La question posée à Dieu et la question posée par Dieu
Publié : ven. 03 oct. 2008, 11:15
Livre de Job 38,1.12-21.40,3-5.
Du milieu de la tempête, le Seigneur répondit à Job :
As-tu, une seule fois dans ta vie, donné des ordres au matin, assigné son poste à l'aurore,
pour qu'elle saisisse la terre aux quatre coins et en fasse tomber les méchants d'une secousse ?
Elle donne à la terre sa teinte vermeille, elle la colore comme un vêtement ;
elle enlève leur lumière aux méchants et brise leur bras qui se levait.
Es-tu parvenu jusqu'aux sources de la mer, as-tu exploré le fond de l'abîme ?
As-tu découvert les portes de la Mort, l'entrée du pays de l'ombre ?
As-tu idée de l'immensité de la terre ?Dis-le donc, si tu sais tout cela !
De quel côté habite la lumière, quelle est la demeure de l'obscurité ?
Peux-tu cerner son domaine, reconnaître les sentiers de sa maison ?
Tu peux le savoir, car tu étais déjà né, toi qui comptes un si grand nombre de jours ! »
Job répondit alors au Seigneur :
« Je suis trop peu de chose, que puis-je te répondre ?Je mets la main sur ma bouche.
J'ai parlé une fois, je ne dirai plus rien ; j'ai parlé deux fois, je n'ai plus rien à ajouter. »
Psaume 139(138),1-3.7-8.9-10.13-14.
Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !
Tu sais quand je m'assois, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées.
Que je marche ou me repose, tu le vois, tous mes chemins te sont familiers.
Où donc aller, loin de ton souffle ? où m'enfuir, loin de ta face ?
Je gravis les cieux : tu es là ; je descends chez les morts : te voici.
Je prends les ailes de l'aurore et me pose au-delà des mers :
même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit.
C'est toi qui as créé mes reins, qui m'as tissé dans le sein de ma mère.
Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis : étonnantes sont tes œuvres toute mon âme le sait.
Lorsque Job demande à Dieu la réponse à son malheur, Dieu lui répond simplement: me connais-tu ? Et Jésus : "Vous, qui dîtes-vous que je suis ?" A cette question, qui traverse les années, les siècles, les millénaires, il ne peut suffire d'une vie pour répondre - du moins si l'on s'appuie sur les seule capacités humaines et encore, cette réponse resterait partielle et approximative. Dieu semble ne pas répondre, mais remplace la question par une autre: sais-tu qui je suis ?
Je dois beaucoup au petit livre de Jacques Duquesne: "Dieu, malgré tout" (déjà cité) qui m'apporte un nouvel éclairage sur cette question et que j'apprécie beaucoup. Je me contenterait de le citer:
"Si Dieu n'est qu'amour, il ne peut créér un homme tout fait. Lequel ne serait pas libre. Le véritable amour consiste à "laisser être" ceux que l'on aime, à se dépouiller de soi-même à leur profit, ce que Jésus a fait en s'anéantissant. Cet amour-là est le plus précieux, le plus miraculeux". Pour "être", l'homme doit se faire. Pour se faire, il doit créer à son tour, il doit faire. C'est par le travail, la création, qu'il se réalise; son travail, ses créations seraient-elles les plus humbles. Dieu ne pouvait donc que créer l'homme dans un monde inachevé. Puisque, si l'homme vivait dans un monde tout fait, figé, parfait, il ne pourrait tout simplement pas être." Cette idée, d'un monde qui est toujours en voie d'achèvement, et qui nécessite une collaboration dans la foi de l'homme avec Dieu, enrichit beaucoup le problème du malheur que soulève l'histoire de Job.
Chez François Varillon, dans "Humilité de Dieu", je lis encore, à propos du lavement des pieds: "Ce n'est pas un enseignement moral, mais le dévoilement d'un mystère." Car le christianisme, même s'il implique une morale, est bien au-delà de la morale. Ce mystère dévoilé, c'est celui de l'humilité, signe de la véritable puissance. La "toute-puissance", la force, qui s'incline devant ce qui est le plus petit, le plus faible. La puissance de Dieu n'est en aucune manière la puissance telle qu'on l'entend dans le monde. Jamais. C'est la force spirituelle qui consiste à s'incliner librement devant ce qui est le plus petit. En dehors de là, il n'y a pas de spiritualité, il n'y a qu'un Dieu Jupiter, ou telle ou telle cause agissant dans le cosmos; on dira tout ce que l'on voudra, cela n'a rien à voir avec Dieu"
Dans l'histoire de l'humanité, la connaissance de Dieu progresse lentement. Voici un mot étonnant de Teilhard de Chardin: "Si le Christ était venu sur terre au temps d'Abraham ou de Moïse, on peut croire que - sauf miracle - les homme ne l'eussent pas compris du tout. Leur âme naturelle, leur degré d'humanité n'eussent pas été capables de le recevoir." (Dans "La lutte contre la multitude" Seuil, 1970)
Je cite des auteurs. Cependant, j'ai remarqué que de plus en plus, à la fin de la messe, lors de la bénédiction finale, des prêtres disent : "Que Dieu tout-aimant vous bénisse" à la place de citer le Dieu "tout-puissant"... Au fait, que demandons-nous à Dieu: une protection toute-puissante de nos biens, ou de vivre dans le parfait Amour ? De la réponse à cette seule question, que de choses découlent naturellement !
