Mariel,
Il me semble complètement abusif de désigner Jérusalem comme étant Babylone : toute la Bible celle des prophètes et le Nouveau Testament démontre leur antagonisme.
Je pense que Jean parle bien de
Jérusalem quand il parle de "Babylone" dans son livre. Toute la Bible et les prophètes ne font que vitupérer sans cesse contre la «prostitution spirituelle» de Jérusalem.
Il suffit de lire l'Exode et le reste; passant par Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Osée, Amos, etc. Jésus pourra dire :«Jérusalem, Jérusalem, toi qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui te sont envoyés ... combien de fois ai-je essayé de rassembler tes enfants comme une poule qui tente ...» cf
Matthieu 23, 37 Il y a Jérusalem et
Jérusalem. Paul fait bien la distinction entre les deux dans sa
lettre aux Galates cf chapitre 4.
Il y a la Jérusalem d'en bas qui est charnelle et esclave, il y a la
Jérusalem d'en haut. Jésus s'adresse à la Jérusalem d'en bas quand il lui dit qu'elle tue les prophètes. Et les prophètes, justement, n'ont jamais eu cesse de dénoncer sa prostitution, et ceci expliquant bien cela, comme le fait de l'impopularité d'Élie à la cour de Jézabel. Donc, Jean parle de la Jérusalem de son temps (celle des
hérodiens, celle des
pharisiens ennemis de Jésus «Nous n'avons d'autre roi que César!» comme de la «grande ville» qui est la grande prostituée, qui fait boire de son vin à toutes les nations, qui s'enivre du sang des saints et
du sang des témoins de Jésus.
La «Babylone qui est tombée» et qui est devenue une demeure de démons et un repaire pour esprits impurs ...
mais n'est rien d'autre que cette Jérusalem avec son Temple restauré par Hérode le Grand ...
Temple dont Jésus disait justement qu'il ne resterait pas pierre sur pierre ... cette maison dont Jésus disait aux chefs qu'elle leur serait laissée pour devenir le domaine des serpents et des araignées.
Luc 21,20 signale bien cette dévastation à venir de Jérusalem ... ; oui, de Jérusalem, Jé-ru-sa-lem; d'où Jean peut en parler comme de Babylone ...
Sodome, Égypte ... Tyr, Ninive ....
C'est toujours la même idée. Le Nouveau Testament annonce
la destruction de Jérusalem, de son Temple ... du malheur terrible devant s'abattre sur les gens de la Judée («Ne pleurez pas sur moi, filles de Jérusalem, mais plutôt sur vous-mêmes ... car voici venir des jours ... » -
Matt 23,27)
Écriture pour Écriture ...
«... et elle sera consummée
par le feu, parce qu'il est puissant, le Seigneur Dieu qui l'a jugée.» (
Apocalypse 18, 8)
«... que si la fille d'un prêtre se profane
en se prostituant, elle profane son père; elle sera brûlée
par le feu» (
Lévitique 21,9)
«... et toi profère un chant funèbre sur les princes de la maison d'Israël [...]» (
Ez 19,1)
«... la parole de Yavhé m'advint en ces termes : et toi fils d'homme, vas-tu juger, vas-tu juger la ville sanguinaire? tu lui feras connaître toutes ses abominations. Tu diras : Ainsi parle le Seigneur Yavhé :
Malheur à la ville qui répand le sang au milieu d'elle pour que vienne son temps [...]» (
Ez 22,1)
«... malheur à eux, parce qu'ils se sont enfuis loin de moi! Dévastation sur eux parce qu'ils m'ont été infidèles! et moi je voulais les libérer, mais ils ont dit contre moi des mensonges [...] leurs chefs tomberont par le glaive à cause de la fureur de leur langue; et ce sera leur dérision au pays d'Égypte. Embouchons la trompette! Comme l'aigle,
on fond sur la maison de Yavhé, parce qu'ils ont transgressé mon Alliance et à ma loi ont été infidèles.» (
Osée 7,13; 8,1)
Il faut voir Jérémie, les chapitres 50 et 51. Dans l'
Apocalypse, Jean applique directement à
la Jérusalem des ennemis de Jésus le jugement de Babylone. Les hébreux devaient "sortir de Babylone" mais tout comme les chrétiens devaient sortir de la maison d'esclavage cf Jérusalem d'en bas.
Jean met son livre par écrit, connaissant lui-même le sort funeste qui aura été celui de Jérusalem et de son Temple au Ier siècle. Il raconte à partir de cela. La prostituée ne peut être que cette «épouse infidèle à Yavhé», la prostituée du prophète Osée.
Encore :
- «Si Yavhé des armées ne nous eût laissé quelques survivants,
nous serions comme Sodome, nous ressemblerions à
Gomorrhe.
Écoutez la parole de Yavhé,
chefs de Sodome,
prêtez l'oreille à l'enseignement de notre Dieu,
peuple de Gomorrhe!
Que me fait la multitude de vos sacrifices?
dit Yavhé»
- Isaïe 1,9
Les chefs d'Israël sont qualifiés de chefs de Sodome.
- «... la grande ville qui est appelée, allégoriquement, Sodome et Égypte, là même où leur Seigneur a été crucifié» (Apocalypse 11,8) = Jérusalem.
Jérusalem;
Jérusalem à l'encontre de ce que raconte des tas d'exégètes professionnels, nombre de commentateurs et biblistes. Jean a spécialement une dent (et même toute la mâchoire) contre la Jérusalem des tricheurs-menteurs et assassins de chrétiens. A l'encontre de toute la "correction politique" des départements d'université d'Europe ou des États-Unis, contre la bienséance post-shoah qui veut tant ménager les susceptibilités, Jean nous descend proprement en flamme
Jérusalem et ses chefs qui vont s'avérer de fieffés étourdis s'abusant eux-mêmes, ses bons habitants plus aptes à suivre les faux messies responsables des abominations et de la catastrophe de l'an 70 que de n'importe quoi d'autre. Les fidèles devraient donc éviter -
idéalement-, de finir eux-mêmes dans un pareil jugement.
Dans le contexte d'un univers mental hébraïco-biblique du Ier siècle et qui est encore celui des premiers chrétiens contemporains de la chute du Temple, quand par contraste l'empire romain connaît un âge d'or au même moment : il serait du plus incongru d'
aller imaginer un Jean obsédé par la Rome païenne et au point de désirer placer celle-ci au centre de toutes les ruminations qui traversent le livre de bout en bout. Le vrai centre de gravité naturel de tous les amateurs de Bible du monde : c'est Jérusalem. C'est donc la "grande ville" qui est au centre du livre apocalyptique.