A l'approche de l'hiver, tandis que je peine à me lever, puis le soir à me coucher, en dépit de ma fatigue et de mon humeur, je me laisse de plus en plus convaincre : oui, le choix qui consiste à garder vivants et continuer d'aimer ceux et celles qui m'ont injustement retiré leur affection, ce choix me rapproche du Seigneur.
Oublier, me détourner moi aussi, tenter d'aimer ailleurs, le monde m'approuverait sûrement. Mais je constate que la Parole qui est dans "le petit livre" est désormais passée en moi et porte une espérance qui regarde au-delà des décombres et des ruines. Je ne peux plus renier "les miens" qu'à condition de me renier moi-même et m'écarter dangereusement de la charité, telle que saint Paul en déclame l'excellence dans l'Epître aux Corinthiens au chapitre 13:
04L'amour prend patience ; l'amour rend service ; l'amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil ;
05 il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s'emporte pas ; il n'entretient pas de rancune ;
06il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;
07il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout...
Si la charité est capable de tout cela, c'est parce qu'en vérité:
08 L'amour ne passera jamais.
Et quand bien même je goûterais à toutes sortes de distractions et m'engagerait dans d'autres relations, si j'accepte en moi-même la sentence que les miens m'ont appliquée, alors je sors de la charité. Pour garder la charité, je ne peux que prendre patience, supporter, faire confiance, espérer et endurer. Il n'y a pas d'autre option.
Dans "Dieu, malgré tout", J. Duquesne relève lui aussi combien la charité est difficile:
"Aimez vos ennemis" est, dans la réalité quotidienne, la loi la plus rude que Jésus ait sans doute formuler. L'épître de Jean (1,4, 20-21) en souligne l'importance en termes simples: "Si quelqu'un dit : j'aime Dieu" et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur: car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment aimerait-il Dieu qu'il ne voit pas. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui : que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère."
"Aimer aussi son frère", signifie en réalité changer de vie, partager, pardonner, servir et non se faire servir. Et quand tout cela est fait (ce qui est vraiment beaucoup) se souvenir de cet autre propos de Jésus (Luc 17,10): "Quand vous aurez fait tout ce qui est prescrit, dites: "Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait tout ce que nous devions faire".
Si donc, je veux aimer en vérité, il n'y a personne que je puisse retrancher de mon coeur. Il me faut continuer d'aimer dans le silence et en vivre quels que soient les sentiments d'avoir été trahi, livré, roué de coups, flagellé, dépouillé, couronné d'épines (et il en est de pointues) et finalement crucifié... J'ai dit que ce choix me rapproche du Seigneur, mais c'est encore manquer d'humilité: c'est le Seigneur qui est venu me conforter lorsqu'il est s'est mis en marche "avec courage" vers Jérusalem.
Cet amour qui veut passer "à travers"...
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etienne lorant
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- Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53
Cet amour qui veut passer "à travers"...
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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