elenos,
C'est assez visible pour Saint Augustin. On n'a jamais osé le contredire (à ma connaissance).
Personnellement, je trouve le «système augustinien anti-millénariste» excellent pour couper court à une masse considérable de délires interprétatifs apocalyptiques. Je pense que le père y fait référence un peu également. Pour moi la question était solutionnée depuis un bout. Alors je suis surpris par ce que je lirai. Mais, en même temps, je trouverais stimulante la possibilité de saisir qu'il puisse y avoir des inconvénients de l'ordre suggéré par lui. Par le père Gallez, je veux dire.
Mais je ne vois pas encore très bien à quoi devrait correspondre la notion de théologie de l'histoire. Je ne trouve pas immédiatement le sens correct de l'expression. Pas évident.
J'essaierai encore de voir pour l'article initial.
Je crois qu'il mentionne la tentation de s'installer dans le siècle et comme pour bâtir la société meilleure, fasciné par la modernité, faisant allusion à une sorte d'investissement séculier, peut-être une sorte d'activisme qui reléguerait la mystique chrétienne au placard. Bref, tout le sel de ce qui fait la foi irait se perdre, et avec cela le sens du péché (le mal occasionné), celui du Jugement. On fini par oublier et même ne plus croire sérieusement que le retour du Christ serait au programme.
Qu'est-ce qu'il dit, le père Gallez ?
D'emblée, il nous racontera que la question de la Venue glorieuse du Christ serait une chose hautement périlleuse à aborder aujourd'hui dans l'Église. Étonnant. Il va continuer en disant que cette donnée de foi traditionnelle va se heurter à une certaine pensée dominante et selon laquelle les êtres humains ne sont pratiquement remplis que de bonnes intentions, que les systèmes de pensées dans le monde pourraient être des sortes de préparations à l'Évangile, des «semences du Verbe».
Bref le monde est supposé évoluer vers sa spiritualisation réalisant un royaume de Dieu qui se bâtit jour après jour : pourquoi donc devrait-il être jugé ?
Il parle ensuite d'un blocage qui empêche toute discussion dans notre Église latine. Le progressisme, une sorte d'exaltation du monde, parce qu'il serait un certain sens à l'histoire en fin de compte et qui devrait déboucher sur une ère plus pacifiée, les bonnes relations entre tous ou presque, et ce, en ayant pu faire l'économie du Jugement.
Alors je remarque que le père Gallez fait bien allusion à une sorte de philosophie de l'histoire. Ce que je viens de résumer. On dirait une histoire évolutive humaine qui devrait s'avancer vers une conclusion heureuse et une ère de paix entre les hommes de bonne volonté (il m'en rappelle bien ici le philosophe Jacques Généreux avec
la Dissociété, quand il évoquait les sirènes du mondialisme et sa croyance assez irrationnelle au bonheur mise de l'avant).
Le père voudrait suggérer
une théologie de l'histoire par opposition à une sorte de philosophie de l'histoire débilitante, exerçant son emprise sur les esprits de beaucoup de nos bons chrétiens.
Enfin
Il expliquera en terminant comment, du côté de l'Occident, la pensée catholique aurait évacué depuis longtemps la perspective de la Venue du Christ, la vidant de toute réalité historique pour y substituer
un message moral, philosophique, spirituel ou symbolique.
Ce message évite soigneusement de mettre en cause et de juger l'emprise qu'a sur le monde celui qui dès le commencement est meurtrier de l'homme : il ne s'est pas tenu dans la vérité car il n'y a pas en lui de vérité. Quand il profère le mensonge, il puise dans son propre bien parce qu'il est menteur et père du mensonge (Jn 8,44)
Isabelle47,
-
Une lecture théologique des faits historiques, peut-être?
Possiblement.
Or cette
théologie devrait pouvoir servir à nourrir la réflexion même pour un futur encore indéterminé; c'est ce qui m'intrigue. Je vois mal la différence entre la philosophie de l'histoire et la théologie de l'histoire. Un Bossuet apparemment aurait déjà écrit lui-même un
Discours sur l'histoire universelle, qui serait comme un propos à saveur téléologique. Alors philosophie ou théologie ? La frontière pourrait paraître assez mince. Peut-être faudrait-il comprendre l'expression du père Gallez comme une référence à une philosophie chrétienne de l'histoire ? Une vraie philosophie au sens éthymologique le plus premier du mot quoi ? La véritable sagesse ?
Je comprendrais qu'il souhaiterait réintroduire du sérieux dans l'affaire. Prendre d'avantage l'histoire humaine au sérieux, la profondeur du mal, l'influence maléfique, la conservation d'un sain recul par rapport au monde comme pour mieux voir, être moins naïf, entamer plus sérieusement le combat en sachant bien qu'il sera un Jugement pour vrai. J'aurais l'impression que le père Gallez rêverait d'une Église un peu plus dénonciatrice, plus fulminante comme elle aurait pu déjà être dans un siècle passé. Il aimerait être témoin d'un peu plus d'équilibre pouvant nous ramener un peu cet aspect plus ancien de l'Église. Je ne sais pas pour cette affaire de théologie. Je suis un peu perplexe, comme incertain d'avoir réellement bien saisi ce qu'il aurait voulu exprimer.
