Vatican II : la réforme en question

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Re: Vatican II : la réforme en question

par Popeye » jeu. 17 oct. 2013, 12:42

Cher Archi,

J'ai pris plaisir à vous lire.

Je ne devrais pas avoir à rappeler que la Révélation apostolique, ce n'est pas seulement l'Ecriture, mais l'Ecriture ET la Tradition non écrite. Et presque tout ce qui est de l'ordre des pratiques transmises par les Apôtres fait partie de la Tradition (avec un grand T) non écrite, y compris et en particulier la liturgie et tout ce qui va avec (mais aussi des pratiques comme le signe de croix, l'usage du Saint Chrême, le jeûne, la prière des vivants pour les défunts, etc...).

Quant à St Paul, on trouve aussi dans ses Epîtres des choses comme ceci (1 Co 11, 02) : « Je vous félicite de vous souvenir si bien de moi, et de garder les traditions que je vous ai transmises. »
Bon certes, mais tradition et Tradition ne sont pas synonymes, et les lieux théologiques auxquels vous renvoyez ne nous renseignent pas nécessairement sur des pratiques d’âge apostolique. De plus, même quant aux apôtres, qui sont techniquement autant des organes de la tradition constitutive que continuative, ils peuvent, sous ce second rapport, prôner des doctrines contestables – voyez la controverse entre Paul et Jacques – ou des pratiques non instituées par le Christ donc relevant de la discipline ecclésiale modifiable à gré dans de justes limites.


Arrêtez de prétendre que les changements récents de la liturgie ne sont qu'"un iota". Ils sont énormes, et le sacré y a été tellement systématiquement démoli que l'accusation d'iconoclasme est plus que justifiée (par la destruction du caractère sacré du sanctuaire, le remplacement de l'autel consacré par une table de camping, la modification incessante de textes sacrés et vénérables, la suppression des antiques coutumes, la disparition du caractère rituel de la liturgie au profit d'une liturgie à la carte et au choix du célébrant, la disparition des chants sacrés traditionnels au profit de chansonnettes depuis longtemps ringardes, etc, etc...).
Suis d’accord avec vous.


Encore une fois, le fond et la forme vont ensemble, on ne change pas l'un sans atteindre à l'autre. "Lex orandi, lex credendi", la loi de la prière est la loi de la foi, et réciproquement.
Discutable.


Les expressions d'"herméneutique de la rupture" et d'"herméneutique de la continuité" (ou "herméneutique de la réforme") sont liés à des discours de Benoît XVI visant à séparer l'interprétation légitime du Concile Vatican II, celle qui interprète Vatican II dans la continuité de la vie de l'Eglise, de l'interprétation hérétique qui consiste à voir dans Vatican II la justification d'une rupture avec le passé de l'Eglise et autorisant de renier carrément celui-ci.
L’herméneutique de « réforme dans la continuité » est technichement une herméneutique de rupture et continuité, la rupture étant affirmée à certaines doctrines et pratiques jugées – à tort où raison – non marquées par l’infaillibilité.


On peut toujours discuter pour savoir si certains textes de Vatican II peuvent vraiment être considérés comme en continuité avec le passé. Le fait est que seule une telle compréhension peut être légitime, parce qu'à partir du moment où l'on s'oppose à ce que l'Eglise a toujours cru et enseigné avec autorité, où l'on enseigne et pratique autre chose tout en tenant le passé pour fondamentalement erroné, on ne peut plus se réclamer, justement de l'autorité de l'"Eglise", et donc de celle du Christ qui a fondé l'Eglise.
Sur Dignitatis humanae, ça peut donner ça...


« L'autorité de l'Eglise n'est légitime que si elle s'exerce en continuité avec elle-même, et avec ce qu'elle a toujours tenu pour le plus précieux. »
Certes.


« On doit suivre l'autorité de la Tradition, celle des Conciles Oecuméniques précédents, et rejeter celle des "hérétiques impies", fussent-ils papes, non seulement parce qu'en tant que fidèles, nous devons placer la Foi devant toute autorité humaine, même celle du Pape et des Conciles, mais aussi parce que lesdits Conciles, les papes précédents, toute la tradition de l'Eglise, nous ordonnent de le faire. »
Et si hérétiques, déposables ou déposés ?


« Le critère de prudence, de respect d'une saine tradition, est tout de même essentiel, d'abord parce que c'est la norme permanente dans l'Eglise »
Et donc, une ecclésiologie qui, sans aller jusqu’à l’Orthodoxie, doit, tout en lui conservant la plénitude de juridiction, franchement minorer le rôle du Pape du fait des multiples défaillances du magistère post-conciliaire. Le devoir historique dévolu aux théologiens traditionnalistes est-il donc de briser les dévotions ultramontaines, dérives manifestes attestant d’une perte de l’authentique ecclésiologie catholique ?

Que pensez-vous de l'ecclésiologie d’Yves Congar ?



Cordialement.

Re: Vatican II : la réforme en question

par Raistlin » lun. 29 avr. 2013, 11:52

archi a écrit :Je recite ce que j'ai cité plus haut:
Saint Pie X a écrit : Fera loi, de même, la profession du quatrième Concile de Constantinople: C'est pourquoi nous faisons profession de conserver et de garder les règles qui ont été léguées à la sainte Eglise catholique et apostolique, soit par les saints et très illustres Apôtres, soit par les Conciles orthodoxes, généraux et particuliers, et même par chacun des Pères interprètes divins et docteurs de l'Eglise. Aussi les papes Pie IV et Pie IX ont-ils ordonné l'insertion dans la profession de foi de la déclaration suivante: J'admets et j'embrasse très fermement les traditions apostoliques et ecclésiastiques, et toutes les autres observances et constitutions de l'Eglise.
Et c'est bien ce que fait l'Église actuelle puisqu'elle garde précieusement les vérités de foi reçues lors des conciles. Maintenant, si certains veulent étendre cela aux traditions particulières de l'Église latine avant Vatican II, c'est absurde car ces traditions ont elles-mêmes évolué au cours du temps.


