par Suliko » dim. 27 juil. 2014, 19:03
Menthe a écrit :L’Église orthodoxe admet le divorce et le remariage de divorcés alors même qu'elle ne me paraît pas spécialement "progressiste" et qu'elle considère également le mariage comme un sacrement, je ne m'explique pas cette différence entre vos deux églises.
Bonjour Menthe,
Une piste de réflexion (avec beaucoup de retard!):
C-3. La pratique orthodoxe orientale
Dans l’Église primitive, la question de savoir si l’on pouvait se remarier après la mort de
son époux ou de son épouse a été discutée, mais le remariage après un divorce était interdit
(voir section C-2 ci-dessus). Certains pères orientaux (par ex. saint Grégoire de Naziance) ont
prêché contre les lois impériales laxistes qui autorisaient le remariage. Grégoire appelait les
unions successives « indulgence », puis « transgression » et enfin « porcherie »18. Ce n’était
pas des permissions de remariage après un divorce, mais des tentatives pour limiter les unions
ultérieures, même après la mort d’un époux ou d’une épouse.
Avec le temps, et sous la pression des empereurs byzantins, qui imposaient agressivement
leur autorité à l’Église orientale, les chrétiens orientaux en sont venus à confondre les
« seconds mariages », après la mort d’un époux ou d’une épouse, avec le remariage après un
divorce, et à relire les textes patristiques sous cet éclairage. Au dixième siècle, l’empereur
byzantin Léon VI a effectivement forcé les orthodoxes orientaux à accepter le remariage
après le divorce 19. Leur approche actuelle autorise, par la pratique de l’ « économie », un
second et un troisième mariage après le divorce, bien qu’avec des rites de mariage sans
eucharistie. Comme ces unions ne sont pas considérées comme adultères, les personnes
divorcées remariées sont admises à la communion.
Cette pratique diffère de la plus claire tradition de l’Église primitive, commune à l’Est et
à l’Ouest. Comme l’a déclaré en 1994 la Congrégation pour la doctrine de la foi : « Même si
l'on sait que des solutions pastorales analogues furent proposées par certains Pères de l'Eglise
et entrèrent en quelque mesure dans la pratique, elles ne recueillirent jamais le consensus des
Pères et n'en vinrent jamais à constituer la doctrine commune de l'Eglise, ni à en déterminer
la discipline »20. Une telle détermination reflète précisément ce rappel historique.
Plus encore, l’Église catholique a déterminé à maintes reprises qu’elle ne pouvait pas
admettre la pratique orthodoxe orientale. Le second Concile de Lyon (1274), se référant
spécifiquement à la pratique orthodoxe orientale, a déclaré qu’ « un homme n’est pas autorisé
à avoir plusieurs femmes en même temps, ni une femme à avoir plusieurs maris. Mais quand 9
un mariage légitime est dissous par la mort de l’un des époux, [l’Église romaine] déclare
qu’un second, et ensuite un troisième mariage sont licites l’un après l’autre »21.
En outre, les propositions actuelles préconisent ce que même les orthodoxes orientaux
n’accepteraient pas : la communion pour ceux qui vivent des unions civiles (adultères) non
bénies. Les orthodoxes orientaux admettent les personnes divorcées remariées à la
communion seulement si leur union ultérieure a été bénie au cours d’un rite orthodoxe
oriental. En d’autres termes, l’admission de personnes divorcées remariées à la communion
exigerait inévitablement de l’Église catholique qu’elle reconnaisse et bénisse les seconds
mariages après un divorce, ce qui est clairement contraire au dogme catholique établi et à
l’enseignement express du Christ.
17 Voir par exemple Saint Basile le Grand, canon 77, in Saint Basile, lettre 217. Dans l’oraison 37.8 de saint
Grégoire de Naziance, très probablement, Grégoire prêche devant la cour de Théodose à Constantinople afin de
faire changer les lois laxistes sur le mariage, dans l’Empire. L’ambiguïté, dans la prédication de Grégoire, est
clarifiée dans sa lettre 144, où il qualifie le divorce de « complètement en désaccord avec nos lois, même si
celles des Romains [de l’Empire] en jugent autrement ».
18 Grégoire de Naziance, oraison 37.8.
19 À propos de la novella 89 de l’empereur Léon, le théologien orthodoxe John Meyendorff déplore : « l’Église
fut obligée, non seulement de bénir des mariages qu’elle n’approuvait pas, mais même de les ‘dissoudre’ (i.e.
accorder des ‘divorces’)… L’Église a dû payer un prix élevé pour la nouvelle responsabilité sociale qu’elle avait
reçue ; elle a dû ‘séculariser’ son attitude pastorale à l’égard du mariage et, dans la pratique, abandonner sa
discipline pénitentielle ». Notre traduction de : John Meyendorff, Marriage : An Orthodox Perspective, 2nd ed.
(Crestwood, NY : St. Vladimir’s Seminary Press, 1975), 29.
