par Virgile » lun. 07 déc. 2009, 8:00
Pneumatis a écrit :C'est très intéressant votre analyse Virgile, parce que, en tout cas pour moi, vous commencez à mettre un visage théologique sur ces dérives post-conciliaires dont on a voulu faire porter le chapeau au concile et aux pères conciliaires : n'y aurait-il pas, dans ce que vous décrivez, en filigrane, ce que l'Eglise a elle-même condamné avec pourtant de grandes difficultés pour le faire sur le plan doctrinal : la théologie de la libération ?
On sait que l'Eglise a condamné la théologie de la libération pour d'obscure raisons théologiques, avec des noms de concepts barbares, décrivant le fait que dans la théologie de la libération on mettait trop l'accent sur la force libératrice qui vient d'en bas (des hommes), et qu'on faisait simplement passer en second la force libératrice qui vient d'en haut (de la grâce). Bien malin celui qui, n'étant pas un fin théologien, aurait pu trouver quelque chose à dire à la doctrine : condamner le fait de voir un peu trop l'homme dans Jésus et un peu pas assez Dieu, ça semble pour le moins approximatif.
Ce qui était beaucoup plus clair c'était les ressemblances entre l'application de la théologie de la libération et les idées marxistes de révolution et de lutte des classes. Ca gênait clairement. Mais tant que ce n'était que des ressemblances et qu'il n'y avait pas les mêmes prétentions de réalisation politique, on ne pouvait trop rien dire. Alors sur le plan doctrinal il a fallu creuser. Et puis que pouvait-on dire : les fidèles de cette nouvelle approche n'économisaient pas leurs forces pour s'opposer aux gouvernements des riches et faire par le bas leur révolution au service des plus pauvres. La théologie de la libération, révolution politique orchestré par des ecclésiastiques en somme, a même ses martyrs. Mais Joseph Ratzinger n'étant pas dupe, tout en félicitant ceux qui sont à l'oeuvre au service des plus pauvres, n'a pu que condamner ceux qui pronaient : le pain d'abord, la parole ensuite.
Ainsi j'ai l'impression, en vous lisant Virgile, que là où on a fait porter le chapeau au Concile et aux pères conciliaires, de dérives inqualifiables, on le doit probablement plus à ceux qui auraient cédé aux sirènes du marxisme ; marxisme qui correspond bien à l'époque qui nous occupe, dont on connait bien la perversion, et pour lequel il est plus cohérent d'envisager qu'il ait eu de graves nuisances pour ceux qui l'ont approché, plutôt que de chercher l'origine de ces nuisances dans les lignes d'un saint concile.
N'est-ce pas cela qui se révèle doucement sous votre analyse, cher Virgile ? C'est en tout cas ce à quoi votre analyse m'a conduit, qui me semble plutôt tenir debout, et je vous en remercie.
Cher Pneumatis,
bien désolé de répondre aussi tardivement à ce que vous écrivez sur la théologie de la Libération...
Sur son origine européenne, et plus spécifiquement française, et pour faire très simple : on peut aller regarder du côté des relations entretenues entre certains mouvement de l'Action catholique en France avec le marxisme et remonter jusqu'à avant la Seconde guerre mondiale... d'autre part, le frère dominicain Gustavo Gutierrez, auteur de la
Théologie de la libération, s'est inspiré d'un livre qui fut assez connu en son temps :
Les Pauvres, Jésus et l'Église.
Ce livre était le fruit de l'expérience d'un prêtre français, Paul Gautier, qui avait fondé en Israël dans les années 50, la "communauté des compagnons et compagnes de Jésus Charpentier", et qui avait participé ensuite aux travaux préliminaires du concile Vatican II – en particulier lors de la rédaction de Lumen Gentium.
Paul Gautier estimait, à partir d'une lecture originale (à l'époque) de la tradition prophétique de la Bible et de l'Evangile, que les pauvres devaient "prendre conscience » de leurs droits et se libérer au nom de la foi. C'est après la lecture de cet ouvrage qu'un certain nombre d'évêques, pas seulement européens, fondèrent le mouvement de "l'Eglise des pauvres".
