Romano Guardini, "Les fins dernières"

« Assurément, il est grand le mystère de notre religion : c'est le Christ ! » (1Tm 3.16)
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Fée Violine
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Romano Guardini, "Les fins dernières"

Message non lu par Fée Violine »

Et voici un nouveau livre de notre cher Guardini !
"Les fins dernières", éditions du Cerf, 1951, 175 pages, traduction Françoise Demenge, titre allemand "Die letzten Dinge".

Ce livre présente une doctrine chrétienne du temps existentiel (le commencement, la fin, l'instant).

I La mort (pages 9-40)

*L'affirmation chrétienne.
Rm 5, 12 (par un seul le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a atteint tous les hommes) et Gn 2, 17 (dès l'instant où tu en mangeras, tu devras mourir) => "à l'origine dans l'intention du Créateur l'homme n'aurait pas dû mourir". Cette affirmation dépasse notre raison (pour un esprit moderne la mort fait partie de la vie) mais elle est vraie, elle a "un sens mystérieux mais authentique".

*Le phénomène de la mort et son interprétation naturelle.
Son premier fondement est la mort physique. Tout subsiste dans des formes, et toute forme se défait, mais le mot "mort" est spécifique du vivant.
Il y a aussi la mort psychologique (disparition de l'envie de vivre, oubli de notre passé, indifférence envers une chose qu'on a aimée...);
et la mort biographique (retraite, départ des enfants => on n'a plus rien à faire, même si on vit encore longtemps).
Il y a différentes réponses (fausses) au problèmes de la mort:
- le positivisme : la mort est dans l'ordre des choses, il faut l'admettre de son mieux, l'affronter avec résignation ou au moins correction;
- l'idéalisme : dans les tragédies classiques, ce qui a été noblement vécu ne peut se perdre (pourquoi et comment, on n'en sait rien!);
- entre les deux : l'exaltation de la vie, il y a victoire sur la mort quand on l'accepte avec une fermeté résolue et même une ferveur dionysiaque;
- les religions (sauf le bouddhisme méridional) croient à la survie de l'âme. Leur point commun : elles font fi du corps et font coïncider la maîtrise de la mort avec l'immortalité de l'âme.
Dans la pensée chrétienne au contraire, il s'agit "non de l'âme ou de l'esprit mais de l'homme".

*La mort et le péché.
"La mort de l'homme ne fait pas partie intégrante de ce qu'il est, mais elle est la conséquence d'un acte. Elle n'a pas un caractère naturel mais historique", ce qui suppose que l'homme n'est pas seulement un être naturel. Chaque animal a une nature, mais pas l'homme, dont la vie s'accomplit dans le cours d'une histoire. Sa "nature totale ne se trouve pas au commencement mais à la fin", en forme d'arc de cercle "qui permet à l'homme de rejoindre ce qui lui fait face" alors que l'animal est dans un cercle fermé, il est déterminé. C'est seulement dans la rencontre avec Dieu, le Réel par excellence, que l'homme devient cet être que son créateur a voulu qu'il soit.
Si l'homme avait soutenu l'épreuve (figurée par l'arbre), la mort ne serait pas entrée dans son existence.
La conversion commence par un changement moral (quitter le mal pour le bien, obéir à Dieu) mais ce n'est que le début. Le retournement doit envahir la vie entière, y compris l'intelligence => l'homme doit voir la Révélation telle qu'elle est, reconnaître que Dieu "l'appelle à des rapports qui vont bien au-delà de tout ce que l'homme peut tenir de lui-même ou du monde. Reconnaître cela et l'accepter, c'est la foi".
L'homme a voulu être comme Dieu, subsister par soi et pour soi => relation brisée = mort.
S'il n'avait pas péché, il aurait eu une fin, mais pas la mort telle que nous la connaissons. Ce péché fut déterminant pour tous.

