par philémon.siclone » lun. 28 févr. 2011, 12:39
Il ne faut pas perdre de vue que les livres qui constituent la Bible contiennent en grande partie des récits, des "histoires" spirituelles faites pour nous enseigner. Être choqué par la violence contenue dans ces récits, n'est-ce pas quelque part s'illusionner sur le monde ? La violence est partout, dans nos propres vies pour commencer. L'Écriture ne nous parle pas d'un monde éthéré qui nous serait étranger, mais de l'histoire de l'humanité, de son alliance avec Dieu, et de son salut, et contient une somme d'enseignements destinés à nous aider en vue de cette alliance et de ce salut. La violence, c'est quoi au fond ? C'est le péché et notre séparation volontaire d'avec Dieu. La violence se manifeste d'abord dans la désobéissance d'Adam, et elle dure jusque sur la Croix et le Jugement dernier. La naïveté moderne héritée du rousseauïsme rêve d'un Dieu non-violent, faisant contraste avec la violence humaine. Certes, Dieu ne peut être violent puisqu'il est Bon. Mais imaginer un Dieu non-violent, à la manière de ce que nous imaginerions de la part d'un homme non-violent, n'est-ce pas calquer sur Dieu un comportement humain ? Mais Dieu n'a pas un comportement humain... puisqu'il est Dieu. Si nous percevons de la violence de la part de Dieu, cela ne peut venir que d'un défaut de compréhension dû aux limites de notre propre intelligence. "Mes pensées sont au-dessus de vos pensées". Qui peut sonder les desseins de Dieu ? L'Écriture, faite de mots humains destinés à la compréhension humaine, est nécessairement imparfaite à traduire les desseins de Dieu. Elle ne nous en donne qu'une figure. Ce qui est certain, c'est que la violence présente dans le monde, et aussi dans les Écritures, viennent essentiellement de l'homme. Lorsque Dieu agit avec violence, en apparence, à l'égard de l'homme, cette violence est en réalité celle de l'homme qui ne fait que lui être renvoyée, elle est la conséquence de ses actes. Dieu permet cette violence parce qu'il permet aussi la liberté de l'homme, liberté qui doit lui permettre de se convertir, et d'obtenir ainsi miséricorde.
Si l'on prend l'exemple des enfants qui raillent le prophète, on doit convenir qu'ils méritaient une punition à la hauteur de la gravité de l'offense faite à Dieu. Car ce n'est pas Élisée qui est offensé, ici, mais Dieu. Élisée, depuis qu'il a reçu le double héritage d'Élie, est à présent l'homme de Dieu. On ne se moque pas de Dieu impunément. Et ces deux ourses renvoient évidemment aux "deux" esprits d'Élie qui reposent à présent sur Élisée. De plus, il y a certainement un enseignement spirituel à méditer dans cette image de l'ourse qui déchire des enfants. L'ourse renvoie à la mère, mais une mère ne déchire pas ses propres petits. Une mère ourse, en revanche, déchire les intrus qu'elle rencontre pour protéger ses propres petits, pire encore si elle en est privée. Et d'autres passages de la Bible évoque l'ourse privée de ses petits en présence de qui il vaut mieux ne pas se trouver. Par ailleurs, cette bête est souvent comparée au péché, à l'infidélité de l'homme à son Dieu. Mais l'Écriture dit aussi qu'il vaut mieux rencontrer une ourse privée de ses petits qu'un insensé (il y a au moins deux passages dans la Bible). J'en conclurais donc que, dans une lecture morale de ce passage, les enfants qui raillent Élisée représentent la tentation du démon, ou encore les mauvaises pensées voulant détourner le prophète de sa mission (qui n'en est qu'à son début), et que telle une ourse ne reconnaissant pas ses propres petits, le prophète les détruit avec l'aide de Dieu.
Pourquoi 42 ? Ce n'est ni 6 ni 7 qui symbolise le mal, mais plutôt ce nombre de 42 qui renvoie à l'errance de l'homme, à sa vie de péché, à son inachèvement. Les six semaines (6 fois 7) sont le temps du labeur, de la Création en cours avant l'entrée dans le repos de Dieu. C'est l'orée de la Fête des semaines qui se célébraient à l'achèvement des Sept Semaines après le début des moissons, comme le prévoit la Loi de Moïse (voir Nombre, Deutéronome). Tant que l'homme est dans la 6e semaine, il n'est pas encore arrivé au terme de la moisson, il n'est pas parvenu à la plénitude de l'acte créateur que Dieu opère en lui, il est donc encore soumis au péché et à l'infidélité. Il n'est pas rentré dans l'Alliance, n'est pas parvenu à son Salut. D'ailleurs, cette observation se vérifie peut-être dans ce qui nous est dit de l'ancienne vie d'Élisée, laboureur, que Dieu vient arracher, via Élie, à son labeur. Le temps est venu, pour lui, de passer à la moisson après avoir longtemps travaillé la terre. Les douze paires de bœufs traduisent l'idée d'achèvement d'un cycle d'activité, comme les douze mois se succèdent pour former une année complète, comme le soleil est en "travail" au long de ces douze mois. La double pair est sans doute à mettre en lien avec le double esprit d'Élie. Voilà à mon avis ce que peut traduire ce nombre de 42. On le retrouve dans la généalogie d'Abraham à Jésus, car la génération d'Abraham s'achève réellement en Jésus, qui est vraiment la réalisation de la promesse.
