Wanderer a écrit :Est-ce que l'IGMR a une valeur magistérielle?
Non. Elle a valeur disciplinaire. Et elle a d'ailleurs pas mal et encore et toujours des imprécisions et des choses laissées dans l'ombre. C'est évidemment très intéressant doctrinalement, mais elle n'est certainement pas l'expressoin du magistère ordinaire. C'est d'ailleurs rassurant, pour des raisons, que, à mon avis, vous connaissez (je me trompe ?

)
Le problème de façon générale des "nouveaux rubricistes" est l'interprétation maximalisante de l'IGMR qui n'a jamais été conçue comme une sorte de "ritus servandus". On peut le regretter... Ou pas. Quant à moi, je ne le regrette pas. Il y avait avant le Concile des célébrants qui appliquaient les rubriques de façon complètement servile, sans les comprendre, et donc très souvent, en faussant le sens des rites, à cause d'une interprétation erronnée. La question dernier cierge au Ténèbres par exemple... Bien plus, la mauvaise interprétation, souvent peu intelligente et servile des rubriques, se doublait d'une "mysticisation" liturgique absoluement discutable. On voyait des symbolismes cachés partout, probablement aussi parce qu'on ne connaissait pas suffisammment de latin pour comprendre ce qu'il y avait écrit en rouge...
L'esprit de la réforme liturgique post conciliaire repose justement sur l'idée que les gens de façon générale et le clergé a une bonne formation liturgique et "sait" naturellement un certain nombre de choses sur le rite romain. C'était l'idée de Paul VI, qui demandait d'ailleurs une solide formation liturgique pour les séminaristes, parce que justement "tout n'est pas écrit dans le bouquin",
et c'est exprès.... Les livres de la réforme liturgique sont donc volontairement beaucoup moins détaillés, en matière de rubriques, que l'édition typique de 1962, par exemple. Mais bon, on sait malheureusement ce qui est arrivé ; les gens étaient mal formés liturgiquement avant le Concile, ils ont continué à ne pas l'être après, le pape ayant une fois de plus sur cette matière, été désobéi... Et le problème de la transmission de la pratique léguée qui ne s'est pas faite, ce qui a abouti aux catastrophes que l'on connaît aujourd'hui. Les "nouveaux rubricistes" sont au même titre que les "abuseurs liturgiques", reponsables de la trahison de l'esprit du rite romain.
C'est autant trahir le rite romain que de considérer qu'il faut faire tout et seulement ce qu'il y a dans le livre que d'aller contre le livre. Je m'explique : il y a des gestes et des objets qui font sans aucun doute possible partie du rite romain et qui ne sont ni décrits ni expliqués dans les livres officiels, ou dont l'usage semble être mal réglé en fonction des différents textes officiels qui parfois semblent se contredire. L'exemple de la contradiction sur l'emploi du Kyrie après l'aspersion dans l'IGMR ou dans le Ceremoniale Episcoparum .... Ou l'emploi du voile du calice, de la pale, de la façon de pratiquer la purification des vases sacrés, l'élévation de l'hostie ou du calice (concrètement, ce n'est pas marqué qu'il faut faire l'élévation après la consécration.... !) ... ou même pour aller encore plus loin la façon de faire le signe de croix ???? Il y a des prêtres qui se veulent "classiques", pourtant, qui refusent de faire ce qui n'est pas indiqué, en arguant du prétexte qu'il ne faut surtut pas s'écarter des rubriques. Or, si ce n'est pas indiqué... Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas le faire ! En étant maximalisant, il y a des gens qui commencent à dire que dans la messe face au peuple, il faut juste "montrer" l'hostie, sans l'élever... Et que par contre, au Per Ipsum, il y a marqué qu'il faut élever, alors ils élèvent très haut. Or la pratique léguée du rite romain est inverse : on grande élévation de l'hostie et du calice à la consécration, une petite élévation au Per Ipsum. Cette question n'est d'aileurs pas propre à la forme ordinaire ; on peut voir des différences incroyables d'application des rubriques entre une messe célébrée dans "la forme extraordinaire" à Saint Germain du Chesnay (diocèse de Versailles) et à Saint Louis du Port Marly (diocèse de Versailles... Aussi). Donc.... ! Le doublage, les prières au bas de l'autel, le dernier Evangile, les prières de Léon XIII, le second confiteor, la position du célébrant à l'autel ou à la banquette, les positions assises ou debout, bref... On pourrait en faire un livre !
