Les Confessions, de Saint-Augustin

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Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Petit Matthieu » sam. 01 janv. 2011, 16:47

Livre sixième :

Chapitre premier : Monique trouve son fils plein d’inquiétude
Apprenant que son fils n’est plus Manichéen : « Elle était seulement tranquillisée sur un point de ma misère : elle me pleurait comme si j’étais mort, mais pour ressusciter, et sa pensée me présentait à vous comme sur un brancard, pour que vous disiez au fils de la veuve : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » et que celui-ci se mît à revivre, recommençât à parler, et fût rendu par vous à sa mère ! »
« Je n’avais pas encore atteint la vérité, mais je m’étais déjà arraché à l’erreur. »

Chapitre II : Une coutume des chrétiens d’Afrique
Se voyant refuser d’accomplir la coutume de donner des vivres aux tombeaux des saints, Monique se soumet à la décision de Saint-Ambroise : « Car l’intempérance n’assiégeait pas son coeur et la passion du vin ne l’inclinait pas à la haine de la vérité, comme il arrive à tant d’hommes et de femmes qui, en entendant chanter la sobriété, sont en proie aux mêmes nausées que les ivrognes devant un verre d’eau. » Sur chaque tombe de saint, les africains ont coutume de manger et boire assez allègrement pendant une fête d’une semaine environ.
« La Passion servit de modèles aux martyrs dans leur sacrifice et leur victoire. » En parlant de lui-même : « qui doutais de tout et ne croyait aps qu’on pût trouver la voie de la vie (Psaume XV, II, Proverbes VI, 23). »

Chapitre III : Augustin ne peut s’ouvrir de ses perplexités à Saint-Ambroise. Il trouve dans la prédication de l’évêque la lumière cherchée
Saint-Ambroise est un homme très occupé et Saint-Augustin ne peut lui parler, il l’écoute et le regarde quand celui-ci lit silencieusement entre deux affaires : « Quant aux espoirs qu’il portait en lui, à ses luttes contre les tentations de ses propres grandeurs, aux consolations qu’il goûtait dans l’adversité, aux joies savoureuses qu’il trouvait à ruminer votre pain, avec cette bouche secrète qui était dans son coeur, je ne savais l’imaginer, je n’en avais aucune expérience. »
Parlant de la lecture silencieuse de Saint-Ambroise : « Au reste, quel que fût son intention, elle ne pouvait être que bonne chez un homme comme lui. »
Comprenant le sens de l’homme crée à l’image de Dieu : « Mais vous, qui êtes à la fois si haut et si proche de nous, si caché et si présent, vous qui n’avez pas de membres, les uns plus grands, les autres plus petits, mais qui êtes tout entier partout sans être nulle part tout entier, il est bien vrai que vous n’avez pas notre forme corporelle, et pourtant vous avez fait l’homme à votre image, et voici que, lui, de la tête aux pieds, est dans l’étendue. »

Chapitre IV : Augustin commence à connaître la véritable pensée de l’Eglise
« Plus était vif le souci qui me rongeait l’âme de posséder quelque certitude, plus j’avais honte d’avoir été le jouet et la dupe de ceux qui m’avaient promis la certitude et d’avoir, par l’effet d’une erreur et d’une passion puériles, débité comme certaines tant de choses qui ne l’étaient pas. »
Au sujet de l’Ancien Testament, Saint-Ambroise répète inlassablement : « La lettre tue et l’Esprit vivifie (II Corinthiens, III, 6) ». Et lorsque, écartant le voile mystique, il découvrait la signification spirituelle de textes qui, entendus selon la lettre, semblaient enseigner une erreur, il ne disait rien qui me choquât, bien que j’ignorasse encore s’il disait la vérité. Je défendais mon coeur de toute adhésion, craignant de glisser dans un précipice, et de rester ainsi en suspens. C’était cela qui m’était une mort. Car je voulais avoir de ce qui ne se voit pas la même certitude que de sept et trois font dix. Je n’étais pas assez fou pour penser qu’une telle vérité pût ne pas être saisie par l’intelligence ; mais j’avais la prétention de comprendre pareillement les autres vérités, qu’elles concernassent soit des corps qui ne seraient pas accessibles à mes sens, soit des réalités spirituelles dont je ne savais me faire qu’une conception matérielle. »

Chapitre V : Augustin accepte l’idée catholique de la foi
« Dès lors, cependant, je préférais la doctrine catholique, estimant qu’il y avait plus de mesure et de sincérité à faire une obligation de croire à ce qui n’était pas démontré – soit qu’on pût le démontrer, mais non à tous, soit qu’on ne pût pas le démontrer – qu’à railler la foi, comme faisaient les Manichéens, qui promettaient témérairement la science, puis nous prescrivaient de croire à une foule de fables de la dernière absurdité, dans l’impuissance où ils étaient de les démontrer.
Mais peu à peu, Seigneur, de votre main très douce et très miséricordieuse vous avez touché et préparé mon coeur, et je m’avisai de tout ce que je croyais sans le voir, sans y avoir assisté : tant de faits de l’histoire des peuples, tant de choses concernant des endroits et des villes que je n’avais pas vus, tout ce que j’admettais sur la foi d’amis, de médecins, de bien d’autres en qui il faut bien croire, sans quoi on ne ferait absolument rien en cette vie ! Enfin, avec quelle foi inébranlable je me croyais le fils de mes parents ! Mais c’est ce qu’il m’eût été bien impossible de savoir si je n’avais admis ce que j’entendais dire. Ainsi, vous m’avez persuadé que les coupables, ce ne sont pas ceux qui croient à vos Livres, dont vous avez si fortement établi l’autorité chez presque tous les peuples, mais ceux qui n’y croient pas, et que je ne devais pas écouter les hommes qui me diraient : « D’où sais-tu que ces livres ont été donnés au genre humain par l’esprit du seul vrai Dieu qui est la Vérité même ? » C’est précisément cela qu’il me fallait croire ; car aucune objection calomnieuse, si agressive qu’elle fût, au cours de tant de lectures où j’avais vu les philosophes aux prises les uns avec les autres, n’avait pu m’arracher, un seul jour, la certitude de votre existence, bien que j’ignorasse ce que vous êtes, ni celle que le gouvernement des choses humaines est entre vos mains (Fide rerum quae non videntur). »
« C’est pourquoi persuadé que, dans notre impuissance à découvrir la vérité par la raison pure, nous avons besoin du secours des Saintes Ecritures, je commençai à croire que vous n’auriez pas conféré à ces Ecritures une si éminente autorité dans le monde entier, si vous n’eussiez voulu qu’on crût en vous par elles et qu’on vous cherchât par elles. »
Parlant de la Bible : « Par la clarté du langage, l’humble familiarité du style, elle s’ouvre à tous, et cependant elle a de quoi exercer la réflexion de ceux qui ne sont point « légers de coeur (Ecclésiastiques, XIX, 4) ».