*La mort et la rédemption.
Il y a dans l'homme une protestation contre la mort. Il peut sacrifier sa vie pour une cause, mais pas trouver un sens à la mort. Le christianisme sait que la mort n'a pas de sens mais qu'elle est réelle. Mais il sait aussi qu'"il est arrivé quelque chose à la mort lorsque le Christ l'a subie". Sa mort a été plus dure et plus réelle que toute autre, car il était plus vivant et plus transparent que tout autre. Mais quand il parle de sa mort, il ajoute toujours qu'il ressuscitera. "Sa mort était la démarche par laquelle sa vie passa du temps à l'éternité", et non la mort conséquence du péché.
Ce que nous entendons couramment par "résurrection", c'est le réveil de la nature après l'hiver, une montée après un creux, un moment dans le rythme de la vie. Mais l'enseignement chrétien sur la résurrection n'a rien à voir avec cela. Il s'agit d'"une vie nouvelle, et pourtant humaine". Cette doctrine est absolument fondamentale. L'incarnation/mort du Christ/ résurrection est désormais l'événement central du monde, que celui-ci le veuille ou non.
Il ne s'agit pas d'un remède magique contre la mort, ni d'une nouvelle éthique de la mort. La mort demeure réelle mais devient passage d'une vie nouvelle, "car derrière notre mort se trouve désormais la résurrection".

*Le sens chrétien de la mort.
"Le salut non de l'âme seule mais de tout l'homme (...). La mort du Christ est la manière dont il a fondé cette rénovation dans la réalité de l'être. Notre mort à nous sera la manière dont nous y participerons dans la droiture".
"Ce que le Christ a opéré et annoncé n'est pas nécessité ontologique mais grâce (...). La mort du Christ est la grave affaire du Dieu aimant; notre mort, la grave affaire de l'homme qui est aimé de Dieu".
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Fée Violine
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La purification après la mort

Message non lu par Fée Violine »

II La purification après la mort (pages 41-71)

*L'enseignement de l'Église.
"La volonté de Bonté de Dieu se tourne vers la personne pour exiger d'être accomplie par elle dans la liberté". Avec la mort, le vouloir et le faire prennent fin. La sentence du jugement est définitive car elle est vérité : soit admission soit rejet.
Au début, les hommes comprenaient cela car ils savaient distinguer ce qui est sérieux de ce qui ne l'est pas; mais l'homme moderne accorde plus d'importance au monde qu'à la destinée éternelle.
Chez l'homme, bien et mal s'enchevêtrent. Dieu, étant absolu mais juste, offre une possibilité de purification. "L'Église affirme que dans l'éternité, le temps - si on peut d'exprimer ainsi - se poursuivra encore aussi longtemps qu'il sera nécessaire afin de satisfaire à une véritable justice", cf. 2Macc 12, 43-45; Mt 12, 31-32; Mt 18, 34; 1Co 3, 11-15; etc. Mais cette doctrine vient surtout de l'intelligence de l'existence chrétienne.
Très tôt déjà, les chrétiens priaient pour les morts à la messe. Le peuple croyant a conscience d'être en communion avec ses morts, mais l'homme civilisé a perdu ce souci, dans lequel il peut d'ailleurs y avoir des éléments douteux, sentimentaux, sensationnels cf. l'éloquence basée sur l'imagination ; alors que pour les premiers chrétiens, les représentations étaient dominées par la lumière, la paix, la victoire du Christ sur l'enfer et la mort. Le souci des morts est important, il faut bien comprendre ce qui est en cause.

*L'intention.
"Dieu se penche vers l'homme et l'absout (...). La justice n'est pas seulement conférée à l'homme, mais lui est donnée en propre".
Ce qui détermine l'être-bon ou l'être-mauvais d'un homme, c'est son intention, cette orientation interne. "Si l'intention est droite, l'homme appartient à Dieu", ou plus exactement : quand l'homme appartient à Dieu, son intention est droite. Cf. Lc 2, 14 "ceux qui ont trouvé grâce ont la paix" mais cela signifie aussi la bonne volonté. "Ces deux aspects se fondent mystérieusement et inséparablement en un seul".
Dans l'intention demeurent des couches variées, "des couches entières se dérobent dans la profondeur de l'intime, dans l'inconscient et le subconscient. Qui osera déclarer qu'il a l'intention droite?"

(à suivre)
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La purification après la mort (suite)

Message non lu par Fée Violine »

*L'action et l'être
L'homme doit vouloir le bien mais "il n'y a pas que l'intention qui doit être bonne, mais aussi l'action, et jusqu'à l'être".
Dire la vérité, de sorte "que la véracité a pénétré jusqu'aux émotions et remous les plus intimes, non pas seulement ceux qui sont délibérés mais ceux qui sont involontaires (...). Qui osera affirmer là qu'il est véridique? Et lorsque l'homme meurt, comment se présente-t-il sous le regard de Dieu?"
"De notre être vivant, seule une bien mince couche est touchée" par la sainteté. "Devenir bon est une tâche décourageante ! (...) Un saint est un homme dont l'être entier a été ébranlé; cet être, la lumière divine en traverse une couche après l'autre pour les irradier et les re-former".
"Ce qui n'est pas fait maintenant ne peut être compensé, car chaque heure est unique. (...) ce qui est fait est fait, et reste au coeur de l'être".