Ainsi, au moment où Élisée reçoit pleinement l'héritage d'Élie, et lui succède dans sa mission, il abandonne son ancienne condition d'homme pécheur, infidèle à la Parole de Dieu, ancienne condition représentée par ses habits qu'il déchire pour prendre sur lui son nouveau joug, à savoir ce manteau d'Élie, qui est sa nouvelle condition de prophète. Pour lui, les eaux du Jourdain s'ouvrent pour le faire entrer dans sa 7e semaine, c'est-à-dire dans l'Alliance. Il devient héritier de la promesse. Et il n'est pas étonnant que les 42 enfants de son ancienne vie s'opposent avec moquerie à cette montée vers la montagne d'Élie. Ils sont alors impitoyablement déchirés comme l'avaient été aussi ses anciens vêtements. Il n'est pas étonnant non plus de découvrir que les frères d'Ochozias sont au nombre de 42. Une manière de montrer que ce roi, véritable archétype du roi infidèle et idolâtre, a dédié entièrement sa vie à l'errance et au péché. Jéhu, en justicier de Dieu, les fait périr misérablement, tout en mettant fin au culte de Baal. Et la mission de Jéhu est étroitement liée à celle d'Élisée : "quiconque n'aura pas été tué par Jéhu sera tué par Élisée". L'un et l'autre signifient le terme mis à l'infidélité pour entrer dans le temps de l'Alliance et dans la Justice : un roi et un prophète pour accomplir la même mission.
Pas étonnant non plus qu'une "erreur" attribue l'âge de 42 ans à Ochozias, une autre manière de signifier que sa vie était incomplète, inachevée, consacrée au péché. Jéhu est la figure du Christ succédant au Vieil homme.
Il ne faut pas perdre de vue que les livres qui constituent la Bible contiennent en grande partie des récits, des "histoires" spirituelles faites pour nous enseigner. Être choqué par la violence contenue dans ces récits, n'est-ce pas quelque part s'illusionner sur le monde ? La violence est partout, dans nos propres vies pour commencer. L'Écriture ne nous parle pas d'un monde éthéré qui nous serait étranger, mais de l'histoire de l'humanité, de son alliance avec Dieu, et de son salut, et contient une somme d'enseignements destinés à nous aider en vue de cette alliance et de ce salut. La violence, c'est quoi au fond ? C'est le péché et notre séparation volontaire d'avec Dieu. La violence se manifeste d'abord dans la désobéissance d'Adam, et elle dure jusque sur la Croix et le Jugement dernier. La naïveté moderne héritée du rousseauïsme rêve d'un Dieu non-violent, faisant contraste avec la violence humaine. Certes, Dieu ne peut être violent puisqu'il est Bon. Mais imaginer un Dieu non-violent, à la manière de ce que nous imaginerions de la part d'un homme non-violent, n'est-ce pas calquer sur Dieu un comportement humain ? Mais Dieu n'a pas un comportement humain... puisqu'il est Dieu. Si nous percevons de la violence de la part de Dieu, cela ne peut venir que d'un défaut de compréhension dû aux limites de notre propre intelligence. "Mes pensées sont au-dessus de vos pensées". Qui peut sonder les desseins de Dieu ? L'Écriture, faite de mots humains destinés à la compréhension humaine, est nécessairement imparfaite à traduire les desseins de Dieu. Elle ne nous en donne qu'une figure. Ce qui est certain, c'est que la violence présente dans le monde, et aussi dans les Écritures, viennent essentiellement de l'homme. Lorsque Dieu agit avec violence, en apparence, à l'égard de l'homme, cette violence est en réalité celle de l'homme qui ne fait que lui être renvoyée, elle est la conséquence de ses actes. Dieu permet cette violence parce qu'il permet aussi la liberté de l'homme, liberté qui doit lui permettre de se convertir, et d'obtenir ainsi miséricorde.