Chapitre VI : Réflexion que lui inspire la rencontre d’un mendiant
« C’était le jour où je m’apprêtais à réciter un panégyrique de l’empereur ; les mensonges n’y devaient pas manquer, et ces mensonges étaient assurés d’avoir l’approbation d’auditeurs qui savaient la vérité pourtant. »
Croisant dans une rue de Milan un mendiant ivre et joyeux, il soupire avec ses amis sur les nombreux maux que leur coûtaient leurs folies. Ils veulent tous parvenir à cette joie sure qu’éprouve le mendiant : « Ce qu’il avait acquis déjà avec un peu de menue monnaie mendiée, la joie d’une félicité temporelle, j’y tendais par des détours et des circuits très fatigants. »
« Je ne devais pas me mettre au-dessus de ce mendiant, comme plus savant que lui, puisque je ne tirais pas de mon savoir plus de joie, mais un moyen de plaire aux hommes, non pour les instruire, mais seulement pour leur plaire ! Et c’est pourquoi « vous me rompiez les os » avec la verge de votre discipline (Psaume XLI, II). »
« Loin de mon âme ceux qui disent : « Ce qui importe c’est la source de la joie. Ce mendiant puisait la sienne dans l’ivresse, toi, tu voulais la puiser dans la gloire ! »
En parlant du mendiant : « A coup sûr, il était le plus heureux, non seulement parce qu’il ruisselait de joie, tandis que j’étais dévoré de soucis mais encore parce qu’il avait acheté son vin en souhaitant du bonheur à autrui, alors que moi, je quêtais avec des mensonges une vaine gloire. »

Chapitre VII : Alypius et Augustin
Alypius fut évêque de Thagaste peu avant Augustin. Alypius et Nébridius sont des amis d’Augustin, le premier fut l’élève d’Augustin. Passionné des jeux du cirque, Dieu par Augustin parvient à le sortir de ces frivoles passions.

Chapitre VIII : Passion d’Alypius pour les jeux du cirque
Alypius est séduit par les combats de gladiateurs, il se passionne pour ce qu’il avait rejeté avant d’y être entrainé par la pression de ses amis. En parlant du premier gladiateur mourant qu’il voit : « Aussitôt qu’il eut aperçu ce sang, il s’abreuva de cruauté. »
« Il en savourait à son insu la fureur, ravi par ces luttes criminelles, ivre de sanglante volupté. »

Chapitre IX : Une mésaventure d’Alypius
Faussement accusé d’un vol de plomb, Alypius échappe de peu à un erreur judiciaire et à la colère de la foule : il en tire une expérience sur le fait de ne pas condamner un homme à la légère avec une : « [...] téméraire crédulité. »

Chapitre X : Intégrité d’Alypius. Nébridius perplexe comme ses amis
Alypius, assesseur du comte chargé des finances de l’Italie, s’oppose à un très puissant sénateur, avec succès, sans se laisser impressionner par les menaces ou corrompre par l’argent. Nébridius et Augustin souffrent de leur quête de la vérité qui n’aboutit pas ; ils répètent souvent : « Combien de temps cette disgrâce ? »

Chapitre XI : Augustin tiraillé entre Dieu et le monde
Depuis ses dix-neuf ans il cherche la sagesse. Il a maintenant trente ans et est toujours empêtré dans les passions : « Je différais de jour en jour de vivre en vous, mais je ne différais pas de mourir chaque jour en moi (Ecclésiastique V, 8). »

Chapitre XII : Il est tenté par le mariage
Alypius est chaste depuis qu’il a furivement fait l’expérience de l’amour. Pour lui le mariage éloigne la possibilité d’une vie de recherche de la sagesse. Augustin reconnaît : « Prisonnier, malade de la chair, je goûtais de mortelles délices à traîner ma chaîne. »
Augustin défend le mariage en disant que sa furtive expérience l’empêche de juger correctement, du coup Adypius est tenté par le mariage par curiosité : « Ce qu’il peut y avoir de beauté dans le mariage, une vie commune à diriger, des enfants à élever, ni lui, ni moi, n’en tenions grand compte. Ce qui surtout me tenait prisionnier et me tourmentait violemment, c’était l’habitude d’assouvir une insatiable concupiscence ; et lui, c’était l’étonnement qui l’entraînait à la même servitude. »

Chapitre XIII : Il demande la main d’une jeune fille
On le presse de prendre une femme, sa mère se réjouit, mais la jeune fille doit attendre deux années pour être nubile.

Chapitre XIV : Augustin et ses amis font des projets de vie commune
A une dizaine d’amis dont son ami intime Romanianus, il font le projet de mettre leur bien en commun et de se retirer des tumultes du monde. Mais ce sont les femmes et les projets de mariages qui font s’écrouler le projet.

Chapitre XV : Tyrannie de la chair
Augustin a une maîtresse, il est incapable d’attendre deux années, mais celle-ci retourne vivre en Afrique : « Et moi, malheureux, incapable d’imiter une femme, impatient de cette attente de deux années qu’il me fallait subir avant de recevoir de ses parents celle que je demandais, non point tant amoureux du mariage qu’esclave du désir, je me procurai une autre femme, une femme illégitime, pour nourrir et traîner, en quelque sorte, la maladie de mon âme, intacte et même aggravée, sous la garde d’une persistante habitude, jusqu’au règne de l’épouse. Ainsi elle ne guérissait pas, la blessure que m’avait faite l’arrachement de ma précédente amie ; mais après de vives, de brûlantes douleurs, elle se gangrénait et, moins ardent, mon mal en était encore plus désespéré. »

Chapitre XVI : Dieu se rapproche
Ses amis il les chérit fortement, tout comme eux font de même, avec désintérêt.
« Et je ne voyais pas que c’était le fait d’une grande misère de ne pouvoir, enfoncé dans l’erreur et aveugle, imaginer la lumière de la vertu, belle d’une beauté qui doit être embrassée pour elle-même, invisible aux yeux de la chair, visible seulement des profondeurs de l’âme. »
« Malheur à l’âme (Isaïe, III, 9) téméraire qui, en se retirant de vous, espérait trouver un sort meilleur ! »

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Bisdent » ven. 31 déc. 2010, 23:43

Théophane a écrit : En revanche, je n'aime guère les traductions qui emploient le vouvoiement, et cela pour deux raisons : d'abord parce que le latin ne connaît pas le vous de courtoisie, ensuite parce que cet usage est moins une marque de respect envers Dieu qu'une coutume mondaine. Dieu est amour, Il nous est plus intime que nous ne le sommes à nous-mêmes. Benoît XVI lui-même dit que Dieu se fait si proche de nous que nous pouvons Le tutoyer (homélie du 18 décembre 2005).
Je suis entièrement d'accord avec vous Théophane, dans la mesure où le vouvoiement de la traduction que j'ai lue des Confessions fut une chose qui m'a dérangée dès les premières lignes de ma lecture. Et ça a continué de me gêner par la suite. Je retourne de temps à autres au texte latin pour approfondir un passage qui me touche particulièrement, mais je suis rigoureusement incapable de lire le texte uniquement en latin.

Je ne sais pas si les traductions actuelles utilisent toujours le vouvoiement. L'édition que je possède date de 1970. Ca fait tout de même 40 ans. Le monde a bien changé depuis lors, et les pratiques sociétales aussi.

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Petit Matthieu » ven. 14 mai 2010, 11:22

Luis a écrit :
Petit Matthieu a écrit :je me contente de cette traduction des pères bénédictions
Les pères bénédictions, comme c'est mignon :D !
Un petit lapsus héhé ! :>

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Luis » ven. 14 mai 2010, 9:19

Petit Matthieu a écrit :je me contente de cette traduction des pères bénédictions
Les pères bénédictions, comme c'est mignon :D !

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Petit Matthieu » jeu. 13 mai 2010, 23:23

Les confessions sont sans doute le meilleur livre que j'ai jamais lu. J'exclus les Evangiles de ce classement, of course !

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par jeanbaptiste » jeu. 13 mai 2010, 22:48

Augustin, si grand, si beau, si profond !