*La souffrance purificatrice
Après la mort, l'homme se trouve devant Dieu et voit toute sa vie dans Sa lumière. Dieu pardonne nos péchés, son amour nous recrée, certes, mais ne peut changer magiquement le passé. Il faut une réparation.
"Son amour ne consiste pas à balayer les lacunes de notre finitude, mais à les amener en pleine vérité et les y pétrir chacune, jusqu'aux plus infimes et jusqu'à son extrême profondeur".
Cela se fait dans la souffrance.
"Dans ce devenir, mourir et revivre sont liés en un merveilleux et effrayant mystère".
"La souffrance qui n'a pas été endurée doit pouvoir l'être, la vérité non reconnue doit être reconnue, et l'amour non achevé doit pouvoir l'être".
"Par le repentir, l'homme prend la charge du passé". Il extrait de l'inconscient les événements refoulés pour "faire ce qui peut encore être fait. Alors la vie rentre dans l'ordre".
"Le jugement, c'est pour l'homme de se voir tout entier sous la sainte lumière de Dieu (...). Tout y passera (...). En proie à une mystérieuse souffrance, le coeur s'offre au repentir et se livre ainsi au pouvoir sacré de l'Esprit créateur".
Il ne faut pas plaindre les "pauvres âmes" car leur souffrance est quelque chose de grand et méritant le respect. "Toute souffrance régénératrice vient de la Rédemption".
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La résurrection

Message non lu par Fée Violine »

III La résurrection (pages 73-109)

*L'enseignement de la Révélation
Le christianisme a toujours enseigné la résurrection des morts.

*Le message chrétien et l'homme
Il y a toujours eu des oppositions à cette doctrine (le gnosticisme par exemple). Il est tentant "de penser chimiquement ce qui est vivant ou de penser biologiquement l'esprit" parce que c'est plus facile et que ça a l'air scientifique ! C'est vrai pour les choses naturelles, encore plus pour Dieu ! C'est pourquoi "le critère d'une Révélation authentique est l'impossibilité où elle se trouve d'être ramenée aux entités de ce monde ou à ses formes possibles". De plus, Dieu a créé le monde, sa Parole y est chez elle, le monde doit l'accepter sans justification.
La conversion ne s'adresse pas seulement au vouloir mais aussi à la pensée, ce qui n'est pas facile. Pour cela, notre pensée doit se reconstruire par la base.
"Dans le christianisme, il y va non de l'esprit mais de l'homme". Les philosophies et religions qui parlent de l'immortalité de l'âme ne s'occupent pas de l'histoire et de la réalité de l'existence. Au contraire pour le christianisme "il y va de la rédemption de la réalité, de la destinée éternelle de la personne et de son histoire. Le christianisme n'est pas une métaphysique mais le témoignage que le Dieu réel se donne de Lui-même". Il s'agit de la réalité de l'homme. Tout cela est lié au corps.

*Le corps spirituel
"Le principe de l'existence corporelle de l'homme, c'est le Christ".
"Ressusciter signifie que l'âme spirituelle redevient ce que son essence veut qu'elle soit, c'est-à-dire l'âme d'un corps", et "que cette matière privée d'âme redevient le corps d'une personne vivante et pétrie par l'esprit; bref, un corps humain (...), corps spirituel".
On ne sait pas comment sera ce corps, il paraît être "l'accomplissement de l'univers racheté", cf. Rm 8, 18-23.
Le cristal, le pommier, le cheval, l'homme : de plus en plus de liberté, de noblesse, de possibilités. "Cette trajectoire s'arrête-t-elle avec l'homme tel que nous le connaissons?" Non, car nous voyons que certains hommes sont plus "corporels" que d'autres, et ce sont ceux où l'esprit agit le plus. "Le corps de chair ne se construit que pour une part de la nature; l'autre part, plus grande peut-être, lui vient de l'âme (...). Rien de grand ne sort de la seule nature, mais de la maîtrise et du sacrifice". Alors dans l'éternité, ce sera encore mieux !
1Co 15, 35-49 est un texte de premier ordre où on perçoit l'essence du corporel.
1Co 15, 20-26 "par un homme est venue la mort, par un homme (Jésus) vient aussi la résurrection".

