par Fée Violine » dim. 13 oct. 2013, 20:09
C'est compliqué ces questions de temporalité. Je dois dire que ce livre est un peu plus difficile que ceux dont j'ai fait le compte rendu auparavant ("La fin des temps modernes" et "Le Dieu vivant").
Voici donc la suite, où il sera encore question du temps.
IV Le jugement (pages 111-141)
*L'historicité
"L'historicité évoque ce que l'existence a d'opaque et de scellé", car on ne peut connaître l'ensemble des causes et des effets. Selon la volonté de l'homme, l'histoire "peut aussi aisément conduire à Dieu le coeur que la lumière n'a pas touché, que le détourner de Dieu".
"L'historicité signifie aussi que la volonté humaine est libre". C'est une liberté provisoire, qui permet d'opter pour ou contre Dieu, en attendant la vraie liberté où on ne peut plus vouloir que le bien. "Le bien, c'est la sainteté même de Dieu. Cette exigence du bien à être accompli est la volonté de Dieu, qui veut l'univers pour royaume. L'histoire, considérée comme l'ensemble de l'activité humaine, doit être la consommation du bien, l'avènement du règne sacré (...). Tout cela est confié à la liberté et livré ainsi au risque (...). Mais puisque la volonté de Dieu n'est autre que lui-même, il en résulte ceci: Dieu ne plane pas au-dessus de l'histoire en une impassibilité olympienne, mais il est atteint par l'histoire d'une façon qui n'est pas aisée à définir, mais qui est très grave. Cela va plus loin encore si, comme Dieu nous le dit lui-même, cette volonté est amour. C'est ainsi que l'amour de Dieu nous porte à la gravité d'un destin".
"L'histoire est cet état de l'existence dans lequel le bien a d'autant moins de pouvoir immédiat qu'il est d'un ordre plus élevé", d'où le thème des contes : "inventer une histoire où le bien, d'emblée, est triomphant". Mais dans la réalité c'est différent, et "aussi longtemps que l'histoire dure, l'ordre de signification ne recouvre pas l'ordre de l'exister". Dans l'histoire, Dieu est "sans défense".
==> l'homme doit exiger
que l'opaque et le mensonger soient éclairés
que la possibilité de faire le mal devienne liberté authentique
que le bien devienne de l'ordre du réel et que le mal se manifeste comme non-sens
"Bref, l'homme doit aspirer au jugement".
L'homme aspire à la justice, même si elle est contre lui.
*Comment on se représente en général le jugement dernier
Dans le jugement, "chaque existant entre dans la vérité".
"L'homme ne pourra faire autrement que reconnaître que seul le bien a droit d'exister", et le mal apparaîtra inutile et sans intérêt, mais sans disparaître (damnation). Comment cela se fait-il? Plusieurs hypothèses:
- (point de vue relativiste) l'histoire est à elle-même son propre jugement, avec le progrès le bien va triompher du mal. Cette pensée est réconfortante mais pas réelle, car "en chaque homme l'histoire recommence de façon inédite". On ne sait pas s'il existe un sens de l'histoire !
- (point de vue spiritualiste) le bien et le mal sont intérieurs, à l'extérieur règnent les lois de la nature, sans relations entre les deux.
- (point de vue des religions) la mort individuelle, puis jugement dernier en présence de Dieu. Les différentes représentations de ce jugement prouvent qu'elles sont surtout une croyance en un ordre moral. "Cette conception comporte un autre élément qui ne trouve son accomplissement que dans la Révélation : que l'existence est incapable par elle-même d'accéder à la lumière", que le pouvoir qui juge le monde n'est pas juste le vrai et le moralement bien mais le sacré. Et la valeur du jugement vient du fait que Dieu inaugure son règne.
*L'enseignement de la Révélation
Mt 24, 29-31, Mt 25, 31-46. Nous sommes habitués à ces textes mais si nous regardons de plus près, ils ont quelque chose d'étrange. Il ne s'agit pas de Dieu en soi, mais du Christ, qui appellera "non seulement les individus mais la totalité de l'histoire'", non seulement les esprits mais leur corps animé.