«Que votre amour me perce et me pénètre jusque dans la moelle des os, et que je m'écrie dans l'admiration de vos bienfaits : "Seigneur, qui est semblable à vous ?".» Confessions, VIII.I

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Petit Matthieu » jeu. 13 mai 2010, 20:16

Oui, c'est frappant...
Quand on sait qu'après Augustin s'interdit de pleurer quand ça mère meurt, cela prend tout son sens je trouve.

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par etienne lorant » jeu. 13 mai 2010, 18:32

J'ai particulièrement apprécié ces deux lignes - en me disant qu'en latin, c'est encore plus court et plus frappant !

"Chapitre V : Douceur des larmes
« D’où vient donc la douceur du fruit que l’on recueille des amertumes de la vie, des gémissements, des pleurs, des soupirs et des plaintes ? »
« Serait-ce que les larmes, chose amère, nous deviennent douces à cause du dégoût ressenti pour les plaisirs passés et tant que dure cette aversion ? »

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Petit Matthieu » jeu. 13 mai 2010, 17:46

N'ayant pas les capacités d'apprécier le latin, je me contente de cette traduction des pères bénédictions qui dit-on est excellente. En tout cas, même si je sais qu'une traduction ampute la musicalité des mots et parfois même le sens ou du moins les finesses linguistiques, je savoure cette traduction que j'aime particulièrement.

Mais merci de poster ces passages en latins, c'est intéressant.

Livre cinquième :

Chapitre premier : Prière à Dieu
« Il ne vous apprend rien de ce qui se passe en lui, celui qui se confesse à vous ; un coeur fermé ne l’est pas pour votre oeil, et votre main ne se laisse pas repousser par la dureté des hommes, car vous la faites fondre quand il vous plaît sous votre miséricorde ou votre vengeance et « personne ne peut se soustraire à votre chaleur » (Psaume XIX, 7). »

Chapitre II : On ne fuit pas Dieu. Il est partout et toujours prêt à accueillir le coeur repentant.

En parlant des hommes qui ont fui Dieu : « Voulant se dérober à votre douceur, ils se sont heurtés à votre équité et sont tombés sous votre rigueur. Ils ignorent évidemment que vous êtes partout, qu’aucun lieu ne vous limite, et que seul vous êtes présent même à ceux qui s’éloignent de vous. »
« Qu’ils se retournent d’eux-mêmes, qu’ils vous cherchent, et voici que vous êtes dans leur coeur, dans le coeur de ceux qui se confessent à vous, se jettent dans vos bras et pleurent dans votre sein, après tant de rudes chemins parcourus. »

Chapitre III : Faustus et le manichéisme
Augustin a alors 29 ans et vit à Carthage, il y rencontre un évêque manichéen reconnu : Faustus. « Les superbes ne vous trouvent pas, leur curieuse habileté sût-elle les étoiles et les grains de sable, mesurer les plaines célestes et explorer les routes des astres. »
« Ils disent bien des choses vraies sur la création, mais ils ne cherchent pas pieusement la Vérité, auteur de la création. Aussi ne la trouvent-ils pas, ou s’ils la trouvent ils connaissent Dieu, mais ne l’honorent pas « comme un Dieu » ; ils ne lui rendent pas grâce ; ils s’évanouissent dans leurs pensées ; « Ils se disent sages » en s’attribuant ce qui est à vous, et ils en viennent dans leur criminel aveuglement, à vouloir vous attribuer ce qui est à eux ; ils vous chargent de leurs mensonges, vous qui êtes la Vérité. »

Chapitre IV : Vanité de la science de la nature
« Malheureux l’homme qui en a la science totale et vous ignore : mais heureux celui qui vous connaît, même s’il les ignore ! »

Chapitre V : Imposture de Manès
Il a des thèses différentes sur les lois de la nature et affirme que le Saint-Esprit est dans son corps, ce qui lui fait dire la vérité.

Chapitre VI : Augustin et Faustus
Faustus est un beau parleur. « [...] la sagesse et la sottise sont comparables à des aliments salubres et malsains, et le style élégant ou non à une vaisselle précieuse ou grossière : on peut y servir aussi bien les deux sortes de mets. »

Chapitre VII : Déçu par Faustus, Augustin se détache des manichéens
Augustin désirait les preuves mathématiques des thèses manichéennes sur le cosmos. Il est déçu mais reconnaît la modestie de Faustus, il le fréquente alors pour son amour des lettres mais se détache des manichéens. En parlant de Dieu qui le délivre progressivement de ses liens : « Qui nous sauvera si ce n’est la main qui refait ce qu’elle a fait ? »

Chapitre VIII : Augustin part pour Rome
Il est attiré par la rigueur de la vie étudiante romaine et comparaison de la folle ambiance de Carthage. Sa mère ne veut pas le voir partir, il lui ment et part furtivement pour Rome : « Le vent souffla et gonfla nos voiles, dérobant à nos yeux le rivage où, la lendemain matin, ma mère, folle de douleur, emplissait vos oreilles de plaintes et de gémissements qui ne vous touchèrent pas ; l’entrainement de mes passions vous était un moyen pour mettre fin à ces passions mêmes, et le fouet des douleurs châtiait justement le regret trop charnel de ma mère. Car elle aimait m’avoir auprès d’elle, commes toutes les mères, mais beaucoup plus encore que bien des mères, et elle ne savait pas ce que vous deviez lui donner de joies par mon absence. Elle ne le savait pas ; c’était la raison de ses pleurs et de ses lamentations, et ces tourments mêmes attestaient l’héritage d’Eve en cette femme qui cherchait en gémissant ce qu’elle avait enfanté en gémissant. Cependant, après m’avoir accusé de fourberie et de cruauté, elle se remit à vous prier pour moi et retourna à ses habitudes pendant que je gagnais Rome. »

Chapitre IX : Maladie d’Augustin
« J’étais déjà en route vers l’Enfer (Job, VII, 9), chargé de tous les péchés que j’avias commis contre vous, contre moi et contre autrui, péchés nombreux et lourds qui venaient s’ajouter à la chaîne du péché originel, « par lequel nous mourons tous en Adam » (I Corinthiens, XV, 22). »
« Le Christ ne m’avait pas encore délivré par sa croix des inimitiés (Ephésiens, II, 16) que j’avais contractées avec vous par mes péchés. Comment m’en eût-il délivré par une croix où mes croyances d’alors ne me faisaient voir qu’un fantôme ? »

Chapitre X : Augustin et les erreurs des manichéens
Pour eux, ce n’est pas l’homme qui pèche mais une nature étrangère en lui : « Mon exécrable iniquité aimait mieux vous voir vaincu en moi pour ma perte, ô Dieu tout-puissant, que vainqueur de mon âme pour mon salut (Genèse, XVII, 1). » Il se rapproche des philosophes dits « Académiciens », qui ont le scepticisme de tout pour doctrine de pensée. Augustin n’accepte pas l’incarnation de Dieu, et pourtant il croit que tout est matière, Dieu lui-même. C’est la base de son erreur. Il oppose donc une substance matérielle du mal à un degré moindre qu’une substance matérielle du bien à un degré plus élevé. Il refuse l’Incarnation par crainte de la souillure par la chair.

Chapitre XI : Controverses bibliques
A Carthage, un certain Elpidius avait critiqué les positions manichéennes. Rumeurs d’impostures sur le nouveau testament, certains auraient voulu enter la foi des juifs sur la foi chrétienne.

