Bon, si j'ai bien compris... Au Québec, le gouvernement a fait une proposition de programme d'éducation religieuse qui déçoit les croyants pratiquants (catho ou autres) parce que ce cours est empreint d'un relativisme non constructeur, donne une représentation horizontale de n'importe quelle religion, et se contente de les décrire sous l'angle historique. C'est à peu-près ça? Vous êtes en train de passer d'un cours de catéchisme religieux à un cours d'histoire des religions -et des différentes pensées religieuses ou sociales-?
Que cela satisfasse tout le monde sur le point historique, je le conçois, parce que j'imagine qu'au Québec, il n'y a pas que des cathos et des protestants, et que dans les protestants, il y a en plus beaucoup de branches. Que cela reste insuffisant en matière de découverte non pas de faits historiques, mais de découverte d'une foi et d'un rapport intime à Dieu, je le conçois aussi.
Mais alors, si l'état se désengage prudemment du religieux (qui ne nos jours est trop multiple et brûlant), pourquoi ne pas transférer cette découverte de la foi aux familles, qui -à mon humble avis- sont quand même les plus à même à être les plus pointus catéchistes de leur enfant, bien mieux qu'un prof protestant n'ayant aucune accointance avec la Conception Immaculée de Marie et qu se retrouve obligé de parler de ça à des élèves peu enthousiastes (par exemple)? Les élèves ne gagneraient-ils pas à se retrouver en petit groupe, plus intimiste, où tout le monde se connaît, où les tensions et les moqueries sont largement atténuées, autour d'un prêtre, spécialiste du catholicisme s'il en est, en dehors de l'école? Bon, c'est sûr, là, je ne fais que proposer le modèle français, qui mérite à coup sûr son lot de critiques aussi...
Je comprends l'inquiétude des parents et des citoyens devant ce qu'ils considèrent comme un changement majeur, et il est bien connu que tout changement inquiète. Mais autant ce changement signe un air du temps peu propice à la foi, autant ce changement est aussi une opportunité dont il ne faut pas hésiter à s'emparer pleinement pour aller construire ailleurs et en bien mieux ce qui était sabré à l'école depuis longtemps faute de motivation et de foi des profs... non?
Je sens dans ce que je dis que je n'ai pas encore compris toutes les ficelles du problème... Help!
Harald, pour ce qui est de la philo à l'école, oui, ça se fait, avec des enfants à partir de trois ans, mais il s'agit seulement de leur apprendre à réfléchir autour d'une question qui n'a pas de réponse toute faite, pour les obliger à présenter des arguments, à les trier en fonction du fait s'ils sont valides en toute situation ou s'ils ne sont en fait que des exemples particuliers, à les articuler entre eux, en rebondissant et affinant ce que dit le copain, bref, de construire leur pensée. Mais de là à les faire penser sur des finesses de valeurs religieuses... le chemin sera long!
Harald a écrit :Mais ce que je ne comprend pas c'est pourquoi l'éthique et la morale seraient forcément liés à la religion. Par contre effectivement si on commence à dire "ça c'est bien, ça c'est pas bien", il y aura toujours des problèmes par rapports aux diverses religions.
Mais bref, pour en revenir à ma première phrase, ce n'est pas apprendre à être bons et justes qu'il faudrait, mais apprendre qu'on peut être bons et justes, ou non, en expliquant ce que c'est que de l'être ou de ne pas l'être. Mais en fait tout le monde le sait déjà ça, il faudrait savoir pourquoi tout le monde n'essaie pas de l'être alors héhé.
Pour l'aspect moral de l'éducation d'un enfant, une des difficulté est le cadre de cette morale. Pourquoi ne pas taper alors que tous les copains tapent dans la cour pour se défendre? Pourquoi ne pas coucher alors que tout le monde le fait? Allez justifier cela à des enfants de parents qui ne b...... qu'après un film porno, à la façon du porno, et qui n'ont jamais construit le moindre cadre moral autour de leur enfant? Et qui regardent le dit film avec leurs ados...
Les arguments (que j'approuve) pour le respect et la vraie liberté de l'âme et de l'être humain d'un pape ou d'un Cardinal Vingt-Trois là-dedans... ça passe à 100 mètres au-dessus du débat!
Il faut comprendre
qu'aucune morale n'est innée; tout cadre moral, éthique, etc... n'est qu'une construction intellectuelle de l'être humain, issu de millénaire de traditions et d'expériences, et qui a fini par se retrouver "cadre moral" ou loi parce que la majorité a voulu voir cet arrangement perdurer parce que ça leur garantissait un confort et une sécurité appréciable (et pas une liberté, quoi qu'on en dise). C'est pour cela, parce que l'humain se centre sur sa survie et le confort de cette survie, que nos cadres changent sans cesse, et qu'ils changeront d'autant plus vite que la technologie sert d'autant plus puissamment cette survie et ce confort. On sent bien alors les dérives possibles de ce cadre moral, qui peut à tout moment devenir un beaucoup moins "moral" justement.
C'est ce que Victor Hugo dénonce dans ses deux livres "Le dernier jour d'un condamné" ou "Claude gueux", quand il expose qu'un homme nourri physiquement, nourri intellectuellement et nourri spirituellement est un homme sain, protégé de la délinquance.
Mais justement, il pose le cadre spirituel au-dessus des deux autres cadres, parce que ce cadre spirituel est méta-humain, pérenne, divin, valable pour tous et toutes les époques; c'est un repère fixe, axé sur l'amour et la liberté de tous. Il s'oppose à une réflexion athée du cadre légal; tant que religion et loi se mêlent, l'être humain se délivre de lui-même, si la valeur religieuse disparaît du cadre légal, la porte est ouverte à des dérives (sans dériver systématiquement peut-être, mais en l'absence de tuteur, une valeur est moins protégée...)
Pour en revenir à nos enfants, ils ne possèderont de sens moral que si ce sens est dûment et solidement
construit dès l'instant où ils ouvrent les yeux sur le monde.
Il dépendra étroitement des valeurs des parents et de leurs enseignants.
Il n'aura de lumière religieuse que si on laisse cette lumière les baigner abondamment.
Voilà pourquoi l'absence de religion est si dangereuse à terme sur l'être humain et pourquoi la religion est si gênante pour certains.
Voilà pourquoi espérer que quelqu'un, un enfant, se construira tout seul son sens moral est de la pure utopie, c'est en fait le plus contraignant et le plus important travail d'apprentissage de l'enfant.
Pour être honnête et bon, ils faut vivre et connaître ces valeurs par un ressenti nourri et épanouissant, il faut ensuite retenir ces valeurs en ayant envie de les faire durer et fleurir dans sa vie. Tout ça, ça fait des tas de raisons pour lesquelles l'être humain en est toujours à se débattre entre bonté et survie, honnêteté et confort, Dieu et lui-même.