par archi » dim. 21 avr. 2013, 8:00
jeanbaptiste a écrit :Archi vous disiez que Paul VI a outrepassé la volonté des Pères de Vatican II. C'est peut-être en partie vrai, mais je crois que l'on a beaucoup exagéré la chose.
En fait, j'ai toujours trouvé étrange deux théories que l'on retrouve souvent chez ceux qui ont une certaine défiance à l'égard de la nouvelle liturgie et qui veulent respecter, malgré tout, Vatican II et/ou Paul VI :
1) Que Paul VI, qui a présidé le Concile, ait voulu le trahir par la suite avec sa réforme liturgique.
On peut tout de même dire:
- que la Constitution sur la liturgie, qui fut le 1er texte conciliaire voté, a été largement élaborée sous Jean XXIII.
- que le Concile exprime la pensée des pères conciliaires, avant que Paul VI ne le promulgue et annonce vouloir l'appliquer.
Après, je ne dirai pas "a voulu le trahir", il me semble surtout que la réforme de Paul VI procédait d'un certain état d'esprit, assez répandu il est vrai.
2) Que Paul VI ait été trahi par Bugnini et son équipe.
J'ai effectivement aussi beaucoup plus de mal à le penser, sachant que d'après les témoignages, Paul VI semble avoir suivi de près les travaux. Mais on a d'autres témoignages indiquant que Bugnini manipulait l'information qu'il présentait à Paul VI, sur ce que disaient les collaborateurs du Consilium... Bugnini était très probablement un intrigant, mais après tout, c'est Paul VI qui l'a nommé, a décidé de l'écouter, et même s'il n'était pas un grand liturgiste, il devait bien se rendre compte des nouveautés qu'il promulguait.
Que dire ?
1) La plupart des réformes visibles de la nouvelle liturgie est dans la droite lignée de Sacrosanctum :
- Péricopes bibliques réparties sur plusieurs années.
- Psautier sur plusieurs semaines
- Rétablissement de la prière universelle
- Usage du vernaculaire
- Suppression des "redoublements"
Le seul point criticable là-dedans est le dernier, la répétition faisant partie de l'essence de la liturgie. On ne l'avait peut-être pas assez mesuré à l'époque.
En ce qui concerne la langue, la partie concernée de SC (SC. 36)
commence par demander que l'on conserve l'usage du latin, puis indique pour le vernaculaire, qu' "on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants". Il s'agit donc bien d'une place limitée et je ne vois pas comment le basculement brutal vers le tout vernaculaire peut être conforme au texte de SC.
La prière universelle est un élément constant dans les rites catholiques et il n'y a rien de choquant au principe de la rétablir au cours des messes "normales". On aurait pu prendre exemple sur les prières du Vendredi Saint, ou sur les litanies en usage dans les rites orientaux et qui reviennent régulièrement au cours de la liturgie (en tout cas dans celle de St Jean Chrysostome à laquelle j'ai déjà assisté). Il n'y avait pas à faire venir un ou une laïque depuis la nef alors que sa proclamation appartient par essence au diacre, il n'y a pas besoin de composer avant chaque célébration des textes insipides, elle devrait être proclamée et non lue. Il me semble d'ailleurs que le missel de Paul VI permet tout ça, mais comme souvent, il "permet" parmi ses innombrables options et ce n'est pas l'option habituelle.
Par ailleurs, il y a bien d'autres changements visibles (à mon sens bien plus destructeurs) qu'on ne trouvera pas dans SC:
- l'autel face au peuple (qui n'est pas normatif dans les textes, mais l'instruction Inter Oecumenici l'encourage)
- la communion dans la mains (abus dont Paul VI a abondamment listé les inconvénients de celle-ci dans Memoriale Domini, en indiquant, chiffres à l'appui, l'opposition très majoritaire de l'ensemble des évêques de l'Eglise... avant d'ouvrir la porte à cet abus à la fin de la même instruction!) Cf
http://www.ceremoniaire.net/depuis1969/ ... omini.html.
- les nouvelles prières eucharistiques
- les options innombrables dans la célébration, ce qui fait que le "rite" n'est plus du tout un rite, quelque chose dans lequel on rentre, par lequel on se laisse former et dont on découvre petit à petit le sens mystique, mais une sorte de liturgie en kit où chaque célébrant prendra ce que bon lui semble.