Chapitre XII : Fâcheuse pratique des étudiants romains
Augustin part comme maître en rhétorique. Il déteste les pratiques des étudiants qui ne payent pas leurs maîtres et aiment ainsi l’argent et les prostitutions du monde.

Chapitre XIII : Augustin à Milan. Il connaît Saint-Ambroise
Il part pour Milan, choisi pour couvrir le poste de professeur de rhétorique et y rencontre l’évêque de Milan, Saint-Ambroise. Augustin l’écoute pour son éloquence, pas pour les Vérités qu’il dit : « Pour les choses mêmes, nulle comparaison ; l’un [Faustus] s’égarait dans les rêveries manichéennes, l’autre enseignait la plus saine doctrine du salut. Mais le salut est loin des pécheurs (Psaume CXVIII, 155), tel que j’étais alors. »

Chapitre XIV : Augustin se sépare des Manichéens

« [...] le goût frivole de l’éloquence m’était resté. »
« Il m’apparut d’abord que ce qu’il enseignait pouvait se défendre, et que les affirmations de la foi catholique que j’avais crue désarmée contre les attaques des Manichéens n’étaient point téméraires. Ce qui m’éclaira surtout ce fut de l’entendre [Saint-Ambroise] souvent résoudre maints passages obscurs de l’Ancien Testament, qui, pris à la lettre, étaient pour moi des textes de mort (II Corinthiens III, 6). » Les manichéens détestaient effectivement la loi et les Prophètes.
« Aussi doutant de tout à la façon des Académiciens, tels qu’on se les représente, et flottant entre toutes les doctrines, je résolus de me séparer des Manichéens, ne croyant pas devoir, dans cette crise de doute, demeurer dans une secte à laquelle je préférais déjà quelques philosophes. Pourtant à ces philosophes à qui le nom salutaire du Christ était étranger je refusais absolument de confier la guérison des langueurs de mon âme. Je pris donc le parti de rester catéchumène dans l’Eglise catholique, qui à mes yeux se recommandait de mes parents, jusqu’à ce que quelque clarté certaine vînt diriger ma course. »

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par MB » sam. 01 mai 2010, 18:08

Avé

Dans le même genre, il y a ce passage archi-connu ; formellement, ce n'est pas un poème, mais on peut quand même en faire un des plus beaux poèmes de la littérature universelle :

Sero te amaui,
pulchritudo tam antiqua et tam noua,
sero te amaui.
Et ecce intus eras et ego foris
et ibi te quaerebam
et in ista formosa, quae fecisti, deformis inruebam.
Mecum eras, et tecum non eram.
Ea me tenebant longe a te,
quae si in te non essent, non essent.


Vocasti et clamasti et rupisti surditatem meam,
coruscasti, splenduisti, et fugasti caecitatem meam,
fragrasti, et duxi spiritum et anhelo tibi,
gustaui et esurio et sitio,
tetigisti me, et exarsi in pacem tuam.


Ce qui donne à peu près (mais ce n'est pas difficile à comprendre, et même sans comprendre le latin on peut lire l'original tel quel) :

Si tard je t'ai aimée, beauté si ancienne et si neuve, si tard je t'ai aimée...
Tu étais en moi, et moi j'étais dehors ; et c'est là que je te cherchais, et laid, je courais vers ces beautés que tu as faites. Tu étais avec moi, et moi je n'étais pas avec toi. Elles me tenaient loin de toi, ces choses qui, si elles n'étaient avec toi, n'étaient pas.

Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité, tu as scintillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité, tu as embaumé, et en toi j'ai respiré et suffoqué, j'ai goûté, et j'ai faim et j'ai soif. Tu m'as touché, et j'ai brûlé dans ta paix.


Je traduis au pied levé, ça n'a rien d'officiel. Le lyrisme de ce passage, sa virtuosité littéraire, ses jeux, ses balancements, ses paradoxes, sont extraordinaires. De la grande littérature, et de la grande théologie. La classe, quoi.

Amicalement
MB

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Théophane » sam. 01 mai 2010, 16:47

J'ai lu les Confessions de saint Augustin en 2006. J'ai été particulièrement sensible à la beauté littéraire du texte, à sa subtilité, aux nombreuses figures de rhétoriques. L'évêque d'Hippone n'était pas seulement un saint et un éminent théologien mais encore un véritable homme de lettres !

La lecture du texte dans la langue d'origine est encore plus charmante. Voici un exemple qui m'a particulièrement touché et séduit.

Beatus qui amat te et amicum in te et inimicum propter te ! Solus enim nullum carum amittit cui omnes in illo cari sunt qui non amittitur, et quis est iste nisi Deus noster, Deus, qui fecit cœlum et terram et implet ea, quia implendo ea fecit ea ? Te nemo amittit nisi qui dimittit, et quia dimittit, quo it aut quo fugit nisi a te placido ad te iratum ? Nam ubi non invenit legem tuam in pœna sua ? Et lex tua veritas et veritas tu.

Heureux celui qui T'aime et qui aime son ami en Toi et son ennemi à cause de Toi. Seul celui-là ne perd aucun être cher, auquel tous sont chers en celui-ci que l'on ne perd pas, et qui est celui-ci sinon notre Dieu, le Dieu qui créa le ciel et la terre, qui la remplit, et en la remplissant la créa ? Nul ne Te perd sinon celui qui T'abandonne, et celui qui T'abandonne, où va-t-il et où fuit-il sinon de Toi bienveillant à Toi irrité ? En effet, ne trouvera-t-il pas Ta loi en sa peine ? Or Ta loi est la vérité, et la vérité, c'est Toi-même.

J'ai essayé de faire la traduction la plus littérale possible, bien que la littéralité soit souvent synonyme d'un manque d'élégance. Je m'aperçois ainsi à quel point les traductions françaises dénaturent le texte. Quel bonheur, quel plaisir de connaître le lapin (hum... le latin), pour pouvoir savourer le texte d'Augustin et l'apprécier à sa juste mesure !

Il serait coupable de ne pas parler de l'épisode communément appelé l'extase d'Ostie au cours duquel Augustin et sa mère Monique eurent un aperçu de la vie éternelle. On peut aisément imaginer que ce fut pour eux une expérience mystique d'une qualité et d'une intensité exceptionnelles, comparable à celles de sainte Thérèse d'Ávila.

En revanche, je n'aime guère les traductions qui emploient le vouvoiement, et cela pour deux raisons : d'abord parce que le latin ne connaît pas le vous de courtoisie, ensuite parce que cet usage est moins une marque de respect envers Dieu qu'une coutume mondaine. Dieu est amour, Il nous est plus intime que nous ne le sommes à nous-mêmes. Benoît XVI lui-même dit que Dieu se fait si proche de nous que nous pouvons Le tutoyer (homélie du 18 décembre 2005).

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Petit Matthieu » sam. 01 mai 2010, 16:12

Je continue cette fiche, vraiment ce livre me captive. Quel magnifique personnage, quelle grande expérience !