Du milieu de la tempête, le Seigneur répondit à Job :
As-tu, une seule fois dans ta vie, donné des ordres au matin, assigné son poste à l'aurore,
pour qu'elle saisisse la terre aux quatre coins et en fasse tomber les méchants d'une secousse ?
Elle donne à la terre sa teinte vermeille, elle la colore comme un vêtement ;
elle enlève leur lumière aux méchants et brise leur bras qui se levait.
Es-tu parvenu jusqu'aux sources de la mer, as-tu exploré le fond de l'abîme ?
As-tu découvert les portes de la Mort, l'entrée du pays de l'ombre ?
As-tu idée de l'immensité de la terre ?Dis-le donc, si tu sais tout cela !
De quel côté habite la lumière, quelle est la demeure de l'obscurité ?
Peux-tu cerner son domaine, reconnaître les sentiers de sa maison ?
Tu peux le savoir, car tu étais déjà né, toi qui comptes un si grand nombre de jours ! »
Job répondit alors au Seigneur :
« Je suis trop peu de chose, que puis-je te répondre ?Je mets la main sur ma bouche.
J'ai parlé une fois, je ne dirai plus rien ; j'ai parlé deux fois, je n'ai plus rien à ajouter. »
Psaume 139(138),1-3.7-8.9-10.13-14.
Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !
Tu sais quand je m'assois, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées.
Que je marche ou me repose, tu le vois, tous mes chemins te sont familiers.
Où donc aller, loin de ton souffle ? où m'enfuir, loin de ta face ?
Je gravis les cieux : tu es là ; je descends chez les morts : te voici.
Je prends les ailes de l'aurore et me pose au-delà des mers :
même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit.
C'est toi qui as créé mes reins, qui m'as tissé dans le sein de ma mère.
Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis : étonnantes sont tes œuvres toute mon âme le sait.
Lorsque Job demande à Dieu la réponse à son malheur, Dieu lui répond simplement: me connais-tu ? Et Jésus : "Vous, qui dîtes-vous que je suis ?" A cette question, qui traverse les années, les siècles, les millénaires, il ne peut suffire d'une vie pour répondre - du moins si l'on s'appuie sur les seule capacités humaines et encore, cette réponse resterait partielle et approximative. Dieu semble ne pas répondre, mais remplace la question par une autre: sais-tu qui je suis ?
Je dois beaucoup au petit livre de Jacques Duquesne: "Dieu, malgré tout" (déjà cité) qui m'apporte un nouvel éclairage sur cette question et que j'apprécie beaucoup. Je me contenterait de le citer:
"Si Dieu n'est qu'amour, il ne peut créér un homme tout fait. Lequel ne serait pas libre. Le véritable amour consiste à "laisser être" ceux que l'on aime, à se dépouiller de soi-même à leur profit, ce que Jésus a fait en s'anéantissant. Cet amour-là est le plus précieux, le plus miraculeux". Pour "être", l'homme doit se faire. Pour se faire, il doit créer à son tour, il doit faire. C'est par le travail, la création, qu'il se réalise; son travail, ses créations seraient-elles les plus humbles. Dieu ne pouvait donc que créer l'homme dans un monde inachevé. Puisque, si l'homme vivait dans un monde tout fait, figé, parfait, il ne pourrait tout simplement pas être." Cette idée, d'un monde qui est toujours en voie d'achèvement, et qui nécessite une collaboration dans la foi de l'homme avec Dieu, enrichit beaucoup le problème du malheur que soulève l'histoire de Job.
Chez François Varillon, dans "Humilité de Dieu", je lis encore, à propos du lavement des pieds: "Ce n'est pas un enseignement moral, mais le dévoilement d'un mystère." Car le christianisme, même s'il implique une morale, est bien au-delà de la morale. Ce mystère dévoilé, c'est celui de l'humilité, signe de la véritable puissance. La "toute-puissance", la force, qui s'incline devant ce qui est le plus petit, le plus faible. La puissance de Dieu n'est en aucune manière la puissance telle qu'on l'entend dans le monde. Jamais. C'est la force spirituelle qui consiste à s'incliner librement devant ce qui est le plus petit. En dehors de là, il n'y a pas de spiritualité, il n'y a qu'un Dieu Jupiter, ou telle ou telle cause agissant dans le cosmos; on dira tout ce que l'on voudra, cela n'a rien à voir avec Dieu"
Dans l'histoire de l'humanité, la connaissance de Dieu progresse lentement. Voici un mot étonnant de Teilhard de Chardin: "Si le Christ était venu sur terre au temps d'Abraham ou de Moïse, on peut croire que - sauf miracle - les homme ne l'eussent pas compris du tout. Leur âme naturelle, leur degré d'humanité n'eussent pas été capables de le recevoir." (Dans "La lutte contre la multitude" Seuil, 1970)
Je cite des auteurs. Cependant, j'ai remarqué que de plus en plus, à la fin de la messe, lors de la bénédiction finale, des prêtres disent : "Que Dieu tout-aimant vous bénisse" à la place de citer le Dieu "tout-puissant"... Au fait, que demandons-nous à Dieu: une protection toute-puissante de nos biens, ou de vivre dans le parfait Amour ? De la réponse à cette seule question, que de choses découlent naturellement !