par Amfortas » jeu. 06 oct. 2011, 10:17
L’opposition rationnelle/irrationnelle n’est pas pertinente pour décrire une religion révélée, c’est en fait une tactique idéologique pour discréditer toute religion.
La vraie question est celle de l’articulation du contenu positif de la religion avec la rationalité. Ce que les philosophes appellent « positif » dans une doctrine c’est ce qui est posé, non pas démontré, mais posé ou révélé. Dans une religion le contenu positif est le contenu révélé.
L’adhésion au contenu révélé est la foi, et je m’empresse de dire que cette adhésion n’est pas une adhésion sentimentale, mais une adhésion en vérité : assentir n’est pas sentir, ressentir ou consentir. C’est l’assentiment que l’on doit à la vérité.
Que cet assentiment procure un sentiment de joie, certes, mais en ce cas le sentiment est ordonné à la foi et non la foi au sentiment. Une « foi sentimentale » est une foi qui ne vaut rien en regard de la vraie foi, parce que la « foi sentimentale » a perdu toute exigence de vérité : le sentiment s’est substitué à la vérité en tant que critère d’acceptation.
Maintenant le contenu positif s’oppose t-il nécessairement à la rationalité ? Clairement non, la meilleure preuve est que toute science a un contenu positif, en l’occurrence ses principes premiers.
Ce qui d’ailleurs faisait dire au philosophe Hegel de façon provocante : «il est rationnel qu’il y ait de l’irrationnel », c'est-à-dire qu’il faut bien commencer par un quelque chose : un principe, un objet… et que ce quelque chose ne peut être démontré puisqu’il est au commencement alors que le résultat démontré est à la fin, en conclusion.
Donc soit on ne commence jamais et l’on a du « rien » du début jusqu’à la fin, soit l’on commence par quelque chose. Évidemment se pose la question de savoir ce que l’on pose en premier, par quoi commence t’on ?
A ce sujet il est intéressant de noter qu’Hegel, pourtant rangé parmi les modernes, remarquait la façon arbitraire dont les philosophes et géomètres (la prise de conscience du côté arbitraire des axiomes d’Euclide a justement ouvert la voie vers les géométries non-euclidiennes et notamment celle de la relativité) posaient leur principes premiers et traçaient leurs figures. Le principal reproche ici : c’est que c’est toujours la conscience philosophique ou mathématicienne qui pose et manipule de l’extérieur les figures démonstratives. D’où la conclusion hégélienne : vous n’êtes pas dans la sphère de la vérité, mais dans celle de la certitude, parce que les certitudes, mêmes vraies certitudes, auxquelles parvient votre conscience ne sont que les résultats du mouvement de votre conscience qui impose de l’extérieur sa logique et ses lois aux objets qu’elle pose et manipule. Reproche formulé notamment à l’encontre de Spinoza et de son exposition more geometrico. (Pourquoi commencer par la Substance ?)
D’où aussi la conclusion que l’énonciation de la Vérité ne peut être faite que par elle-même dans un dépassement de la certitude conscientielle. La Vérité énoncée par un autre qu’elle-même n’est pas la Vérité, c’est peut-être certainement vrai, mais ce n’est pas la Vérité.. C’est donc la Vérité qui pose son propre contenu positif, qui se pose elle-même. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Saint Jean 14, 1-6). Ou encore « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le Principe et la fin. » (Ap 22,13). Et pas seulement un commencement, mais aussi un Logos, une Parole qui se meut elle-même jusqu’à sa propre fin.
Il est intéressant de noter aussi que dans le domaine logico-mathématique, Gödel a démontré que « être vrai » et être « démontrable » ou plutôt « décidable » n’étaient pas équivalents, et qu’une proposition peut être vraie sans être démontrable, et inversement une proposition fausse, mais décidable (lorsque le système est inconsistant), et que par ailleurs la preuve de consistance du système n’existait pas, que donc dans tout système formel aussi rigoureux soit-il il existait toujours un contenu positif vrai, un savoir vrai mais non démontrable, requérant l’adhésion du logicien. (la question de Gödel aux mathématiciens étaient : « Comment pouvez-vous prendre pour vrai vos axiomes, puisque par définition leur vérité n’a pas été démontrée ? »).