Livre quatrième :

Chapitre I : Augustin confesse les égarements de son intelligence
« Pendant cette période de neuf ans, de ma dix-neuvième à ma vingt-huitième année, jouet de mes passions diverses, je fus séduit et séducteur, trompé et trompeur : en public par l’enseignement des sciences qu’on dit « libérales », en secret sous le faux nom de religion, ici proie de l’orgueil, là de la superstition et partout de la vanité. D’un côté je poursuivais le fantôme de la gloire populaire jusqu’aux applaudissements du théâtre, aux concours de poésie, aux joutes pour des couronnes de foin, aux bagatelles des spectacles, aux passions déréglées. D’un autre côté, j’aspirais à me purifier de ces souillures, j’apportais des aliments à ceux qu’on nommait les « élus », les « saints », pour que, dans l’officine de leur estomac, ils en fabriquassent des anges et des dieux chargés de me libérer. Ces chimères, je les poursuivais, ces pratiques, je m’y adonnais avec mes amis dupés par moi et comme moi. »

Chapitre II : Enseignement, faux ménage et magie
« Ces années-là, j’enseignais la rhétorique : vaincu par mes passions, je vendais l’art de vaincre par le bavardage. »
« En ce temps-là, je cohabitais avec une femme que je n’avais point épousée en mariage légitime, mais que m’avait fait rechercher l’imprudence d’une ardeur inquiète. »
« Je me souviens aussi qu’ayant voulu concourir pour un prix de poésie dramatique, je ne sais quel haruspice me fit demander ce que je consentirais à lui donner pour être vainqueur ; mais plein de dégoût et d’horreur pour ces honteux trafics, je répondis que, la récompense fût-elle une couronne d’or impérissable, je ne souffrirais pas que ma victoire coûtât la vie à une mouche. »
« Qu’est-ce dont si ce n’est « repaître les vents » (Osée, XII, 2) que de repaître ces esprits diaboliques et leur devenir par nos erreurs un objet de joie et de raillerie. »

Chapitre III : Augustin et l’astrologie
« Il est bon de ne pas abuser de votre indulgence envers le pécheur pour se donner licence de rechuter, mais de se souvenir de la parole du Seigneur : « Voici que tu es guéri ; ne pèche plus désormais, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pis. (Jean, V, 14) »
Augustin fustige l’astrologie qui décharge l’homme de toute faute en l’attribuant aux Dieux, aux astres. En parlant de la méthode et de la réussite de ceux-ci, Vindicianus, proconsul et médecin lui répond : « A quoi il répondit, comme il put, que la cause en était le pouvoir du hasard, répandu partout dans la nature. Si, en consultant à l’aventure une page d’un poète quelconque, qui chante un sujet très différent dans une tout autre pensée, on tombe souvent sur un vers qui s’accorde à merveille avec l’affaire qui vous occupe, il n’est point étonnant, disait-il, qu’en vertu de quelque instinct d’en haut, l’âme humaine, dans l’inconscience de ce qui se passe en elle, non par l’effet d’un art, mais par fortune, fasse entendre quelque parole qui convienne au faits et gestes du questionneur. »

Chapitre IV : L’ami perdu et pleuré
Augustin commence alors à enseigner, c’est alors que son ami d’enfance meurt, celui avec lequel il partage ses goûts, son enfance, ses errements superstitieux : « Malade, fiévreux, il gisait depuis longtemps sans connaissance, dans une sueur mortelle. Comme on désespérait de le sauver, il fut baptisé à son insu. Je ne m’en mis pas en peine, persuadé que son âme garderait les sentiments que je lui avais inculqués, plutôt que l’empreinte de ce qu’on avait fait à son corps inconscient. Mais il en fut tout autrement. Il se trouva mieux et on le crut hors de danger. Dès que je pus causer avec lui – et je le pus bientôt, aussitôt qu’il fut lui-même capable de parler, car je ne le quittais pas, tant nous étions dans une dépendance étroite l’un de l’autre, - j’essayai de plaisanter avec lui, croyant qu’il se moquerait avec moi d’un baptême qu’il avait reçu, privé d’intelligence et de sentiment. Pourtant il savait déjà qu’il l’avait reçu. Eh bien, il me regarda avec horreur, comme un ennemi, et m’avertit avec une franchise étonnamment brusque d’avoir à cesser de lui tenir un tel langage, si je voulais rester son ami. Stupéfait et troublé, je maîtrisai les mouvements de mon coeur. Je voulais lui laisser d’abord reprendre des forces et rétablir sa santé ; je pourrais alors en user avec lui librement. Mais il fut arraché à ma démence pour être réservé auprès de vous à ma consolation : quelques jours après, en mon absence, il fut repris de la fièvre et mourut. »
« La douleur que j’en ressentis enténébra mon coeur. Tout ce que je voyais n’était que mort. La patrie m’était un supplice, la maison paternelle un lieu d’étrange infortune. Tout ce que j’avais mis en commun avec lui, sans lui se changeait en un cruel tourment. Mes yeux le demandaient partout, et il leur était refusé. »
« Les larmes seules m’étaient douces et elles avaient succédé à mon ami dans les délices de mon coeur. »

Chapitre V : Douceur des larmes
« D’où vient donc la douceur du fruit que l’on recueille des amertumes de la vie, des gémissements, des pleurs, des soupirs et des plaintes ? »
« Serait-ce que les larmes, chose amère, nous deviennent douces à cause du dégoût ressenti pour les plaisirs passés et tant que dure cette aversion ? »

Chapitre VI : Augustin inconsolable de la mort de son ami
« J’étais malheureux ; malheureuse est toute âme enchaînée par l’amour des choses mortelles ; elle est déchirée lorqu’elle les perd et c’est alors qu’elle sent sa misère, dont elle souffre avant même de les avoir perdues. »
« Je m’étonnais de voir vivre les autres mortels, parce qu’il était mort celui que j’avais aimé comme s’il n’eût pas dû mourir ; et je m’étonnais plus encore, lui mort, de vivre, car j’étais un autre lui-même. Avec un grand bonheur d’expression un poète, parlant de son ami, l’a nommé « la moitié de son âme » (Horace, Odes,I, III, 8). »
« Et qui sait si je ne craignais pas de mourir de peur qu’il ne mourût tout entier, celui que j’avais tant aimé ! »

Chapitre VII : Il part pour Carthage
« Vous n’étiez pour ma pensée rien de consistant ni de réel. Ce n’était pas vous, mais un vain fantôme, et mon erreur était mon dieu. Si j’essayais d’y reposer mon âme, elle tombait dans le vide et de nouveau s’affaisait sur moi. »
« Où échapper à ma propre poursuite ? Et pourtant je m’enfuis de ma patrie. Mes yeux le cherchaient moins, là où il n’avait pas l’habitude de le voir. De Thagaste, j’allai à Carthage. »

Chapitre VIII : Le temps et l’amitié consolent sa peine
Sa douleur passe avec le temps et il reprend goût à ses anciens plaisirs : « Mais ce qui lui succédait, c’était, sinon d’autres douleurs, du moins des semences d’autres douleurs. Car pourquoi cette douleur avait-elle pénétré si facilement jusqu’au fond de moi-même, sinon parce que j’avais répandu mon âme sur le sable en aimant un être mortel, comme s’il n’avait pas dû mourir ? » Augustin partage sa vie avec des amis qui lui apportent le plaisir de vivre.