- la réécriture complète d'une grande partie des textes, qui va bien plus loin que le simple enrichissement. Même quand on a repris des anciennes prières (anaphore d'Hippolyte, sacramentaire léonin), elles ont été réécrites et triturées. Même dans l'ordinaire, y avait-il besoin, en vrac, de réécrire le Confiteor, le rite d'entrée, les paroles de la Consécration (paroles sacrées entre toutes, même si la simple
validité n'est pas en jeu dans la réforme), etc, etc...? Y avait-il besoin de remplacer purement et simplement les rites d'ordination par de nouveaux rites, quelle que soit la qualité des nouveaux?
- la réécriture (s'apparentant à une démolition) des rites de consécration et de bénédiction (confection de l'eau bénite, exorcismes...), la confection du nouveau livre De Benedictionibus, qui détruit complètement la théologie des bénédictions (on n'y trouve quasiment plus de bénédictions faites avec autorité du ministre et par là-même de l'Eglise, mais de simples prières de demande). On va très au-delà d'une simple révision, qui normalement engendre quelque chose qui ressemble à l'ancien avec un certain nombre de changements n'atteignant pas à la nature des choses. Ce point-là, souvent négligé par la plupart des fidèles, est tout de même particulièrement grave.
- etc...
2) Quasiment tout le reste peut rentrer dans la catégorie extrêmement souple des "nécessités de l'époque".
Qu'est-ce qui apparaît en "contradiction" ?
A) La prudence dans les réformes, et un soucis de "développement en quelque sorte organique".
B) Favoriser la pratique de la pénitence et les éléments pénitentiels dans la liturgie du Carême.
En effet :
a) La systématicité de la réforme, et les divisions qu'elle a provoquée au sein de l'Église, nous oblige à constater que la prudence n'a pas été de mise.
De plus il a été rappelé que la messe expérimentale proposée par Paul VI avant la promulgation du Novus Ordo a été rejetée au vote par les évêques, et pourtant c'est la même messe qui sera promulguée ! Est-ce cela la prudence exigée par Vatican II ?
Quand à la notion de "développement en quelque sorte organique" elle est tellement vague et imprécise que les uns voit de l'organicité (un Gy par exemple) là ou d'autre non (un Raztinger).
b) Il est absolument clair qu'en atténuant la dimension pénitentiel des oraisons du Carême et en réformant la pratique du jeune Paul VI non seulement n'a pas favorisé la dimension pénitentielle de la liturgie et sa pratique, mais il l'a même très clairement atténuée !
Et cela au nom ... des nécessités du temps !
Et c'est là que nous sommes obligés de constater qu'il y a une tension inhérente à Sacrosanctum Concilium :
D'un côté est demandé une réforme systématique et complète de tous les rites catholiques, de l'autre est demandé la prudence.
D'un côté est demandé que le travail soit réalisé par des experts et des évêques, de l'autre qu'il s'agisse d'un développement organique (il faut bien comprendre qu'un développement organique dans l'Église c'est la reconnaissance d'une pratique liturgique saine qui s'est installée durablement parmi le peuple de Dieu).
D'un côté est demandé que l'on tienne compte des nécessités du temps, de l'autre que l'on préserve les traditions.
D'un côté est demandé que l'on simplifie et rende transparent, de l'autre que l'on étale les lectionnaires et les psaumes sur plusieurs années et plusieurs semaines, que l'on enrichisse les préfaces et les oraisons etc.
Tout cela n'est évidemment pas nécessairement contradictoire, mais prit tout ensemble, il apparaît nettement que ce qui était demandé par le Concile était extrêmement difficile à réaliser, et encore plus dans un laps de temps si réduit (un missel en 1964 et un autre en 1969 !!!!). De plus il est manifeste que le texte rend compte d'oppositions et de vision de cette réforme extrêmement opposées parmi les Pères du Concile.
Le critère de prudence, de respect d'une saine tradition, est tout de même essentiel, d'abord parce que c'est la norme permanente dans l'Eglise, comme le rappellent les textes que j'ai cités au début de ce fil, et parce qu'ils indiquant dans quel esprit doit se faire la réforme. Et c'est bien le défaut majeur qu'on constate à la fin, la réforme ne s'est pas faite dans l'esprit où elle aurait dû l'être.