Le jugement ne sera pas une simple clarification mais Jésus-Christ jugera la totalité de l'histoire et de chaque homme, et leur assignera leur valeur. Pour l'homme moderne, ceci est une fable. Nous avons à choisir : limiter la foi au domaine du sentiment, ou "être chrétien jusque dans la pensée ? Car ce que l'époque moderne tient pour primitif, puéril, anthropomorphique, est précisément l'essentiel".
"Si nous voulons être chrétiens dans la pensée, nous ne pouvons pas saisir la relation de Dieu au monde et la relation de l'homme avec l'ensemble de l'existence, à l'aide de concepts issus de la science de la nature ou de la métaphysique, mais exclusivement à l'aide des concepts de l'ordre de la personne" (agir, décision, destinée, liberté). Ces concepts "anthropomorphiques" sont les seuls qui conviennent.
L'étrangeté de ces textes (Mt 24 et Mt 25) va encore plus loin. Nous sommes tentés de comprendre qu'il n'est question que d'amour, qui selon le grand commandement (aimer Dieu et aimer le prochain) engloberait tout le reste.
Mais ce n'est pas ça. La norme suprême n'est pas l'amour, norme "à laquelle tous, y compris le Christ, seraient soumis. mais la norme de l'amour, c'est Lui-même". La singularité du message chrétien au sujet du jugement, c'est que "l'échelle de valeurs à laquelle se réfère le jugement est l'attitude adoptée à l'égard du Christ".
"La vérité et le bien ne sont ni valeurs ni idées abstraites, mais un Quelqu'un, Jésus-Christ. À l'inverse, là où un homme reconnaît une trace de vérité, c'est déjà une amorce de connaissance du Christ ; et là où quelqu'un fait quelque chose de bien, finalement cela va droit au Christ (...). Même s'il n'a jamais entendu parler de lui, sa conduite est polarisée vers le Christ".
La sentence sera sans appel, parce qu'elle est vraie. "Toutefois le Christ n'est pas seulement juge mais rédempteur (...). Dans le jugement se consomme la rédemption. Grandiose perspective! (...) La plus réelle de toutes les réalités est "un Quelqu'un", le Fils de Dieu fait homme (...). La doctrine du jugement est une révélation du Christ".
C'est compliqué ces questions de temporalité. Je dois dire que ce livre est un peu plus difficile que ceux dont j'ai fait le compte rendu auparavant ("La fin des temps modernes" et "Le Dieu vivant").
Voici donc la suite, où il sera encore question du temps.
[b]IV Le jugement[/b] (pages 111-141)
*[u]L'historicité[/u]
"L'historicité évoque ce que l'existence a d'opaque et de scellé", car on ne peut connaître l'ensemble des causes et des effets. Selon la volonté de l'homme, l'histoire "peut aussi aisément conduire à Dieu le coeur que la lumière n'a pas touché, que le détourner de Dieu".
"L'historicité signifie aussi que la volonté humaine est libre". C'est une liberté provisoire, qui permet d'opter pour ou contre Dieu, en attendant la vraie liberté où on ne peut plus vouloir que le bien. "Le bien, c'est la sainteté même de Dieu. Cette exigence du bien à être accompli est la volonté de Dieu, qui veut l'univers pour royaume. L'histoire, considérée comme l'ensemble de l'activité humaine, doit être la consommation du bien, l'avènement du règne sacré (...). Tout cela est confié à la liberté et livré ainsi au risque (...). Mais puisque la volonté de Dieu n'est autre que lui-même, il en résulte ceci: Dieu ne plane pas au-dessus de l'histoire en une impassibilité olympienne, mais il est atteint par l'histoire d'une façon qui n'est pas aisée à définir, mais qui est très grave. Cela va plus loin encore si, comme Dieu nous le dit lui-même, cette volonté est amour. C'est ainsi que l'amour de Dieu nous porte à la gravité d'un destin".
"L'histoire est cet état de l'existence dans lequel le bien a d'autant moins de pouvoir immédiat qu'il est d'un ordre plus élevé", d'où le thème des contes : "inventer une histoire où le bien, d'emblée, est triomphant". Mais dans la réalité c'est différent, et "aussi longtemps que l'histoire dure, l'ordre de signification ne recouvre pas l'ordre de l'exister". Dans l'histoire, Dieu est "sans défense".
