Bonjour à tous
Cette discussion m’intéresse, mais je suis à la bourre ces temps et je ne peux y dévouer que quelques minutes volées à des tâches alimentaires. Je réponds ici en désordre à quelques idées glanées sur les deux fils de discussion, en priant les auteurs de m’excuser de ne pas citer leur nom.
Je crois qu'il faut en finir avec la liaison qui est souvent faite entre "pouvoir" et "coercition". Tour pouvoir est nécessairement coercitif et libérateur si nous concevons la liberté comme un mécanisme.
‘Le pouvoir libérateur’ Voilà un bel exercice de novlangue. De quoi d’autre peut-on se libérer en société, sinon du pouvoir ?
Pour libérer un objet d'un étau je dois forcer cet étau à sortir de son état initial
Rousseau disait qu’il fallait forcer les hommes à être libres et les mauvais éducateurs pensent qu’il faut forcer les enfants à sortir de l’ignorance. Mais Rousseau fut l’inspirateur de bien des terroristes et il faut toute l’arrogance des hommes de l’Etat pour traiter leurs sujets comme des enfants.
N’y aurait-il pas d’autres éveilleurs dans la société que les hommes en bleu et en bottes ? Quid des églises, des philosophes, des artistes, et tout simplement des ainés ?
la seule solution qu'ils ont pour abandonner la coercition, c'est de réhabiliter l'exil
Non, la solution pour abandonner la coercition c’est d’abandonner la coercition. On n’atteint la liberté que par la liberté
Et au nom de quoi, s’il vous plaît, sinon de la plus violente coercition, obliger quelqu'un à quitter ses parents, ses amis, ses biens, son emploi, le lieu de ses souvenirs et prendre le chemin de l’exil ?
Je suis autant français que n’importe quel autre français. Pourquoi est-ce moi qui doit partir et pas l’autre ? Réponse : parce qu’il a le pouvoir politique et pas moi.
Cela signifie que la politique est action. Et la politique c'est l'action dans l'espace public. L'espace public ça n'est pas un jardin ou balcon, l'espace public c'est le lieu dans lequel nous agissons au regard d'autrui et envers autrui, inscris dans un passé commun et un futur dont il faut nous soucier.
Oui, j’avais bien compris la première fois. Se marier, c’est agir au regard d’autrui et envers autrui, et inscrire cette action dans un passé et un futur dont il faut nous soucier. Avoir des enfants aussi. Travailler aussi. Et voter. Et construire une maison. Se syndiquer. Evangéliser. Fonder une entreprise. Publier. Bref, tout est politique. Je vous l’ai dit, vous commettez la même erreur que BLJP, et en ne distinguant pas ce qui fait l’essence de la politique, vous vous rendez incapable de la comprendre.
Christian
A l’horizon de chaque débat politique, il y a l’ombre du policier. Si elle n'y est pas, on ne parle pas politique, on discute de philosophie.
Jean-Baptiste
Le politique est précisément le lieu de la parole libre. Partout où la parole n'est pas libre, il n'y a pas de politique. Ce que vous décrivez ça n'est pas la politique, c'est son absence !
Comme Aristote et Arendt, vous êtes incapable de penser une société sans violence légalisée contre des innocents. Comme si la liberté était une concession du pouvoir. Mais la liberté, au contraire, précède le politique. Ontologiquement et historiquement. C’est le politique qui la viole, non pas lui qui l’institue. Nous sommes l’exemple qu’il peut y avoir une parole libre et qui discute de affaires de la cité, mais qui n’est rigoureusement pas politique. Car notre échange n’a pas pour but de décider qui prendra le pouvoir sur l’autre. Lorsque nous serons lassés du débat, nous retournerons chacun à nos affaires.
Si l’un a converti l’autre, la vie de celui-ci sera changée. Par la parole, pas par la législation.
Si le corps social a atteint dans sa quête de l'idéal à l'idée que c'était mauvais pour le corps social, alors selon le même principe, il doit en informer parfaitement et rationnellement ses membres, et si ceux-ci, informés mais n'arrivant pas malgré eux à cesser ce comportement, en appellent à une délivrance, alors mettre en œuvre les procédures permettant cette délivrance.
Oui, c’était la fonction des camps de rééducation et des hôpitaux psychiatriques en URSS. Il s’agissait de libérer l’objecteur de ses erreurs.
le problème reste celui du rapport que nous entretenons, nous autres modernes, avec l'autorité
Encore une fois, on ne peut prononcer une telle phrase dans le contexte de cette discussion que pour n’avoir pas compris l’essence du politique. Il existe sans doute un problème d’autorité. Mais ne vient-il pas de l’envahissement par le pouvoir de tout ce qui devrait être du domaine de l’autorité ?
Le Pape parle avec autorité. Il doit fonder son discours sur un appel à la vérité que la raison humaine peut connaître. Le ministre n’a pas besoin d’autorité. Il a le pouvoir politique. Il signe un décret. Les contrevenants seront punis. Fin de l’exercice.
l'oppression de l'opinion n'est pas dictatoriale, elle est, je crois, totalitaire.
L’opinion publique est très largement fragmentée, ce qui permet d’explorer les voies de l’avenir en confrontant les divers courants et en permettant aux gens d’adopter différents styles de vie et tester celui ou ceux qui sont les plus prometteurs. Ce que justement le politique vise à interdire, puisque la même loi contraint tout le monde.
Il n’y a d’unanimisme qu’à de très courts moments (les ‘foules en fusion’ de Sartre). Il est important que ces emportements de l’opinion ne trouvent pas de relais politiques, qui les cristalliseraient et traduiraient une brève passion par des lois et des institutions pérennes.
Dès lors que vous ne considérez l'autorité politique que comme une force coercitive - donc opposée à la liberté -, vous ne pouvez que souhaiter sa disparition. Mais l'autorité politique ne s'exerce légitimement qu'en vue du bien commun, entre autre pour protéger les droits - dont celui à la liberté - des citoyens. A l'état "apolitique", la loi commune est la loi du plus fort, où chacun peut avoir une morale mais elle n'engage que lui. Dans l'état politique, une morale est imposée non à la conscience individuelle mais aux comportements sociaux.
Vous avez compris le problème, Christophe. Le pouvoir politique est forcément coercitif et on ne peut que souhaiter sa disparition.
Vous lui assignez cependant un rôle qui le légitimerait : assurer le Bien commun. C’est une bonne piste. Pour entraîner complètement notre accord, il faudrait que vous définissiez le Bien commun. Pour moi, c’est le Droit. J’ai déjà démontré plusieurs fois sur ce forum pourquoi le Droit de propriété était le Bien commun de l’humanité, je n’y reviendrai pas ici. Mais vous ne partagez pas cette vision, semble-t-il. Quant à l’Eglise, je constate que cette notion de Bien commun, qu’elle avance si souvent et à raison, ne fait même pas l’accord des théologiens dès qu’on sort des généralités inopérantes.
Voulez-vous qu’on explore ce que peut bien signifier, en pratique, le Bien commun ?
Bonne journée à tous
Christian