bonjour
c'est la seconde fois que je participe à un de vos fils et je trouve vos questions très pertinentes. en fait je me les suis posées à peu prés dans ces mêmes termes il y a quelques années...
vous m'excuserez une nouvelle fois de répondre à la volée, quitte à compléter ensuite plus tard.
sur vos deux paragraphes voici ce que je sais.
* concernant l'invitation de "prier sans cesse".
l'Office Divin n'est pas institué pour permettre de satisfaire à cette invitation mais probablement est un développement de la pratique liturgique vetero testamentaire qui s'est enrichie, systématisée.
De fait les églises orientales n'ont pas adoptées le psautier sur la semaine et les petites heures, ayant une structure qui correspond à peu près à celle de la liturgie de Paul VI (je parle de la structure) ainsi que l'indique Archi.
Comme vous le remarquez les circonstances présentes de la vie d'un laïc en occident ne rendent pas aisée la prière de l'Office. C'est un fait, mais il faut le relativiser :
- il s'agit de circonstances, donc accidentelles, un des éléments de la "déchristianisation". Ces circonstances ne permettent pas de dire que l'Office n'est pas adapté "à la vie laïque" ou impraticable.
- il existe des adaptations, des rits ou des formes plus pertinentes à certaines circonstances qu'à d'autres. Les religieux, même ceux tenus au chœur ont des dispenses. Par exemple les congrégations bénédictine enseignantes pour matines et très larges pour les dominicains. Les oblates bénédictins ne sont pas tenus de tout l'Office.
- il existe des circonstances de vies laïques qui en permettent l'usage : vacances, retraités, relative liberté dansl 'organisation de son temps, etc. si vous lisez l'anglais vous trouverez des groupes de liaison et d'entraide, souvent autour du diurnal bénédictin traditionnel.
- prier sans cesse est un titre approximatif d'un ouvrage du P. Raoul Plus, auteur de référence dans la vie spirituelle. l'Office s’insère dans cette invitation, mais il est loin de la satisfaire : ce n'est pas parce qu'on prie l'Office in extenso qu'on peut dire satisfaire à cette demande. Raoul Plus, jésuite donne de bonnes indications pour vivre cette invitation.
Concernant l'impossibilité Dieu vous donnera des grâces équivalentes si cette impossibilité vous est extérieure : rien ne vous empêche de vous unir d'intention au cours de votre journée à ceux qui prient l'Office, simplement par une pensée au moment habituel des heures.
Prenez par exemple l'horaire d'une communauté proche (géographiquement ou affectivement ou autre)
et essayez de faire une brève pause quand ils sont réunis au chœur.
La chose vaut pour la Messe du reste, les communions spirituelles, etc
Dans le Tiers Ordre de St François on substitue à l'Office 12 Pater Ave il me semble.
Quand votre situation vous le permet vous pourrez essayer d'avoir une pratique pleine.
cela fait vraiment quelque chose d'avoir prié l'Office in extenso sur une semaine. C'est vraiment une "expérience" à faire. Comme si l'âme respirait, retrouvait une colonne vertébrale.
Il me semble que c'est ainsi que l'Eglise conçoit les choses : la liturgie est faite pour tous, les circonstances font que seul un petit nombre pourra l'assurer. Le drame de nos temps, ce qui pour moi est la déchristianisation, c'est que même des pratiquants n'ont aucune idée de ce qu'est la liturgie.
Je partage une image qui m'avait parlé parce qu'enfant le moyen âge me faisait rêver, avec ces châteaux forts.
elle ne vous parlera peut être pas.
Le rosaire ou d'autres prières, sont des mouvements de nous vers Dieu, nous décidons de penser à Dieu.
Avec l'Office vous prenez les armes, la livrée du soldat de Dieu, comme si vous montiez sur le rempart pour garder la citadelle. Si vous ne le faites pas, personne ne vous remplacera, la place demeurera vide, l'ennemi peut y passer.
Le rosaire vous pouvez le dire, ne pas le dire, c'est toujours un bien, mais c'est comme un bien "rajouté", un surplus. Dans l'image du rempart, le rosaire est comme si vous offriez à boire aux soldats ou leur teniez compagnie pour les réconforter, ou leurs passiez des munitions, etc c'est "utile", une aide, mais c'est secondaire à autre chose.
Mais avec l'Office vous prenez votre place directement à ce qui est nécessaire, le cœur de l'Eglise. je ne saurais pas vous dire.
