Cher Boris,
Vous mettez des oppositions là où il n'y en a pas. Il y a des spécialistes qui se moquent de la spiritualité, mais pas tous. Ceux qui parlent ici ne sont pas contre les moines, bien au contraire. Et les moines ne sont pas contre eux. La seule chose, c'est que les moines et les moniales se doivent d'évoluer beaucoup plus lentement car leur chant a une dimension cultuelle et que tous doivent rester "una voce" sans être forcément de grands musiciens. Dans de nombreux monastères, on commence à introduire de la sémiologie et on est curieux du travail des chercheurs. Voilà le distinguo de la vidéo, rien de plus.
Boris a écrit :
Pour le Triplex, cela fait déjà un bon moment qu'il existe. Son but est l'étude sémiologique effectivement, et non le chant.
Essayez de chanter avec un Triplex en main : bien souvent la partition est illisible !
Lorsque je chantais avec François-Xavier, j'ai remarqué qu'il se trompait dans certaines pièces parce que justement le grand nombre de symboles masquaient le point au bout d'un punctum ou d'une virga.
Au début, on se trompe aussi avec un 800, cela ne veut pas dire qu'il est impossible de faire ce qui est écrit. Qu'il y ait un grand nombre de symboles est une richesse, même s'il faut faire des efforts pour tout assimiler. Il n'y a aucune méthode et aucune musique avec laquelle on ne fait pas de faute.
Boris a écrit :
Pour la méthode de Solesmes, demandez-leur, vous serez surpris de la réponse !
Dom Gajard a publié cette méthode pour donner un point d'entrer aux grands débutants, comme vous et moi par exemple.
Il s'agit de la fameuse méthode de comptage 1-2, 1-2-3. Or les moines de Solesmes ne respectent pas le comptage, si vous écoutez attentivement leurs CD, même ceux de Dom Gajard.
Il faut bien avoir en tête que l'écriture musicale suit le chant et non l'inverse ! L'écriture tente de reproduire le chant entendu pour avoir un aide-mémoire.
Solesmes essaye depuis Dom Guéranger de faire "machine arrière" : à partir d'une "prise de notes" succincte, retrouver le chant.
C'est pour cela qu'il n'y a pas de méthode de Solesmes car à chaque découverte, il faut modifier la façon de chanter.
La méthode de comptage trouve vite ses limites : prenez le Salve Regina forme simple, la phrase "illos tuos (misericordes oculos)". Il y a un épisème vertical et un horizontal sur les dernière syllabes : alors 1er temps ou temps allongé ?
Idem dans le Credo III : seule la phrase "Et expécto resurrectiónem mortuórum" voit une cohérence entre les épisèmes et les accents latins.
Que la méthode de Solesmes ait des limites, c'est une chose (que j'admets tout à fait), qu'elle n'ait jamais été appliquée, c'en est une autre. Je ne suis pas du tout un fervent défenseur de cette méthode, mais je trouve qu'une fois de plus, vous présentez les choses à la hâte et avec imprécision. C'est d'autant plus désagréable que vous manifestez beaucoup d'assurance et vous vous permettez de juger du travail de musicologues qui ont des compétences certaines... Vous devriez faire preuve de plus d'ouverture d'esprit selon moi et surtout de PATIENCE, prenez votre temps avant de juger de tout, on a le droit de réfléchir dans la vie!
Pour répondre à vos questions:
Salve régina
3 sur le i de illos avec la note pointée qui précède puis 1,2 1,2 jusqu'à la fin de la phrase. Surtout pas de temps long sur le os de oculos comme on fait tout le temps, un allongement très léger, c'est tout. (enfin c'est mon avis)
Pour le credo, il me semble que la méthode de Solesmes permet les accents sur les levées. Cela dit, il y a bien d'autres phrases pour lesquelles les accents sont tous sur le premier temps. Credo, à condition de partir sur un ternaire. Et ex patre natum, etc... Ce qui m'étonne, c'est que vous vous opposez aux sémiologues alors que c'est justement leur propos de dire qu'il ne faut plus placer les ichtus. Je ne comprends pas la cohérence de votre pensée.
Boris a écrit :
Enfin, sur l'histoire des manuscrit retrouvés : Dom Saulnier dit très clairement qu'il n'y a pas d'unité "extrême" sur la manière de chanter le grégorien. Donc chercher un chant unique et authentique n'est pas possible. Ce sont quasiment ses termes dans la vidéo. Il faut accepter qu'il y ait plusieurs interprétations différentes : cela s'appelle l'inculturation.
Qui nie qu'il y a plusieurs interprétations possibles? Vous peut-être qui jugez de la qualité liturgique d'une façon de chanter, mais certainement pas les moines ni les spécialistes de cette vidéo. La méthode de Solesmes a bien des défauts, je le reconnais. Son mérite est de nous aider à chanter ensemble. Y a-t-il autre chose qui nous soit proposé? C'est là le problème des sémiologues à mon avis. Pour l'instant, la sémiologie n'est pas vulgarisée et c'est sa limite. Je suis néanmoins certain que cela viendra. En attendant, quand on forme un choeur, on a besoin d'unité et donc de points de repère. Una voce.
Que signifie l'acculturation dans un pays comme le notre où le chant grégorien a presque entièrement disparu? Rien du tout. Je trouve que c'est un avantage pour les quelques personnes qui le chantent encore d'avoir une méthode commune. Nous ne retrouverons sans doute jamais les traditions locales, c'est pourquoi, une certaine unité est utile. Cela ne signifie pas que tout le monde doit faire exactement pareil, le chant grégorien comme tout chant, conserve une dimension artistique qui échappe aux méthodes. Je pense néanmoins que nous avons besoin d'une, deux ou trois grandes écoles de grégorien. Actuellement, deux grandes tendances se dégagent. Je ne sais pas si elles pourront s'unir à l'avenir. Dieu seul sait.
Boris a écrit :
En conclusion, 2 choses :
- je trouve que la vidéo présente un parti pris d'archéologues non liturges et encore moins liturgistes
Il s'agit d'une opposition passéiste car les deux tendances échangent de plus en plus. Je me demande d'ailleurs où vous vous situez, critiquant la méthode de Solesmes qui est limitée et fustigeant le travail des sémiologues aliturgistes. Seul contre tous? Quand j'entends un sémiologue intégriste, je comprends qu'il s'oppose à la méthode de Solesmes et inversement. Mais vous, je ne comprends pas votre position.
Boris a écrit :
- il ne faut pas oublier que le chant grégorien est un chant populaire, donc inchantable à la façon des spécialistes de la vidéo. Chantez le Credo ou le Gloria comme eux et plus personne dans l'assemblée n'osera vous faire l'alternance ! C'est la réalité vivante du chant grégorien par opposition à l'archéologie.
Le grégorien est un chant sacré, pas un chant populaire (!?!?). Il peut être repris par l'assemblée, mais cela n'est pas une obligation. La sémiologie n'apporte pas de grandes modifications pour l'ordinaire et de toute façon, je ne connais pas une seule paroisse où on apprenne la sémiologie aux paroissiens. Elle peut en revanche être une piste intéressante pour le choeur qui s'occupe de l'ordinaire.
Je suis prêt à faire tout ce que vous voulez pour que vous preniez un peu de temps pour me répondre, même à essayer de marcher sur les mains. Sinon, je serai obligé de lancer une pétition contre les réponses à la va-vite.
On a toute la vie pour échanger, vous ne trouvez pas? Prenons notre temps, j'ai l'impression d'être dans le métro parisien avec ces réponses précipitées.
Wanderer
