par François-Xavier » lun. 23 juil. 2012, 9:32
Je trouverais intéressant d'essayer de voir pourquoi on en est arrivé là, sur le plan psychologique et sur le plan théologique.
Parce que, dans la série "citations choquantes", il y a celle ci :
Christian Troll sj a écrit :« le Coran contient une parole de Dieu, et pas seulement pour les musulmans mais pour tous les hommes et donc aussi pour moi personnellement. En effet je puis dans l’annonce puissante du Dieu unique et transcendant du Coran transmis par Mahomet reconnaître le rappel d’un élément essentiel du message de Jésus et une invitation à vivre davantage en cohérence avec ce message. Ainsi comme chrétien je puis reconnaître que Mahomet a reçu de Dieu la mission d’annoncer cet aspect essentiel de la vérité, à savoir l’unicité et la transcendance de Dieu. ». Que répondre aux Musulmans? (traduction Jacques Weisshaupt, éditions Fidélité, Namur, 2011)
C'est donc incroyable de voir autant de personnes, y compris de prélats, théologiens, cardinaux, dire des choses aussi "henaurmes".
Je pense queuant à moi que cet "état de déliquescence" qui concrètement conduit à une stérilisaiton de l'apostolat vers l'islam a 3 sources :
1 - le pensée de Louis Massignon : qui promeut un
Massignon a écrit :« expatriement où nous entraîne notre « substitution » aux âmes musulmanes, cette grâce de Dieu qui les justifie devant Lui, en nous sanctifiant”, ou encore une “mise à la disposition spirituelle, toute offerte au désir que Jésus a des âmes, pour répondre à leur place à Son Appel » (Lettre de la Badaliya n° 3 et 4, citées par Jacques Keryell in Louis Massignon et ses contemporains, Paris, Karthala, 1997, p.365).
pour finalement affirmer que
Massignon a écrit :“L’Islam constitue une réponse mystérieuse de la grâce à la prière d’Abraham pour Ismaël et les Arabes” auxquels “Dieu a donné le Coran en signe de bénédiction” (Parole donnée, Paris, Seuil, rééd. 1983, p.267)
2 - une lecture erronée de Vatican II :
Nostra Aetate a écrit :« L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, [ici le texte de dit pas « regarde avec estime l’islam »] qui adorent le Dieu unique, [le texte ne dit pas « qui adorent comme nous » un Dieu unique] vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ( Saint Grégoire VII, Épître III, 21 ad Anzir (El-Nâsir), regem Mauritaniae, éd. E. Caspar in mgh, Ep. sel. II, 1920, I, p. 288, 11-15 ; PL 148, 451 A.), qui a parlé aux hommes [le texte ne dit pas : qui a a parlé au prophète Mahomet]. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. [le texte ne dit pas que l’islam est une des trois religions abrahamiques] Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. [le texte voit bien la clef du dialogue avec l’islam, qui est eschatologique] Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.
Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, [c’est un euphémisme, ici : puisqu’il s’agit concrètement de guerres et de batailles rangées, y compris menées directement par les armées pontificales pour certaines d’entre elles] le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. »
Lumen Gentium 16 a écrit :Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, [Donc : les hommes sont appelés à tous recevoir l’Evangile] sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu (Cf. Saint Thomas, Somme théologique III, q. 8, a. 3, ad 1.) et, en premier lieu, ce peuple [hébreu] qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair (cf. Rm 9, 4-5), peuple très aimé du point de vue de l’élection, à cause des Pères, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel (cf. Rm 11, 28-29). Mais le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, [le texte ne dit pas : ils ont la foi d’Abraham] adorent avec nous le Dieu unique, [le texte affirme … contre les Musulmans que nous ne sommes pas associateurs « mushrikin »] miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour. [perception de l’enjeu eschatologique du dialogue avec les Musulmans] Et même des autres, qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent, de ceux-là mêmes Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (cf. Ac 17, 25-28), et puisqu’il veut, comme Sauveur, amener tous les hommes au salut (cf. 1 Tm 2, 4).
En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel [peuvent arriver ne signifie certainement pas arrivent à coup sûr] (Cf. Lettre de la Sacrée Congrégation du Saint-Office à l’archevêque de Boston. : Denz. 3869-72.). À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, [la grâce divine qui n’est pas enfermée dans son exercice à l’intérieur des frontières de l’Eglise visible] à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut. En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique (Cf. Eusèbe de Césarée, Praeparatio Evangelica, 1, 1 : PG 21, 28 AB.) et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie.