Chapitre IX : L’amitié et Dieu
« Heureux celui qui vous aime, et son ami en vous et son ennemi à cause de vous ! Seul, il ne perd aucun être cher, l’homme à qui tous sont chers en Celui qu’on ne perd jamais. »

Chapitre X : Les créatures qui passent ne peuvent nous donner le bonheur
En parlant des « belles choses » : « Tout ne parvient pas à la vieillesse, mais tout meurt. Donc lorsqu’elles naissent et s’efforcent d’être, plus vite elle croissent pour être, et plus elles se hâtent de ne plus être. Telle est leur loi. »

Chapitre XI : Dieu seul ne passe pas
« Pourquoi, t’écartant de la loi, suis-tu les impulsions de ta chair ? Retourne-toi, que ce soit elle qui te suive ! » A propos de la connaissance par partie ressentie par la chair : « Il en est toujours de même des parties dont se compose un tout, quand ces parties composantes n’existent pas simultanément : il y a plus de charme dans le tout que dans les parties perçues une à une, si on peut le percevoir dans sa totalité. Mais combien vaut mieux Celui qui a fait toutes choses ! »

Chapitre XII : L’âme ne peut trouver la paix et la vie heureuse qu’en Dieu
« Si les corps te plaisent, c’est Dieu que tu en loueras, ô mon âme, reporte ton amour sur leur Auteur, pour ne point lui déplaire dans les choses qui te plaisent. Si les âmes te plaisent, aime-les en Dieu, car elles aussi sont sujettes au changement et c’est en se fixant en lui qu’elles se stabilisent ; autrement elles passeraient et périraient. »
« Il est descendu ici-bas, celui qui est notre vie, il a souffert notre mort et il l’a tuée de l’abondance de sa vie. D’une voie tonnante il nous a crié de revenir d’ici vers lui, en ce lieu secret, d’où il est venu à nous d’abord dans le sein d’une vierge où s’est mariée à lui la nature humaine, cette chair mortelle, pour n’être pas toujours mortelle ; et de là, « pareil à un époux qui sort du lit nuptial » (Psaume XIX, 6 ), il a bondi comme un géant pour courrir sa route. Il ne s’est pas attardé, mais il a couru en nous criant par ses paroles, ses actes, sa mort, sa vie, sa descente aux enfers, son ascension, en nous criant, dis-je, de revenir à lui. Et il s’est dérobé à nos yeux afin que nous « rentrions dans notre coeur » (Isai, XLVI, 8) et que nous l’y trouvions. Il s’est éloigné, et pourtant, le voici. Il n’a pas voulu demeurer longtemps avec nous, mais il ne nous a pas abandonnés. Il s’en est allé en un lieu d’où il ne s’était jamais retiré, car « le monde a été crée par lui » (Jean, I, 10) et « il était en ce monde, et il est venu dans ce monde pour sauver les pécheurs » (Timothée I, 15) . »
« Descendez pour monter, pour monter vers Dieu, car vous êtes tombés en montant contre Dieu. »

Chapitre XIII : Augustin médite le problème du beau
« Et je remarquais, je voyais que, dans les corps, il faut distinguer le beau qui est une sorte de tout harmonieux et le convenable qui résulte d’une juste appropriation, comme une partie du corps s’accorde avec l’ensemble de l’organisme ou une chaussure avec le pied et autres choses semblables. » Augustin a écrit auparavant le traité : « Du Beau et du Convenable », mais il l’a perdu.

Chapitre XIV : Il dédie son ouvrage à Hiérius
Augustin parle de Hiérus, un syrien passé maître en éloquence grecque, puis orateur latin et possédant une grande science sur les questions de sagesse. Sa renommée est immense et Augustin lui dédie son traité susdit. Il déplore d’avoir aimé des hommes selon le jugement des hommes et non pas par le jugement de Dieu. Augustin aime les histrions mais n’aurait pas aimé être aimé comme eux, avoir leur notoriété humaine : « Ainsi j’aime dans un homme ce que j’aurais horreur d’être moi-même, quoique je sois un homme ! Profond abîme que l’homme ! Vous connaissez le nombre de ses cheveux, vous Seigneur, et il ne s’en perd aucun pour vous ; mais il est plus facile de compter ses cheveux que les passions et les mouvements de son coeur. »
« D’où sais-je et comment puis-je vous confesser avec certitude que j’aimais cet homme plus à cause de l’amour qu’il inspirait à ceux qui en faisaient l’éloge, que pour les mérites mêmes qui lui valaient ces éloges ? »


Chapitre XV : Résumé du « De Pulchro et Apto »

« Telle était alors mon âme. J’ignorais qu’elle avait besoin d’être éclairée d’une autre lumière pour participer à la vérité, n’étant pas elle-même l’essence de la vérité. »
« Je m’efforçais de m’approcher de vous, et vous me repoussiez, afin que j’eusse un avant-goût de la mort, « car vous résistez aux superbes » (I Pierre, V, 5) .»


Chapitre XVI : Augustin découvre les « catégories » d’Aristote et s’enfonce dans ses erreurs

Cet ouvrage parle des substances, dont celle de l’homme. Augustin essaye de concevoir Dieu dans ces catégories et donc fait une erreur. De plus en parlant de la lectures de livres consacrés aux arts libéraux : « J’en aimais la lecture et je ne savais pas d’où venaient les vérités et les certitudes qu’ils renfermaient. Le dos tourné à la lumière, je faisais face aux objets qu’elle éclairait, et mes yeux qui les voyaient lumineux ne recevaient pas eux-mêmes la lumière. »
« [...] la vivacité de l’intelligence et la pénétration de l’esprit sont vos dons ; mais je n’y voyais pas de quoi vous offrir un sacrifice. Aussi ces qualités ne m’étaient-elles d’aucun profit et contribuaient plutôt à me perdre. »
En parlant de ses élèves : « [...] le meilleur d’entre eux n’était que le moins lent à suivre mes explications. »

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Petit Matthieu » jeu. 02 avr. 2009, 20:56

Livre troisième :

Chapitre premier : L’amour de l’amour
Augustin raconte son arrivée à Carthage. « J’étais sans appétit pour les aliments incorruptibles, non par satiété, mais plus j’en étais privé, plus j’en avais le dégoût. »
« Aimé et être aimé m’était bien plus doux, quand je jouissais du corps de l’objet aimé. Je souillais donc la source de l’amitié des ordures de la concupiscence. »
« Je fus aimé, j’en vins secrètement aux liens de la possession, et mon bonheur fut pris dans un réseau de tourments : je fus battu des verges brûlantes de la jalousie, des soupçons, des craintes, des colères et des querelles. »

Chapitre II : Sa passion des spectacles ; nature du plaisir dramatique
« Pourquoi l’homme veut-il s’affliger en contemplant des aventures tragiques et lamentables, qu’il ne voudrait pas lui-même souffrir ? » La pitié résulte de l’amitié des hommes les uns envers les autres : « Aujourd’hui encore, je n’ignore pas la pitié. Mais alors au théâtre je sympathisais avec la joie des amants, quand ils jouissaient honteusement l’un de l’autre, bien que ce ne fussent là qu’aventures imaginaires et jeux scéniques ; et lorsqu’ils se séparaient, une espèce de pitié me faisait partager leur tristesse ; ce double sentiment m’était un délice. Maintenant j’ai beaucoup plus de pitié pour celui qui trouve sa joie dans la honte que pour celui qui souffre, comme d’un malheur, d’être privé d’une pernicieuse volupté et d’avoir perdu une misérable félicité. Cette miséricorde est certainement plus vraie, mais la douleur n’y est pas une source de plaisirs. Car si c’est un devoir louable de charité d’avoir de la compassion pour les malheureux, on préfèrerait n’avoir pas à éprouver ce sentiment, quand on est fraternellement miséricordieux. S’il y avait, chose impossible, une bienveillance malveillante, il se pourrait qu’un homme vraiment pitoyable souhaitât l’existence de malheureux, pour avoir à s’apitoyer sur eux. La douleur peut donc être approuvée parfois, mais elle n’est jamais désirable. »

Chapitre III : Augustin s’abandonne aux désordres, mais ne s’associe pas aux turbulences de ses camarades
Augustin est l’esclave des démons, et leur offre en sacrifice ses fautes, aimant « ma liberté d’esclave en fuite ».
« Ces études que l’on appelait honorables, conduisaient au barreau. Je voulais me distinguer dans cette profession, où plus on ment plus on a de succès. » Ils ne s’associe pas aux « brise-tout », ses camarades qui bizutent les nouveaux venus et font les quatre cents coups : « Pouvait-on dès lors leur donner un nom plus juste que celui de « brise-tout » ? Mais « brisés » eux-mêmes et pervertis par les esprits trompeurs qui, secrètement, se moquaient d’eux et les prenaient aux pièges où, railleurs et mystificateurs, ils aimaient à prendre autrui ! »
Augustin est le premier à l’école du rhéteur.