Et puis, quitte à citer des papes :
[quote="Pie IX dans l'encyclique "Etsi multa luctuosa""]« ... Puisqu’ils cherchent à prendre au piège le Pontife romain et les évêques, successeurs de Saint Pierre et des Apôtres et à ruiner la réalité du pouvoir de juridiction en le transférant au peuple ou, comme ils disent, à la communauté ; puisqu’ils rejettent et attaquent obstinément le magistère infaillible du Pontife romain d’une part, de toute l’Église enseignante d’autre part ; et puisqu’ils affirment avec une audace incroyable, et en cela ils pèchent contre l’Esprit-Saint promis par le Christ à son Église pour qu’il demeure toujours en elle, que le Pontife romain ainsi que tous les évêques, les prêtres, les peuples unis à lui dans une même communion, sont tombés dans l’hérésie quand ils ont ratifié et reconnu publiquement les définitions du Concile œcuménique du Vatican : c’est donc l’indéfectibilité même de l’Église qu’ils nient de la sorte et ils blasphèment lorsqu’ils proclament son anéantissement dans le monde entier pour en déduire que sa tête visible et ses évêques lui ont manqué ; ils peuvent ainsi prétendre que la nécessité s’est imposée à eux d’instaurer un épiscopat légitime en la personne de leur pseudo-évêque, lequel, pour s’être élevé dans la hiérarchie sans passer par la porte mais en empruntant une autre voie tel un voleur et un brigand, appelle sur sa propre tête la condamnation du Christ... » [/quote]

Et aussi :
[quote="Pie IX dans la lettre "Lettre Dolendum profecto""] C'est une chose assurément regrettable qu'il se rencontre parmi les catholiques des hommes qui, tout en se faisant gloire de ce nom, se montrent complètement imbus de principes corrompus, et y adhèrent avec une telle opiniâtreté qu'ils ne savent plus soumettre avec docilité leur intelligence au jugement du Saint-Siège quand il leur est contraire. Leur but est d'agiter les esprits et d'exciter les gens de leur faction. Outre le mal qu'ils font en jetant ainsi le trouble parmi les fidèles et en livrant aux discussions de la rue les plus graves questions, ils nous réduisent à déplorer dans leur conduite une déraison égale à leur audace.[/quote]

Re: Vatican II : la réforme en question

par archi » dim. 28 avr. 2013, 8:43

Ces questions ont déjà largement été traitées dans ce fil, mais bon...
françois67 a écrit :Bonjour,
Je trouve poussé à l'absurde le débat ici: débattre à propos de l'opportunité ou de l'efficacité de la réforme est bien légitime. Mais lorsque je vois des accusations d'iconoclasme ou d'hérésie, mon sang ne fait qu'un tour: revenons au fondamentaux de Vatican II, à l'aspiration première, à l'espérance qu'il savait qu'il n'en verrait jamais l'aboutissement: le pauvre Jean XXIII, mourant, ce pape de transition qui savait qu'il devait lancer envers et contre tout quelquechose pour sauver l'Eglise de l'enfouissement et de la crispation:
D'une part, qu'il y ait eu des réformes à faire dans l'Eglise est une chose, que le problème soit l'"enfouissement et la crispation", et d'une c'est votre interprétation, de l'autre c'est très, très général et vague: on peut justifier tout et n'importe quoi au nom de "la lutte contre l'enfouissement et la crispation".
regardons son discours inaugural qu'il composa lui-même et qui exprime la nécessité de garder le fond (car en effet, cela vous déplaît mais il y a bien un fond cela est ce qui se trouve exprimé)
Vous affirmez que seule la forme m'intéresse et que prétendre qu'il y a un fond me "déplaît"? :exclamation: Vous avez vu ça où?

Encore une fois, le fond n'a pas à être séparé de la forme. C'est vous qui voulez absolument considérer qu'ils n'ont pas aucun lien.
De plus, si conserver la tradition formelle était si capital, il est étonnant de ne voir aucune indication pareille dans tout le Nouveau Testament: saint Paul ne cesse de répéter partout dans ses lettres la nécessité de préserver la foi et la morale, mais question liturgie, tout ce dont il parle est la formule d'institution de l'Eucharistie.
Je ne devrais pas avoir à rappeler que la Révélation apostolique, ce n'est pas seulement l'Ecriture, mais l'Ecriture ET la Tradition non écrite. Et presque tout ce qui est de l'ordre des pratiques transmises par les Apôtres fait partie de la Tradition (avec un grand T) non écrite, y compris et en particulier la liturgie et tout ce qui va avec (mais aussi des pratiques comme le signe de croix, l'usage du Saint Chrême, le jeûne, la prière des vivants pour les défunts, etc...).

