Le Judas de Canavesio et le champ du sang
Publié : dim. 21 déc. 2008, 1:07
Le curé de Tende-la Brigue, Père Avena Benoît, très grand érudit versé dans la spiritualité, publia en 1988 un opuscule intitulé "Symbolique histoire et sagesse des Fresques de la Chapelle Notre-Dame des Fontaines" dans lequel il décrypte le sens occulte des fresques peintes au XVème siècle par Canavesio.
sur les peintures de N.D des Fontaines nous retrouvons la trace de l'Ecclesia spiritualia, l'Eglise invisible de Saint Jean:
Mais surtout Canavesio, génialement inspiré ou initié à une vieille tradition, livre aux chercheurs attentifs la vérité sur le sort de Judas, après avoir dépassé la contradiction évangélique dans laquelle s'embourbe la théologie officielle:
Père Avena a écrit : (...)
Au lecteur de percevoir à travers sa lecture, si Canavesio est un expert dans la composition ordonnée de ses tableaux, ou bien un génial utilisateur de symboles? L'un OU l'autre? Ou l'un ET l'autre? Mais sûrement, tout autre que celui qu'on a voulu voir jusqu'ici: un dessinateur de B.D pour catéchiser des bergers primaires et des rustres montagnards.
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Notre Dame des Fontaines provoque même de nos jours un attrait mystérieux. Les eaux qui jaillissent de l'obscurité profonde de la terre, ou du rocher, pour apporter au dehors la fécondité et la vie, semblent aisément tourner au prodige, lorsque l'on se trouve en présence de celles qui changent de température, de goût, ou d'inattendus débits. Elles évoquent de manière inconsciente les origines du bien, du bonheur et de la pureté. Carl G. Jung assimile la source à l'image de l'âme, aux origines de la vie intérieure, et de toute l'énergie spirituelle. Notre Dame des Fontaines possède sept sources abondantes aux vertus longtemps réputées miraculeuses.
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Cinq ans après l'inauguration des fresques de la nef de N.D des Fontaines, en 1497, le bûcher de l'inquisition s'alluma en place de Brigue, pour y brûler une pauvre femme soupçonnée de sorcellerie. Sous les fers de la torture, elle avait avoué "faire commerce avec le diable".
(...)
Selon les apparences, rien de plus orthodoxe, de plus respectable et de plus conforme aux désirs de la hiérarchie de l'Eglise, à condition de se laisser prendre par les détails du récit, de voir sans regarder et d'enregistrer en se gardant de toute critique. C'est justement ce que nous vous proposons de ne pas faire, afin d'en découvrir davantage.
sur les peintures de N.D des Fontaines nous retrouvons la trace de l'Ecclesia spiritualia, l'Eglise invisible de Saint Jean:
Père Avena a écrit :
Il y a une conclusion et c'est Canavesio qui va nous la donner sous la forme symbolique de Pierre et de l'apôtre Jean. L'apôtre Pierre est décrit sept fois dans les peintures de Canavesio, toujours de manière négative (y compris dans le Jugement Dernier). Le récit s'arrête, alors qu'il pleure sur lui-même. Jean, dix fois, de manière positive, élevée. Jean se transforme, à partir de la Cène, en communiant étroitement à son Maître, par les couleurs de ses vêtements, qui deviendront semblables à ceux du Christ: tunique blanche et manteau rouge. Ils prendront tout leur éclat majestueux, après la mort de Jésus. Alors: Eglise de Pierre, physique, visible dans les papes et les princes de l'Eglise, ou bien Eglise de Jean, invisible, spirituelle, présente au pied de la croix pour recueillir le véritable testament du Sauveur? Au jugement dernier, Pierre serre dans ses mains d'énormes clés; il les brandit comme un sceptre. Jean, mains jointes, comme la Vierge Marie, est l'avocat des pêcheurs. Il y a plus que Pierre et Jean, car l'Eglise du XXème siècle n'est plus celle du XVème. Les prélats ne sont plus les princes d'autrefois. Mais qu'en est-il des puissants?...la nomenklatura a remplacé la noblesse. Les bouffons ont changé leurs costumes et leurs titres, mais toujours continuent-ils leur rôle sérieux de détenteurs du pouvoir, semblables au fou qui devient le Roi pour un jour, confondant un jour et toujours. Les barons-bouffons font toujours leur numéro pour plaire à leur maître, aussi bien dans les médias,les entreprises, la politique ou l'état. Canavesio est toujours plus que jamais, d'actualité.
Mais surtout Canavesio, génialement inspiré ou initié à une vieille tradition, livre aux chercheurs attentifs la vérité sur le sort de Judas, après avoir dépassé la contradiction évangélique dans laquelle s'embourbe la théologie officielle:
Père Avena a écrit :
Le Diable et le Pendu
C'est dans ce Judas pantelant, vidé par ce diable, que tout le génie merveilleux de Canavesio va pouvoir s'exprimer. Ce sont justement les difficultés qui vont l'aider. Voici la première: les deux récits contradictoires pour décrire la fin de Judas. L'un de St Matthieu: XXVII, 5 et l'autre de St Pierre dans Act I, 18. Comme on va le voir, l'un dit presque tout le contraire de l'autre.