Bien souvent, malheureusement, les hommes, trompés par le démon, se sont égarés dans leurs raisonnements, [Ce qui pourrait être une préparation évangélique est cependant « bien souvent » une cause de chute et de malheur. Le texte d’origine dit même « saepius » c'est-à-dire en fait « le plus souvent »] ils ont délaissé le vrai Dieu pour des êtres de mensonge, servi la créature au lieu du Créateur (cf. Rm 1, 21.25) 21.25) ou bien, vivant et mourant sans Dieu dans ce monde, ils sont exposés aux extrémités du désespoir. C’est pourquoi l’Église, soucieuse de la gloire de Dieu et du salut de tous ces hommes, se souvenant du commandement du Seigneur : « Prêchez l’Évangile à toutes créatures» (Mc 16, 16), met tout son soin à encourager et soutenir les missions. [A aucun moment on en voit donc l’Eglise dans Vatican II décourager les missions vers l’Islam]
3 - un développement théologique qui ne donne pas toute sa place à la question de l'anthropologie : quelle est la place de l'homme dans le dessein de Dieu ? Qui entraîne alors une torsion de l'enseignement magistériel post conciliaire avec une vision de l'homme et de son salut qui part non pas de la tradition apostolique mais d'un certain jansénisme. Et il est vrai que certaines affirmations journetiennes par exemple finissent par être troublantes, si on n'est pas capable de distinguer dans le discours de Journet les affirmations qui concernent le salut en acte et le salut en puissance. Tout cela est également très en lien avec deux questions complémentaires :
- la difficulté posée par l'hypothèse de S. Thomas sur les "limbes" qui en réalité oblige à "mal" penser la question du salut des non baptisés.
- la crise de la pensée ecclésiologique dans les années 1980 qui a amené l'émergence dans les milieux intellectuels chrétiens des hypothèses du P. Dupuis, combattues par Rome (notamment au travers de la déclaration Dominus Iesus, et de la notification de 1999 au sujet de l'ouvrage "Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux" Paris, Cerf 1997.
On est donc pour le moins dans une grande difficulté non pas théologique (parce que le magistère et les CDF s'expriment clairement sur ces questions) mais dans une difficulté catéchétique. L'emergence de l'islam dans la société française de façon particulière mais aussi dans l'environnement occidental oblige à éclaircir et à promouvoir pastoralement une position ecclesiale claire.
Cependant, touts ne suivent pas le senseignements de l'Eglise. Un bon exemple de dérapage c'est le livre de Christian Salenson (ardemment promu par le SRI et la librairie Siloë) qui utilise largement Christian de Chergé dans le quel on peut lire sans rire :
Christian Salenson, [i]Christian de Chergé, une théologie de l'Espérance[/i] a écrit :« Il ne suffit pas de dire, à juste titre, que nous ne devons pas relativiser la foi chrétienne et affirmer l'universelle médiation du Christ, encore faut-il en tirer les conséquences c'est-à-dire, en Église, recevoir un visage du Christ qui nous vient précisément de cette médiation universelle dans les cultures et les religions. » (p. 126)
«Puisque la médiation salvifique s'exerce dans l'islam, et que les chrétiens ne peuvent prétendre tout connaître du Christ qui dépasse les frontières des religions, les chrétiens doivent recevoir aussi le Christ de l'islam. Que signifie recevoir le Christ de l'islam? Certainement, recevoir avec bienveillance ce que le Coran dit du Christ : « je suis sûr que le Christ du Coran a quelque chose à voir avec celui de notre foi ». Il faut aussi recevoir ce que l'islam vécu nous fait mieux comprendre du Christ : « pour enrichir notre connaissance partielle du moment, nous avons besoin de ce que l'autre peut y ajouter par ce qu'il est, ce qu'il fait, ce qu'il croit » (Christian de Chergé, « L’invincible espérance, p. 174)
Mais pour pouvoir recevoir le Christ aussi d'une autre tradition religieuse, il faut accepter de vivre le mystère pascal dans la compréhension que nous avons du Christ: Comme les apôtres, il faut accepter de perdre le Christ, la connaissance que nous en avons et Le retrouver.