Or, dans la forme ordinaire, un des points particuliers qu'il faut bien "posséder" c'est justement la différence entre la messe lue et la messe chantée (instruction
Musicam sacram, 1967, 28 et instruction
De Musica sacra, 1958.).
De Musica Sacra a écrit :Il y a deux sortes de messes ; la messe «chantée» et le messe «lue». La messe est dite «chantée» si le prêtre célébrant chante effectivement lui-même les parties que les rubriques prévoient devoir être chantées. Sinon, elle est «lue».
La messe chantée dans le rite romain, le prêtre chante tout : du signe de croix au Ite Missa Est, avec y compris l'Evangile (à moins que ce soit le diacre), les oraisons la préface et ... le canon. Et si c'est une messe chantée, il faut aussi que les autres fonctions ministérielles y tiennent leur place, et au premier chef la schola cantorum qui doit utiliser le propre de la messe décrit par Boris.
Le point particulier c'est qu'en fait l'IGMR est peu précise : décrit elle la messe lue ou la messe chantée ? Il me paraît assez clair que l'IGMR décrit surtout la messe lue, qui est la plus courante et la plus répandue. C'est pour cela qu'en cas de messe lue, on a un choix beaucoup plus vaste pour les chants de l'assemblée.
instruction Musicam sacram, 1967 a écrit : Rien n'empêche que dans les messes lues on chante quelques partie du propre ou de l'ordinaire. Bien plus, un autre chant peut être parfois exécuté au début, à l'offertoire et à la communion, ainsi qu'à la fin de la messe. (...).
Mais ce n'est pas - disons - l'instanciation la plus authentique de la messe romaine.
Des exemples : à la messe lue, le psaume et la séquence ainsi que l'alléluia sont partie prenante du lectionnaire romain : c'est la raison pour laquelle l'alléuia est une acclamation avant l'Evangile (qui a lors est lu et non chanté) et que le psaume comme la séquence on des fonctions de lectures.
A la messe chantée, par contre, on prend des répons : le graduel est un répons à la 1ère lecture, (un répons graduel). Au temps pascal, de façon systématique (sauf le jour de Pâques ou on a Haec Dies) le répons après la première lecture est un répons non pas "graduel" mais un "répons alléluiatique". Cela veut dire qu'on chante un premier alléluia avec son verset après la première lecture, et un second répons alléluiatique après la 2° lecture. D'où une fonction littéralement différente des pièces du propre de la messe à la messe chantée, qui ne sont plus des lecture (il n'y a pas de psaume repsonsorial à la messe chantée). Encore plus : à la messe chantée, en semaine, il y a soit un répons graduel, soit un répons alléluiatique, mais pas les deux. On peut donc très bien avoir une messe chantée sans alléluia.... Allons encore plus loin : en Carême, on chante parfois un trait après la 2° lecture, donc avant l'Evangile. Au regard de la forme rituelle, c'est aussi une
méditation de ce qui précède, puisqu'on voit des traits qui ont les mélodies exactes des traits que l'on chante à la vigile pascale (mélodie unique après chacune des 7 lectures / prophéties). Par exemple à la fin de la lecture du passage de la Mer rouge, on chante le cantique "Cantemus Domino", qui est l'exacte suite du passage biblique d'où est tirée la lecture. Tout le monde suit ? (examen à la fin de l'heure...).
