Olivier JC a écrit : ↑mar. 19 nov. 2024, 12:28
La supériorité du célibat pour le Royaume sur le mariage est une donnée constante de la doctrine catholique, et repose en dernière analyse sur la supériorité de l'économie de la Rédemption sur l'économie de la Création. Ce célibat est donc bien, pour rebondir sur le message de cmoi, une supériorité liée à l'Amour dont celui qui l'a choisi a vocation à témoigner par toute son existence (sinon, ce choix n'a plus aucun sens).
Je maintiens mon propos car si le Christ nous a dit qu’il ne fallait pas juger les pécheurs pour leurs péchés, je ne vois pas en quoi il dirait qu’il faut le faire quand il s’agit de vertu. Sans quoi cette supériorité qui tient à un état devient une abstraction sans plus aucun intérêt.
Ensuite, ce n’est pas à nous de choisir mais à répondre à l’appel de Dieu. Par conséquent choisir ce célibat quand il nous appelle au mariage est plus qu’une imperfection et ne saurait être une supériorité(1), même si Dieu « ne repousse jamais » (cas de Judas). La perfection en question dans cette supériorité n’est donc pas la nôtre, mais celle de Dieu quand il lui est permis de rayonner – que nous n’y faisons pas obstacle.
- (1) Je ne parle pas de ceux qui étant réellement appelés ont connus des revers quand ils y répondirent, dus à un discernement déficient de l’Eglise, ou au constat qu’ils firent d’une déliquescence (car si on parle beaucoup des victimes témoignant de « sévices » (parfois sexuels), on parle peu de ceux qui durent renoncer à suivre un appel pour éviter de s’y compromettre, quand ils en pressentirent l’existence et surent qu’ils ne pourraient pas combattre et vaincre cette gangrène)
De fait, cette supériorité tient à un état de plus grande intimité avec Dieu, mais en fait à sa capacité d’ouverture. Ce qui ne présage en rien de plus grandes grâces ou de meilleures qualités, c’est à nous ensuite de les mériter et nous pouvons y défaillir.
Bref, il ne suffit pas de dire que c’est une donnée constante. Elle ne le fut pas dans les premiers temps (le martyr Justin, pour n’en citer qu’un, fut un des plus grands apologistes du second siècle, or il était un laïc) et on y ordonna plus tard (amorce d’un changement) des laïcs pour officialiser leur apostolat qui s’en passaient très bien (de même que dans la tradition monastique, refuser le sacerdoce était tenu pour un acte de vertu supérieure).
Si on louangea ce célibat, donc sa supériorité, c’est parce qu’il s’accompagnait d’apostolat et d’engagement missionnaire, même comme dans la vie de la petite Thérèse. A lui seul comme il se l’envisage souvent quand chacun parle de cette supériorité, cela n’en a plus la même valeur car l’aspect eschatologique disparaît aussi. Il n’y a qu’à voir le nombre de complaisances qui ont conduit notamment aux scandales sexuels, mais pas seulement (rentes des charges ecclésiastiques, etc.). Et la tendance actuelle, depuis le dernier concile, certes vilipendée pour cette raison par les tradis, quand on s’en prend au cléricalisme, représente bien un changement de discours : elle ne critique pas le célibat à condition que celui-ci réponde à des exigences qui ne tiennent pas au célibat (ce n’est qu’un moyen) et qui désormais sont trop oubliées.
La vie par exemple d’Anna Maria Taïgui (1759-1837), déclarée bienheureuse en 1920, tertiaire mariée ayant bénéficié de charismes exceptionnels, et de propos qu’elle entendit de Jésus sur ce sujet qui montrent clairement « qu’il est au-dessus de cette « supériorité », propose un autre argument : à qui est-ce de décider de cette « supériorité » ?
Quand l’Eglise via les confesseurs ou sa hiérarchie, s’oppose à ce qu’une « apparition » demande à une âme privilégiée, il est toujours dit par « l’apparition » « d’obéir », mais le désaccord est bien net. Si Jésus a confié son Eglise à un magistère, il s’est aussi interrogé sur la foi qu’il retrouvera à son retour. Or quand il donne sa parole , il s ‘y tient : il n’intervient pas, sauf par petites remarques à des âmes choisies, il « couvre » officiellement… Et avec le temps, souvent cela produit quand même son effet.
