par MB » sam. 11 nov. 2006, 2:19
Avé Charles
A te lire, je comprends mieux, maintenant, tes options politiques fondamentales, et les raisons de certaines de tes interventions par ailleurs.
Après, ce que tu dis ne va vraiment pas, pour des raisons très simples.
- Quand tu parles de logique de lutte des classes, au sens le plus général, je pense que tu regardes la paille dans l'oeil de Smith. Car s'il y a un pays dans le monde qui est obsédé, littéralement, par les questions de lutte de classe ou plutôt d'antagonismes sociaux, c'est bien la France. Tout le système culturel français actuel est orienté vers l'idée de dénigrement de ce qui est censé venir des classes dites supérieures. Pas un film, pas un roman, quelqu'en soit le sujet, où l'on n'évoque la question, même pour rigoler (p. ex. en montrant un "bourge" ridicule) ; pas un numéro de journal, toutes tendances confondues, où le problème ne soit évoqué, et le plus souvent de façon haineuse. Sans parler des goûts des gens qui se conforment souvent d'après une grille de lecture "sociale" (exemple, vu de mes yeux, d'une gauchiste qui se disait qu'il fallait qu'elle renonçât à l'opéra, ça faisait limite question habitus). En parlant d'opéra, j'ai un autre exemple, celui d'un inspecteur de l'EN ayant blâmé une prof de français qui avait emmené ses élèves voir Don Giovanni - pour cause d'"élitisme".
- Il y a en effet une tendance très large, dans la culture américaine, à rejeter les conventions des classes dites supérieures. Mais cette tendance, tu l'interprètes en fonction de critères français. Nous, si nous rejetons ce que font les "bourges", c'est par haine d'une classe fantasmée et de tout ce qui est censé la représenter. Eux, ce qu'ils rejettent - et c'est très net dans tous leurs films -, c'est un ensemble de règles qui apparaissent hostiles à l'épanouissement personnel. On ne rejette pas que les conventions "supérieures". On rejette toutes les conventions, dans l'idéal. C'est du post-Emerson : chacun doit trouver lui-même sa voie, ne pas tenir compte des conformismes, des routines, des habitudes, etc. En fait, le rejet de ces valeurs est toujours individuel (il est fait par l'homme libre, indépendant, bref le stéréotype du winner) ; il s'assimile non au rejet d'une classe, mais d'un certain pharisaïsme de classe ; quelque soit le niveau de la classe par ailleurs... car je note, en passant, que ce rejet de règles contraignantes dépasse largement la question de la classe ou de l'élite.
J'ai deux exemples en tête, deux films. L'un, dont je ne me souviens plus du titre, montre un jeune pianiste, qui a la vocation, qui est passionné, etc. qui doit se séparer de son père, un bon gars un peu beauf, qui lui trouve que vraiment, s'adonner à l'art, ça fait pédé (c'était le mot). L'autre film, le Cercle des poètes disparus, montre un jeune homme de bonne famille qui désobéit à son père qui veut l'empêcher de faire du théâtre ; ce film est très représentatif, et d'ailleurs il a eu énormément de succès et plein d'Oscars, signe qu'il répondait à une attente culturelle.
En reprenant ces exemples, on peut faire une application à un cas qui nous concerne. Imaginons un Ricain qui rejette ouvertement ce que représente l'Europe. Ce n'est pas la culture, la finesse, etc. qu'il rejettera, mais la suffisance que nous mettons dans le respect, pas toujours réel, de ces valeurs ; ce qu'il critiquera, c'est un ensemble de règles qu'il trouvera étriquées. Rien à voir avec ce que tu dis.
(précision : je décris cet état d'esprit sans forcément l'approuver, mais ce n'est pas la question)
- Puis il y a un problème de méthode. Il n'y a pas un Américain, il n'y a pas un Européen. De quels Américains parles-tu ? De quels Européens ? Du gastronome new-yorkais ou du beauf allemand qui lit Bild , et qui n'a rien à envier au redneck ? Finalement, ce qui est le plus dérangeant, c'est la franchise : chez nous, le beauf a parfois un peu honte. Chez eux, tout le monde n'a aucune honte à dire sa pensée, même pour affirmer avoir été enlevé par des ET. La différence réside souvent dans le discours. La différence réside peut-être aussi dans une sorte de simplicité ; mais critiquer celle-ci, c'est adopter l'attitude de l'homme cultivé mais blasé, qui méprise la naïveté des gens simples, ceux dont parlait Exupère.
En tout cas, je suis un peu effaré par ce que tu as écrit, cela montre tellement de haine et de rancoeur ! Je me console en rigolant de l'assimilation de Villepin à un aristo, même le plus servile des militants UMP n'oserait pas dire cela... Ca serait plus intéressant de citer des exemples vécus, tu dois en avoir.