Chapitre IV : L’hortensius
« L’ordre accoutumé des études m’avait conduit au livre d’un certain Cicéron, dont presques tous les lettrés admirent la langue plus que le coeur. » Livre d’exhortation à la philosophie : Hortensius ». Il a alors 19 ans, son père est mort il y a plus de deux ans. Dans ce livre il découvre la soif d’acquérir l’éternelle sagesse, et il se tourne vers Dieu. Philosophie = amour de la sagesse.
« Il y a des gens qui font de la philosophie un instrument de duperie : ils colorent et fardent leurs erreurs de ce grand nom plein de séduction et si respectable. » Augustin ne sait alors encore rien de la Révélation, mais enfin il tend vers cette sagesse.

Chapitre V : Augustin déçu par la Bible
« Mon orgueil en méprisait la simplicité, mon regard n’en pénétrait pas les profondeurs. Cependant, il était fait pour grandir avec les petits, mais je dédaignais d’être petit, et plein de vaniteuse enflure, je me croyais grand. »

Chapitre VI : Augustin séduit par la doctrine manichéenne
Augustin parle des manichéens comme utilisant le nom de Jésus-Christ et du Paraclet consolateur, mais leur coeur restent vide de vérité. Augustin voit en eux un bien plus grand danger que les fables des poètes.

Chapitre VII : Quelques erreurs des manichéens
Doctrine manichéenne sur le Mal, la corporalité divine, sur la polygamie, sur l’homicide et le sacrifice des animaux : « Dans mon ignorance, j’étais troublé par ces questions ; je m’éloignais de la vérité, et je croyais aller vers elle, car je ne savais pas que le mal n’est que la privation du bien, privation qui trouve son dernier terme dans le néant. » Augustin ignorait que Dieu était esprit, que l’homme est à l’image de Dieu. La justice intérieure, la loi de Dieu qu’a respecté Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, David. Au delà des coutumes nationales : « Mais ils ont été jugés injustes par les ignorants, qui jugent selon les vues de la justice humaine et mesures les moeurs du genre humain, dans leur universalité, à leurs moeurs particulières. C’est comme si un homme, sans savoir ce qui, dans une armure, se rapporte à chaque partie du corps, voulait se couvrir la tête avec le cuissard, se chausser avec le casque, et se plaignait que rien ne lui allât. »
« Serait-ce donc que la justice est variable et changeante ? Non, mais les temps auxquels elle préside, ne se ressemblent pas, puisqu’ils sont des temps. »

Chapitre VIII : Il est des crimes toujours et partout détestables
« Car c’est violer la société que nous devons avoir avec Dieu que de souiller par les perversions de la volupté la nature dont il est l’auteur. » Augustin appelle a respecter les coutumes des hommes, le pacte mutuel scélé par une cité, une nation : mais quand Dieu commande à l’encontre de la cité, il faut lui obéir, restaurer ou instituer la chose.
« J’en dirai autant des crimes qui comportent le désir de nuire par des outrages ou par la violence. »

Chapitre IX : Les jugements de Dieu ne coincident pas toujours avec les jugements des hommes
« Il y a aussi des actions qui ressemblent à des actions honteuses ou à des crimes et qui ne sont pas des péchés, car elles n’offensent ni vous, Seigneur notre Dieu, ni la société : ainsi quand on se procure certaines choses utiles à la vie et accordées aux circonstances, et qu’il n’est pas sûr que ce soit par cupidité : ou encore, lorsqu’une autorité régulière punit pour corriger, sans qu’on puisse incriminer le désir de nuire. »

Chapitre X : Sottises manichéennes
Les manichéens voyaient dans une figue cueillie, les larmes de lait de l’arbre et du fruit. Mais mangée par un saint manichéen, de cette figue mangée, grâce aux prières, il en sortait de l’élu des anges, des parcelles de Dieu. Le Saint Elu délivrait Dieu de la figue, pas le non manichéen : « Malheureux ! Je croyais que nous devions plus de pitié aux productions de la terre qu’aux hommes pour qui elles poussent. »

Chapitre XI : Un rêve de Monique
En parlant du regard que sa mère portait sur lui : « A la lumière de la foi et de l’esprit qu’elle tenait de vous, elle me voyait mort. » Sa mère ne vivait et ne mangeait plus avec lui par horreur de ses blasphèmes.
« Dans ce songe, elle se vit debout sur une règle de bois, et au-devant d’elle venait un jeune homme, brillant, joyeux et qui souriait à sa tristesse et à sa désolation. Il lui demanda la raison de sa peine et de ses larmes quotidiennes ; il voulait l’instruire de quelque chose, comme il arrive en ce cas, et n’avait rien à apprendre d’elle. Et sur sa réponse qu’elle pleurait ma perte, il lui ordonna de se rassurer et la pria de faire attention et de remarquer que, là où elle était, je me trouvais moi aussi. Elle regarda et me vit, auprès d’elle, debout sur la même règle. » Mais Augustin reste encore à peu près 9 ans dans les ténèbres de l’erreur, ils chute, se relève, rechute. Sa pieuse mère ne cesse de prier pour lui.

Chapitre XII : Une parole prophétique
Sa mère tente de convaincre un prêtre de le remettre dans le chemin de la foi droite. Le prêtre s’y refuse : « Il répondit que j’étais encore réfractaire, étant tout gonflé de la nouveauté de l’hérésie. Au surplus, ne lui avait-elle pas appris que j’avais embarrassé de mes pauvres objections plus d’un esprit simple ? « Mais, dit-il, laissez-le, comme il est ; priez seulement pour lui le Seigneur. Par ses lectures, il reconnaîtra lui-même son erreur et son impiété. » »
Le prêtre était lui-même sorti de l’hérésie manichéenne. La mère d’Augustin le presse de s’entretenir avec Augustin, celui-ci impatienté lui répond cette phrase : « Laissez-moi, aussi vrai que vous vivez, le fils de larmes comme les vôtres ne saurait périr ». Sa mère reçoit ces paroles comme venues du ciel.