Quant à St Paul, on trouve aussi dans ses Epîtres des choses comme ceci:
1 Co 11, 02 a écrit :Je vous félicite de vous souvenir si bien de moi, et de garder les traditions que je vous ai transmises.
La liturgie est éminemment relative et elle a énormément évolué depuis toujours.
Faux. Que des choses aient évolué au début, et beaucoup moins à partir d'une certaine époque (et pour la nième fois, la liturgie évolue de façon organique, un organisme jeune change et grandit vite, un organisme adulte ne change quasiment plus) ne fait pas pour autant de ses composants des choses "éminemment relatives". Il y a une certaine relativité, mais elle n'est certainement pas extensible à l'infini. Et il faudrait déjà commencer par conserver ou retrouver les coutumes d'origine apostolique, par exemple l'orientation de la célébration (qu'on a oubliée)...
Arrêtez de citer à tort et à travers le concile de Nicée qui était dirigé contre les iconoclastes qui voulaient détruire tout sacré. Jamais il ne fut dit que changer la liturgie d'un iota était un acte hérétique.
Arrêtez de prétendre que les changements récents de la liturgie ne sont qu'"un iota". Ils sont énormes, et le sacré y a été tellement systématiquement démoli que l'accusation d'iconoclasme est plus que justifiée (par la destruction du caractère sacré du sanctuaire, le remplacement de l'autel consacré par une table de camping, la modification incessante de textes sacrés et vénérables, la suppression des antiques coutumes, la disparition du caractère rituel de la liturgie au profit d'une liturgie à la carte et au choix du célébrant, la disparition des chants sacrés traditionnels au profit de chansonnettes depuis longtemps ringardes, etc, etc...).
Ce qu'affirmaient les iconoclastes était que l'on ne pouvait représenter les choses célestes, le sacré. Cette affirmation absolue, générale et catégorique était hérétique. Mais le concile ne dit jamais que ces choses devaient être à tout prix représentées de telle et telle façon, point final.
Je recite ce que j'ai cité plus haut:
Saint Pie X a écrit : Fera loi, de même, la profession du quatrième Concile de Constantinople: C'est pourquoi nous faisons profession de conserver et de garder les règles qui ont été léguées à la sainte Eglise catholique et apostolique, soit par les saints et très illustres Apôtres, soit par les Conciles orthodoxes, généraux et particuliers, et même par chacun des Pères interprètes divins et docteurs de l'Eglise. Aussi les papes Pie IV et Pie IX ont-ils ordonné l'insertion dans la profession de foi de la déclaration suivante: J'admets et j'embrasse très fermement les traditions apostoliques et ecclésiastiques, et toutes les autres observances et constitutions de l'Eglise.
Quant à rupture, le terme est subjectif, et en esprit, sur les idées soulevées pendant la messe: aucun changement, seule la façon de faire cela a été modifiée.
Encore une fois, le fond et la forme vont ensemble, on ne change pas l'un sans atteindre à l'autre. "Lex orandi, lex credendi", la loi de la prière est la loi de la foi, et réciproquement.
Enfin: que signifiez-vous par herméneutique?
https://fr.wikipedia.org/wiki/Herm%C3%A9neutique:
L'herméneutique (du grec hermeneutikè, έρμηνευτική [τέχνη], art d'interpréter, "hermeneuein" signifie d'abord « parler », « s'exprimer »1 et du nom du dieu grec Hermès, messager des dieux et interprète de leurs ordres) est la théorie de la lecture, de l'explication et de l'interprétation des textes.
Les expressions d'"herméneutique de la rupture" et d'"herméneutique de la continuité" (ou "herméneutique de la réforme") sont liés à des discours de Benoît XVI visant à séparer l'interprétation légitime du Concile Vatican II, celle qui interprète Vatican II dans la continuité de la vie de l'Eglise, de l'interprétation hérétique qui consiste à voir dans Vatican II la justification d'une rupture avec le passé de l'Eglise et autorisant de renier carrément celui-ci.

On peut toujours discuter pour savoir si certains textes de Vatican II peuvent vraiment être considérés comme en continuité avec le passé. Le fait est que seule une telle compréhension peut être légitime, parce qu'à partir du moment où l'on s'oppose à ce que l'Eglise a toujours cru et enseigné avec autorité, où l'on enseigne et pratique autre chose tout en tenant le passé pour fondamentalement erroné, on ne peut plus se réclamer, justement de l'autorité de l'"Eglise", et donc de celle du Christ qui a fondé l'Eglise.

Le discours de Benoît XVI qui a introduit cette expression (et pas la notion qui n'est pas nouvelle!) est à priori le discours à la Curie du 22/12/2005:
http://www.vatican.va/holy_father/bened ... ia_fr.html


In Xto,
archi.

Re: Vatican II : la réforme en question

par Toto » sam. 27 avr. 2013, 22:24

Suliko a écrit : Regardez les orthodoxes: jamais ils n'accepteraient de bouleverser la liturgie comme nous le faisons...
Le drame des Vieux Croyants, persécutés, pourchassés, exécutés, brûlés en place publique pour le seul crime d'avoir refusé les innovations liturgiques de Raskol le montre bien.

Re: Vatican II : la réforme en question

par Suliko » sam. 27 avr. 2013, 20:55

De plus, si conserver la tradition formelle était si capital, il est étonnant de ne voir aucune indication pareille dans tout le Nouveau Testament: saint Paul ne cesse de répéter partout dans ses lettres la nécessité de préserver la foi et la morale, mais question liturgie, tout ce dont il parle est la formule d'institution de l'Eucharistie.
Mais vous savez bien que les catholiques ne se réfèrent pas qu'aux Ecritures...

Je ne saurais trop vous conseiller de relire archi. Ses propos sont fort censés. Vous ne vous rendez pas compte que la forme a aussi une grande importance, et d'ailleurs, ce que les gens retiennent le plus longtemps, ce sont bien souvent les rites et non forcément le contenu de ces rites. Bouleversez la liturgie et ce sont des fidèles déboussolés que vous trouverez.
Regardez les orthodoxes: jamais ils n'accepteraient de bouleverser la liturgie comme nous le faisons...