A bientôt
MB
Avé Charles
A te lire, je comprends mieux, maintenant, tes options politiques fondamentales, et les raisons de certaines de tes interventions par ailleurs.
Après, ce que tu dis ne va vraiment pas, pour des raisons très simples.
- Quand tu parles de logique de lutte des classes, au sens le plus général, je pense que tu regardes la paille dans l'oeil de Smith. Car s'il y a un pays dans le monde qui est obsédé, littéralement, par les questions de lutte de classe ou plutôt d'antagonismes sociaux, c'est bien la France. Tout le système culturel français actuel est orienté vers l'idée de dénigrement de ce qui est censé venir des classes dites supérieures. Pas un film, pas un roman, quelqu'en soit le sujet, où l'on n'évoque la question, même pour rigoler (p. ex. en montrant un "bourge" ridicule) ; pas un numéro de journal, toutes tendances confondues, où le problème ne soit évoqué, et le plus souvent de façon haineuse. Sans parler des goûts des gens qui se conforment souvent d'après une grille de lecture "sociale" (exemple, vu de mes yeux, d'une gauchiste qui se disait qu'il fallait qu'elle renonçât à l'opéra, ça faisait limite question habitus). En parlant d'opéra, j'ai un autre exemple, celui d'un inspecteur de l'EN ayant blâmé une prof de français qui avait emmené ses élèves voir [i]Don Giovanni[/i] - pour cause d'"élitisme".
- Il y a en effet une tendance très large, dans la culture américaine, à rejeter les conventions des classes dites supérieures. Mais cette tendance, tu l'interprètes en fonction de critères français. Nous, si nous rejetons ce que font les "bourges", c'est par haine d'une classe fantasmée et de tout ce qui est censé la représenter. Eux, ce qu'ils rejettent - et c'est très net dans tous leurs films -, c'est un ensemble de règles qui apparaissent hostiles à l'épanouissement personnel. On ne rejette pas que les conventions "supérieures". On rejette [i]toutes [/i]les conventions, dans l'idéal. C'est du post-Emerson : chacun doit trouver lui-même sa voie, ne pas tenir compte des conformismes, des routines, des habitudes, etc. En fait, le rejet de ces valeurs est toujours individuel (il est fait par l'homme libre, indépendant, bref le stéréotype du winner) ; il s'assimile non au rejet d'une classe, mais d'un certain pharisaïsme de classe ; quelque soit le niveau de la classe par ailleurs... car je note, en passant, que ce rejet de règles contraignantes dépasse largement la question de la classe ou de l'élite.
J'ai deux exemples en tête, deux films. L'un, dont je ne me souviens plus du titre, montre un jeune pianiste, qui a la vocation, qui est passionné, etc. qui doit se séparer de son père, un bon gars un peu beauf, qui lui trouve que vraiment, s'adonner à l'art, ça fait pédé (c'était le mot). L'autre film, le [i]Cercle des poètes disparus[/i], montre un jeune homme de bonne famille qui désobéit à son père qui veut l'empêcher de faire du théâtre ; ce film est très représentatif, et d'ailleurs il a eu énormément de succès et plein d'Oscars, signe qu'il répondait à une attente culturelle.
En reprenant ces exemples, on peut faire une application à un cas qui nous concerne. Imaginons un Ricain qui rejette ouvertement ce que représente l'Europe. Ce n'est pas la culture, la finesse, etc. qu'il rejettera, mais la suffisance que nous mettons dans le respect, pas toujours réel, de ces valeurs ; ce qu'il critiquera, c'est un ensemble de règles qu'il trouvera étriquées. Rien à voir avec ce que tu dis.
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(précision : je décris cet état d'esprit sans forcément l'approuver, mais ce n'est pas la question)
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- Puis il y a un problème de méthode. Il n'y a pas un Américain, il n'y a pas un Européen. De quels Américains parles-tu ? De quels Européens ? Du gastronome new-yorkais ou du beauf allemand qui lit [i]Bild [/i], et qui n'a rien à envier au redneck ? Finalement, ce qui est le plus dérangeant, c'est la franchise : chez nous, le beauf a parfois un peu honte. Chez eux, tout le monde n'a aucune honte à dire sa pensée, même pour affirmer avoir été enlevé par des ET. La différence réside souvent dans le discours. La différence réside peut-être aussi dans une sorte de simplicité ; mais critiquer celle-ci, c'est adopter l'attitude de l'homme cultivé mais blasé, qui méprise la naïveté des gens simples, ceux dont parlait Exupère.
En tout cas, je suis un peu effaré par ce que tu as écrit, cela montre tellement de haine et de rancoeur ! Je me console en rigolant de l'assimilation de Villepin à un aristo, même le plus servile des militants UMP n'oserait pas dire cela... Ca serait plus intéressant de citer des exemples vécus, tu dois en avoir.
A bientôt
MB