Après cela, j'ai vu une foule immense,
que nul ne pouvait dénombrer,
une foule de toutes nations, races, peuples et langues.
Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau,
en vêtements blancs,
avec des palmes à la main.
(Ap 7, 2-4.9-14)
Cette vision est extraordinaire ... et cependant, chaque année, la messe de la Toussaint est plus courte qu'autrefois et le nombre de fidèles plus réduit. Ce samedi, il fallait se rendre à telle chapelle, à trois kilomètres, et je savais, avant même de me mettre en route, que je m'y sentirais comme écrasé par le ciel de novembre. C'est le Doyen principal qui a prononcé l'homélie et a évoqué le grand renouveau de l'église diocésaine par l'engagement des laïques.... quel rapport ? J'ai tourné la tête et j'ai vu que nous n'étions plus qu'une quinzaine de fidèles, tous ayant dépassé la cinquantaine. Mais lorsqu'on parle pour entendre le son de sa voix, comment remarquer ces choses-là...
Tout doucement, je me suis mis à rêvasser. J'imaginais les absents de la Toussaint, je veux dire : nos chers disparus, qui occupaient en habits de lumière les places laissées vides par les fidèles "de chair et d'os". Ma rêverie m'a transporté dans le passé, le jour des funérailles de ma tante Thérèse qui m'avait légué mon premier chapelet la veille de son départ... Après la messe, je m'étais adressé à plusieurs des membres de l'assistance et j'avais dit: "Vous avez remarqué ? il y avait une chaise libre devant nous, et moi durant toute la messe, je n''ai pas cessé de penser que Thérèse était là, avec nous"... mais les autres m'ont affirmé que non, je me trompais sûrement, car tous les sièges avaient été occupés.
Ce matin, c'est toute une foule de "vêtements blancs" que je me suis représentée et tous brillaient dans l'assemblée. J'ai communié sur cette pensée réconfortante et je suis reparti. Cela ne vaudrait même pas la peine d'être raconté si, dans l'après-midi, je n'avais pas repris ma lecture du Journal de Julien Green. Et dans un de ces cinq volumes que je possède, je n'ai guère qu'à-moitié surpris de lire ce passage, écrit par l'auteur une veille de Toussaint et que j'ai décidé de partager:
"Nous étions assis tous les cinq autour de la table dans la salle à manger. Un feu de bois brûlait dans la cheminée et il faisait si sombre que nous avions dû allumer les lampes, bien qu'il ne fut pas 2 heures de l'après-midi. Nous étions cinq et nous riions, et j'ai senti tout d'un coup que nous étions beaucoup plus nombreux, que notre gaieté avait attiré ceux qui manquent, mon père, ma mère et les deux soeurs que j'ai perdues; ils se sont assis près de nous et nous ont tenu compagnie jusqu'à la fin du repas, riant avec nous tous. J'ai eu un moment de grand bonheur, un sentiment de sécurité profonde, mais je n'ai pas osé en dire un mot." (28 octobre 1935)
Demain, c'est "le jour des morts"... Pourquoi dit-on le jour des morts, si c'est celui des vivants ?
Les vêtements blancs de la Toussaint
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etienne lorant
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- Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53
Les vêtements blancs de la Toussaint
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
- Fée Violine
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- Inscription : mer. 24 sept. 2008, 14:13
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Re: Les vêtements blancs de la Toussaint
Ici la cathédrale était pleine à craquer, j'ai dû m'asseoir sur les marches d'un confessionnal.
Il y avait l'évêque, et la chorale qui a chanté de beaux chants.
Il y a eu le baptême de Charles, un nouveau-né (vêtu d'une belle robe blanche, lui aussi !) dont les parents sont de mes amis. Habituellement les baptêmes ont lieu après la messe du dimanche, mais aujourd'hui, le baptême a été complètement intégré à la messe, tissé avec : la présentation au début, et le baptême lui-même en plein milieu de la messe, après l'homélie. La profession de foi des parents et parrain-marraine a servi de Credo.
Et les litanies des saints (mon Dieu ! que c'était beau !) était à la fois pour la Toussaint et pour le baptême.
La cathédrale était pleine de vivants visibles, mais il y avait au moins la présence invisible du petit André, un frère du petit Charles, mort à l'âge d'un mois il y a quelques années.
Ça fait du bien de temps en temps, les fêtes de famille.
Il y avait l'évêque, et la chorale qui a chanté de beaux chants.
Il y a eu le baptême de Charles, un nouveau-né (vêtu d'une belle robe blanche, lui aussi !) dont les parents sont de mes amis. Habituellement les baptêmes ont lieu après la messe du dimanche, mais aujourd'hui, le baptême a été complètement intégré à la messe, tissé avec : la présentation au début, et le baptême lui-même en plein milieu de la messe, après l'homélie. La profession de foi des parents et parrain-marraine a servi de Credo.
Et les litanies des saints (mon Dieu ! que c'était beau !) était à la fois pour la Toussaint et pour le baptême.
La cathédrale était pleine de vivants visibles, mais il y avait au moins la présence invisible du petit André, un frère du petit Charles, mort à l'âge d'un mois il y a quelques années.
Ça fait du bien de temps en temps, les fêtes de famille.
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malamouina
- Barbarus

Re: Les vêtements blancs de la Toussaint
Quel beau texte, empreint d'une mélancolie qui finit par s'ouvrir sur la lumière. En vous lisant, j'ai revu ces assemblées de novembre où le gris du ciel semble s'inviter jusque sous les voûtes de pierre.
C'est vrai, on se retrouve peu nombreux, on resserre machinalement son gilet sur ses épaules pour contrer la fraîcheur de la chapelle, et l'on se sent parfois un peu seul face au silence des places vides.. Mais votre réflexion sur Julien Green change tout. Elle nous rappelle que ce sentiment d'abandon n'est qu'une illusion d'optique : si nous ne voyons que quinze fidèles « de chair et d'os », c'est sans doute parce que notre regard s'arrête à la barrière du visible.
Quant à votre question finale, elle touche au cœur du mystère. On l'appelle « jour des morts » pour rassurer nos mémoires humaines, mais pour celui qui sait regarder avec le cœur, c'est effectivement la fête de la Vie qui continue, ailleurs, mais juste à côté de nous. Merci pour ce partage qui réchauffe plus sûrement que n'importe quelle laine.
C'est vrai, on se retrouve peu nombreux, on resserre machinalement son gilet sur ses épaules pour contrer la fraîcheur de la chapelle, et l'on se sent parfois un peu seul face au silence des places vides.. Mais votre réflexion sur Julien Green change tout. Elle nous rappelle que ce sentiment d'abandon n'est qu'une illusion d'optique : si nous ne voyons que quinze fidèles « de chair et d'os », c'est sans doute parce que notre regard s'arrête à la barrière du visible.
Quant à votre question finale, elle touche au cœur du mystère. On l'appelle « jour des morts » pour rassurer nos mémoires humaines, mais pour celui qui sait regarder avec le cœur, c'est effectivement la fête de la Vie qui continue, ailleurs, mais juste à côté de nous. Merci pour ce partage qui réchauffe plus sûrement que n'importe quelle laine.
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