Suliko

Re: Vatican II : la réforme en question

par françois67 » sam. 27 avr. 2013, 19:47

Bonjour,
Je trouve poussé à l'absurde le débat ici: débattre à propos de l'opportunité ou de l'efficacité de la réforme est bien légitime. Mais lorsque je vois des accusations d'iconoclasme ou d'hérésie, mon sang ne fait qu'un tour: revenons au fondamentaux de Vatican II, à l'aspiration première, à l'espérance qu'il savait qu'il n'en verrait jamais l'aboutissement: le pauvre Jean XXIII, mourant, ce pape de transition qui savait qu'il devait lancer envers et contre tout quelquechose pour sauver l'Eglise de l'enfouissement et de la crispation: regardons son discours inaugural qu'il composa lui-même et qui exprime la nécessité de garder le fond (car en effet, cela vous déplaît mais il y a bien un fond cela est ce qui se trouve exprimé) sacro-saint que l'on doit annoncer au monde, tout en essayant de trouver une nouvelle manière de l'annoncer, dans une autre forme, celle jusqu'alors étant venue à bout de souffle.
« L’humble successeur du Prince des apôtres qui vous parle, le dernier en date, a voulu en convoquant ces importantes assises donner une nouvelle affirmation du magistère ecclésiastique toujours vivant et qui continuera jusqu’à la fin des temps. Par le Concile, en tenant compte des erreurs, des besoins et des possibilités de notre époque, ce magistère sera présenté aujourd’hui d’une façon extraordinaire à tous les hommes qui vivent sur la Terre. (…) Ce qui est très important pour le Concile œcuménique, c’est que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit conservé et présenté d’une façon plus efficace. »
De plus, si conserver la tradition formelle était si capital, il est étonnant de ne voir aucune indication pareille dans tout le Nouveau Testament: saint Paul ne cesse de répéter partout dans ses lettres la nécessité de préserver la foi et la morale, mais question liturgie, tout ce dont il parle est la formule d'institution de l'Eucharistie.
Nous savons bien que ce n'est pas la façon de le faire qui importe à Dieu mais la volonté, le coeur. De célébrer dos ou face aux fidèles, avec un autel de pierre précieuses ou sur une simple table, de communier sur la langue ou dans les mains, de baptiser par d'immenses litanies ou en cinq mots, Dieu en cela ne voit pas l'important: ce sur quoi Il nous jugera sera notre coeur, nos intentions, sur l'esprit de l'acte, pas sur la forme. La liturgie est éminemment relative et elle a énormément évolué depuis toujours. Arrêtez de citer à tort et à travers le concile de Nicée qui était dirigé contre les iconoclastes qui voulaient détruire tout sacré. Jamais il ne fut dit que changer la liturgie d'un iota était un acte hérétique. Ce qu'affirmaient les iconoclastes était que l'on ne pouvait représenter les choses célestes, le sacré. Cette affirmation absolue, générale et catégorique était hérétique. Mais le concile ne dit jamais que ces choses devaient être à tout prix représentées de telle et telle façon, point final.
Quant à rupture, le terme est subjectif, et en esprit, sur les idées soulevées pendant la messe: aucun changement, seule la façon de faire cela a été modifiée.
Enfin: que signifiez-vous par herméneutique?
Bien à vous.

Re: Vatican II : la réforme en question

par Cinci » sam. 27 avr. 2013, 16:14

La prière est collective («Nous»), Paxetbonum. Je ne suis pas en train de vouloir en faire une arme meurtrière à l'encontre d'archi tout spécialement. Enfin, j'espère que non (sourire).


(Je suis en train de potasser Redemptionis Sacramentum. Il y aurait des références là-dedans)


http://www.vatican.va/roman_curia/congr ... um_fr.html


- 27- Depuis 1970, le Siège Apostolique a fait savoir que toutes les expérimentations liturgiques relatives à la célébration de la sainte Messe, doivent cesser, et il a réitéré cette interdiction en 1988. Par conséquent, chaque Évêque en particulier, de même que les Conférences des Évêques, n’ont en aucun cas la faculté de permettre des expérimentations concernant les textes liturgiques et les autres choses, qui sont prescrites dans les livres liturgiques. Pour pouvoir faire des expérimentations de ce genre à l’avenir, il sera nécessaire d’obtenir l’autorisation de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements; celle-ci l’accordera par écrit, à la demande des Conférences des Évêques. Une telle concession ne sera accordée que pour une cause grave. En ce qui concerne les projets d’inculturation dans le domaine de la liturgie, il faut observer strictement et intégralement les normes particulières établies à ce sujet.


Depuis 1970 ... Paul VI ...


Cf. Congrégation pour le Culte Divin,Instruction Liturgicae instaurationes, n. 12: AAS 62 (1970) pp. 692-704, ici p. 703.

Cf. Congrégation pour le Culte Divin, Déclaration sur les Prières eucharistiques et les expérimentations liturgiques, 21 mars 1988: Notitiae 24 (1988) pp. 234-236.



Et comment le Pape François pourrait-il s'opposer à ces documents ? Impossible.

Re: Vatican II : la réforme en question

par PaxetBonum » sam. 27 avr. 2013, 7:46

Cinci a écrit : Il importe beaucoup plus que nous conservions notre paix, que notre coeur puisse être changé et notre esprit habité par de bonnes choses.

:paix!
Je comprends votre démarche Cinci, mais je ne pense pas qu'Archi s'oppose à la Paix, cette paix qui vient de Dieu et que l'homme ne peut se donner. Cette Paix c'est le Christ qui la donne et nous la recevons. Lui qui est Chemin, Vérité et Vie.
Hors de la Vérité donc, point de Paix.
Chercher à faire jaillir la Vérité est œuvre de Paix.