Quid des objections de la biologie? Elle ne peut rien prouver, ni dans un sens ni dans l'autre. Mais avec la physique actuelle (importance de la forme dans la construction de la matière) et la médecine actuelle (pouvoir du psychisme dans la vie du corps), "le corporel apparaît livré à l'esprit d'une manière qu'on n'eût pu pressentir autrefois".

Le corps de chair n'est pas seulement structure tangible et spatiale, il a aussi une histoire. Toutes les formes qu'il a eues du début à la fin doivent être contenues dans le corps ressuscité. Tous les événements vécus s'impriment dans le corps. "La résurrection du corps de chair signifie la résurrection de toute la vie passée, de ce qu'elle eut de bien et de mal".
Où s'arrête le corps? Les vêtements, bijoux, outils, objets usuels, maison, jardin etc. en font-ils partie? En tout cas, il va plus loin que ses contours anatomiques. Toute notre vie ressuscitera par la force du Saint Esprit, pour notre salut ou notre perdition.

L'âme est dans le corps, et réciproquement. "Après la mort, l'âme connaît d'expérience cette purification dont il a été question. Alors en elle aussi (...) le corps qui est là à l'état latent sera purifié".

*Signification de la doctrine chrétienne touchant le corps
La pensée moderne sépare la matière et l'esprit, d'où "perte de tout ce qui s'appelle image et symbole, à la fois corporalité vivante et imprégnée d'âme, et spiritualité incarnée et accessible au regard". Jésus n'est pas un spiritualiste.
"C'est le coeur et non l'esprit qui détient le pouvoir décisif (...). Le coeur est l'unité vivante de l'esprit et du sang, la réalité spécifique de l'homme, son centre le plus intime".
Pour résumer le contenu de la foi chrétienne : "je crois à la résurrection des morts et à la (ou plutôt leur) vie éternelle. Amen !"

(à suivre)
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Re: Romano Guardini, "Les fins dernières"

Message non lu par Cinci »

  • "L'Église affirme que dans l'éternité, le temps - si on peut d'exprimer ainsi - se poursuivra encore aussi longtemps qu'il sera nécessaire afin de satisfaire à une véritable justice" - Romano Guardini

Hum ...

... m'en rappelle une petite remarque du chapelain du Sanctuaire de Montligeon, celui rencontré par moi il y a peu. Il me disait alors qu'il n'y aurait que Dieu pour être véritablement hors du temps. La qualité d'être « hors du temps» serait partagée par aucune créature, pas même les anges. Aussi qu'on ne puisse parler d'une «même temporalité que celle que nous connaissons» n'empêchera jamais d'évoquer une forme de temporalité pour nos défunts quand même. J'avais trouvé la remarque bienvenue, et plutôt agréable à saisir sur le vif. On a besoin d'entendre ou sinon réentendre des petites remarques du genre à l'occasion. Maintenant, je constate que le chapelain était branché sur le savoir de Romano Guardini.

:>


Cette forme de temporalité est absolument cruciale pour bien s'assimiler l'importance de cette aide que nous-même pourrions apporter à ces autres qui sont en chemin vers la résurrection. De quoi révolutionner l'idée que l'on se ferait de la période de deuil par rapport à un proche. Tout ce qui aurait pu être laissé en chantier par rapport à la personne, des mots qui n'auraient pas pu être dit, repentir, remord, pardon et tout. Juste l'idée de retirer le ''trop tard''; ''rien à faire'' ou ''désespoir !'' ... l'idée de pouvoir contribuer soi-même à la réparation de ce qui peut être réparer chez l'autre ... même une fois parti. C'est beaucoup ...
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Le jugement

Message non lu par Fée Violine »

C'est compliqué ces questions de temporalité. Je dois dire que ce livre est un peu plus difficile que ceux dont j'ai fait le compte rendu auparavant ("La fin des temps modernes" et "Le Dieu vivant").

Voici donc la suite, où il sera encore question du temps.