Par contre, vous avez raison pour la contradiction entre l'appel aux experts et l'idée de développement organique. Et sur la contradiction sur l'aspect pénitentiel (je n'avais jamais relevé cette demande de SC)!
Quand à Paul VI, je pense sincèrement que le missel qu'il a promulgué est celui qu'il a voulu :
1) Sinon pourquoi refuser à certains fidèles l'usage de l'ancien, alors qu'il était si peu prompt à condamner et excommunier, quand un Guitton, un Maritain (qui étaient ses amis intimes), un Bugnini et un Kung (!!!!) lui on demandé d'accepter la demande des fidèles attachés au missel dit traditionnel ?
2) Si Paul VI avait réellement été trahi par Bugnini et son équipe, pourquoi avoir promulgué cette liturgie contre vents et marées, à une période de grands troubles, précisément quand les temps exigeaient la prudence demandée par le Concile même ?
Tout à fait d'accord. A cela, on peut ajouter la non-prise en compte de l'avis des évêques, sur la "messe normative", sur la communion dans la main... Certains tradis (la FSSPX en tête) critiquent la notion de collégialité, mais voilà bien un cas où une collégialité effective aurait été préférable à l'autoritarisme papal!
Conclusion :
1) La nouvelle liturgie n'est pas en contradiction (exceptée sur certains points touchant principalement au Carême : suppression de la Septuagésime, atténuation de la dimension pénitentielle, du jeûne) avec le Concile, mais, au contraire, rend bel et bien compte dans ses tensions internes entre traditions et nouveautés radicales, des tensions propres au Concile
Pas d'accord avec le début, comme je l'ai mentoinné plus haut, il y a d'innombrables changements allant bien au-delà de ceux demandés par SC, même par une interprétation large de celle-ci. On a du mal à mesurer l'ampleur des changements qui ont été effectués (qui ne se limitent pas à l'ordinaire de la messe, loin, mais alors très loin de là!).
2) La nouvelle liturgie a été défendue très autoritairement par un Paul VI (pourtant peu porté à ce genre d'attitudes) qui avait une idée très précise de la liturgie et de l'esthétique liturgique (il dira détester les chandeliers nombreux sur l'autel, signe de son désintérêt, ou méconnaissance, de la continuité entre la liturgie juive du Temple et la liturgie catholique).
Le Concile a été présidé par Paul VI, la nouvelle liturgie a été dirigée et promulguée par lui, on peut dire sans se tromper que le Novus Ordo est vraiment celui de Paul VI.
Toute la question est : le pontificat de Paul VI, pontificat tendus et écartelé entre plusieurs tendances, était-il prophétique, a-t-il préparé l'Église pour son avenir sur le très long terme, ou fut-il au contraire source de problèmes profonds sur lesquels l'Église devra revenir ?
C'est sur ce point précisément que se battent, parfois sans le savoir consciemment, "critiques" et "défenseurs" du Novus Ordo.
Et c'est une vraie question, un vrai problème, que l'on ne peut écarter d'un simple "il faut obéir à l'Église".
Tout à fait d'accord. Personnellement, je le redis, l'Eglise a toujours enseigné et martelé le respect des rites et traditions reçues, et jamais que l'autorité juridique avait reçu un pouvoir prophétique pour les supprimer et les réécrire au gré du temps de façon absolutiste.
Car soyons clair, un Ratzinger a tenté une acclimatation du catholicisme post-Paul VI avec la Tradition, une révision par la Tradition.
Si la question de l'après Paul VI ne se posait pas, c'est celui de l'après Benoit XVI qui poserait alors problème.
L'argument d'autorité et d'obéissance n'est donc pas suffisant, il est légitime de se poser des questions.
Oui!
En fait, le principal problème est celui de la continuité de l'Eglise, et c'est bien ce que Benoît XVI avait en tête sur la liturgie, en déclarant de façon ferme que l'ancien missel n'avait jamais été abrogé, en indiquant dans un certain nombre de textes qu'il ne pouvait pas l'être parce que ça ne s'était jamais vu.
In Xto,
archi.
[quote="jeanbaptiste"]Archi vous disiez que Paul VI a outrepassé la volonté des Pères de Vatican II. C'est peut-être en partie vrai, mais je crois que l'on a beaucoup exagéré la chose.