En revanche, combien de laïcs obscurs sont à l’origine de vocations de grands saints ! Jean-Paul II en aura rencontré un avant de ressentir son appel, un dont il écrira qu'il était « l'un de ces saints inconnus, cachés comme une lumière merveilleuse au bas de la vie, à une profondeur où règnent habituellement les ténèbres ».
Bon, je vais m’arrêter là. SI vraiment vous croyez que cette doctrine de supériorité est une bonne chose et qu’il convient de la prêcher, que cela a des effets meilleurs que le contraire (quand le contraire est trop souvent constaté), alors continuez à la défendre (car elle n’est pas fausse en soi), mais ne prétendez pas que c’est une doctrine aux applications fiables et encore moins infaillible, au point qu’en professer une autre ou lui enlever son aura soit s’écarter de la vérité.
La seule vérité qu’il y a là est en effet une certaine constance mais si elle a pu produire de bons fruits à certaines époques, dans certains contextes, quand pour en maintenir le rendement on a eu recours à des engrais frelatés, il devient urgent d’en mesurer les dégâts et de revenir à des « méthodes » (car c’est un peu ce que c’était devenu avant que les tradis seuls en maintiennent la valeur exemplaire) de culture plus authentiquement spirituelles.
Voilà un bon exemple de censure cryptogamique, comme dirait un autre membre, or il serait temps de se pencher sur les raisons de cette censure et de mieux les considérer, de les incorporer dans la doctrine au lieu de rester de part et d’autre sur des non-dits qui sont pire que tout, et qui font que chacun s’enterre dans sa position et en fait une tranchée infranchissable.
Un célibataire laïc d ‘aujourd’hui, au lieu de s’interroger sur son « infériorité », de s’en expliquer et d’attendre, ferait mieux de considérer l’immense champ d’apostolat qui est grand ouvert devant lui, de se retrousser les manches et « d’y aller »… Il aura assez à faire pour ne plus y penser. Car l’individualisme (et une certaine paresse spirituelle, voire défaitisme… ) s’est aussi niché dans cette doctrine qui au départ lui était opposée, et qui lui devient une sorte de couverture.
Pourquoi l’Eglise a-t-elle cherché à réhabiliter la voie du mariage, sinon que la façon incorrecte d’apprécier cette dite supériorité et qui a conduit à la déprécier, s’était trop répandue et était devenue majoritaire ? Carr on ne doit pas les opposer, or c’est souvent ce qui est fait.
Vous rappelez néanmoins une indiscutable vérité d’Eglise qu’à cette occasion elle-même a rappelé, car l’Eglise aussi est « intello », c’est inévitable quand on prend et vit sous le grand vent du large.
Mais ceux qui avant devaient le suivre pour y arriver savaient en éviter les écueils.
Tandis que ceux qui comme aujourd’hui avec internet (ou la conquête des airs), sont débarqués directement sur ces lieux sauvages, sans expérience, y sont précipités au son des hosanna – ou s’imaginent, car on leur en a reconstitué dans un parc une caricature pour frissons garantis, que c’est très facile et qu’ils peuvent en avoir une équivalence !
Cette doctrine ne devrait être prêchée qu’à des âmes consacrées (avec ou sans voeux) qui sauront en l’entendant s’humilier et sans curiosité se sentir happées, sans s’occuper de jusqu’où elle les a déjà conduites et les conduira.
Olivier JC a écrit : ↑mar. 19 nov. 2024, 16:34
Il me semble peut-être plus précis et exact de dire qu'il s'agit d'un péché intervenant dans une matière grave. Ainsi, il n'est pas nécessairement mortel puisqu'il y faut pour cela pleine advertance et consentement délibéré selon la formule consacrée.
Il me semble que Pierrot supposait précisément que la matière n’était pas grave, ce qui pose plutôt la question de savoir ce qu’est une matière grave (penser au péché contre l’Esprit) et s’il faut une matière grave pour qu’un péché soit mortel