IV Le jugement (pages 111-141)

*L'historicité
"L'historicité évoque ce que l'existence a d'opaque et de scellé", car on ne peut connaître l'ensemble des causes et des effets. Selon la volonté de l'homme, l'histoire "peut aussi aisément conduire à Dieu le coeur que la lumière n'a pas touché, que le détourner de Dieu".
"L'historicité signifie aussi que la volonté humaine est libre". C'est une liberté provisoire, qui permet d'opter pour ou contre Dieu, en attendant la vraie liberté où on ne peut plus vouloir que le bien. "Le bien, c'est la sainteté même de Dieu. Cette exigence du bien à être accompli est la volonté de Dieu, qui veut l'univers pour royaume. L'histoire, considérée comme l'ensemble de l'activité humaine, doit être la consommation du bien, l'avènement du règne sacré (...). Tout cela est confié à la liberté et livré ainsi au risque (...). Mais puisque la volonté de Dieu n'est autre que lui-même, il en résulte ceci: Dieu ne plane pas au-dessus de l'histoire en une impassibilité olympienne, mais il est atteint par l'histoire d'une façon qui n'est pas aisée à définir, mais qui est très grave. Cela va plus loin encore si, comme Dieu nous le dit lui-même, cette volonté est amour. C'est ainsi que l'amour de Dieu nous porte à la gravité d'un destin".
"L'histoire est cet état de l'existence dans lequel le bien a d'autant moins de pouvoir immédiat qu'il est d'un ordre plus élevé", d'où le thème des contes : "inventer une histoire où le bien, d'emblée, est triomphant". Mais dans la réalité c'est différent, et "aussi longtemps que l'histoire dure, l'ordre de signification ne recouvre pas l'ordre de l'exister". Dans l'histoire, Dieu est "sans défense".

==> l'homme doit exiger
que l'opaque et le mensonger soient éclairés
que la possibilité de faire le mal devienne liberté authentique
que le bien devienne de l'ordre du réel et que le mal se manifeste comme non-sens
"Bref, l'homme doit aspirer au jugement".
L'homme aspire à la justice, même si elle est contre lui.

*Comment on se représente en général le jugement dernier
Dans le jugement, "chaque existant entre dans la vérité".
"L'homme ne pourra faire autrement que reconnaître que seul le bien a droit d'exister", et le mal apparaîtra inutile et sans intérêt, mais sans disparaître (damnation). Comment cela se fait-il? Plusieurs hypothèses:

- (point de vue relativiste) l'histoire est à elle-même son propre jugement, avec le progrès le bien va triompher du mal. Cette pensée est réconfortante mais pas réelle, car "en chaque homme l'histoire recommence de façon inédite". On ne sait pas s'il existe un sens de l'histoire !

- (point de vue spiritualiste) le bien et le mal sont intérieurs, à l'extérieur règnent les lois de la nature, sans relations entre les deux.

- (point de vue des religions) la mort individuelle, puis jugement dernier en présence de Dieu. Les différentes représentations de ce jugement prouvent qu'elles sont surtout une croyance en un ordre moral. "Cette conception comporte un autre élément qui ne trouve son accomplissement que dans la Révélation : que l'existence est incapable par elle-même d'accéder à la lumière", que le pouvoir qui juge le monde n'est pas juste le vrai et le moralement bien mais le sacré. Et la valeur du jugement vient du fait que Dieu inaugure son règne.

*L'enseignement de la Révélation
Mt 24, 29-31, Mt 25, 31-46. Nous sommes habitués à ces textes mais si nous regardons de plus près, ils ont quelque chose d'étrange. Il ne s'agit pas de Dieu en soi, mais du Christ, qui appellera "non seulement les individus mais la totalité de l'histoire'", non seulement les esprits mais leur corps animé.
Le jugement ne sera pas une simple clarification mais Jésus-Christ jugera la totalité de l'histoire et de chaque homme, et leur assignera leur valeur. Pour l'homme moderne, ceci est une fable. Nous avons à choisir : limiter la foi au domaine du sentiment, ou "être chrétien jusque dans la pensée ? Car ce que l'époque moderne tient pour primitif, puéril, anthropomorphique, est précisément l'essentiel".
"Si nous voulons être chrétiens dans la pensée, nous ne pouvons pas saisir la relation de Dieu au monde et la relation de l'homme avec l'ensemble de l'existence, à l'aide de concepts issus de la science de la nature ou de la métaphysique, mais exclusivement à l'aide des concepts de l'ordre de la personne" (agir, décision, destinée, liberté). Ces concepts "anthropomorphiques" sont les seuls qui conviennent.