"L'option préférentielle pour les pauvres" qui fut développée par Gutierrez et par Léonardo Boff, et qui est devenue ensuite la théologie de la Libération, a ainsi une origine française, mais pas seulement... il y aurait, bien entendu, de nombreuses autres influences à discerner, on pourrait revenir sur le marxisme, mais ce n'est pas forcément le sujet de ce fil.
Pour revenir à autre chose : je n'ai pas utilisé les termes "marxisme", "marxistes", ou encore "théologie de la Libération" pour une bonne raison : peu importe au fond quelle était la "grille de lecture" des clercs ou des laïcs dont il était question dans mon message.
Ce qu'ils pensaient, comment ils le pensaient et pourquoi serait impossible à résumer en seulement quelques lignes. L'examen du "bouillonement intellectuel" dont parle touriste, permettrait certainement d'expliquer un grand nombre des perplexités qui sont les nôtres aujourd'hui et dont nous ne saisissons pas la logique parce qu'il nous manque un "contexte" qu'il est très difficile de reconstituer.
Il est indéniable, je ne le nie certainement pas, que l'Eglise ait connu une effervescence intellectuelle, théologique et pastorale remarquable à cette époque et difficilement imaginable aujourd'hui. Il est indéniable que ce qui a résulté de cette effervescence intellectuelle ne se limité pas à du "dégats". Je voudrais aussi signaler à touriste que que je n'ai pas réagi pour le contredire dans la réponse qu'il a apporté, ou même "contre" ce qu'il a écrit - ce qui n'apparaît sans doute pas assez clairement dans mes propos.
Sans trop caricaturer, et encore une fois pour faire vite, je voulais simplement souligner qu'il y a toujours eu des gens pour s'amuser à organiser des idées simplistes en système fermé. Le thomisme de certains en est un bon exemple. Le " traditionalisme" d'autres procède exactement de la même veine. Je ne parle pas du "marxisme" et de toutes ses variantes, qu'il était de bon ton de professer dans les années 60 et 70... parfois encore aujourd'hui.
Appliqué à la pastorale – mais pas seulement à elle, ce genre d'attitude permet de se livrer à différentes petites malversations : fixation du moi sur des évidences "claires comme le jour" qui servent de "preuves définitives", cohésion artificielle de groupes "autonomes" autour d'une "autorité indiscutable" et "autoproclamée" ; exclusion des " éléments douteux", des "suspects", de ceux qui n'ont pas pris le "tournant intellectuel" et ne vont donc pas dans le "sens de l'histoire" ; protestations litaniques à l'égard d'injustices supposées (ou réelles...) d'un présent par ailleurs imaginé plutôt que vécu ; dénonciations fallacieuses et omniprésentes d'un passé imaginaire et irrémédiablement affreux ; prétentions diverses au "vrai ultime" de toute l'histoire ; projections utopiques sur un avenir forcément radieux ou forcément apocalyptique... etc.
Le titre de ce fil est trompeur: s'il y a eu des dérives, ce ne sont pas spécifiquement des dérives de l'après-concile. Ce sont plutôt les dérives de tout un monde ecclésiastique qui vivait dans un état de fascination intellectuelle devant ce qu'il pensait être la "modernité" et que l'on a du mal à s'expliquer aujourd'hui. Un monde ecclésiastique qui avait été marqué sans doute, au moins spirituellement, par la défaite de 40, l'abandon de l'empire français, la disparition du monde rural, etc., bref, la fin définitive d'une époque dont nous ignorons presque tout et qui leur semblait appartenir à un "âge de ténèbres".
On peut trouver d'autres explications... mais rien ne peut excuser ou justifier les méthodes "staliniennes" qui eurent pour objectif déclaré d'"épurer" l'Eglise de ses chrétiens "sociologiques" et autres "petits-bourgeois".
Pour mettre d'accord tout le monde je vais enfourner dans le même sac les "progressistes", "intégristes" et les "-istes" de tous poils qui voudront bien se reconnaître et qui prétendent avoir toujours le dernier mot sur la vérité de tout qu'ils ont eux-même bricolé. Peu importe les étiquettes et les idées générales du débat dans l'abstrait si cher à la mentalité française: tous me font irrésistiblement penser à Jean-Pierre.