En fait, j'ai toujours trouvé étrange deux théories que l'on retrouve souvent chez ceux qui ont une certaine défiance à l'égard de la nouvelle liturgie et qui veulent respecter, malgré tout, Vatican II et/ou Paul VI :
1) Que Paul VI, qui a présidé le Concile, ait voulu le trahir par la suite avec sa réforme liturgique.[/quote]
On peut tout de même dire:
- que la Constitution sur la liturgie, qui fut le 1er texte conciliaire voté, a été largement élaborée sous Jean XXIII.
- que le Concile exprime la pensée des pères conciliaires, avant que Paul VI ne le promulgue et annonce vouloir l'appliquer.
Après, je ne dirai pas "a voulu le trahir", il me semble surtout que la réforme de Paul VI procédait d'un certain état d'esprit, assez répandu il est vrai.
[quote]2) Que Paul VI ait été trahi par Bugnini et son équipe.[/quote]
J'ai effectivement aussi beaucoup plus de mal à le penser, sachant que d'après les témoignages, Paul VI semble avoir suivi de près les travaux. Mais on a d'autres témoignages indiquant que Bugnini manipulait l'information qu'il présentait à Paul VI, sur ce que disaient les collaborateurs du Consilium... Bugnini était très probablement un intrigant, mais après tout, c'est Paul VI qui l'a nommé, a décidé de l'écouter, et même s'il n'était pas un grand liturgiste, il devait bien se rendre compte des nouveautés qu'il promulguait.
[quote]Que dire ?
1) La plupart des réformes visibles de la nouvelle liturgie est dans la droite lignée de Sacrosanctum :
- Péricopes bibliques réparties sur plusieurs années.
- Psautier sur plusieurs semaines
- Rétablissement de la prière universelle
- Usage du vernaculaire
- Suppression des "redoublements"[/quote]
Le seul point criticable là-dedans est le dernier, la répétition faisant partie de l'essence de la liturgie. On ne l'avait peut-être pas assez mesuré à l'époque.
En ce qui concerne la langue, la partie concernée de SC (SC. 36) [b]commence[/b] par demander que l'on conserve l'usage du latin, puis indique pour le vernaculaire, qu' "on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants". Il s'agit donc bien d'une place limitée et je ne vois pas comment le basculement brutal vers le tout vernaculaire peut être conforme au texte de SC.
La prière universelle est un élément constant dans les rites catholiques et il n'y a rien de choquant au principe de la rétablir au cours des messes "normales". On aurait pu prendre exemple sur les prières du Vendredi Saint, ou sur les litanies en usage dans les rites orientaux et qui reviennent régulièrement au cours de la liturgie (en tout cas dans celle de St Jean Chrysostome à laquelle j'ai déjà assisté). Il n'y avait pas à faire venir un ou une laïque depuis la nef alors que sa proclamation appartient par essence au diacre, il n'y a pas besoin de composer avant chaque célébration des textes insipides, elle devrait être proclamée et non lue. Il me semble d'ailleurs que le missel de Paul VI permet tout ça, mais comme souvent, il "permet" parmi ses innombrables options et ce n'est pas l'option habituelle.
Par ailleurs, il y a bien d'autres changements visibles (à mon sens bien plus destructeurs) qu'on ne trouvera pas dans SC:
- l'autel face au peuple (qui n'est pas normatif dans les textes, mais l'instruction Inter Oecumenici l'encourage)
- la communion dans la mains (abus dont Paul VI a abondamment listé les inconvénients de celle-ci dans Memoriale Domini, en indiquant, chiffres à l'appui, l'opposition très majoritaire de l'ensemble des évêques de l'Eglise... avant d'ouvrir la porte à cet abus à la fin de la même instruction!) Cf [url]http://www.ceremoniaire.net/depuis1969/docs/memoriale_domini.html[/url].
- les nouvelles prières eucharistiques
- les options innombrables dans la célébration, ce qui fait que le "rite" n'est plus du tout un rite, quelque chose dans lequel on rentre, par lequel on se laisse former et dont on découvre petit à petit le sens mystique, mais une sorte de liturgie en kit où chaque célébrant prendra ce que bon lui semble.