==> l'homme doit exiger
que l'opaque et le mensonger soient éclairés
que la possibilité de faire le mal devienne liberté authentique
que le bien devienne de l'ordre du réel et que le mal se manifeste comme non-sens
"Bref, l'homme doit aspirer au jugement".
L'homme aspire à la justice, même si elle est contre lui.
*[u]Comment on se représente en général le jugement dernier[/u]
Dans le jugement, "chaque existant entre dans la vérité".
"L'homme ne pourra faire autrement que reconnaître que seul le bien a droit d'exister", et le mal apparaîtra inutile et sans intérêt, mais sans disparaître (damnation). Comment cela se fait-il? Plusieurs hypothèses:
- (point de vue relativiste) l'histoire est à elle-même son propre jugement, avec le progrès le bien va triompher du mal. Cette pensée est réconfortante mais pas réelle, car "en chaque homme l'histoire recommence de façon inédite". On ne sait pas s'il existe un sens de l'histoire !
- (point de vue spiritualiste) le bien et le mal sont intérieurs, à l'extérieur règnent les lois de la nature, sans relations entre les deux.
- (point de vue des religions) la mort individuelle, puis jugement dernier en présence de Dieu. Les différentes représentations de ce jugement prouvent qu'elles sont surtout une croyance en un ordre moral. "Cette conception comporte un autre élément qui ne trouve son accomplissement que dans la Révélation : que l'existence est incapable par elle-même d'accéder à la lumière", que le pouvoir qui juge le monde n'est pas juste le vrai et le moralement bien mais le sacré. Et la valeur du jugement vient du fait que Dieu inaugure son règne.
*[u]L'enseignement de la Révélation[/u]
Mt 24, 29-31, Mt 25, 31-46. Nous sommes habitués à ces textes mais si nous regardons de plus près, ils ont quelque chose d'étrange. Il ne s'agit pas de Dieu en soi, mais du Christ, qui appellera "non seulement les individus mais la totalité de l'histoire'", non seulement les esprits mais leur corps animé.
Le jugement ne sera pas une simple clarification mais Jésus-Christ jugera la totalité de l'histoire et de chaque homme, et leur assignera leur valeur. Pour l'homme moderne, ceci est une fable. Nous avons à choisir : limiter la foi au domaine du sentiment, ou "être chrétien jusque dans la pensée ? Car ce que l'époque moderne tient pour primitif, puéril, anthropomorphique, est précisément l'essentiel".
"Si nous voulons être chrétiens dans la pensée, nous ne pouvons pas saisir la relation de Dieu au monde et la relation de l'homme avec l'ensemble de l'existence, à l'aide de concepts issus de la science de la nature ou de la métaphysique, mais exclusivement à l'aide des concepts de l'ordre de la personne" (agir, décision, destinée, liberté). Ces concepts "anthropomorphiques" sont les seuls qui conviennent.
L'étrangeté de ces textes (Mt 24 et Mt 25) va encore plus loin. Nous sommes tentés de comprendre qu'il n'est question que d'amour, qui selon le grand commandement (aimer Dieu et aimer le prochain) engloberait tout le reste.
Mais ce n'est pas ça. La norme suprême n'est pas l'amour, norme "à laquelle tous, y compris le Christ, seraient soumis. mais la norme de l'amour, c'est Lui-même". La singularité du message chrétien au sujet du jugement, c'est que "l'échelle de valeurs à laquelle se réfère le jugement est l'attitude adoptée à l'égard du Christ".
"La vérité et le bien ne sont ni valeurs ni idées abstraites, mais un Quelqu'un, Jésus-Christ. À l'inverse, là où un homme reconnaît une trace de vérité, c'est déjà une amorce de connaissance du Christ ; et là où quelqu'un fait quelque chose de bien, finalement cela va droit au Christ (...). Même s'il n'a jamais entendu parler de lui, sa conduite est polarisée vers le Christ".
La sentence sera sans appel, parce qu'elle est vraie. "Toutefois le Christ n'est pas seulement juge mais rédempteur (...). Dans le jugement se consomme la rédemption. Grandiose perspective! (...) La plus réelle de toutes les réalités est "un Quelqu'un", le Fils de Dieu fait homme (...). La doctrine du jugement est une révélation du Christ".