Déjà doté d'une remarquable intelligence, Jean-Pierre avait de surcroît reçu une excellente éducation. Son père, un honorable et très catholique pâtissier de Chartres, avait fait tous les sacrifices nécessaires pour que son fils reçoive cette excellent éducation. Jean-Pierre donc, élevé dans le catholicisme et pieux garçon, devint un jeune homme très brillant, un "intellectuel", une sorte d'avocat ou de clerc avec beaucoup de temps libre et pleins d'idées nouvelles... surtout, il devint un fervent lecteur de Voltaire, de Diderot et de Jean-Jacques Rousseau.
Ce qui est amusant avec Jean-Pierre, c’est moins son évolution politique ou intellectuelle que son évolution patronymique.
Sous l'Ancien Régime, notre Jean-Pierre, de simple "Brissot" qu'il était, se faisait appeler "Brissot de Warville"... puis, un peu plus tard, pour simplifier sans doute "monsieur de Warville". Lorsque survint la Révolution, "monsieur de Warville" laissa la place au moins compromettant "Brissot", auquel succèda très vite et pour peu de temps un plus tonitruant "Brutus-Brissot", métamorphosé peu après en "citoyen Brissot" qui lui même fut effacé tout à la fin sous le terrible "sans-culotte Brissot"...
Jean Pierre Brissot, chef de la faction des Girondins, fut guillotiné le 31 octobre 1793.
Tout cette évolution patronymique pour finir sur l’échafaud...
Bref, tout cela pour dire qu'il y a eu et qu'iil y a encore bien des manières dans l'Eglise catholique de se faire appeler "Rabbi". Les problèmes d'hier n'ont pas forcément disparu avec hier...
A mon avis, qui n'est qu'un avis, au jour du jugement, Dieu prendra un intérêt évident à découvrir ce que furent nos petites idées personnelles sur la bonne marche de la société ou de l'Eglise... il est probable que cela l'ennuira assez vite et qu'Il préferera scruter "à la loupe" d'autres textes que nos "vulgates" personnelles.
Quelle sera sa sentence, lorsqu'il verra ce que nous avons vraiment eu dans le coeur et quels furent tous ces comportements invraisemblables dont nous nous sommes rendus coupables à cause de notre orgueil?
Amicalement.
Virgile.
[quote="Pneumatis"]C'est très intéressant votre analyse Virgile, parce que, en tout cas pour moi, vous commencez à mettre un visage théologique sur ces dérives post-conciliaires dont on a voulu faire porter le chapeau au concile et aux pères conciliaires : n'y aurait-il pas, dans ce que vous décrivez, en filigrane, ce que l'Eglise a elle-même condamné avec pourtant de grandes difficultés pour le faire sur le plan doctrinal : la [u]théologie de la libération[/u] ?
On sait que l'Eglise a condamné la théologie de la libération pour d'obscure raisons théologiques, avec des noms de concepts barbares, décrivant le fait que dans la théologie de la libération on mettait trop l'accent sur la force libératrice qui vient d'en bas (des hommes), et qu'on faisait simplement passer en second la force libératrice qui vient d'en haut (de la grâce). Bien malin celui qui, n'étant pas un fin théologien, aurait pu trouver quelque chose à dire à la doctrine : condamner le fait de voir un peu trop l'homme dans Jésus et un peu pas assez Dieu, ça semble pour le moins approximatif.
Ce qui était beaucoup plus clair c'était les ressemblances entre l'application de la théologie de la libération et les idées marxistes de révolution et de lutte des classes. Ca gênait clairement. Mais tant que ce n'était que des ressemblances et qu'il n'y avait pas les mêmes prétentions de réalisation politique, on ne pouvait trop rien dire. Alors sur le plan doctrinal il a fallu creuser. Et puis que pouvait-on dire : les fidèles de cette nouvelle approche n'économisaient pas leurs forces pour s'opposer aux gouvernements des riches et faire par le bas leur révolution au service des plus pauvres. La théologie de la libération, révolution politique orchestré par des ecclésiastiques en somme, a même ses martyrs. Mais Joseph Ratzinger n'étant pas dupe, tout en félicitant ceux qui sont à l'oeuvre au service des plus pauvres, n'a pu que condamner ceux qui pronaient : [i]le pain d'abord, la parole ensuite[/i].