Re: Vatican II : la réforme en question

par Cinci » sam. 27 avr. 2013, 4:58

Prière pour la paix

Viendra-t-il ce jour
où les canons seront transformés en charrue
et les frontière en seuil de rencontre ?
Viendra-t-il ce jour, Seigneur ?
il ne peut venir que si d'abord
tu nous guéris de la violence.
Viens et lave notre regard de tout préjugé;
viens, et rends notr coeur tendre comme l'herbe,
lumineux comme l'aurore;
viens et mets en nos coeurs la vraie justice, la tienne,
et l'impossible pardon, le tien.
Que vienne ton esprit pour nous arracher du chaos,
comme il le fait aux jours de la Genèse.
Que règne en notre monde
la lumineuse présence de ton Fils,
lui qui a fait mourir la haine en mourant sur la croix.
Viens illumine tes enfants qui habitent les ténèbres
et l'ombre de la mort
pour conduire nos pas au chemin de la paix.

Amen.

(Une prière qui était présente dans le petit livret distribué lors de la retraite paroissiale, en ce dernier début de semaine, au sanctuaire Marie reine-des-coeurs).

:)

Re: Vatican II : la réforme en question

par Cinci » jeu. 25 avr. 2013, 13:38

Bonjour archi

Je crois que nous n'avancerons pas ainsi d'une manière utile et qui soit réjouissante en même temps. La sagesse serait de reconnaître que quelque chose coince. Il serait là un certain échec relatif. Et, dans la circonstance, le plus fructueux serait de déposer là ce fardeau de discussion. Il importe beaucoup plus que nous conservions notre paix, que notre coeur puisse être changé et notre esprit habité par de bonnes choses.

:paix!

Re: Vatican II : la réforme en question

par archi » mar. 23 avr. 2013, 20:54

Cinci a écrit :Je songe aussi que la rupture irrémédiable (depuis des siècles) avec l'orthodoxie provient également d'une sorte de crispation d'antiquaire, de rigidité cadavérique, de recroquevillement sur soi et d'allégation de fidélité envers quelque vieille formule du passé pour commencer, mais pour aussitôt se muer (c'est jamais très long) en une prétention de supériorité et rivalité (moi contre eux).
Historiquement, c'est faux (c'est un processus d'"estrangement" et d'incompréhension mutuelle). Par contre, il est certain que malgré leurs défauts, les orthodoxes donnent l'image d'une Eglise bien plus vivante que la nôtre - par "vie", je parle de la pratique chrétienne authentique, pas de l'agitation. Et leur conservative et leur respect de la Tradition que certains nomment "crispation" et "rigidité cadavérique" y contribue grandement. Parce qu'entre l'Eglise russe qui grandit à la vitesse grand V et l'Eglise catholique latine qui diminue à la même vitesse, je ne crois pas que le "cadavre" soit là où vous le croyez.
Il est très très très difficile d'éviter ce sentiment de schisme (déchirement du tissus de l'Église) qui est provoqué par les ''archi-critiques sans fin'' tournant autour de la forme du goupillon, son poids exact, comment il faudrait le manier (une ou trois fois ?; en quelle direction ?), si le mieux serait de rester debout dans telle partie de la messe ou bien de s'agenouiller, si ce ne serait pas trahir l'Église de recevoir l'hostie dans la main (ouvrir maintenant la porte ''au malin'') et parce que dans tel canon ancien, et ensuite ...

En bout de ligne, à pousser légèrement le bouchon, il nous en ferait surgir ''une véritable Église'' devant être réservée à un club très sélect de quinzes spécialistes pensant exactement de même façon sur tout (qui vont manier le grec, l'hébreux, le phénicien ''B'', le latin, l'araméen, le babylonien reconstitué) et peut-être deux ou trois mille disciples en étant généreux, qui devraient pouvoir enfin (enfin !) recevoir le bon rituel.
Figurez-vous que votre "club de quinze spécialistes", c'est l'Eglise telle qu'elle s'est toujours présentée depuis les débuts.
Eh oui, il va falloir vous y faire. L'Eglise est et a toujours été liturgique, avec une liturgie codifiée et une attitude conservatrice qui plus est (ce qui n'empêchait guère les changements... lents!).
Elle l'était il y a 60 ans (peut-être déjà plus assez).
Elle l'était durant tout le Moyen-Age.
Elle l'était au IVe Siècle, lorsque l'Eglise a pu apparaître au grand jour.
Elle l'était au Ier Siècle, n'en déplaise à ceux qui profitent de l'absence de documents pour imaginer les liturgies originelles comme un joyeux repas convivial informel. Tout simplement parce qu'elle héritait de la liturgie juive, elle aussi très codifiée, en particulier du Temple, par bien des aspects, ne serait-ce que les 3 degrés du sacerdoce, comme en attestent les textes.
Et la dernière Cène était une liturgie, un repas rituel, précisément, ancré dans la Tradition.

Alors, je ne peux qu'inciter ceux qui ne comprennent rien à la liturgie, au sens de ses usages:
- à respecter ce qu'il ne comprennent pas, plutôt qu'à la traiter avec mépris
- à approfondir ce trésor, qui est le moyen d'accès à Dieu, donné par Dieu. Eh oui, tout cela, ce n'est pas donné juste pour faire joli ou pour ennuyer ceux qui n'aiment pas les rubriques, mais parce que Dieu, qui se rend accessible dans l'Eglise, est quand même Celui dont l'Ancien Testament nous enseigne à de nombreuses reprises qu'"on ne peut le voir sans mourir".

Plus précisément, il se donne à connaître à travers des voiles, et la liturgie est justement un jeu de voiles, et de portes d'accès à l'au-delà (c'est tout l'objet de la théologie orientale de l'icône). En dénaturant ces voiles, soit on s'expose à voir ce qu'on n'est pas prêt à voir et en mourir, soit, plus souvent, on obscurcit tellement ce voile que la présence divine ne peut que s'éloigner.

Quant au "schisme"... soyons clairs, ceux qui se séparent de l'Eglise sont ceux qui ne respectent pas le trésor que l'Eglise nous a légué et dont, par ses canons juridiques répétés à travers les âges, elle nous a bien fait comprendre qu'il était sacré et que notre devoir était de garder ce qu'on nous a transmis. Et les schismatiques entraînent les autres avec eux dans ce schisme.

