peut-on penser (même si cela nous humanise Dieu) que Dieu soit vraiment dans l'exigence de notre amour, de son attente mais tel que dans son besoin ?
J'ai déjà entendu dire que deux personnes qui se rencontrent, qui tombent amoureuses … il semble normal que lorsqu'on aime quelqu'un on ai soif de son amour (mais l'est-ce vraiment ?).
Comme un besoin de réciprocité, d'un équilibre. Mais on ne pourra jamais aimer Dieu comme Dieu nous aime (enfin il me semble). Et encore une fois s'il y a besoin, nécessité alors peut-on l'appliquer à Dieu ?
Tout le problème est que par « amour » vous entendez la passion amoureuse. Mais la passion est un mouvement que l’on subit. Et subir, c’est passer de la puissance à l’acte, être actué par la cause qui provoque la passion, et ainsi devenir. La passion s’inscrit dans le devenir et suppose ontologiquement la composition de celui qui pâtit. Aucune passion ne peut donc se trouver en Dieu, qui est Simple, et ainsi Acte Pur. L’amour ne peut donc s’attribuer à Dieu qu’au prix de correctifs analogiques. Le premier est qu’en Dieu l’amour n’est pas une passion mais seulement une action. Le second est que cette action sera assimilée à une volition, un vouloir. Le troisième est que cet action sera assimilé à l’être-même de Dieu, car tout en Dieu est Dieu.
Envisageons maintenant à la passion amoureuse, telle celle qu’un homme peut éprouver pour une femme. La cause de la passion amoureuse, c’est la beauté qu’on trouve ou croit trouver en l’autre. Il importe peu cette beauté soit celle des traits physiques, des traits du tempérament, des traits moraux. Pour qu’il y ait passion amoureuse, il faut que cette beauté soit telle qu’elle vous subjugue le cœur. C’est pourquoi ne sont véritablement amoureux que sont qui sont immensément amoureux, emportés par la vague d’amour qui les submerge, et qui fait que, du soir au matin et du matin au soir, votre cœur incline toutes vos pensées vers celle ainsi aimée, et qu’à chaque pensée votre cœur déverse ses flots débordants d’amour. Bref, le délire et délice amoureux… Et dans cette passion, votre premier désir sera d’être aimé de celle que vous aimez. Et en ce désir, vous expérimenterez ce que les sages savent par ailleurs : l’amour, de sa nature, est unitif : il tend à l’union. Votre amour ne trouvera à s’épanouir qu’autant que vous soyez aimé de retour. Et parce que tomber amoureux est toujours tomber immensément amoureux, de deux choses l’une. Soit l’amour répondra à l’amour, et vous en ressentirez une félicité inouïe, à proportion de l’intensité de l’amour qui vous meut, de l’amour heureux de trouver sa complétude en l’amour qui lui répond. Soit l’amour n’y répondra pas, et vous ressentirez une blessure d’amour à proportion même de l’intensité ou immensité de l’amour qui vous subjuguait, et vous n’aurez lors d’autre choix que le suivant. Ou d’être extrêmement malheureux, tels ces pitoyables personnages de l’
Andromaque de Racine, incapables de s’arracher du cœur l’amour qui les subjugue, esclaves malheureux d’une passion malheureuse. Ou que de vous arracher l’amour du cœur, en combattant jusqu’à éradication l’intensité de votre passion par celle de votre volonté décidée à la détruire au prix d’un combat harassant par l’énergie psychique qu’il exige,
Revenons maintenant à l’amour divin. Et d’abord, à l’amour divin pour les créatures.
1. Tout d’abord, l’amour de Dieu pour nous n’est pas une passion. Si c’était une passion, Dieu serait malheureux de n’être pas aimé. Mais il faudrait être particulièrement sot ou fou pour s’imaginer Dieu torturé d’amour malheureux du désamour de ses créatures.
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- 1 - Dieu n’est pas soumis à la passion, Dieu ne devient pas : il Est.
2 - Dieu n’est pas un imparfait qui se perfectionne par le moyen de l’amour que lui rendront ses créatures. Dieu est Parfait par essence, nous ayant créé « non pas pour augmenter sa béatitude ni pour acquérir sa pleine perfection, mais pour manifester celle-ci par les biens qu'il accorde à ses créatures ».
3 - Dieu n’est pas un malheureux souffrant du désamour de ses créatures. Dieu est par essence Absolue Béatitude, « parfaitement heureux en lui-même et par lui-même ».
« La sainte Eglise catholique apostolique romaine croit et professe qu'il y a un seul Dieu vrai et vivant, créateur et Seigneur du ciel et de la terre, tout- puissant, éternel, immense, incompréhensible, infini en intelligence, en volonté et en toute perfection ; vu qu'il est une substance spirituelle unique et singulière, absolument simple et immuable, il faut affirmer qu'il est distinct du monde en réalité et par essence, qu'il est parfaitement heureux en lui-même et par lui-même, et qu'il est ineffablement élevé au-dessus de tout ce qui est et peut se concevoir en dehors de lui. Ce seul vrai Dieu, par sa bonté et sa toute-puissance, non pas pour augmenter sa béatitude ni pour acquérir sa pleine perfection, mais pour manifester celle-ci par les biens qu'il accorde à ses créatures, a, dans le plus libre des desseins, "tout ensemble, dès le commencement des temps, créé de rien les deux sortes de créatures, les spirituelles et les corporelles, c'est-à-dire les anges et le monde, et ensuite la créature humaine qui tient des deux, composée qu'elle est d'esprit et de corps". » Vatican I, Dei Filius, chapitre 1.