Ainsi j'ai l'impression, en vous lisant Virgile, que là où on a fait porter le chapeau au Concile et aux pères conciliaires, de dérives inqualifiables, on le doit probablement plus à ceux qui auraient cédé aux sirènes du marxisme ; marxisme qui correspond bien à l'époque qui nous occupe, dont on connait bien la perversion, et pour lequel il est plus cohérent d'envisager qu'il ait eu de graves nuisances pour ceux qui l'ont approché, plutôt que de chercher l'origine de ces nuisances dans les lignes d'un saint concile.
N'est-ce pas cela qui se révèle doucement sous votre analyse, cher Virgile ? C'est en tout cas ce à quoi votre analyse m'a conduit, qui me semble plutôt tenir debout, et je vous en remercie.[/quote]
Cher Pneumatis,
bien désolé de répondre aussi tardivement à ce que vous écrivez sur la théologie de la Libération...
Sur son origine européenne, et plus spécifiquement française, et pour faire très simple : on peut aller regarder du côté des relations entretenues entre certains mouvement de l'Action catholique en France avec le marxisme et remonter jusqu'à avant la Seconde guerre mondiale... d'autre part, le frère dominicain Gustavo Gutierrez, auteur de la [u]Théologie de la libération[/u], s'est inspiré d'un livre qui fut assez connu en son temps : [u]Les Pauvres, Jésus et l'Église[/u].
Ce livre était le fruit de l'expérience d'un prêtre français, Paul Gautier, qui avait fondé en Israël dans les années 50, la "communauté des compagnons et compagnes de Jésus Charpentier", et qui avait participé ensuite aux travaux préliminaires du concile Vatican II – en particulier lors de la rédaction de Lumen Gentium.
Paul Gautier estimait, à partir d'une lecture originale (à l'époque) de la tradition prophétique de la Bible et de l'Evangile, que les pauvres devaient "prendre conscience » de leurs droits et se libérer au nom de la foi. C'est après la lecture de cet ouvrage qu'un certain nombre d'évêques, pas seulement européens, fondèrent le mouvement de "l'Eglise des pauvres".
"L'option préférentielle pour les pauvres" qui fut développée par Gutierrez et par Léonardo Boff, et qui est devenue ensuite la théologie de la Libération, a ainsi une origine française, mais pas seulement... il y aurait, bien entendu, de nombreuses autres influences à discerner, on pourrait revenir sur le marxisme, mais ce n'est pas forcément le sujet de ce fil.
Pour revenir à autre chose : je n'ai pas utilisé les termes "marxisme", "marxistes", ou encore "théologie de la Libération" pour une bonne raison : peu importe au fond quelle était la "grille de lecture" des clercs ou des laïcs dont il était question dans mon message.
Ce qu'ils pensaient, comment ils le pensaient et pourquoi serait impossible à résumer en seulement quelques lignes. L'examen du "bouillonement intellectuel" dont parle touriste, permettrait certainement d'expliquer un grand nombre des perplexités qui sont les nôtres aujourd'hui et dont nous ne saisissons pas la logique parce qu'il nous manque un "contexte" qu'il est très difficile de reconstituer.
Il est indéniable, je ne le nie certainement pas, que l'Eglise ait connu une effervescence intellectuelle, théologique et pastorale remarquable à cette époque et difficilement imaginable aujourd'hui. Il est indéniable que ce qui a résulté de cette effervescence intellectuelle ne se limité pas à du "dégats". Je voudrais aussi signaler à touriste que que je n'ai pas réagi pour le contredire dans la réponse qu'il a apporté, ou même "contre" ce qu'il a écrit - ce qui n'apparaît sans doute pas assez clairement dans mes propos.
Sans trop caricaturer, et encore une fois pour faire vite, je voulais simplement souligner qu'il y a toujours eu des gens pour s'amuser à organiser des idées simplistes en système fermé. Le thomisme de certains en est un bon exemple. Le " traditionalisme" d'autres procède exactement de la même veine. Je ne parle pas du "marxisme" et de toutes ses variantes, qu'il était de bon ton de professer dans les années 60 et 70... parfois encore aujourd'hui.