L’opposition rationnelle/irrationnelle n’est pas pertinente pour décrire une religion révélée, c’est en fait une tactique idéologique pour discréditer toute religion.
La vraie question est celle de l’articulation du contenu positif de la religion avec la rationalité. Ce que les philosophes appellent « positif » dans une doctrine c’est ce qui est posé, non pas démontré, mais posé ou révélé. Dans une religion le contenu positif est le contenu révélé.
L’adhésion au contenu révélé est la foi, et je m’empresse de dire que cette adhésion n’est pas une adhésion sentimentale, mais une adhésion en vérité : assentir n’est pas sentir, ressentir ou consentir. C’est l’assentiment que l’on doit à la vérité.
Que cet assentiment procure un sentiment de joie, certes, mais en ce cas le sentiment est ordonné à la foi et non la foi au sentiment. Une « foi sentimentale » est une foi qui ne vaut rien en regard de la vraie foi, parce que la « foi sentimentale » a perdu toute exigence de vérité : le sentiment s’est substitué à la vérité en tant que critère d’acceptation.
Maintenant le contenu positif s’oppose t-il nécessairement à la rationalité ? Clairement non, la meilleure preuve est que toute science a un contenu positif, en l’occurrence ses principes premiers.
Ce qui d’ailleurs faisait dire au philosophe Hegel de façon provocante : «il est rationnel qu’il y ait de l’irrationnel », c'est-à-dire qu’il faut bien commencer par un quelque chose : un principe, un objet… et que ce quelque chose ne peut être démontré puisqu’il est au commencement alors que le résultat démontré est à la fin, en conclusion.
Donc soit on ne commence jamais et l’on a du « rien » du début jusqu’à la fin, soit l’on commence par quelque chose. Évidemment se pose la question de savoir ce que l’on pose en premier, par quoi commence t’on ?
A ce sujet il est intéressant de noter qu’Hegel, pourtant rangé parmi les modernes, remarquait la façon arbitraire dont les philosophes et géomètres (la prise de conscience du côté arbitraire des axiomes d’Euclide a justement ouvert la voie vers les géométries non-euclidiennes et notamment celle de la relativité) posaient leur principes premiers et traçaient leurs figures. Le principal reproche ici : c’est que c’est toujours la conscience philosophique ou mathématicienne qui pose et manipule de l’extérieur les figures démonstratives. D’où la conclusion hégélienne : vous n’êtes pas dans la sphère de la vérité, mais dans celle de la certitude, parce que les certitudes, mêmes vraies certitudes, auxquelles parvient votre conscience ne sont que les résultats du mouvement de votre conscience qui impose de l’extérieur sa logique et ses lois aux objets qu’elle pose et manipule. Reproche formulé notamment à l’encontre de Spinoza et de son exposition more geometrico. (Pourquoi commencer par la Substance ?)
D’où aussi la conclusion que l’énonciation de la Vérité ne peut être faite que par elle-même dans un dépassement de la certitude conscientielle. La Vérité énoncée par un autre qu’elle-même n’est pas la Vérité, c’est peut-être certainement vrai, mais ce n’est pas la Vérité.. C’est donc la Vérité qui pose son propre contenu positif, qui se pose elle-même. « [b]Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie[/b] » (Saint Jean 14, 1-6). Ou encore « [b]Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le Principe et la fin[/b]. » (Ap 22,13). Et pas seulement un commencement, mais aussi un Logos, une Parole qui se meut elle-même jusqu’à sa propre fin.
Il est intéressant de noter aussi que dans le domaine logico-mathématique, Gödel a démontré que « être vrai » et être « démontrable » ou plutôt « décidable » n’étaient pas équivalents, et qu’une proposition peut être vraie sans être démontrable, et inversement une proposition fausse, mais décidable (lorsque le système est inconsistant), et que par ailleurs la preuve de consistance du système n’existait pas, que donc dans tout système formel aussi rigoureux soit-il il existait toujours un contenu positif vrai, un savoir vrai mais non démontrable, requérant l’adhésion du logicien. (la question de Gödel aux mathématiciens étaient : « Comment pouvez-vous prendre pour vrai vos axiomes, puisque par définition leur vérité n’a pas été démontrée ? »).