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Petit Matthieu » lun. 30 mars 2009, 15:30

Livre deuxième :
Chapitre I : Augustin va confesser son adolescence
« J’étais adolescent ; je brûlais de me rassasier de plaisirs infernaux, j’eus l’audace de m’épanouir en des amours changeantes et ténébreuses ; et « ma beauté se flétrit » (Daniel, X, 8) et je ne fus plus que pourriture à vos yeux, pendant que je me complaisais en moi-même et voulais plaire aux yeux des hommes. »

Chapitre II : Premiers tumultes de la chair
Augustin a alors seize ans : « Je ne demeurais aps sur le sentier lumineux de l’amitié. Des vapeurs s’exhalaient de la boueuse concupiscence de ma chair, du bouillonnement de ma puberté ; elles ennuageaient et offusquaient mon coeur ; tellement qu’il ne distinguait plus la douce clarté de l’affection des ténèbres sensuelles. »
« Vous étiez toujours à mes côtés, sévère et misericordieux à la fois, répandant des dégoûts pleins d’amertume sur toutes mes joies ilicites, pour me faire chercher des joies sans dégoût ? Où aurais-je pu les trouver sinon en vous, Seigneur, qui nous donnez les enseignements de la douleur, qui « frappez pour guérir » et qui nous faites mourir pour que nous ne mourions pas loin de vous. (Deutéronome, XXXII, 39). »

Chapitre III : Augustin interrompt ses études. Aveuglement d’un père païen. Conseils d’une mère chrétienne
« Mais pour qui fais-je ce récit ? Ce n’est pas pour vous, mon Dieu ; mais en vous contant ces choses, je les conte à mes semblables, aux hommes, mon livre ne tomberait-il qu’en de rares mains. Et pourquoi l’écrire ? C’est afin que quiconque le lise, et moi-même, nous concevions la profondeur de l’abîme d’où il faut crier vers vous. » Son père fait beaucoup d’effort pour le faire étudier dans différentes villes d’Afrique, mais ce même père ne se soucie pas de la moralité et de son chemin vers Dieu. Sa mère le met en garde contre la fornication et l’adultère : « Je ne voyais là que conseils de femme que j’eusse rougi de suivre. »
« Mais je l’ignorais [Que Dieu parlait à lui par la bouche de sa mère] et j’allais aux abîmes, à ce point aveuglé qu’au milieu des jeunes gens de mon âge, j’avais honte de leur être inférieur en turpitude. Je les entendais se vanter de leurs dévergondages et se glorifier à proportion de leur infamie, et je me plaisais à faire le mal non seulement par sensualité mais aussi par vanité. »

Chapitre IV : Augustin s’accuse d’un larcin
« Certes votre loi, Seigneur, condamne le larcin, une loi gravée dans le coeur des hommes, et que leur iniquité même n’abolit pas. Quel voleur accepte qu’on le vole ? Le riche n’admet pas l’excuse de l’indigence. » Augustin et ses amis ont en pleine nuit pris toutes les poires d’un arbre pour les jeter aux porcs, juste par jouissance de pécher. « j’ai aimé ma chute ».

Chapitre V : On ne pèche pas sans mobile
Toujours l’homme pèche pour acquérir des objets, or, argent, toucher charnel, honneur du monde, pouvoir de commander et de dominer : « Cependant, pour posséder tous ces biens, on ne doit pas s’écarter de vous, Seigneur, ni se détourner de votre loi. »
« L’aminié humaine est douce aussi par les chers noeuds qui font de plusieurs âmes une seule âme. »

Chapitre VI : En commetant son larcin, Augustin a fait le mal pour le mal
« S’il entra un peu de ces fruits dans ma bouche, c’est ma faute qui fit leur saveur. »
« Car l’orgueil imite l’élévation de l’âme ; mais vous seul, mon Dieu, êtes élevé au-dessus de toutes les créatures. Et que cherche l’ambition, si ce n’est les honneurs et la gloire ? Et cependant vous seul, entre tous, devez être honoré et glorifié éternellement. La sévérité du pouvoir veut se faire craindre, mais qui doit-on craindre sinon vous seul, ô Dieu ? Que peut-on arracher ou soustraire à votre puissance ? Quand, où et qui en est capable ? Les voluptueux veulent se faire aimer par des caresses. Mais rien n’est plus caressant que votre amour, et on ne peut rien chérir de plus salutaire que votre vérité, belle et lumineuse plus que toute chose. La curiosité simule la passion de la science, mais vous, vous avez la science suprême et totale. L’ignorance même et la sottise se couvrent des noms de simplicité et d’innocence, mais il ne se peut rien trouver de plus simple que vous. Et quoi de plus innocent que vous, puisque ce sont leurs propres oeuvres qui font du mal aux méchants ? La paresse se donne les apparence de désirer le repos. Mais où trouver un repos assuré hors du seigneur ? Le luxe veut être nommé satiété et abondance. Mais c’est vous qui êtes plénitude et trésor inépuisable d’incorruptibles délices. La prodigialité prend les dehors de la libéralité. Mais c’est vous qui dispensez généreusement tous les biens. L’avarice veut posséder beaucoup. Vous, vous possédez tout. La jalousie dispute pour le premier rang. Qu’y a-t-il de supérieur à vous ? La colère est en quête de vengeance. Qui se venge plus justement que vous ? La crainte, qui veille sur la sécurité des êtres chers, s’alarme des dangers insolites et soudains qui les menacent. Mais pour vous, quoi d’insolite ? Quoi de soudain ? Qui vous sépare de ce que vous aimez ? Où trouver, sinon auprès de vous, une inébranlable sécurité ? La tristesse se consume d’avoir perdu les biens sont se délectait la cupidité : car elle voudrait qu’on ne pût rien lui ravir, comme à vous.
C’est ainsi que l’âme se fait adultère, quand elle se détourne de vous et cherche hors de vous ce qu’elle ne trouve, pur et sans mélange, qu’en revenant à vous. Ils vous imitent tout de travers tous ceux qui s’éloignent de vous et s’élèvent contre vous. Mais même en vous imitant ainsi, ils font voir que vous êtes le Créateur de l’univers et que, pour cette raison, il est impossible de se séparer tout à fait de vous. »

Chapitre VII : Il remercie Dieu de lui avoir remis son péché
« Je dois à votre grâce et à votre miséricorde d’avoir fait fondre mes péchés comme de la glace. Je dois aussi à votre grâce tout le mal que je n’ai pas fait. » La chasteté et l’innocence ne s’acquièrent pas par les forces de l’homme, mais par la miséricorde divine.

Chapitre VIII : Ce qu’il a goûté aussi dans son vol, c’est le plaisir de la complicité
« Mais puisque ces fruits ne me faisaient point de plaisir, ce plaisir résidait pour moi dans la faute même, dans ce péché commis en compagnie. »

Chapitre IX : De quoi est fait ce plaisir
« C’était un rire qui nous titillait le coeur à la pensée de duper les gens qui ne se doutaient pas et en maugréeraient forcément. » Il résume les raisons de son acte : « Voici devant vous, mon Dieu, le vivant souvenir de mon âme. Seul, je n’aurais pas commis ce larcin où mon plaisir venait non de ce que je voulais, mais de l’acte même de voler. Seul, je n’y aurais pris aucun plaisir, et je ne l’aurais pas commis. O amitié ennemie ! Mystérieuse séduction de l’esprit, ardent désir de nuire, né du jeu et de la plaisanterie, besoin de léser autrui sans attrait de gain personnel ou de vengeance. Mais que quelqu’un dire : « Allons-y ! Faisons-le ! » et l’on a honte d’avoir honte. »

Chapitre X : Dieu est le souverain Bien
« Auprès de toi, la paix est inaltérable, la vie sans trouble ».
« Comme un eau qui coule, je me suis éloigné de vous ; j’ai erré, mon Dieu, en me détournant de votre ferme soutien dans mon adolescence, et je suis devenu pour moi « une contrée stérile » (Luc, XV, 14). »

Re: Les Confessions, de Saint-Augustin

par Eriluc » dim. 22 mars 2009, 18:40

Très intéressant merci à vous

PS : donne envie de relire !

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