Les Instituts, Communautés et autres

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Olivier JC
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Les Instituts, Communautés et autres

Message non lu par Olivier JC »

Bonjour,

En étudiant même superficiellement l'histoire de l'Eglise, on peut se rendre compte que l'Eglise a très rapidement adopté une structure stable, qui se présente comme une traduction institutionnelle des deux mouvements successifs de l'adoption filiale dans le Christ.

Premier moment : le retrait du monde. Il s'agit de se détourner du monde, de se détourner du péché, pour se tourner vers Dieu. Ce premier moment a été institutionnalisé sous la forme du monachisme, qui est comme le signe permanent au sein de l'Eglise de cette exigence de rupture avec le monde.

Second moment : le retour dans le monde. Il s'agit de revenir dans le monde, mais sans être du monde, selon la formule consacrée. Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique : et voici que Dieu a tant aimé le monde qu'il lui donne ses fils dans le Fils unique. Ce second moment a été institutionnalisé sous la forme de l'Eglise locale rassemblée autour de l'évêque, qui s'est progressivement enrichie (diocèses, paroisses).
Cette institutionnalisation présente une caractéristique notable : celle d'être territoriale. A un évêque est confié le soin pastoral des chrétiens (et au-delà de tous les hommes en fait) se trouvant sur telle portion de territoire.

L'Eglise a fonctionné sur cette double base institutionnelle pendant près de 15 siècles. A noter qu'il n'y a opposition entre les deux : les moines retournent dans le monde (il n'est que de penser au rôle des bénédictins en Europe pour s'en convaincre) ; et les chrétiens sont tous appelés à être "moines" d'un certain point de vue (le durcissement de l'opposition entre une soit-disant voie commune et une voie des conseils est absurde, et à cet égard, les idées de Paul Edmokimov sur le "monachisme intériorisé" sont des plus éclairantes).

15 siècles, donc, et voilà que la belle mécanique s'enraye : c'est la création de l'Ordre des Prêcheurs, puis de la Compagnie de Jésus. Depuis, ces mouvements, instituts, congrégations, se sont multipliées à l'envi. C'est toujours le cas à l'heure actuelle. Il existe aujourd'hui dans l'Eglise des centaines, si ce n'est plus, de groupements en tout genre. Je parle des mouvements de prêtres, de religieux, de laïcs, des mouvements spirituels comme des mouvements caritatifs.

La remise en valeur du diaconat permanent le souligne avec acuité : alors que son rôle propre est précisément l'action caritative, on se rend compte aujourd'hui que le diaconat est dépassé de toutes parts par d'autres mouvements, de sorte qu'il peine encore à trouver sa juste place.

Et voilà donc ce que je me demande, voyant tout cela : cette prolifération n'est-elle pas, en quelque manière, comme la résultante de l'insuffisance des diocèses et paroisses ? Car, en réalité, si l'on trouvait entière satisfaction au sein de son église locale, quel besoin y aurait-il de multiplier les mouvements ?

A bien étudier les choses, en effet, on se rend compte que tous les mouvements ont été créés pour remplir un vide, pour répondre à un manque.
> L'Ordre des Prêcheurs, par exemple, est venu répondre aux hérésies cathares qui se répandaient dans le clergé d'un certain territoire, privant par là les fidèles de la saine doctrine ;
> Toutes les communautés Ecclesia Dei, qui s'enracinent dans le n'importe quoi liturgique actuel ;
> Tout le renouveau charismatique, qui est comme la réponse à une méfiance quasi instinctive pour ce qui apparaît parfois comme trop exubérant ;
> L'Opus Dei, qui vient répondre à l'absence de valorisation du rôle des laïcs dans le monde avant Vatican II ;

Et on pourrait continuer longtemps comme cela...

Loin de moi l'idée de tout rejeter, naturellement. Mais, simplement, matière à s'interroger. Quelle unité ? Il ne s'agit pas de rêver à une uniformité. Mais quelle unité dans un diocèse où se retrouvent des dizaines de telles communautés, qui souvent ne communiquent pas entre elles, ou si peu. Comment se fait-il que toutes les sensibilités spirituelles légitimes ne puissent pas s'exercer ainsi au sein d'un ensemble diocésain harmonieux ? Comment se fait-il que le diocèse, cette structure fondamentale de l'Eglise qui a nourrit et suffit à des dizaines de générations de chrétiens, s'est tout d'un coup trouvé insuffisant il y a quelques siècles ?

Certains, et ils sont nombreux, applaudissent des deux mains devant cette grande diversité. Naturellement, c'est une bonne chose. Mes interrogations ne portent pas sur la diversité des charismes, mais sur la manière de les institutionnaliser pour ainsi dire "à part". Pourquoi ces charismes ne se déploient-ils pas plutôt là où ils devraient se déployer, dans le Corps de l'Eglise locale, dans le Corps de l'Eglise paroissiale ?

On en arrive à cette véritable aberration que des membres de mouvements on ne peut plus catholique en viennent à ne plus se comprendre, et même à se méfier les uns des autres ! Comment relier l'Opus Dei et la Communauté de l'Emmanuel ? La Légion du Christ et la Communauté des Béatitudes ? Le Chemin néo-catéchuménal et les Oratoriens ?

J'y vois comme un gaspillage de richesses. Chaque mouvement repose sur une richesse, un trésor. Mais ce trésor est comme jalousement gardé, il attire tellement les regards que le trésor du voisin, finalement, compte pour peu de choses. Ne peut-on trouver au sein d'une seule paroisse toutes ces richesses offertes à tous, comme un banquet spirituel surabondant ? Une belle liturgie, des enseignements solides, une louange vigoureuse, un accueil soigné des catéchumènes et recommençants, un accompagnement spirituel sérieux en fonction des états de vie...

N'y a-t-il pas, d'ailleurs, dans ces mouvements, comme une tentation permanente de l'Eglise des purs ? Tentation récurrente au sein de l'Eglise... Cette tentation est d'ailleurs particulièrement marquée dans certains mouvements : Béatitudes, Opus Dei, Légion du Christ, communautés Ecclesia Dei... Chaque groupe définissant un peu son idée de la "pureté", naturellement.

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