2. Ensuite, seule l’ignorance ou la bêtise peuvent affirmer que Dieu nous veut non pour Lui-même mais pour nous même, comme si quoique ce soit de créé pouvait être le motif ultime de l’acte créateur = avait plus de bonté que la Bonté divine. L’altérité de la créature à Dieu n’est donc aucunement cause de l’amour divin pour la créature. Tout au contraire, l’altérité de la créature n’est qu’en conséquence de l’amour divin : « C’est pour l’Amour de moi, pour l’Amour de moi, que je veux agir » (Is. XLVIII, 11).
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- « Si quelqu’un… dit que Dieu n’a pas créé par une volonté libre de toute nécessité, mais aussi nécessairement qu'il s’aime lui-même, ou s’il nie que le monde ait été créé pour la gloire de Dieu, qu'il soit anathème. » (Concile Œcuménique de Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, canon 5 du chapitre 1).
Voulant librement la créature, est nécessaire (de nécessité conditionnelle, nécessité de conséquence) que Dieu la veuille pour Lui, Dieu seul pouvant être le motif ultime de son acte créateur. Si Dieu voulait autre chose que Lui-même comme fin dernière absolue de ses œuvres, la fin ayant raison de bien, voulant pour l’opéré une autre fin que Lui, Dieu aimerait davantage cette fin que lui-même, ce qui est impossible, comme est impossible qu’il l’aime autant qu’il s’aime. C’est strictement impossible puisque, si l’acte d’amour divin reste identique (de sorte que sous ce rapport Dieu nous aime infiniment), ses objets diffèrent (et sous ce rapport seul Dieu est infiniment aimé de Dieu). Dieu étant infiniment parfait tandis que ses créatures n’ont de perfection naturelle ou surnaturelle qu’autant qu’elles sont des degrés epsiloniques de participation à Dieu, Dieu ne peut aimer un bien créé autant qu’il s’aime, puisque la bonté est amabilité, et puisque une chose n’est aimée que parce qu’elle est bonne ou que pour qu’elle soit bonne. Est donc strictement impossible que Dieu puisse aimer autant ou davantage la créature que Lui-même. Le degré epsilonique de participation naturelle ou surnaturelle à la Perfection infinie et par essence ne peut donc pas être voulu pour lui-même (comme bien suprême = comme fin derniere absolue), mais seulement pour le Bien divin, Dieu, que Dieu lui assigne comme fin dernière absolue. Dieu est la fin dernière absolue de ses œuvres, est la fin dernière nécessaire de ses œuvres libres.
Le dessein de Dieu sur l’homme est donc un dessein d’amour de Dieu pour Dieu voulant l’homme pour qu’il aime Dieu, un dessein d’amour de Dieu pour Dieu ne voulant l’homme que pour qu’il aime Dieu. La créature n’a été créée qu’afin d’aimer Dieu. « C’est pour l’Amour de moi, pour l’Amour de moi, que je veux agir… ma Gloire, Je ne la donnerais pas à un autre. » (Is. XLVIII, 11). En cet amour des :saints pour Dieu, Dieu est glorifié : la fin dernière absolue de la création est Dieu glorifié par l’amour des saints du Ciel.
Venons en enfin à l’amour intradivin. Serait-ce que l’amour intradivin requiert pour exister l’altérité des personnes divines ?
1. Tout d’abord, l’amour de soi et l’amour d’autrui existe en la création. Serait-ce donc que s’aimer soi-même soit toujours peccamineux, de sorte qu’on ne puisse transposer l’amour de soi en Dieu ? Mais l’amour de soi n’est peccamineux que s’il est déréglé, et il n’est déréglé qu’autant qu’en cet amour on se préfère à Dieu. Rien donc n’obstacle que Dieu s’aime d’amour propre.
2. Si la personne divine ne s’aime pas, c’est qu’elle n’est pas aimable. Mais si elle est aimable, elle doit s’aimer à proportion qu’elle est aimable. La personne divine qui ne s’aimerait pas pécherait envers elle-même, par désamour ou anamour de la personne infiniment aimable qu’elle est.
3. Ne s’aimant pas malgré qu’infiniment aimable à raison de sa nature à laquelle elle se confond, quoi aimera-t’elle en les autres personnes ? La nature, c’est exclu, puisque si aimant la nature, s’aimant aussi elle-même. Et n’aimant pas la nature, n’aimant pas l’Unité. Et ne s’aimant pas elle-même, n’aimant pas la Trinité. C’est absurde, et c’est blasphématoire.
4. Enfin, quoi la personne divine aimera-t’elle en les autres personnes ? Qu’elles soient divines, c’est exclu, puisqu’alors elle s’aimerait aussi elle-même. Donc quelque chose de non-divin, présent en chaque personne divine, et aimé, tandis que ce qui est divin n’y sera pas aimé : doctrine insane.