Les "archi-critiques", comme vous dites, ne font que rappeler ce fait. Le manque de charité serait de ne rien dire.

Après, si vous refusez de les écouter parce que ça n'est pas consensuel... la charité, ce n'est pas le consensus mou.

In Xto,
archi.

Re: Vatican II : la réforme en question

par Raistlin » lun. 22 avr. 2013, 19:25

Merci Cinci, vous me semblez bien résumer le problème.

Que fait-on de la communion ? Et que fait-on de la confiance dans l'Esprit-Saint ?

Je peux comprendre qu'on soit attachée à telle ou telle tradition. Je ne peux pas comprendre qu'on doute de l'Église.

Re: Vatican II : la réforme en question

par Cinci » lun. 22 avr. 2013, 17:13

Pour rajouter ...

Je trouve un peu décevant ces discussions sous un certain rapport. Non pas à cause du contenu technique comme à raison d'un effet d'éteignoir, l'extinction de la charité (évacuation de la générosité, etc.) et qui fini toujours par sourde comme du sein même du ''relationnel'' et lorsque ces histoires de traditions d'Église sont évoquées. Ce sont les brisures de communication et impossibilité de communion qui sont peut-être plus vivement ressenties à ce moment-là. Je sais pas : plus choquant parce que la rupture paraît et quand on voudrait soi-même embrassé d'autant plus le sacré de Dieu ?

Je songe aussi que la rupture irrémédiable (depuis des siècles) avec l'orthodoxie provient également d'une sorte de crispation d'antiquaire, de rigidité cadavérique, de recroquevillement sur soi et d'allégation de fidélité envers quelque vieille formule du passé pour commencer, mais pour aussitôt se muer (c'est jamais très long) en une prétention de supériorité et rivalité (moi contre eux).

Il est très très très difficile d'éviter ce sentiment de schisme (déchirement du tissus de l'Église) qui est provoqué par les ''archi-critiques sans fin'' tournant autour de la forme du goupillon, son poids exact, comment il faudrait le manier (une ou trois fois ?; en quelle direction ?), si le mieux serait de rester debout dans telle partie de la messe ou bien de s'agenouiller, si ce ne serait pas trahir l'Église de recevoir l'hostie dans la main (ouvrir maintenant la porte ''au malin'') et parce que dans tel canon ancien, et ensuite ...

En bout de ligne, à pousser légèrement le bouchon, il nous en ferait surgir ''une véritable Église'' devant être réservée à un club très sélect de quinzes spécialistes pensant exactement de même façon sur tout (qui vont manier le grec, l'hébreux, le phénicien ''B'', le latin, l'araméen, le babylonien reconstitué) et peut-être deux ou trois mille disciples en étant généreux, qui devraient pouvoir enfin (enfin !) recevoir le bon rituel.

Que l'on ne se méprenne pas en pensant à une promotion spéciale de l'ignorance, mais je songe à ce grain (déplaisante amertume; mauvaise tristesse ?) qui se trouve enfoui dans le sein de ces ''critiques'' et qui constitue aussi un obstacle sérieux envers la fraternité, pour sa croissance et tout.

Ce dont je pense équivaudrait ici à une sorte d'état d'esprit qui serait plutôt impersonnel. Un état qui n'est pas la propriété de personne. Il y a de quoi prier pour soi-même en tout cas ... pour maintenir la vie, ne pas succomber au découragement, pour porter l'autre ... pas facile, pas facile ...

:saint:

Re: Vatican II : la réforme en question

par Cinci » lun. 22 avr. 2013, 1:17

archi,

Vous auriez compris le sens de ce que je disais d'une façon imparfaite. Et rien n'est si heureusement conçu quand je devrais m'exprimer de mon côté. Bien entendu.

Cependant vous m'avez quand même tiré une «interprétation de votre cru», qui non seulement vient changer assez substantiellement le sens de ce que j'exprimais, comme modifierait la chose dans un sens incroyablement négatif d'après moi, passablement contraire à ma propre idée de départ.

Mais faisons un noble geste tout de même. Passons. Oui, frère, pour le bien de tout le monde et de la relation. Nous sacrifierons ensemble nos souffrances égotistes par ici, pour plus de hauteur.



C'est parce que je viens de compléter un chapelet il y a peu, une pénitence pour mes péchés infligée la veille par un des prêtres au sanctuaire Marie reine des coeurs, magnifique architecture de style Paul VI, sans compter le sermon livré dans un genre qui brise totalement la liturgie. Une retraite de trois jours qui commence demain est inscrite au programme là-bas. Il est possible que je m'y rende.

;)

Re: Vatican II : la réforme en question

par archi » dim. 21 avr. 2013, 8:00

jeanbaptiste a écrit :Archi vous disiez que Paul VI a outrepassé la volonté des Pères de Vatican II. C'est peut-être en partie vrai, mais je crois que l'on a beaucoup exagéré la chose.

