par Libremax » lun. 19 avr. 2010, 13:29
Cher christianD,
Je ne suis pas spécialiste, mais j'ai eu l'occasion de lire avec beaucoup d'attention les thèses de Sylvie Chabert d'Hyères, notamment sur l'introduction de Luc.
Son "isolement" sur cette question tient à plusieurs raisons, me semble-t-il:
Tout d'abord, elle se place dans la mouvance des biblistes qui voient dans les textes un témoignage personnel de témoins si non direct, du moins de seconde main. C'est une tendance marginale aujourd'hui. L'ensemble des exégètes y voient davantage une compilation tardive de récits transmis de manière inconnue et incontrôlée dont le but est plus d'établir une doctrine qui se serait formée progressivement que de raconter le ministère et l'enseignement de Jésus, le Messie.
Ensuite, son étude porte sur un manuscrit très particulier, qui est le codex de Bèze. Si personne ne doute qu'il soit parmi les textes les plus anciens, il est peu considéré, et ceci parce qu'il est particulier. Il ne ressemble pas à la majorité des anciens manuscrits, ses formulations sont différentes, et sa provenance pose question. Les exégètes préfèrent se prononcer sur ce qui peut leur sembler commun, ou bien chronologiquement situable.
Enfin, pour séduisantes qu'elle soient, ses suggestions sur ce que voulait dire Luc dans son introduction restent une hypothèse. Elle repose sur une formule grecque que Luc utilise et qui est utilisée par l'orateur Démosthène. C'est trop peu pour pouvoir affirmer à la critique littéraire que Luc voulût signifier qu'il avait été témoin des évènements.
Cependant, si on admet que les Evangiles ont leur source dans les textes araméens anciens, et qui ont été transmis jusqu'à aujourd'hui avec beaucoup plus de stabilité que les diverses traductions et transmissions de textes grecs, ( CF Pierre Perrier ) on s'aperçoit que le codex de Bèze est une traduction particulièrement fidèle à la Pshytta (Bible araméenne transmise), davantage en tout cas, à de nombreuses occasions, que les textes communément utilisés aujourd'hui.
Or, le texte araméen est précis : Luc ne parle pas de son propre témoignage des faits, mais de son rapprochement vers les témoins directs de ces faits.
Il pourrait se traduire de la sorte:
"Puisque beaucoup de gens ont voulu que soient mis par écrits
les récitatifs des choses accomplies parmi nous et bien connues de nous,
d'après la tradition de ceux qui furent dès le début les témoins oculaires puis qui ont été mis au service de la Parole,
il m'a paru bon à moi aussi, puisque j'ai mis mon application à être proche d'eux,
de mettre tout par écrit ordré pour toi sage Théophile..."
Ce qui signifie, en plus clair :
Puisque beaucoup de gens ont demandé une mise par écrit des récits oraux (structurés selon le savoir faire traditionnel d'Israël) des évènements qui se sont passés parmi nous et que nous connaissons tous, selon le témoignage de ceux qui ont tout vu depuis le début et qui depuis, sont devenus les responsables de la Parole (dans le culte judéo-chrétien) , j'ai cru bon d'en faire, moi aussi, un récit organisé par écrit, ayant moi-même pris le soin de les rencontrer...
Cher christianD,
Je ne suis pas spécialiste, mais j'ai eu l'occasion de lire avec beaucoup d'attention les thèses de Sylvie Chabert d'Hyères, notamment sur l'introduction de Luc.
Son "isolement" sur cette question tient à plusieurs raisons, me semble-t-il:
Tout d'abord, elle se place dans la mouvance des biblistes qui voient dans les textes un témoignage personnel de témoins si non direct, du moins de seconde main. C'est une tendance marginale aujourd'hui. L'ensemble des exégètes y voient davantage une compilation tardive de récits transmis de manière inconnue et incontrôlée dont le but est plus d'établir une doctrine qui se serait formée progressivement que de raconter le ministère et l'enseignement de Jésus, le Messie.
Ensuite, son étude porte sur un manuscrit très particulier, qui est le codex de Bèze. Si personne ne doute qu'il soit parmi les textes les plus anciens, il est peu considéré, et ceci parce qu'il est particulier. Il ne ressemble pas à la majorité des anciens manuscrits, ses formulations sont différentes, et sa provenance pose question. Les exégètes préfèrent se prononcer sur ce qui peut leur sembler commun, ou bien chronologiquement situable.
Enfin, pour séduisantes qu'elle soient, ses suggestions sur ce que voulait dire Luc dans son introduction restent une hypothèse. Elle repose sur une formule grecque que Luc utilise et qui est utilisée par l'orateur Démosthène. C'est trop peu pour pouvoir affirmer à la critique littéraire que Luc voulût signifier qu'il avait été témoin des évènements.
Cependant, si on admet que les Evangiles ont leur source dans les textes araméens anciens, et qui ont été transmis jusqu'à aujourd'hui avec beaucoup plus de stabilité que les diverses traductions et transmissions de textes grecs, ( CF Pierre Perrier ) on s'aperçoit que le codex de Bèze est une traduction particulièrement fidèle à la Pshytta (Bible araméenne transmise), davantage en tout cas, à de nombreuses occasions, que les textes communément utilisés aujourd'hui.
Or, le texte araméen est précis : Luc ne parle pas de son propre témoignage des faits, mais de son rapprochement vers les témoins directs de ces faits.
Il pourrait se traduire de la sorte:
"Puisque beaucoup de gens ont voulu que soient mis par écrits
les récitatifs des choses accomplies parmi nous et bien connues de nous,
d'après la tradition de ceux qui furent dès le début les témoins oculaires puis qui ont été mis au service de la Parole,
[b]il m'a paru bon à moi aussi, puisque j'ai mis mon application à être proche d'eux, [/b]
de mettre tout par écrit ordré pour toi sage Théophile..."
Ce qui signifie, en plus clair :
Puisque beaucoup de gens ont demandé une mise par écrit des récits oraux (structurés selon le savoir faire traditionnel d'Israël) des évènements qui se sont passés parmi nous et que nous connaissons tous, selon le témoignage de ceux qui ont tout vu depuis le début et qui depuis, sont devenus les responsables de la Parole (dans le culte judéo-chrétien) , j'ai cru bon d'en faire, moi aussi, un récit organisé par écrit, ayant moi-même pris le soin de les rencontrer...