jeanbaptiste a écrit :Mais comment discerner entre les pratiques occultes et des dons qui pourraient venir de Dieu lui-même ? Les Apôtres n'ont-ils pas guéris par imposition des mains ?
C'est très difficile et c'est surtout un discernement à faire
en Eglise. Certainement pas tout seul.
Si on est soi-même doté de certains dons extraordinaires (ne parlons pas de surnaturel tant que nous ne pouvons pas l'affirmer) il convient de le confesser, d'entamer une direction spirituelle et de s'abandonner dans la plus parfaite obéissance à son directeur spirituel. Comme cela a déjà été dit maintes fois sur ce forum, il faut se rappeler la petite phrase de Sainte Faustine : la seule vertu que le démon ne peut imiter est l'obéissance. J'ajoute un conseil d'un théologien qui a bien connu aussi ces problématiques liées aux dons (clairvoyance, clairaudience, guérison, ...), reprenant lui-même un conseil de Sainte Thérèse d'Avila (qui a eu fort à faire avec le monde invisible) : il faut préférer un directeur spirituel même des plus détestables, pourvu qu'il soit des plus qualifiés en théologie.
Après c'est beaucoup plus délicat quand ce n'est pas vous qui avez le don, mais quelqu'un d'autre et qu'il s'en sert pour votre bien. Là vraiment le discernement est très compliqué (*). Donc j'ai du mal à ne pas vous dire qu'il faut juger sur la personne... un peu à l'exemple de ce que nous dit Coeurderoy avec son rebouteux. Parce qu'au-delà de ça, il y a bien des critères de discernement, mais il sont extrêmement difficiles à évaluer. D'abord ça demande une bonne connaissance du monde invisible et de ses mécanismes, ce qui est assez rare, malheureusement, dans l'Eglise. Ensuite pour ne pas confondre les dons de guérison avec les charismes des saints et des apôtres, dont nous parle d'ailleurs Saint Paul, il faut se rappeler que :
- un charisme de guérison est toujours d'origine surnaturel, jamais préternaturel (a priori : car c'est une conclusion tirée de mes recherches personnelles) : les dons préternaturels permettent des choses extraordinaires, mais une guérison est soit parfaitement naturelle soit surnaturelle. Si donc elle est extraordinaire, elle est soit magique, c'est-à-dire naturelle mais soumise à une influence occulte (c'est pas bon), soit strictement naturelle mais pas expliquée (c'est bon), soit surnaturelle (c'est super).
- un charisme de guérison n'a pas vocation à guérir le corps, mais à guérir avant tout l'âme. On reconnait une guérison surnaturelle à ce qu'elle converti le coeur de celui qui guéri, et la guérison du corps ne vient que "manifester" cette conversion. C'est un des critères majeurs de discernement utilisé notamment dans l'authentification des miracles à Lourdes.
- Pour prolonger l'idée, les guérisons surnaturelles ont du sens : autrement dit, les dons surnaturels de guérison ne font pas dans la bobo-logie. Résurrection, guérison de paralysie, de grosses maladies de coeurs, de maladies incurables, de fortes fièvres, etc... bref des choses qui ont du sens autant que la maladie peut en avoir elle aussi. Cela enseigne quelque chose, et cela constitue un témoignage de foi et d'espérance.
Voilà en gros ce qu'on peut dire pour discerner un simple don magique et un don surnaturel. J'ajoute que l'Eglise se montre très prudente et qu'il nous faut suivre son exemple. Donc avant de se dire, par confort, que tel don est un don de Dieu, il est bon d'y réfléchir à deux fois. Mais cela vaut aussi pour ceux qui seraient tentés de condamner hâtivement (**).