Si l'on prend l'exemple des enfants qui raillent le prophète, on doit convenir qu'ils méritaient une punition à la hauteur de la gravité de l'offense faite à Dieu. Car ce n'est pas Élisée qui est offensé, ici, mais Dieu. Élisée, depuis qu'il a reçu le double héritage d'Élie, est à présent l'homme de Dieu. On ne se moque pas de Dieu impunément. Et ces deux ourses renvoient évidemment aux "deux" esprits d'Élie qui reposent à présent sur Élisée. De plus, il y a certainement un enseignement spirituel à méditer dans cette image de l'ourse qui déchire des enfants. L'ourse renvoie à la mère, mais une mère ne déchire pas ses propres petits. Une mère ourse, en revanche, déchire les intrus qu'elle rencontre pour protéger ses propres petits, pire encore si elle en est privée. Et d'autres passages de la Bible évoque l'ourse privée de ses petits en présence de qui il vaut mieux ne pas se trouver. Par ailleurs, cette bête est souvent comparée au péché, à l'infidélité de l'homme à son Dieu. Mais l'Écriture dit aussi qu'il vaut mieux rencontrer une ourse privée de ses petits qu'un insensé (il y a au moins deux passages dans la Bible). J'en conclurais donc que, dans une lecture morale de ce passage, les enfants qui raillent Élisée représentent la tentation du démon, ou encore les mauvaises pensées voulant détourner le prophète de sa mission (qui n'en est qu'à son début), et que telle une ourse ne reconnaissant pas ses propres petits, le prophète les détruit avec l'aide de Dieu.
Pourquoi 42 ? Ce n'est ni 6 ni 7 qui symbolise le mal, mais plutôt ce nombre de 42 qui renvoie à l'errance de l'homme, à sa vie de péché, à son inachèvement. Les six semaines (6 fois 7) sont le temps du labeur, de la Création en cours avant l'entrée dans le repos de Dieu. C'est l'orée de la Fête des semaines qui se célébraient à l'achèvement des Sept Semaines après le début des moissons, comme le prévoit la Loi de Moïse (voir Nombre, Deutéronome). Tant que l'homme est dans la 6e semaine, il n'est pas encore arrivé au terme de la moisson, il n'est pas parvenu à la plénitude de l'acte créateur que Dieu opère en lui, il est donc encore soumis au péché et à l'infidélité. Il n'est pas rentré dans l'Alliance, n'est pas parvenu à son Salut. D'ailleurs, cette observation se vérifie peut-être dans ce qui nous est dit de l'ancienne vie d'Élisée, laboureur, que Dieu vient arracher, via Élie, à son labeur. Le temps est venu, pour lui, de passer à la moisson après avoir longtemps travaillé la terre. Les douze paires de bœufs traduisent l'idée d'achèvement d'un cycle d'activité, comme les douze mois se succèdent pour former une année complète, comme le soleil est en "travail" au long de ces douze mois. La double pair est sans doute à mettre en lien avec le double esprit d'Élie. Voilà à mon avis ce que peut traduire ce nombre de 42. On le retrouve dans la généalogie d'Abraham à Jésus, car la génération d'Abraham s'achève réellement en Jésus, qui est vraiment la réalisation de la promesse.
Ainsi, au moment où Élisée reçoit pleinement l'héritage d'Élie, et lui succède dans sa mission, il abandonne son ancienne condition d'homme pécheur, infidèle à la Parole de Dieu, ancienne condition représentée par ses habits qu'il déchire pour prendre sur lui son nouveau joug, à savoir ce manteau d'Élie, qui est sa nouvelle condition de prophète. Pour lui, les eaux du Jourdain s'ouvrent pour le faire entrer dans sa 7e semaine, c'est-à-dire dans l'Alliance. Il devient héritier de la promesse. Et il n'est pas étonnant que les 42 enfants de son ancienne vie s'opposent avec moquerie à cette montée vers la montagne d'Élie. Ils sont alors impitoyablement déchirés comme l'avaient été aussi ses anciens vêtements. Il n'est pas étonnant non plus de découvrir que les frères d'Ochozias sont au nombre de 42. Une manière de montrer que ce roi, véritable archétype du roi infidèle et idolâtre, a dédié entièrement sa vie à l'errance et au péché. Jéhu, en justicier de Dieu, les fait périr misérablement, tout en mettant fin au culte de Baal. Et la mission de Jéhu est étroitement liée à celle d'Élisée : "quiconque n'aura pas été tué par Jéhu sera tué par Élisée". L'un et l'autre signifient le terme mis à l'infidélité pour entrer dans le temps de l'Alliance et dans la Justice : un roi et un prophète pour accomplir la même mission.
Pas étonnant non plus qu'une "erreur" attribue l'âge de 42 ans à Ochozias, une autre manière de signifier que sa vie était incomplète, inachevée, consacrée au péché. Jéhu est la figure du Christ succédant au Vieil homme.