D'où la question épineuse de la contradiction entre deux livres officiels : le graduale romanum et l'IGMR sur la place de la séquence à la messe : avant ou après l'alléluia ? Le Graduale romanum place la séquence après l'alléuia, alors que l'IGMR explique sans équivoque possible qu'elle est avant. Dilemme ? Il ne s'agit pas seulement de se soumettre "perinde ac cadaver" à la rubrique. Il faut l'assentiment de l'intelligence. Or, si on connaît la distinction entre la messe lue et la messe chantée, c'est facile de résoudre le problème : à la messe lue, c'est à dire la pluspart des messes - malheureusement ! - aujourd'hui : avant l'alléluia, (application de l'IGMR qui décrit la messe lue).
A la messe chantée par contre, séquence après l'allléuia, puisqu'en fait le répons alléluiatique n'est pas une acclamation de l'Evangile mais un répons à la 2° lecture.
Voilà pour ces histoires. Je pense que le rubricisme est une maladie rituelle contre laquelle Rome a délibérément cherché à lutter au moment de l'après Concile, et les livres de la réforme liturgique le prouvent. Il ne faut pas retomber dedans. Et l'invitation de l'IGMR à se conformer à la "pratique léguée" du rite romain le montre.
IGMR 2002 - V.O. a écrit :42.Gestus et corporis habitus tum sacerdotis, diaconi, et ministrorum, tum populi eo contendere debent ut tota celebratio decore nobilique simplicitate fulgeat, diversarum eius partium vera plenaque significatio percipiatur et omnium participatio foveatur. Attendendum igitur erit ad ea quæ ab hac Institutione generali et tradita praxi Ritus romani definiuntur, et quæ ad commune bonum spirituale populi Dei conferant, potius quam ad privatam propensionem aut arbitrium.
Communis corporis habitus, ab omnibus participantibus servandus, signum est unitatis membrorum communitatis christianæ ad sacram Liturgiam congregatorum : mentem enim et sensus animi participantium exprimit eosdemque fovet.
IGMR2002 - FR a écrit :42.Les gestes et l’attitude du prêtre, du diacre et des ministres, aussi bien que du peuple, doivent viser à ce que toute la célébration manifeste une belle et noble simplicité, que soit perçue la signification vraie et plénière de ses diverses parties et que la participation de tous soit favorisée.Ainsi on sera attentif à ce qu’établissent cette Présentation générale et la pratique léguée du Rite romain, et à ce qui concourt au bien commun spirituel du peuple de Dieu, plutôt qu’aux penchants ou jugement privés.
La mention dans la lettre d'accompagnement du Motu Proprio
Summorum Pontificum encourage d'ailleurs "l'enrichissement mutuel" entre les deux formes du rite romain. On peut donc, surtout après le 7/7/07, se référer sans état d'âme, à des pratiques rituelles qui, si elles semblent floues dans l'ordo actuel, renvoient en fait à des rubriques plus anciennes, ou plutôt à des pratiques authentiques qui font partie des "formes" catholiques de la Messe.
NB : un autre point technique, sur le Ite Missa est. Il y a désormais la possibilité, pour toutes les messes, d'utiliser une mélodie unique, à la messe chantée, pour Ite Missa est, qui est d'ailleurs très simple et très facile. Cela ne veut pas dire que l'emploi des autres mélodies, qui sont d'ailleurs publiée dans un livre officiel post conciliaire (Liber cantualis) est absolument interdit. En effet, comme à la messe chantée, il est obligatoire de chanter Ite Missa Est pour le prêtre (ou le diacre), on n'a pas voulu imposer une mélodie complexe. La messe chantée est déjà très exigeante pour le célébrant, et dans nos séminaires, il n'y a pas que des Pavarotti.... Si le ministre est à l'aise en chant, rien n'empêche donc qu'il chante sur la mélodie plus ornée, souvent calquée sur la mélodie du Kyrie.