiffres laissent songeur...
Cette obésité de l'humain, ce gigantisme par la masse, se traduit principalement par l'occupation de l'espace : villes, agglomérations, habitats divers, infrastructures, routes, voies ferrées, zones industrielles, entrepôts, installations électriques et téléphoniques en réseau, éoliennes, champs cultivées, forêts artificielles, troupeaux, transhumance et pâturages, animaux domestiques errants, exploitations minières : le nombre d'humains n'entraîne pas seulement un rapport de nombre, mais aussi une extension de son territoire, extension massive, gigantesque, au détriment de la nature sauvage, l'artificialisation des sols qui l'accompagne, sans oublier le pompage quasi exclusif de l'eau.
Il n'est pas seulement question de réchauffement ou d'émission de gaz à effet de serre, mais aussi de ces aspects du partage de cet espace de vie qu'est la terre. Sans même parler de la pollution chimique, due notamment à l'emploi d'engrais chimiques et pesticides, tout cela pour nourrir toujours plus et encore plus d'humains.
La terre est-elle sans limite ? L'homme trouvera-t-il une limite un jour dans son expansion ? Le rôle de l'Eglise est-il de s'en laver les mains et de renvoyer simplement à la Providence divine, et arrive que pourra ?
Bien sûr, mon propos est volontairement provocateur. Je sais bien que l'Eglise est coincée entre la réalité et la doctrine héritée des siècles passés, et qu'il n'est pas facile pour elle de trouver une solution intellectuellement satisfaisante. Valider l'idée d'un contrôle des naissances - je pense personnellement que c'est l'un des sujets fondamentaux - pourrait peut-être menacer l'édifice doctrinal ?