L'étrangeté de ces textes (Mt 24 et Mt 25) va encore plus loin. Nous sommes tentés de comprendre qu'il n'est question que d'amour, qui selon le grand commandement (aimer Dieu et aimer le prochain) engloberait tout le reste.
Mais ce n'est pas ça. La norme suprême n'est pas l'amour, norme "à laquelle tous, y compris le Christ, seraient soumis. mais la norme de l'amour, c'est Lui-même". La singularité du message chrétien au sujet du jugement, c'est que "l'échelle de valeurs à laquelle se réfère le jugement est l'attitude adoptée à l'égard du Christ".
"La vérité et le bien ne sont ni valeurs ni idées abstraites, mais un Quelqu'un, Jésus-Christ. À l'inverse, là où un homme reconnaît une trace de vérité, c'est déjà une amorce de connaissance du Christ ; et là où quelqu'un fait quelque chose de bien, finalement cela va droit au Christ (...). Même s'il n'a jamais entendu parler de lui, sa conduite est polarisée vers le Christ".
La sentence sera sans appel, parce qu'elle est vraie. "Toutefois le Christ n'est pas seulement juge mais rédempteur (...). Dans le jugement se consomme la rédemption. Grandiose perspective! (...) La plus réelle de toutes les réalités est "un Quelqu'un", le Fils de Dieu fait homme (...). La doctrine du jugement est une révélation du Christ".
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L'éternité

Message non lu par Fée Violine »

V L'éternité (pages 143-171)

*Temps et éternité
Le mot "éternité" a perdu son sens dans la langue moderne.
On l'emploie pour signifier une durée indéfinie, cf. croyances païennes sur l'après-mort vue "comme la continuation sans fin de l'existence temporelle".
Pourtant le temps est limité, il a commencé et il finira. Le vrai sens du mot, c'est l'abolition du temps.
Il y a le temps mécanique, et il y a le temps vivant, le seul que nous connaissions.
Certaines expériences nous donnent une idée de ce que peut être l'éternité, "le présent seul", ou des moments où tout, en nous, fait silence. L'éternité serait "la pure présence de l'existence accomplie qui ne comporterait ni devenir ni disparition".
"Le temps n'est pas quelque chose qui nous entoure, un tunnel à traverser. C'est nous-mêmes qui sommes le temps, c'est notre finitude - l'éternité est le mode de vie de Dieu".

*La révélation de l'éternité
Contrairement à la mystique panthéiste, l'homme ne peut atteindre Dieu par lui-même. L'éternité, c'est Dieu qui vient à l'homme (Jn 14, 23; Ap 3, 20; Ap 21, 1...). Bien sûr ces paraboles sont allégoriques mais elles sont vraies sur le fond : l'éternité est un rapport de personne à personne.
cf. prologue de Jean, "le Verbe (le Fils) était tourné vers Dieu (le Père)" et ensuite, pour qu'on ne tombe pas dans la métaphysique, il ajoute : "nul n'a vu Dieu, le Fils nous l'a révélé etc." Le Père et le Fils sont tournés l'un vers l'autre, savent tout l'un de l'autre, "chacun est redevable à l'autre de tout ce qu'il est et reste pourtant parfaitement libre", tout cela n'étant possible que par l'Esprit Saint.
cf. aussi Mt 3, 16-17 (baptême de Jésus).
"L'espace qui naît de cette rencontre, son intériorité, son silence et sa plénitude, c'est la véritable éternité".
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L'éternité (suite et fin)

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Oups! J'avais oublié une page! Cette fois, c'est bien la dernière.

*L'homme entre dans l'éternité
"L'homme dans le Christ ; le Christ dans l'homme", c'est-à-dire que c'est lui qui nous fait accéder à notre véritable humanité. Être enfant de Dieu, ce n'est pas seulement vivre en confiance avec lui, l'aimer, vivre sous sa protection : c'est être accueilli par grâce dans le même rapport au Père où par essence se trouve son Fils fait homme.
Croire, c'est être attiré dans la vie du Christ "et emporté dans le mouvement par lequel il est ordonné au Père". C'est pourquoi Jésus a dit non pas "je montre la voie", ou "je vous précède sur la voie", mais "je suis la voie".
Sur terre, tout cela est voilé, mais la voie conduit là-bas, dans cette vie trinitaire, l'éternité qui nous est promise. Ce qui sera introduit dans l'éternité, c'est l'homme vivant, non l'âme ou l'esprit. C'est stupéfiant, mais si c'est un conte, la résurrection et l'ascension de Jésus le sont aussi !
Ce n'est pas seulement la rédemption de l'homme mais celle de l'univers qui sont en jeu, cf. Rm 8, 19-22, Ép 1, 9-10, Col 1, 14-19.
En fait l'éternité est quelque chose de simple.
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