En fait, j'ai toujours trouvé étrange deux théories que l'on retrouve souvent chez ceux qui ont une certaine défiance à l'égard de la nouvelle liturgie et qui veulent respecter, malgré tout, Vatican II et/ou Paul VI :

1) Que Paul VI, qui a présidé le Concile, ait voulu le trahir par la suite avec sa réforme liturgique.
On peut tout de même dire:
- que la Constitution sur la liturgie, qui fut le 1er texte conciliaire voté, a été largement élaborée sous Jean XXIII.
- que le Concile exprime la pensée des pères conciliaires, avant que Paul VI ne le promulgue et annonce vouloir l'appliquer.
Après, je ne dirai pas "a voulu le trahir", il me semble surtout que la réforme de Paul VI procédait d'un certain état d'esprit, assez répandu il est vrai.
2) Que Paul VI ait été trahi par Bugnini et son équipe.
J'ai effectivement aussi beaucoup plus de mal à le penser, sachant que d'après les témoignages, Paul VI semble avoir suivi de près les travaux. Mais on a d'autres témoignages indiquant que Bugnini manipulait l'information qu'il présentait à Paul VI, sur ce que disaient les collaborateurs du Consilium... Bugnini était très probablement un intrigant, mais après tout, c'est Paul VI qui l'a nommé, a décidé de l'écouter, et même s'il n'était pas un grand liturgiste, il devait bien se rendre compte des nouveautés qu'il promulguait.
Que dire ?
1) La plupart des réformes visibles de la nouvelle liturgie est dans la droite lignée de Sacrosanctum :
- Péricopes bibliques réparties sur plusieurs années.
- Psautier sur plusieurs semaines
- Rétablissement de la prière universelle
- Usage du vernaculaire
- Suppression des "redoublements"
Le seul point criticable là-dedans est le dernier, la répétition faisant partie de l'essence de la liturgie. On ne l'avait peut-être pas assez mesuré à l'époque.

En ce qui concerne la langue, la partie concernée de SC (SC. 36) commence par demander que l'on conserve l'usage du latin, puis indique pour le vernaculaire, qu' "on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants". Il s'agit donc bien d'une place limitée et je ne vois pas comment le basculement brutal vers le tout vernaculaire peut être conforme au texte de SC.

La prière universelle est un élément constant dans les rites catholiques et il n'y a rien de choquant au principe de la rétablir au cours des messes "normales". On aurait pu prendre exemple sur les prières du Vendredi Saint, ou sur les litanies en usage dans les rites orientaux et qui reviennent régulièrement au cours de la liturgie (en tout cas dans celle de St Jean Chrysostome à laquelle j'ai déjà assisté). Il n'y avait pas à faire venir un ou une laïque depuis la nef alors que sa proclamation appartient par essence au diacre, il n'y a pas besoin de composer avant chaque célébration des textes insipides, elle devrait être proclamée et non lue. Il me semble d'ailleurs que le missel de Paul VI permet tout ça, mais comme souvent, il "permet" parmi ses innombrables options et ce n'est pas l'option habituelle.

Par ailleurs, il y a bien d'autres changements visibles (à mon sens bien plus destructeurs) qu'on ne trouvera pas dans SC:
- l'autel face au peuple (qui n'est pas normatif dans les textes, mais l'instruction Inter Oecumenici l'encourage)
- la communion dans la mains (abus dont Paul VI a abondamment listé les inconvénients de celle-ci dans Memoriale Domini, en indiquant, chiffres à l'appui, l'opposition très majoritaire de l'ensemble des évêques de l'Eglise... avant d'ouvrir la porte à cet abus à la fin de la même instruction!) Cf http://www.ceremoniaire.net/depuis1969/ ... omini.html.
- les nouvelles prières eucharistiques
- les options innombrables dans la célébration, ce qui fait que le "rite" n'est plus du tout un rite, quelque chose dans lequel on rentre, par lequel on se laisse former et dont on découvre petit à petit le sens mystique, mais une sorte de liturgie en kit où chaque célébrant prendra ce que bon lui semble.
- la réécriture complète d'une grande partie des textes, qui va bien plus loin que le simple enrichissement. Même quand on a repris des anciennes prières (anaphore d'Hippolyte, sacramentaire léonin), elles ont été réécrites et triturées. Même dans l'ordinaire, y avait-il besoin, en vrac, de réécrire le Confiteor, le rite d'entrée, les paroles de la Consécration (paroles sacrées entre toutes, même si la simple validité n'est pas en jeu dans la réforme), etc, etc...? Y avait-il besoin de remplacer purement et simplement les rites d'ordination par de nouveaux rites, quelle que soit la qualité des nouveaux?
- la réécriture (s'apparentant à une démolition) des rites de consécration et de bénédiction (confection de l'eau bénite, exorcismes...), la confection du nouveau livre De Benedictionibus, qui détruit complètement la théologie des bénédictions (on n'y trouve quasiment plus de bénédictions faites avec autorité du ministre et par là-même de l'Eglise, mais de simples prières de demande). On va très au-delà d'une simple révision, qui normalement engendre quelque chose qui ressemble à l'ancien avec un certain nombre de changements n'atteignant pas à la nature des choses. Ce point-là, souvent négligé par la plupart des fidèles, est tout de même particulièrement grave.
- etc...

2) Quasiment tout le reste peut rentrer dans la catégorie extrêmement souple des "nécessités de l'époque".
Qu'est-ce qui apparaît en "contradiction" ?
A) La prudence dans les réformes, et un soucis de "développement en quelque sorte organique".
B) Favoriser la pratique de la pénitence et les éléments pénitentiels dans la liturgie du Carême.
En effet :
a) La systématicité de la réforme, et les divisions qu'elle a provoquée au sein de l'Église, nous oblige à constater que la prudence n'a pas été de mise.
De plus il a été rappelé que la messe expérimentale proposée par Paul VI avant la promulgation du Novus Ordo a été rejetée au vote par les évêques, et pourtant c'est la même messe qui sera promulguée ! Est-ce cela la prudence exigée par Vatican II ?
Quand à la notion de "développement en quelque sorte organique" elle est tellement vague et imprécise que les uns voit de l'organicité (un Gy par exemple) là ou d'autre non (un Raztinger).
b) Il est absolument clair qu'en atténuant la dimension pénitentiel des oraisons du Carême et en réformant la pratique du jeune Paul VI non seulement n'a pas favorisé la dimension pénitentielle de la liturgie et sa pratique, mais il l'a même très clairement atténuée !
Et cela au nom ... des nécessités du temps !
Et c'est là que nous sommes obligés de constater qu'il y a une tension inhérente à Sacrosanctum Concilium :

D'un côté est demandé une réforme systématique et complète de tous les rites catholiques, de l'autre est demandé la prudence
.
D'un côté est demandé que le travail soit réalisé par des experts et des évêques, de l'autre qu'il s'agisse d'un développement organique (il faut bien comprendre qu'un développement organique dans l'Église c'est la reconnaissance d'une pratique liturgique saine qui s'est installée durablement parmi le peuple de Dieu).