« II nous faut perdre le Christ, Le laisser mourir dans l'humanité tellement nôtre dont nous l'avons revêtu et parfois maquillé, pour le laisser renaître, autre et identique, dans ce surcroît d'humanité où notre place est marquée, celle de l'autre aussi » (Christian de Chergé, Correspondance avec un ami, lettre du 7 juillet 81).
Notre connaissance du Christ est partielle, si elle est absolutisée elle devient enfermante.
« Pour entrer en vérité dans le dialogue, il nous faudra accepter, au nom du Christ, que l'islam ait quelque chose à nous dire de la part du Christ » (Christian de Chergé, Correspondance avec un ami, lettre du 12 juin 82)
C'est cette pensée qui est dominante aujourd'hui dans les ISTR (peut être pas à Toulouse où il y a un changement de chef !) et au SRI. Et on voit bien malheureusement, il faut accepter de le regarder en face, que c'est directement contraire à ce que dit la CDF dans Dominus Iesus ; et pour le constater, on n'a pas besoin d'avoir fait une thèse en théologie ; voyez plutôt :
Congrégation de la doctrine de la Foi, Dominus Iesus, Cardinal Ratzinger a écrit :6. Est donc contraire à la foi de l'Église la thèse qui soutient le caractère limité, incomplet et imparfait de la révélation de Jésus-Christ, qui compléterait la révélation présente dans les autres religions. La cause fondamentale de cette assertion est la persuasion que la vérité sur Dieu ne pourrait être ni saisie ni manifestée dans sa totalité et dans sa complétude par aucune religion historique, par le christianisme non plus par conséquent, et ni même par Jésus-Christ." (...)
7. (...) On doit donc tenir fermement la distinction entre la foi théologale et la croyance dans les autres religions. Alors que la foi est l'accueil dans la grâce de la vérité révélée, qui « permet de pénétrer le mystère, dont elle favorise une compréhension cohérente », la croyance dans les autres religions est cet ensemble d'expériences et de réflexions, trésors humains de sagesse et de religiosité, que l'homme dans sa recherche de la vérité a pensé et vécu, pour ses relations avec le Divin et l'Absolu.
Je trouverais intéressant d'essayer de voir pourquoi on en est arrivé là, sur le plan psychologique et sur le plan théologique.
Parce que, dans la série "citations choquantes", il y a celle ci :
[quote="Christian Troll sj"]« le Coran contient une parole de Dieu, et pas seulement pour les musulmans mais pour tous les hommes et donc aussi pour moi personnellement. En effet je puis dans l’annonce puissante du Dieu unique et transcendant du Coran transmis par Mahomet reconnaître le rappel d’un élément essentiel du message de Jésus et une invitation à vivre davantage en cohérence avec ce message. Ainsi comme chrétien je puis reconnaître que Mahomet a reçu de Dieu la mission d’annoncer cet aspect essentiel de la vérité, à savoir l’unicité et la transcendance de Dieu. ». Que répondre aux Musulmans? (traduction Jacques Weisshaupt, éditions Fidélité, Namur, 2011) [/quote]
C'est donc incroyable de voir autant de personnes, y compris de prélats, théologiens, cardinaux, dire des choses aussi "henaurmes".
Je pense queuant à moi que cet "état de déliquescence" qui concrètement conduit à une stérilisaiton de l'apostolat vers l'islam a 3 sources :
[b]1 - le pensée de Louis Massignon[/b] : qui promeut un [quote="Massignon"]« expatriement où nous entraîne notre « substitution » aux âmes musulmanes, cette grâce de Dieu qui les justifie devant Lui, en nous sanctifiant”, ou encore une “mise à la disposition spirituelle, toute offerte au désir que Jésus a des âmes, pour répondre à leur place à Son Appel » (Lettre de la Badaliya n° 3 et 4, citées par Jacques Keryell in Louis Massignon et ses contemporains, Paris, Karthala, 1997, p.365).[/quote] pour finalement affirmer que [quote="Massignon"]“L’Islam constitue une réponse mystérieuse de la grâce à la prière d’Abraham pour Ismaël et les Arabes” auxquels “Dieu a donné le Coran en signe de bénédiction” (Parole donnée, Paris, Seuil, rééd. 1983, p.267)[/quote]
[b]2 - une lecture erronée de Vatican II :[/b]
[quote="Nostra Aetate"]« L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, [i][ici le texte de dit pas « regarde avec estime l’islam »][/i] qui adorent le Dieu unique,[i] [le texte ne dit pas « qui adorent comme nous » un Dieu unique][/i] vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ( Saint Grégoire VII, Épître III, 21 ad Anzir (El-Nâsir), regem Mauritaniae, éd. E. Caspar in mgh, Ep. sel. II, 1920, I, p. 288, 11-15 ; PL 148, 451 A.), qui a parlé aux hommes [i][le texte ne dit pas : qui a a parlé au prophète Mahomet][/i]. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. [le texte ne dit pas que l’islam est une des trois religions abrahamiques] Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. [i][le texte voit bien la clef du dialogue avec l’islam, qui est eschatologique][/i] Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.
Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, [c’est un euphémisme, ici : puisqu’il s’agit concrètement de guerres et de batailles rangées, y compris menées directement par les armées pontificales pour certaines d’entre elles] le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. »[/quote]
[quote="Lumen Gentium 16"]Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, [i][Donc : les hommes sont appelés à tous recevoir l’Evangile][/i] sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu (Cf. Saint Thomas, Somme théologique III, q. 8, a. 3, ad 1.) et, en premier lieu, ce peuple [hébreu] qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair (cf. Rm 9, 4-5), peuple très aimé du point de vue de l’élection, à cause des Pères, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel (cf. Rm 11, 28-29). Mais le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, [i][le texte ne dit pas : ils ont la foi d’Abraham][/i] adorent avec nous le Dieu unique, [i][le texte affirme … contre les Musulmans que nous ne sommes pas associateurs « mushrikin »][/i] miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour. [i][perception de l’enjeu eschatologique du dialogue avec les Musulmans][/i] Et même des autres, qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent, de ceux-là mêmes Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (cf. Ac 17, 25-28), et puisqu’il veut, comme Sauveur, amener tous les hommes au salut (cf. 1 Tm 2, 4).
En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel [i][peuvent arriver ne signifie certainement pas arrivent à coup sûr][/i] (Cf. Lettre de la Sacrée Congrégation du Saint-Office à l’archevêque de Boston. : Denz. 3869-72.). À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, [la grâce divine qui n’est pas enfermée dans son exercice à l’intérieur des frontières de l’Eglise visible] à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut. En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique (Cf. Eusèbe de Césarée, Praeparatio Evangelica, 1, 1 : PG 21, 28 AB.) et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie.
Bien souvent, malheureusement, les hommes, trompés par le démon, se sont égarés dans leurs raisonnements, [i][Ce qui pourrait être une préparation évangélique est cependant « bien souvent » une cause de chute et de malheur. Le texte d’origine dit même « saepius » c'est-à-dire en fait « le plus souvent »][/i] ils ont délaissé le vrai Dieu pour des êtres de mensonge, servi la créature au lieu du Créateur (cf. Rm 1, 21.25) 21.25) ou bien, vivant et mourant sans Dieu dans ce monde, ils sont exposés aux extrémités du désespoir. C’est pourquoi l’Église, soucieuse de la gloire de Dieu et du salut de tous ces hommes, se souvenant du commandement du Seigneur : « Prêchez l’Évangile à toutes créatures» (Mc 16, 16), met tout son soin à encourager et soutenir les missions. [i][A aucun moment on en voit donc l’Eglise dans Vatican II décourager les missions vers l’Islam][/i]
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[b]3 - un développement théologique qui ne donne pas toute sa place à la question de l'anthropologie[/b] : quelle est la place de l'homme dans le dessein de Dieu ? Qui entraîne alors une torsion de l'enseignement magistériel post conciliaire avec une vision de l'homme et de son salut qui part non pas de la tradition apostolique mais d'un certain jansénisme. Et il est vrai que certaines affirmations journetiennes par exemple finissent par être troublantes, si on n'est pas capable de distinguer dans le discours de Journet les affirmations qui concernent le salut en acte et le salut en puissance. Tout cela est également très en lien avec deux questions complémentaires :
- la difficulté posée par l'hypothèse de S. Thomas sur les "limbes" qui en réalité oblige à "mal" penser la question du salut des non baptisés.
- la crise de la pensée ecclésiologique dans les années 1980 qui a amené l'émergence dans les milieux intellectuels chrétiens des hypothèses du P. Dupuis, combattues par Rome (notamment au travers de la déclaration Dominus Iesus, et de la notification de 1999 au sujet de l'ouvrage "Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux" Paris, Cerf 1997.