Appliqué à la pastorale – mais pas seulement à elle, ce genre d'attitude permet de se livrer à différentes petites malversations : fixation du moi sur des évidences "claires comme le jour" qui servent de "preuves définitives", cohésion artificielle de groupes "autonomes" autour d'une "autorité indiscutable" et "autoproclamée" ; exclusion des " éléments douteux", des "suspects", de ceux qui n'ont pas pris le "tournant intellectuel" et ne vont donc pas dans le "sens de l'histoire" ; protestations litaniques à l'égard d'injustices supposées (ou réelles...) d'un présent par ailleurs imaginé plutôt que vécu ; dénonciations fallacieuses et omniprésentes d'un passé imaginaire et irrémédiablement affreux ; prétentions diverses au "vrai ultime" de toute l'histoire ; projections utopiques sur un avenir forcément radieux ou forcément apocalyptique... etc.
Le titre de ce fil est trompeur: s'il y a eu des dérives, ce ne sont pas spécifiquement des dérives de l'après-concile. Ce sont plutôt les dérives de tout un monde ecclésiastique qui vivait dans un état de fascination intellectuelle devant ce qu'il pensait être la "modernité" et que l'on a du mal à s'expliquer aujourd'hui. Un monde ecclésiastique qui avait été marqué sans doute, au moins spirituellement, par la défaite de 40, l'abandon de l'empire français, la disparition du monde rural, etc., bref, la fin définitive d'une époque dont nous ignorons presque tout et qui leur semblait appartenir à un "âge de ténèbres".
On peut trouver d'autres explications... mais rien ne peut excuser ou justifier les méthodes "staliniennes" qui eurent pour objectif déclaré d'"épurer" l'Eglise de ses chrétiens "sociologiques" et autres "petits-bourgeois".
Pour mettre d'accord tout le monde je vais enfourner dans le même sac les "progressistes", "intégristes" et les "-istes" de tous poils qui voudront bien se reconnaître et qui prétendent avoir toujours le dernier mot sur la vérité de tout qu'ils ont eux-même bricolé. Peu importe les étiquettes et les idées générales du débat dans l'abstrait si cher à la mentalité française: tous me font irrésistiblement penser à Jean-Pierre.
Déjà doté d'une remarquable intelligence, Jean-Pierre avait de surcroît reçu une excellente éducation. Son père, un honorable et très catholique pâtissier de Chartres, avait fait tous les sacrifices nécessaires pour que son fils reçoive cette excellent éducation. Jean-Pierre donc, élevé dans le catholicisme et pieux garçon, devint un jeune homme très brillant, un "intellectuel", une sorte d'avocat ou de clerc avec beaucoup de temps libre et pleins d'idées nouvelles... surtout, il devint un fervent lecteur de Voltaire, de Diderot et de Jean-Jacques Rousseau.
Ce qui est amusant avec Jean-Pierre, c’est moins son évolution politique ou intellectuelle que son évolution patronymique.
Sous l'Ancien Régime, notre Jean-Pierre, de simple "Brissot" qu'il était, se faisait appeler "Brissot de Warville"... puis, un peu plus tard, pour simplifier sans doute "monsieur de Warville". Lorsque survint la Révolution, "monsieur de Warville" laissa la place au moins compromettant "Brissot", auquel succèda très vite et pour peu de temps un plus tonitruant "Brutus-Brissot", métamorphosé peu après en "citoyen Brissot" qui lui même fut effacé tout à la fin sous le terrible "sans-culotte Brissot"...
Jean Pierre Brissot, chef de la faction des Girondins, fut guillotiné le 31 octobre 1793.
Tout cette évolution patronymique pour finir sur l’échafaud...
Bref, tout cela pour dire qu'il y a eu et qu'iil y a encore bien des manières dans l'Eglise catholique de se faire appeler "Rabbi". Les problèmes d'hier n'ont pas forcément disparu avec hier...
A mon avis, qui n'est qu'un avis, au jour du jugement, Dieu prendra un intérêt évident à découvrir ce que furent nos petites idées personnelles sur la bonne marche de la société ou de l'Eglise... il est probable que cela l'ennuira assez vite et qu'Il préferera scruter "à la loupe" d'autres textes que nos "vulgates" personnelles.
Quelle sera sa sentence, lorsqu'il verra ce que nous avons vraiment eu dans le coeur et quels furent tous ces comportements invraisemblables dont nous nous sommes rendus coupables à cause de notre orgueil?
Amicalement.
Virgile.