- la réécriture complète d'une grande partie des textes, qui va bien plus loin que le simple enrichissement. Même quand on a repris des anciennes prières (anaphore d'Hippolyte, sacramentaire léonin), elles ont été réécrites et triturées. Même dans l'ordinaire, y avait-il besoin, en vrac, de réécrire le Confiteor, le rite d'entrée, les paroles de la Consécration (paroles sacrées entre toutes, même si la simple [i]validité[/i] n'est pas en jeu dans la réforme), etc, etc...? Y avait-il besoin de remplacer purement et simplement les rites d'ordination par de nouveaux rites, quelle que soit la qualité des nouveaux?
- la réécriture (s'apparentant à une démolition) des rites de consécration et de bénédiction (confection de l'eau bénite, exorcismes...), la confection du nouveau livre De Benedictionibus, qui détruit complètement la théologie des bénédictions (on n'y trouve quasiment plus de bénédictions faites avec autorité du ministre et par là-même de l'Eglise, mais de simples prières de demande). On va très au-delà d'une simple révision, qui normalement engendre quelque chose qui ressemble à l'ancien avec un certain nombre de changements n'atteignant pas à la nature des choses. Ce point-là, souvent négligé par la plupart des fidèles, est tout de même particulièrement grave.
- etc...
[quote]2) [b]Quasiment tout le reste peut rentrer dans la catégorie extrêmement souple des "nécessités de l'époque"[/b].
Qu'est-ce qui apparaît en "contradiction" ?
A) La prudence dans les réformes, et un soucis de "développement en quelque sorte organique".
B) Favoriser la pratique de la pénitence et les éléments pénitentiels dans la liturgie du Carême.
En effet :
a) La systématicité de la réforme, et les divisions qu'elle a provoquée au sein de l'Église, nous oblige à constater que la prudence n'a pas été de mise.
De plus il a été rappelé que la messe expérimentale proposée par Paul VI avant la promulgation du Novus Ordo a été rejetée au vote par les évêques, et pourtant c'est la même messe qui sera promulguée ! Est-ce cela la prudence exigée par Vatican II ?
Quand à la notion de "développement en quelque sorte organique" elle est tellement vague et imprécise que les uns voit de l'organicité (un Gy par exemple) là ou d'autre non (un Raztinger).
b) Il est absolument clair qu'en atténuant la dimension pénitentiel des oraisons du Carême et en réformant la pratique du jeune [b]Paul VI non seulement n'a pas favorisé la dimension pénitentielle de la liturgie et sa pratique, mais il l'a même très clairement atténuée[/b] !
Et cela au nom ... des nécessités du temps !
Et c'est là que nous sommes obligés de constater qu'il y a une tension inhérente à Sacrosanctum Concilium :
[b]
D'un côté est demandé une [i]réforme systématique et complète[/i] de tous les rites catholiques, de l'autre est demandé la [i]prudence[/i][/b].
[b]D'un côté est demandé que le travail soit réalisé par des [i]experts et des évêques[/i], de l'autre qu'il s'agisse d'un [i]développement organique[/i][/b] (il faut bien comprendre qu'un développement organique dans l'Église c'est la reconnaissance d'une pratique liturgique saine qui s'est installée durablement parmi le peuple de Dieu).
[b]
D'un côté est demandé que l'on tienne compte des [i]nécessités du temps[/i], de l'autre que l'on préserve les [i]traditions[/i][/b].
[b]D'un côté est demandé que l'on simplifie et rende transparent, de l'autre que l'on étale les lectionnaires et les psaumes sur plusieurs années et plusieurs semaines, que l'on enrichisse les préfaces et les oraisons etc.[/b]
Tout cela n'est évidemment pas nécessairement contradictoire, mais prit tout ensemble, il apparaît nettement que ce qui était demandé par le Concile était extrêmement difficile à réaliser, et encore plus dans un laps de temps si réduit (un missel en 1964 et un autre en 1969 !!!!). De plus il est manifeste que le texte rend compte d'oppositions et de vision de cette réforme extrêmement opposées parmi les Pères du Concile.[/quote]
Le critère de prudence, de respect d'une saine tradition, est tout de même essentiel, d'abord parce que c'est la norme permanente dans l'Eglise, comme le rappellent les textes que j'ai cités au début de ce fil, et parce qu'ils indiquant dans quel esprit doit se faire la réforme. Et c'est bien le défaut majeur qu'on constate à la fin, la réforme ne s'est pas faite dans l'esprit où elle aurait dû l'être.