On est donc pour le moins dans une grande difficulté non pas théologique (parce que le magistère et les CDF s'expriment clairement sur ces questions) mais dans une difficulté catéchétique. L'emergence de l'islam dans la société française de façon particulière mais aussi dans l'environnement occidental oblige à éclaircir et à promouvoir pastoralement une position ecclesiale claire.
Cependant, touts ne suivent pas le senseignements de l'Eglise. Un bon exemple de dérapage c'est le livre de Christian Salenson (ardemment promu par le SRI et la librairie Siloë) qui utilise largement Christian de Chergé dans le quel on peut lire sans rire :
[quote="Christian Salenson, [i]Christian de Chergé, une théologie de l'Espérance[/i]"]« Il ne suffit pas de dire, à juste titre, que nous ne devons pas relativiser la foi chrétienne et affirmer l'universelle médiation du Christ, encore faut-il en tirer les conséquences c'est-à-dire, en Église, recevoir un visage du Christ qui nous vient précisément de cette médiation universelle dans les cultures et les religions. » (p. 126)
«Puisque [b]la médiation salvifique s'exerce dans l'islam[/b], et que [b]les chrétiens ne peuvent prétendre tout connaître du Christ[/b] qui dépasse les frontières des religions, les chrétiens doivent recevoir aussi le Christ de l'islam. Que signifie recevoir le Christ de l'islam? Certainement, recevoir avec bienveillance ce que le Coran dit du Christ : « je suis sûr que le Christ du Coran a quelque chose à voir avec celui de notre foi ». Il faut aussi recevoir ce que l'islam vécu nous fait mieux comprendre du Christ : « pour enrichir notre connaissance partielle du moment, nous avons besoin de ce que l'autre peut y ajouter par ce qu'il est, ce qu'il fait, ce qu'il croit » (Christian de Chergé, « L’invincible espérance, p. 174)
Mais pour pouvoir recevoir le Christ aussi d'une autre tradition religieuse, il faut accepter de vivre le mystère pascal dans la compréhension que nous avons du Christ: Comme les apôtres, il faut [b]accepter de perdre le Christ[/b], la connaissance que nous en avons et Le retrouver.
« II nous faut perdre le Christ, Le laisser mourir dans l'humanité tellement nôtre dont nous l'avons revêtu et parfois maquillé, pour le laisser renaître, autre et identique, dans ce surcroît d'humanité où notre place est marquée, celle de l'autre aussi » (Christian de Chergé, Correspondance avec un ami, lettre du 7 juillet 81).
Notre connaissance du Christ est partielle, si elle est absolutisée elle devient enfermante.
« Pour entrer en vérité dans le dialogue, il nous faudra accepter, au nom du Christ, que l'islam ait quelque chose à nous dire de la part du Christ » (Christian de Chergé, Correspondance avec un ami, lettre du 12 juin 82)[/quote]
C'est cette pensée qui est dominante aujourd'hui dans les ISTR (peut être pas à Toulouse où il y a un changement de chef !) et au SRI. Et on voit bien malheureusement, il faut accepter de le regarder en face, que c'est directement contraire à ce que dit la CDF dans Dominus Iesus ; et pour le constater, on n'a pas besoin d'avoir fait une thèse en théologie ; voyez plutôt :
[quote="Congrégation de la doctrine de la Foi, Dominus Iesus, Cardinal Ratzinger"]6. Est donc contraire à la foi de l'Église la thèse qui soutient le caractère limité, incomplet et imparfait de la révélation de Jésus-Christ, qui compléterait la révélation présente dans les autres religions. La cause fondamentale de cette assertion est la persuasion que la vérité sur Dieu ne pourrait être ni saisie ni manifestée dans sa totalité et dans sa complétude par aucune religion historique, par le christianisme non plus par conséquent, et ni même par Jésus-Christ." (...)
7. (...) On doit donc tenir fermement la distinction entre la foi théologale et la croyance dans les autres religions. Alors que la foi est l'accueil dans la grâce de la vérité révélée, qui « permet de pénétrer le mystère, dont elle favorise une compréhension cohérente », la croyance dans les autres religions est cet ensemble d'expériences et de réflexions, trésors humains de sagesse et de religiosité, que l'homme dans sa recherche de la vérité a pensé et vécu, pour ses relations avec le Divin et l'Absolu.
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