* La prière liturgique nous associe non seulement à la prière de Jésus, mais aux mystères trinitaires eux mêmes dont elle nous rend participants. La constitution du Concile Vatican II distingue la liturgie sacramentelle de la liturgie tout court (incluant donc l'Office Divin) pour indiquer qu'elle est la fin de tous les efforts apostoliques de l'Eglise : amener à la liturgie qui est la source et le principe de notre sanctification.
Priant l'Office l'intention est de s'offrir comme le Christ, ou comme l'Eglise au Christ : vous donnez quelque chose dans lequel Dieu va pouvoir puiser : les missionnaires, les martyrs actuels, les contemplatifs, pour racheter ou soutenir tel prêtre qui est en train de sacrilégier sa Messe.
Comme par transparence : vous offrez ce moment à Dieu pendant lequel ce que vous dites, pensez, faites, vos attitudes corporelles mêmes lui appartiennent. Image de cette humanité de surcroit comme dirait E de la Trinité.
Vous demandez quelle préparation, comment le vivre ?
comme la Messe :
qui est d'abord une réalité à laquelle nous sommes associé.
Vous pourriez assister à la Messe sans avoir lu les textes, ni savoir de quelle Messe il s'agit, même dans un rit que vous ne connaissez pas (allez voir chez les Coptes : c'est déroutant) et assister validement, en retirer du fruit : si vous vous associez à la réalité, le sacrifice du Christ.
Vous pouvez aussi préparer la Messe en étudiant les textes, la mélodie grégorienne, méditant sur ces mystères et de diverses manières, etc.
cette préparation vous dispose à la réception fructueuse, mais ce n'est pas une condition de validité - pour ainsi dire - de confection du sacrement.
Pour moi c'est selon : votre tempérament, votre humeur, etc.
pour l'Office idem :
vous pouvez
étudier le sens spirituel des psaumes : auprès de St Thomas pour les 54 premiers, des Pères, de commentateurs,
méditer sur le sens particulier : en quoi telle expression est éclairée par la liturgie du jour (antienne, collecte, capitule, hymne, etc) ou éclairée par votre vie, etc
cela va rendre plus fructueuse votre prière, mais ce n'est pas une condition pour prier validement l'Office.
Des passages de Dom Marmion qui sont sur le site de la FSSPX sont particulièrement encourageants :
http://www.fsspx.org/fr/la-foi-enseigne ... ice-divin/
A la différence d'Archi je ne crois pas que ce soit trop intellectuel : si vous voulez durer il faut que vous puissiez vous donner entièrement, et donc savoir ce que vous faites, avoir des raisons fondées.
* ce que vous dites de l'homélie exprime une forme de spiritualité centrée sur la liturgie. je la partage avec vous car elle me semble la plus fondée sur l'essentiel, aussi la plus neutre : équilibrée, adaptable à chacun, car la moins spécialisée autour d'une voie, de pratiques, de dévotions, etc.
Le mouvement de réforme liturgique en a été le véhicule dans le peuple chrétien, au nom de ce mouvement on a fait n'importe quoi après le Concile. Ce mouvement reprend de nos jours de la vigueur mais ce n'est pas la spiritualité la plus hm en vogue, ce n'est pas celle qui se fait le plus remarquer dirons nous. Elle existe pourtant tout à fait authentiquement.
Beaucoup de nos contemporains pratiquants vont préparer la Messe : ils arrivent avec des intentions, les leurs, ce qui leur semble important. D'une certaine façon ils particularisent le sacrement, le réduisent à eux.
La vie liturgique consiste à agrandir notre cœur à la dimension de l'Eglise. C'est un mouvement inverse.
Le matin plutôt que de songer à ce qui nous parait important à nous, pour en faire la base de notre prière, on ouvre le Missel ou le Bréviaire et l'Eglise nous dit pourquoi il y a ce jour, cet aujourd'hui et en quoi il est différent de hier et de demain.
ce jour était prévu, il existe avant nous, nous avons l'occasion de nous y associer ou de passer à côté. Comme une source qui coulerait toujours : elle n'a pas besoin de nous, elle était là avant nous, elle sera là après nous.
A nous ensuite de peu à peu nous agrandir aux dimensions de l'Eglise.
Il s'agit d'une imprégnation, années après années, dans la fidélité. Nombre de prêtres demandent à être mis en terre avec leur bréviaire.
C'est une réponse assez générale, vous demandez aussi des choses concrètes : comment prier concrètement l'Office, le préparer, etc.
Je fais un deuxième post pour partager sur la pratique, nouveau sur le Forum, il me semble que Jean Baptiste est un fervent de l'Office vous aurez donc ainsi d'autres réponses.