Comment la Bible nous parle à chacun
Publié : mar. 04 nov. 2008, 16:29
"Chaque fois que j'ouvre la Bible, j'y trouve une allusion directe à ma vie, à mes problèmes, aux formes particulières que prend chez moi la faiblesse morale. C'est pour cela que je vois en ce livre un livre magique. De qui parle, en effet, le second chapitre de Jérémie ? Du lecteur, de n'importe quel lecteur ayant ouvert le livre à cet endroit et lisant ce que j'y lis sur l'onagre qui n'est jamais rassasié, sur Israël qui se prostitue aux baalim de même que chacun de nous court après les faux dieux, c'est-à-dire après toutes les illusions du monde, cherchant notre joie dans ce qui se passe, alors qu'aucune joie n'est vraie, ni permanente qui n'est surnaturelle. Il y aurait trop d'exemples à citer.
Vers ma vingtième année, j'avais écrit une page sur la lecture de la Bible. Cette page est perdue, mais je me souviens que je cherchais à indiquer, avec les faibles moyens dont je disposais, que le peuple juif était chacun d'entre nous et que dans le grand drame qui se joue entre l'Eternel et son peuple, le rôle de la conscience est tenu par Moïse et tous prophètes qui sont venus après lui. Ainsi, quand les Israélites veulent lapider Moïse, c'est une image de la nature humaine en révolte contre la grâce. De même quand Jérémie est persécuté par les gens de la cour qui le font descendre dans un puits..." (Extrait de "Derniers beaux jours", Julien Green, 27/7/1937)
Je me souviens moi aussi qu'un dimanche, dans la petite chambre d'étudiant que j'occupais à Comines, j'avais branché ma radio au hasard et j'étais tombé sur une analyse rabbinique des quarante ans d'errance du peuple à travers le Sinaï. Les propos étaient très bien argumentés et ce qui s'en dégageait, de façon tout à fait claire, que le peuple Juif ne pouvait assumer du jour au lendemain sa liberté retrouvée. Lors de la sortie d'Egypte, c'était la mentalité d'esclave qui prévalait, au point qu'ils disaient regretter les coups de fouet des gardes chiourmes, car tout battus qu'ils étaient, ils étaient certains du repas du soir... tandis que dans le désert... Ils récriminaient, et de ce simple fait, prolongeaient la durée de leur marche, comme si le désert s'étalait de plus en plus sous leurs pas réticents. C'était très bien dit et je me suis servi de ce que j'avais entendu dans cet exposé pour obtenir un point de plus dans une dissertation. A l'époque, il ne m'était pas venu à l'esprit que l'esclave appelé à devenir libre, c'était moi aussi et que, moi aussi, j'étais rebelle contre ce que Dieu me proposait, rebelle à la grâce.
Cette rébellion quasi instinctive, située très bas dans l'être, ce n'est pas pour autant un déficit de l'intelligence. Mais il y a comme une opacité de la chair sur l'âme, de telle sorte que si Dieu ne nous guide pas un peu - par la bouche de nos maîtres ou par des lectures qui nous tombent "par hasard" sous la main, nous n'entendrions jamais rien (dans le sens que Jésus employait ce mot: "Celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende !")
Il faut tout un exercice dans l'âme, avant que s'ouvrent les yeux et les oreilles de la compréhension spirituelle. Nous sortons véritablement de l'esclavage de la chair et de la raison pour découvrir Dieu et la plénitude. Cela ne m'étonne pas qu'il se passe de grandes choses dans les déserts, et qu'ils soient le lieu du dépouillement autant que de la rencontre. Sans le désert, nous n'aurions pas soif. Sans le désert, nous ne pourrions comprendre que "l'homme ne se nourrit pas que de pain, mais aussi de toute parole qui sort de la bouche de Dieu". Le geste de mon amie Lise, qui avait prié un jour en posant la Bible sur sa tête, je le comprends mieux aujourd'hui. Sa maladie l'empêchait de lire le Livre et d'y puiser un secours, mais elle s'était débattue un peu comme la Syro-Phénicienne devant Jésus en disant: "Mon Dieu, si tu me délivres par ta Parole, alors j'aimerai tout !"
Et à cause de ce cri, sa foi l'a sauvée...
Vers ma vingtième année, j'avais écrit une page sur la lecture de la Bible. Cette page est perdue, mais je me souviens que je cherchais à indiquer, avec les faibles moyens dont je disposais, que le peuple juif était chacun d'entre nous et que dans le grand drame qui se joue entre l'Eternel et son peuple, le rôle de la conscience est tenu par Moïse et tous prophètes qui sont venus après lui. Ainsi, quand les Israélites veulent lapider Moïse, c'est une image de la nature humaine en révolte contre la grâce. De même quand Jérémie est persécuté par les gens de la cour qui le font descendre dans un puits..." (Extrait de "Derniers beaux jours", Julien Green, 27/7/1937)
Je me souviens moi aussi qu'un dimanche, dans la petite chambre d'étudiant que j'occupais à Comines, j'avais branché ma radio au hasard et j'étais tombé sur une analyse rabbinique des quarante ans d'errance du peuple à travers le Sinaï. Les propos étaient très bien argumentés et ce qui s'en dégageait, de façon tout à fait claire, que le peuple Juif ne pouvait assumer du jour au lendemain sa liberté retrouvée. Lors de la sortie d'Egypte, c'était la mentalité d'esclave qui prévalait, au point qu'ils disaient regretter les coups de fouet des gardes chiourmes, car tout battus qu'ils étaient, ils étaient certains du repas du soir... tandis que dans le désert... Ils récriminaient, et de ce simple fait, prolongeaient la durée de leur marche, comme si le désert s'étalait de plus en plus sous leurs pas réticents. C'était très bien dit et je me suis servi de ce que j'avais entendu dans cet exposé pour obtenir un point de plus dans une dissertation. A l'époque, il ne m'était pas venu à l'esprit que l'esclave appelé à devenir libre, c'était moi aussi et que, moi aussi, j'étais rebelle contre ce que Dieu me proposait, rebelle à la grâce.
Cette rébellion quasi instinctive, située très bas dans l'être, ce n'est pas pour autant un déficit de l'intelligence. Mais il y a comme une opacité de la chair sur l'âme, de telle sorte que si Dieu ne nous guide pas un peu - par la bouche de nos maîtres ou par des lectures qui nous tombent "par hasard" sous la main, nous n'entendrions jamais rien (dans le sens que Jésus employait ce mot: "Celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende !")
Il faut tout un exercice dans l'âme, avant que s'ouvrent les yeux et les oreilles de la compréhension spirituelle. Nous sortons véritablement de l'esclavage de la chair et de la raison pour découvrir Dieu et la plénitude. Cela ne m'étonne pas qu'il se passe de grandes choses dans les déserts, et qu'ils soient le lieu du dépouillement autant que de la rencontre. Sans le désert, nous n'aurions pas soif. Sans le désert, nous ne pourrions comprendre que "l'homme ne se nourrit pas que de pain, mais aussi de toute parole qui sort de la bouche de Dieu". Le geste de mon amie Lise, qui avait prié un jour en posant la Bible sur sa tête, je le comprends mieux aujourd'hui. Sa maladie l'empêchait de lire le Livre et d'y puiser un secours, mais elle s'était débattue un peu comme la Syro-Phénicienne devant Jésus en disant: "Mon Dieu, si tu me délivres par ta Parole, alors j'aimerai tout !"
Et à cause de ce cri, sa foi l'a sauvée...