Ecoutons d'abord St Matthieu: "Pris de remords Judas rapporta les 30 pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens: "J'AI PECHE EN LIVRANT LE SANG INNOCENT". JETANT ALORS LES PIECES DANS LE SANCTUAIRE, il se retira et s'en ALLA SE PENDRE. Ayant RAMASSE L'ARGENT, les grands prêtres se dirent: "Il n'est pas permis de le verser au trésor, puisque c'est le PRIX DU SANG". Après délibérations, ILS ACHETERENT AVEC CET ARGENT le champ du potier comme SEPULTURE POUR LES ETRANGERS. VOILA POURQUOI, CE CHAMP-LA, S'EST APPELE jusqu'à ce jour "LE CHAMP DU SANG"
Tous les éléments importants sont en majuscules, de manière à les faire bien apparaître.
Nous pourrons les comparer ainsi aux affirmations de Pierre. Mais laissons-lui la parole: Act I,18. "Et voilà que Judas S'ETANT ACQUIS UN CHAMP AVEC LE SALAIRE DE SON FORFAIT, cet homme EST TOMBE LA TETE LA PREMIERE ET A ECLATE par le milieu, et TOUTES SES ENTRAILLES SE SONT REPANDUES. La chose fut si connue de tous les habitants de Jérusalem, que CE CHAMPS FUT appelé dans leur langue "Hakeldama", c'est-à-dire LE CHAMP DU SANG".
Voyons les contradictions:
Matthieu raconte que:
1 - Judas, pris de remords, rapporte l'argent aux grands prêtres.
2 - Il se pend de désespoir.
3- Les prêtres, avec l'argent, achètent un champ pour la sépulture des étrangers.
4 - On appelle ce champ: "Le champ du sang", car c'est celui de Jésus.
Pierre dit:
1 - Judas, loin de se repentir, utilise le salaire de son forfait.
2 - Il se tue accidentellement.
3 - L'achat du champ est fait par Judas pour son usage personnel.
4 - On appelle ce champ le champ du sang, car c'est celui de Judas.
Comment Canavesio va t-il concilier ces deux récits contradictoires? Mais tout simplement selon la doctrine de la Roue en les réunissant.
Le pendu deviendra aussi l'éventré et c'est ce chef d'oeuvre unique en son genre qui sera proposé à nos yeux admiratifs.
Mais il y a bien mieux que cela...Voyons la suite:
D'autres difficultés sont maintenant à résoudre et elles sont de taille. Si Canavesio veut se rallier à la version de St Matthieu, il doit éviter de situer la mort de Judas à l'intérieur du champ. Cette manière semblerait plutôt accréditer la version de Pierre, qui situe la mort dans le champ. Par ailleurs le peintre ne veut pas le décrire dans le "champ destiné à la sépulture pour étrangers", les païens qui ne peuvent avoir part au salut. Voilà une des difficultés.
En voici encore une autre épineuse: Si Canavesio représente Judas mort à l'extérieur du champ, on pourrait supposer qu'il veut le montrer en dehors du "champ, prix du sang du Christ", autrement dit, en dehors du champ du sang rédempteur, du pardon et de la grâce...Mais s'il le peint à l'intérieur, c'est bien que ce champ est celui du sang de Judas...mort accidentellement en châtiment de son forfait (récit de Pierre). Que va faire Canavesio? Il va se rallier à la version de Matthieu, en situant le mort en dehors des murs du champ et ainsi le soustraire à la terre "pour étrangers" au salut. Mais pour faire bénéficier Judas du champ du sang de Jésus, il va le relier à l'intérieur, par un lien: cette corde dont il s'était entouré le cou de désespoir et de chagrin. Corde le faisant solidaire d'un arbre qui plongeait ses racines profondément dans le sol de ce champ. Arbre qui ne pouvait être qu'un olivier. Il fallait représenter, soit un éventré à l'intérieur damné (version Pierre), soit un pendu dehors, sauvé par le dedans (version Matthieu - Canavesio) C'était en somme assez simple et c'est la version retenue, ce qui explique la présence de ce mur, le situant dehors et dedans.
Mais il y a davantage: où trouver un emplacement adéquat dans la nef pour le pendu? ...Mais voyons, Judas le traître, pôle négatif, a été, dès le début intimement réuni, lié à Jésus, ce dernier pôle positif; comme à la Cène l'un au-dessus de l'autre, de même au Jardin des oliviers. Mais la mort de Jésus va tout équilibrer, tout concilier. La preuve: ils sont tous deux, dans cette chapelle, l'un à côté de l'autre, chacun d'eux sur un arbre différent. Le pêcheur sur l'arbre du pardon, le sauveur sur l'arbre des scélérats. Ils ont pris la place l'un de l'autre. Si le sang de Jésus coule à flot de son côté ouvert, on ne sait où il tombe sur le sol. Sans doute, irrigant cette partie de gauche réservée au bon larron et aux anonymes connus seulement de Jésus et du Père. Parallélisme sans aucune opposition, parce que le pardon devait être à la mesure d'une immense compréhension, pour un Pantin indispensable à cette rédemption. Même Jésus l'avait dit: "Ce que tu dois faire, fais-le vite"(Jn XIII, 27); ne s'était-il pas mis à ses genoux pour lui "laver les souillures de ses pieds", (Jn XIII,2)? Ne lui avait-il pas aussi tendu la coupe du vin, du sang versé pour la rémission des péchés (Mtt XXVI,26)? Noeud liant à la colonne au début du procès; noeud reliant à l'olivier, à la fin. Descente aux Enfers à droite et descente aux Enfers à gauche. Soleil sombre au-dessus de l'arbre de la croix, lumière éclatante du jour (par la seule fenêtre existante alors dans la nef de la chapelle de la Passion) au-dessus de l'arbre du pendu.