Maintenant, une petite réflexion biblique sur la question : dans les Actes des apôtres il nous est raconté l'histoire de Simon le magicien. Voilà quelqu'un qui confondait le don de la grâce avec les sciences occultes. Il faut voir, dans les Actes de Pierre (apocryphe) je crois, le détail du combat qui est mené contre Simon le magicien... Bref, c'est intéressant de voir qu'il porte le même nom que l'apôtre : il est en quelque sorte son alter ego de l'ombre. Simon le magicien est l'archétype du gnostique, du sorcier païen au franc-maçon en passant par les occultistes-kabbalistes-chrétiens-réformés et leurs loges occultes. Il n'a pas grand chose à voir avec un rebouteux de nos campagnes. Cependant nos campagnes souffrent, comme dans certains pays animistes (comme le Kenya dont je parlais), d'être restés accrochés à des traditions magiques, païennes, que la culture chrétienne est venu habiller, mais qui reste de la magie, qu'elle soit noire ou blanche. Mettre une bougie d'une couleur précise et réciter un chapelet à une heure précise pendant 9 jours en lune montante et quand Vénus est en Verseau pour obtenir une guérison, c'est de la magie blanche. Ca n'a rien d'une prière. Dire un Ave Maria à l'envers pour faire tourner le lait, c'est de la magie noire (qui ne sert à rien cela dit !). J'en ai encore récemment parlé avec mon directeur spirituel : certaines pratiques de neuvaines sont tout simplement suspectes, et c'est parfois la manière dont on les aborde ou dont on les pratique qui en fait soit des prières soit des rituels magiques. Avec la magie noire, le discernement est simple : c'est nuisible, c'est fait pour faire du tort. Le problème c'est que, à l'image de Simon le mage, plutôt que d'en appeler à la grâce, petit à petit on a repris le tissu chrétien pour en faire une "contre-sorcellerie" (magie blanche). Ou, sans rentrer dans les détails historiques, disons plutôt qu'il s'est formé une sorte de syncrétisme entre traditions païennes et pratiques chrétiennes. Mais cette magie là est tout aussi mauvaise sur le plan spirituel, même si elle semble faire le bien ou, dit autrement, lutter contre le mal. La fin ne justifie pas les moyens !
Voilà, désolé d'avoir été si long. Il y a encore beaucoup à dire sur les guérisons extraordinaires, et il faudrait aborder les paradigmes de la médecine orientale aussi, et voir comment il est difficile de faire la différence entre ce qui est simplement une limite de notre science occidentale et une science véritablement occulte : qu'en est-il de l'acupuncture, de la réflexologie, ou encore de toutes les médecines traitant du ki, ... ? Ceci nous parait totalement extraordinaire, mais il n'est pas exclu qu'un jour nous puissions les théoriser selon des approches tout à fait positives du corps humain (j'y travaille d'ailleurs un peu depuis quelques années, car ce sujet me passionne, mais cela reste très superficiel).
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(*) Pour exemple, ça va vous paraitre idiot, mais le jour où on m'a conseillé d'aller voir un hypnotiseur pour arrêter de fumer (on m'avait dit, tu vas voir il est génial, ça marche super bien), bien qu'ayant fait des études de psychologie et donc connaissant assez bien le monde de l'hypnose, il a fallu que je pose un minimum de questions au monsieur sur sa spiritualité et sur ce qu'était pour lui l'hypnose. Au final ça n'a pas du tout marché (il devait être à peu prêt aussi doué que moi) et j'ai du me débrouiller tout seul.
(**) Concernant cette prudence, je rappelle rapidement l'histoire de la chasse aux sorcières : dans un monde à culture catholique, très patriarcal et où seuls quelques hommes hauts placés s'arrogeaient le droit d'exercer des compétences médicales, il a été très mal vu que des femmes, dans les campagnes, usent de vieux remèdes traditionnels à base de plantes, et autres techniques qu'on ne comprenait plus. Elles ont payé cher cette concurrence, accusées pour beaucoup de sorcellerie et lynchées ou brulées par la vindicte populaire sans d'autres formes de procès. Il y a eu aussi des cas avérés de sorcellerie, mais très rares, et pour le savoir il a fallu exercer tout le discernement de l'Eglise (par la sainte inquisition qu'on a tant sali). Les lynchages et buchers populaires ont été l'exemple même d'un manque de prudence, de peurs et d'ignorance, associé à un orgueil qui refusait que des paysannes soient plus qualifiées en médecine que des gentilshommes de bonne famille. Et comme d'habitude, on a ensuite mis ces errances sur le dos de l'Eglise.
Mais il n'est pas besoin de concurrence, ni de remonter au moyen âge pour assister à ces tragédies. L'année dernière, dans un village du Kenya, 11 personnes ont été brulées dans leurs maisons par des villageois parce qu'on les soupçonnait de sorcellerie. Il y avait bien des cas avérés de sorcellerie, le chef du village avait, la veille, réuni les personnes en les enjoignant à se dénoncer. Certaines s'étaient dénoncées, et le chef du village avait appelé à ne pas les toucher. Mais la nuit qui a suivi leur a été fatale. Ce n'est pas un cas isolé, et le Kenya est tristement connu pour ses sorciers, puisque des dizaines de victimes, accusées de sorcellerie, avaient déjà été tuées dans les années 90. On accus souvent les missionnaires d'avoir aculturé l'Afrique en voulant évangéliser, et d'avoir fait disparaitre une spiritualité pour imposer la spiritualité et la culture occidentale, mais il faut aller voir là-bas comment l'évangile les a délivré de cette peur permanente des sorciers animistes et des "esprits de la nature" auxquels on les soumettait.