Par contre, vous avez raison pour la contradiction entre l'appel aux experts et l'idée de développement organique. Et sur la contradiction sur l'aspect pénitentiel (je n'avais jamais relevé cette demande de SC)!
[quote]Quand à Paul VI, je pense sincèrement que le missel qu'il a promulgué est celui qu'il a voulu :
1) Sinon pourquoi refuser à certains fidèles l'usage de l'ancien, alors qu'il était si peu prompt à condamner et excommunier, quand un Guitton, un Maritain (qui étaient ses amis intimes), un Bugnini et un Kung (!!!!) lui on demandé d'accepter la demande des fidèles attachés au missel dit traditionnel ?
2) Si Paul VI avait réellement été trahi par Bugnini et son équipe, pourquoi avoir promulgué cette liturgie contre vents et marées, à une période de grands troubles, précisément quand les temps exigeaient la prudence demandée par le Concile même ?[/quote]
Tout à fait d'accord. A cela, on peut ajouter la non-prise en compte de l'avis des évêques, sur la "messe normative", sur la communion dans la main... Certains tradis (la FSSPX en tête) critiquent la notion de collégialité, mais voilà bien un cas où une collégialité effective aurait été préférable à l'autoritarisme papal!
[quote][b]Conclusion :[/b]
1) La nouvelle liturgie n'est pas en contradiction (exceptée sur certains points touchant principalement au Carême : suppression de la Septuagésime, atténuation de la dimension pénitentielle, du jeûne) avec le Concile, mais, au contraire, rend bel et bien compte dans ses tensions internes entre traditions et nouveautés radicales, des tensions propres au Concile[/quote]
Pas d'accord avec le début, comme je l'ai mentoinné plus haut, il y a d'innombrables changements allant bien au-delà de ceux demandés par SC, même par une interprétation large de celle-ci. On a du mal à mesurer l'ampleur des changements qui ont été effectués (qui ne se limitent pas à l'ordinaire de la messe, loin, mais alors très loin de là!).
[quote]2) La nouvelle liturgie a été défendue très autoritairement par un Paul VI (pourtant peu porté à ce genre d'attitudes) qui avait une idée très précise de la liturgie et de l'esthétique liturgique (il dira détester les chandeliers nombreux sur l'autel, signe de son désintérêt, ou méconnaissance, de la continuité entre la liturgie juive du Temple et la liturgie catholique).
[b]Le Concile a été présidé par Paul VI, la nouvelle liturgie a été dirigée et promulguée par lui, on peut dire sans se tromper que le Novus Ordo est vraiment celui de Paul VI.[/b]
Toute la question est : le pontificat de Paul VI, pontificat tendus et écartelé entre plusieurs tendances, était-il prophétique, a-t-il préparé l'Église pour son avenir sur le très long terme, ou fut-il au contraire source de problèmes profonds sur lesquels l'Église devra revenir ?
C'est sur ce point précisément que se battent, parfois sans le savoir consciemment, "critiques" et "défenseurs" du Novus Ordo.
Et c'est une vraie question, un vrai problème, que l'on ne peut écarter d'un simple "il faut obéir à l'Église".[/quote]
Tout à fait d'accord. Personnellement, je le redis, l'Eglise a toujours enseigné et martelé le respect des rites et traditions reçues, et jamais que l'autorité juridique avait reçu un pouvoir prophétique pour les supprimer et les réécrire au gré du temps de façon absolutiste.
[quote]Car soyons clair, un Ratzinger a tenté une acclimatation du catholicisme post-Paul VI avec la Tradition, une révision par la Tradition.
[b]Si la question de l'après Paul VI ne se posait pas, c'est celui de l'après Benoit XVI qui poserait alors problème.[/b]
L'argument d'autorité et d'obéissance n'est donc pas suffisant, il est légitime de se poser des questions.[/quote]
Oui!
En fait, le principal problème est celui de la continuité de l'Eglise, et c'est bien ce que Benoît XVI avait en tête sur la liturgie, en déclarant de façon ferme que l'ancien missel n'avait jamais été abrogé, en indiquant dans un certain nombre de textes qu'il ne pouvait pas l'être parce que ça ne s'était jamais vu.
In Xto,
archi.