D'un côté est demandé que l'on tienne compte des nécessités du temps, de l'autre que l'on préserve les traditions
.
D'un côté est demandé que l'on simplifie et rende transparent, de l'autre que l'on étale les lectionnaires et les psaumes sur plusieurs années et plusieurs semaines, que l'on enrichisse les préfaces et les oraisons etc.
Tout cela n'est évidemment pas nécessairement contradictoire, mais prit tout ensemble, il apparaît nettement que ce qui était demandé par le Concile était extrêmement difficile à réaliser, et encore plus dans un laps de temps si réduit (un missel en 1964 et un autre en 1969 !!!!). De plus il est manifeste que le texte rend compte d'oppositions et de vision de cette réforme extrêmement opposées parmi les Pères du Concile.
Le critère de prudence, de respect d'une saine tradition, est tout de même essentiel, d'abord parce que c'est la norme permanente dans l'Eglise, comme le rappellent les textes que j'ai cités au début de ce fil, et parce qu'ils indiquant dans quel esprit doit se faire la réforme. Et c'est bien le défaut majeur qu'on constate à la fin, la réforme ne s'est pas faite dans l'esprit où elle aurait dû l'être.

Par contre, vous avez raison pour la contradiction entre l'appel aux experts et l'idée de développement organique. Et sur la contradiction sur l'aspect pénitentiel (je n'avais jamais relevé cette demande de SC)!
Quand à Paul VI, je pense sincèrement que le missel qu'il a promulgué est celui qu'il a voulu :

1) Sinon pourquoi refuser à certains fidèles l'usage de l'ancien, alors qu'il était si peu prompt à condamner et excommunier, quand un Guitton, un Maritain (qui étaient ses amis intimes), un Bugnini et un Kung (!!!!) lui on demandé d'accepter la demande des fidèles attachés au missel dit traditionnel ?

2) Si Paul VI avait réellement été trahi par Bugnini et son équipe, pourquoi avoir promulgué cette liturgie contre vents et marées, à une période de grands troubles, précisément quand les temps exigeaient la prudence demandée par le Concile même ?
Tout à fait d'accord. A cela, on peut ajouter la non-prise en compte de l'avis des évêques, sur la "messe normative", sur la communion dans la main... Certains tradis (la FSSPX en tête) critiquent la notion de collégialité, mais voilà bien un cas où une collégialité effective aurait été préférable à l'autoritarisme papal!
Conclusion :

1) La nouvelle liturgie n'est pas en contradiction (exceptée sur certains points touchant principalement au Carême : suppression de la Septuagésime, atténuation de la dimension pénitentielle, du jeûne) avec le Concile, mais, au contraire, rend bel et bien compte dans ses tensions internes entre traditions et nouveautés radicales, des tensions propres au Concile
Pas d'accord avec le début, comme je l'ai mentoinné plus haut, il y a d'innombrables changements allant bien au-delà de ceux demandés par SC, même par une interprétation large de celle-ci. On a du mal à mesurer l'ampleur des changements qui ont été effectués (qui ne se limitent pas à l'ordinaire de la messe, loin, mais alors très loin de là!).
2) La nouvelle liturgie a été défendue très autoritairement par un Paul VI (pourtant peu porté à ce genre d'attitudes) qui avait une idée très précise de la liturgie et de l'esthétique liturgique (il dira détester les chandeliers nombreux sur l'autel, signe de son désintérêt, ou méconnaissance, de la continuité entre la liturgie juive du Temple et la liturgie catholique).
Le Concile a été présidé par Paul VI, la nouvelle liturgie a été dirigée et promulguée par lui, on peut dire sans se tromper que le Novus Ordo est vraiment celui de Paul VI.

Toute la question est : le pontificat de Paul VI, pontificat tendus et écartelé entre plusieurs tendances, était-il prophétique, a-t-il préparé l'Église pour son avenir sur le très long terme, ou fut-il au contraire source de problèmes profonds sur lesquels l'Église devra revenir ?

C'est sur ce point précisément que se battent, parfois sans le savoir consciemment, "critiques" et "défenseurs" du Novus Ordo.
Et c'est une vraie question, un vrai problème, que l'on ne peut écarter d'un simple "il faut obéir à l'Église".
Tout à fait d'accord. Personnellement, je le redis, l'Eglise a toujours enseigné et martelé le respect des rites et traditions reçues, et jamais que l'autorité juridique avait reçu un pouvoir prophétique pour les supprimer et les réécrire au gré du temps de façon absolutiste.

Car soyons clair, un Ratzinger a tenté une acclimatation du catholicisme post-Paul VI avec la Tradition, une révision par la Tradition.
Si la question de l'après Paul VI ne se posait pas, c'est celui de l'après Benoit XVI qui poserait alors problème.
L'argument d'autorité et d'obéissance n'est donc pas suffisant, il est légitime de se poser des questions.
Oui!
En fait, le principal problème est celui de la continuité de l'Eglise, et c'est bien ce que Benoît XVI avait en tête sur la liturgie, en déclarant de façon ferme que l'ancien missel n'avait jamais été abrogé, en indiquant dans un certain nombre de textes qu'il ne pouvait pas l'être parce que ça ne s'était jamais vu.

In Xto,
archi.

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