par etienne lorant » mer. 20 janv. 2010, 11:26
Jacques est bien décédé au petit matin dans la journée de mardi. Il était soigné pour une pneumonie, mais dès qu'il s'est senti un peu mieux, il a voulu rentrer chez lui. Cependant, son état critique et son agitation ont poussé les médecins à le placer en coma artificiel... d'où il n'est pas sorti (ou bien si, il en est sorti - mais comme il est venu...) La réunion fut une des plus pitoyables auxquelles j'ai assisté. Je suis arrivé en premier à la cure. Le curé, Xavier, un ancien élève de mon père, m'a tout de suite conduit dans un petit bureau, sans même dire un mot et reparti dans une autre pièce. Les autres sont arrivés dix minutes plus tard. Cette fois, les mystères ont été levés: non seulement, Jacques s'occupait du budget, de l'entretien des bâtiments (les derniers travaux ont consisté à boucher des fissures dans la toiture d'un grenier), mais il s'occupait aussi de préparer les messes de funérailles... et d'une foule de choses encore, car le prêtre, lui arrive cinq minutes avant la messe et repart cinq minutes après. Il faut aussi ranger entre chaque cérémonie. Il s'occupait également de sa femme Gabrielle - qui devra être placée en maison de repos très rapidement étant donné son état (diabète et début de démence sénile). Je connais un détail que les autres ignorent: "Ils n'ont aucune famille". C'est vrai et c'est faux: ils avaient adopté deux enfants, qui sont un jour partis sans laisser d'adresse. Jacques s'occupant d'absolument tout, y compris de la cuisine et des papiers du ménage, il a fallu fermer les comptes et confier la tutelle de Gabrielle à un huissier de justice. Il ne leur restait que vingt mille euros sur un compte d'épargne.
Pour le faire-part, le président a demandé à l'Abbé s'il devait mettre sur le faire-part : "Muni des derniers sacrements" (la formule habituelle. Le curé a répondu que non, ce n'est pas la peine, (et du coup, je doute que Jacques en ait bénéficié).
Et voilà le curé reparti - il a fallu lui courrir derrière pour un document requérant absolument sa signature. Après cela, nous avons appelé le centre funéraire où le corps repose... enfin essaye de se reposer,car il y avait un mort musulman et c'est la famille qui doit procéder au nettoyage du corps selon les rites avec des incantations puis la venue des pleureuses. On entendait tout çà dans en bruit de fond au téléphone - tout ce que les chrétiens abandonnent (organiser une réunion de prière devant la dépouille, par exemple), les musulmans le reprennent...
Pour le reste le conseil de fabrique n'est pas dissous - pas encore. Ce sera le cas si l'on ne trouve personne pour remplacer Jacques... dont je voudrais bien égaler le sens du sacrifice. Il est allé jusqu'au bout sans se ménager un seul moment.Que le Seigneur l'accueuille donc en sa Miséricorde ! Je n'ai pratiquement pas parlé, bien que je sois l'un des seuls à avoir pu bavarder avec le couple, en ville, lorsque je prenais mon repas dans le lunch de la même grande suface.
La soirée fut assez sinistre mais priante (ouf, j'en sors). J'ai prié en songeant que j'aime l'Eglise et que le Seigneur l'eût voulu un peu plus chaleureuse, voire plus humaine...
Jacques est bien décédé au petit matin dans la journée de mardi. Il était soigné pour une pneumonie, mais dès qu'il s'est senti un peu mieux, il a voulu rentrer chez lui. Cependant, son état critique et son agitation ont poussé les médecins à le placer en coma artificiel... d'où il n'est pas sorti (ou bien si, il en est sorti - mais comme il est venu...) La réunion fut une des plus pitoyables auxquelles j'ai assisté. Je suis arrivé en premier à la cure. Le curé, Xavier, un ancien élève de mon père, m'a tout de suite conduit dans un petit bureau, sans même dire un mot et reparti dans une autre pièce. Les autres sont arrivés dix minutes plus tard. Cette fois, les mystères ont été levés: non seulement, Jacques s'occupait du budget, de l'entretien des bâtiments (les derniers travaux ont consisté à boucher des fissures dans la toiture d'un grenier), mais il s'occupait aussi de préparer les messes de funérailles... et d'une foule de choses encore, car le prêtre, lui arrive cinq minutes avant la messe et repart cinq minutes après. Il faut aussi ranger entre chaque cérémonie. Il s'occupait également de sa femme Gabrielle - qui devra être placée en maison de repos très rapidement étant donné son état (diabète et début de démence sénile). Je connais un détail que les autres ignorent: "Ils n'ont aucune famille". C'est vrai et c'est faux: ils avaient adopté deux enfants, qui sont un jour partis sans laisser d'adresse. Jacques s'occupant d'absolument tout, y compris de la cuisine et des papiers du ménage, il a fallu fermer les comptes et confier la tutelle de Gabrielle à un huissier de justice. Il ne leur restait que vingt mille euros sur un compte d'épargne.
Pour le faire-part, le président a demandé à l'Abbé s'il devait mettre sur le faire-part : "Muni des derniers sacrements" (la formule habituelle. Le curé a répondu que non, ce n'est pas la peine, (et du coup, je doute que Jacques en ait bénéficié).
Et voilà le curé reparti - il a fallu lui courrir derrière pour un document requérant absolument sa signature. Après cela, nous avons appelé le centre funéraire où le corps repose... enfin essaye de se reposer,car il y avait un mort musulman et c'est la famille qui doit procéder au nettoyage du corps selon les rites avec des incantations puis la venue des pleureuses. On entendait tout çà dans en bruit de fond au téléphone - tout ce que les chrétiens abandonnent (organiser une réunion de prière devant la dépouille, par exemple), les musulmans le reprennent...
Pour le reste le conseil de fabrique n'est pas dissous - pas encore. Ce sera le cas si l'on ne trouve personne pour remplacer Jacques... dont je voudrais bien égaler le sens du sacrifice. Il est allé jusqu'au bout sans se ménager un seul moment.Que le Seigneur l'accueuille donc en sa Miséricorde ! Je n'ai pratiquement pas parlé, bien que je sois l'un des seuls à avoir pu bavarder avec le couple, en ville, lorsque je prenais mon repas dans le lunch de la même grande suface.
La soirée fut assez sinistre mais priante (ouf, j'en sors). J'ai prié en songeant que j'aime l'Eglise et que le Seigneur l'eût voulu un peu plus chaleureuse, voire plus humaine...