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Procès Courjault : la barbarie d'une société ?

Publié : ven. 19 juin 2009, 11:44
par Raistlin
Ci-dessous un billet de Patrice de Plunket sur son blog :
Procès Courjault : un verdict libéral – Phrase effrayante d'un des avocats - D'où vient l'idéologie de l'époque
Les portes de la barbarie froide sont ouvertes :



Meurtrière de ses trois bébés, Véronique Courjault vient d'être condamnée à la modique peine de huit ans d'emprison-nement : verdict qui la rend libérable à brève échéance. Le jury a choisi un moyen terme entre le réquisitoire de l'avocat général et la plaidoirie de Me Henri Leclerc.

Mais la phrase symptomatique a été prononcée par un autre avocat. Des millions de téléspectateurs l'ont entendu déclarer : « Puisque Véronique Courjault n'était pas enceinte dans sa tête, elle ne l'était pas dans son corps ». Cette phrase ouvre la porte de la barbarie froide.

Charles Péguy disait qu'il y a deux barbaries dans l'Histoire : celle d'avant, qui permet tous les progrès ; et celle d'après, qui ne laisse pas d'avenir.

Dans l'Antiquité païenne, le nouveau-né n'obtenait droit à la vie que lorsque le père l'avait officiellement reconnu en le plaçant sur son genou devant le clan réuni. Si le père le rejetait (au nom du clan), le bébé était jeté aux chiens. C'était la barbarie d'avant.

Dans la société ultralibérale, où nous serons enfermés quelque temps encore, la mère aura le droit de supprimer le nouveau-né si elle le rejette au nom de ce qui se passe dans sa tête à elle. L'enfant n'aura pas d'existence objective. Ce sera la barbarie d'après.

Entre l'avant et l'après, il y a eu la lente émergence du droit de la personne : les historiens savent (et les journalistes ignorent) que ce fut une invention chrétienne. Ce droit a commencé à disparaître au XXe siècle, le jour où le psy-business a imposé l'idée que l'enfant à naître n'existait que s'il était validé (dans l'esprit de ses géniteurs) par un « projet parental » ; mais qu'en l'absence de ce « projet », le foetus perdait son existence objective. Cette théorie légitimait tout. On sait à quoi elle a servi. Maintenant elle se développe : outrepassant la frontière du prénatal, elle conquiert le postnatal. Des avocats, des psy, des journalistes, des jurés, bientôt la société entière (ou presque) admettront l'infanticide. C'est le résultat du subjectivisme illimité, qui justifia la théorie du « projet parental », et qui justifie maintenant celle du « déni de grossesse » avec déni d'infanticide.

Mais on ne peut pas s'en tenir à constater ce processus. Il faut en identifier les causes. Le subjectivisme en bioéthique n'est qu'une des variantes du subjectivisme global (« je ne veux connaître que mes pulsions »), qui est l'idéologie de la société consumériste.

Sa cause est donc économique et commerciale, dans une société où l'économique s'est substitué à tout et notamment à l'éthique.

Aucun échappatoire, aucune esquive ne peut contourner cette évidence. Le combat contre les moeurs nouvelles – la « barbarie d'après » – n'est honnête que s'il identifie l'ennemi à combattre (sinon ce n'est que tartufferie moraliste). Quel est cet ennemi ? Le monstre économique, qui a envahi la société des humains et qui leur ronge l'âme après leur avoir mangé le cerveau. A ceux que les nouvelles moeurs révoltent, conseillons la lucidité. L'inéluctable est en train de s'installer autour de nous, mais cette installation sera éphémère : elle torturera la nature humaine et l'humanité se révoltera, tôt ou tard. Elle cherchera une autre vision de la vie. Ce sera l'heure des chrétiens. Leur devoir est de s'y préparer dès maintenant.

Re: Procès Courjault : la barbarie d'une société ?

Publié : ven. 19 juin 2009, 13:02
par Pneumatis
« Puisque Véronique Courjault n'était pas enceinte dans sa tête, elle ne l'était pas dans son corps »
:mal: :mal: :mal: :mal:
Comment peut-on dire des absurdités pareilles ? Après la négation de la vérité, la négation de la réalité : nous plongeons dans la schizophrénie générale. C'est à devenir fou soi-même.

Re: Procès Courjault : la barbarie d'une société ?

Publié : ven. 19 juin 2009, 13:47
par Harfang
"Je pense donc je suis"... :/

Re: Procès Courjault : la barbarie d'une société ?

Publié : ven. 19 juin 2009, 13:56
par Pneumatis
Harfang a écrit :"Je pense donc je suis"... :/
Oui avec une "légère" dérive de ce cartésianisme duquel on voudrait se revendiquer qui donne plutôt aujourd'hui : "Je te pense donc tu es - je ne te pense pas, donc tu n'es pas".

Re: Procès Courjault : la barbarie d'une société ?

Publié : lun. 22 juin 2009, 17:48
par zélie
Mais cette femme, plus que d'autre chose, ne relève-t-elle pas de la psychiatrie? Quand l'avocat lance cette fameuse phrase, ne fait-il pas référence au fait psychiatrique plus qu'au fait criminel? Cette femme n'a-t-elle pas tué parce que justement "quelque chose" ne tournait pas rond "dans sa tête"?
A partir de là, je m'étonne d'une peine de prison de huit ans et point. J'attendais un internement et des soins. Parce qu'à considérer un tel acte issu d'un personne normale, ne relevant pas de la psychiatrie, on donne de fait à cet acte un statut de possible dans la normalité, et c'est là qu'est la schizophrénie sociétale: se scandaliser d'un acte, normalisé par le regard qu'on porte sur lui.
Alors qu'il est évident, enfin j'espère, qu'un tel acte est totalement hors de toute norme acceptable socialement, même baigné dans une infinie compréhension, et que pour prévenir d'autres déviances, d'autres manifiestations inacceptalbes, il faut que la génitrice niante soit soignée au long cours.
Devant un tel cas, je trouve que la prison n'a pas sa place en tant que système pédagogique ou thérapeutique, et que cet emprisonnement entretient le flou de la limite de la normalité d'un tel acte.

Re: Procès Courjault : la barbarie d'une société ?

Publié : lun. 22 juin 2009, 17:54
par Cgs
Pneumatis a écrit :
Harfang a écrit :"Je pense donc je suis"... :/
Oui avec une "légère" dérive de ce cartésianisme duquel on voudrait se revendiquer qui donne plutôt aujourd'hui : "Je te pense donc tu es - je ne te pense pas, donc tu n'es pas".
Bonjour,

Cela est très bien résumé, Pneumatis. Ca ne vous rappelle rien ? L'homme se croit créateur et prend par son incroyable suffisance la place de Dieu. On le sait, cela finit mal...

Cordialement,