20 Congrégation pour la doctrine de la foi, « Lettre aux évêques de l’Église catholique sur l’accès à la
communion eucharistique de la part des fidèles divorcés-remariés » (1994), n. 4.
Source:
Nova et Vetera (English ed.), à paraître en Août 2014.
Récentes propositions pour l’accompagnement pastoral
des personnes divorcées remariées -
Évaluation théologique
John Corbett, O.P.,* Andrew Hofer, O.P.,* Paul J. Keller, O.P., † Dominic Langevin, O.P.,*
Dominic Legge, O.P.,* Kurt Martens,‡ Thomas Petri, O.P.,* & Thomas Joseph White, O.P,*
(lien trouvé sur le blog de Jeanne Smits)
Suliko
[quote="Menthe"]L’Église orthodoxe admet le divorce et le remariage de divorcés alors même qu'elle ne me paraît pas spécialement "progressiste" et qu'elle considère également le mariage comme un sacrement, je ne m'explique pas cette différence entre vos deux églises.[/quote]
Bonjour Menthe,
Une piste de réflexion (avec beaucoup de retard!):
[quote]C-3. La pratique orthodoxe orientale
Dans l’Église primitive, la question de savoir si l’on pouvait se remarier après la mort de
son époux ou de son épouse a été discutée, mais le remariage après un divorce était interdit
(voir section C-2 ci-dessus). Certains pères orientaux (par ex. saint Grégoire de Naziance) ont
prêché contre les lois impériales laxistes qui autorisaient le remariage. Grégoire appelait les
unions successives « indulgence », puis « transgression » et enfin « porcherie »[i]18[/i]. Ce n’était
pas des permissions de remariage après un divorce, mais des tentatives pour limiter les unions
ultérieures, même après la mort d’un époux ou d’une épouse.
Avec le temps, et sous la pression des empereurs byzantins, qui imposaient agressivement
leur autorité à l’Église orientale, les chrétiens orientaux en sont venus à confondre les
« seconds mariages », après la mort d’un époux ou d’une épouse, avec le remariage après un
divorce, et à relire les textes patristiques sous cet éclairage. Au dixième siècle, l’empereur
byzantin Léon VI a effectivement forcé les orthodoxes orientaux à accepter le remariage
après le divorce [i]19[/i]. Leur approche actuelle autorise, par la pratique de l’ « économie », un
second et un troisième mariage après le divorce, bien qu’avec des rites de mariage sans
eucharistie. Comme ces unions ne sont pas considérées comme adultères, les personnes
divorcées remariées sont admises à la communion.
Cette pratique diffère de la plus claire tradition de l’Église primitive, commune à l’Est et
à l’Ouest. Comme l’a déclaré en 1994 la Congrégation pour la doctrine de la foi : « Même si
l'on sait que des solutions pastorales analogues furent proposées par certains Pères de l'Eglise
et entrèrent en quelque mesure dans la pratique, elles ne recueillirent jamais le consensus des
Pères et n'en vinrent jamais à constituer la doctrine commune de l'Eglise, ni à en déterminer
la discipline »[i]20[/i]. Une telle détermination reflète précisément ce rappel historique.
Plus encore, l’Église catholique a déterminé à maintes reprises qu’elle ne pouvait pas
admettre la pratique orthodoxe orientale. Le second Concile de Lyon (1274), se référant
spécifiquement à la pratique orthodoxe orientale, a déclaré qu’ « un homme n’est pas autorisé
à avoir plusieurs femmes en même temps, ni une femme à avoir plusieurs maris. Mais quand 9
un mariage légitime est dissous par la mort de l’un des époux, [l’Église romaine] déclare
qu’un second, et ensuite un troisième mariage sont licites l’un après l’autre »[i]21[/i].
En outre, les propositions actuelles préconisent ce que même les orthodoxes orientaux
n’accepteraient pas : la communion pour ceux qui vivent des unions civiles (adultères) non
bénies. Les orthodoxes orientaux admettent les personnes divorcées remariées à la
communion seulement si leur union ultérieure a été bénie au cours d’un rite orthodoxe
oriental. En d’autres termes, l’admission de personnes divorcées remariées à la communion
exigerait inévitablement de l’Église catholique qu’elle reconnaisse et bénisse les seconds
mariages après un divorce, ce qui est clairement contraire au dogme catholique établi et à
l’enseignement express du Christ.
[i]17[/i] Voir par exemple Saint Basile le Grand, canon 77, in Saint Basile, lettre 217. Dans l’oraison 37.8 de saint
Grégoire de Naziance, très probablement, Grégoire prêche devant la cour de Théodose à Constantinople afin de
faire changer les lois laxistes sur le mariage, dans l’Empire. L’ambiguïté, dans la prédication de Grégoire, est
clarifiée dans sa lettre 144, où il qualifie le divorce de « complètement en désaccord avec nos lois, même si
celles des Romains [de l’Empire] en jugent autrement ».
[i]18[/i] Grégoire de Naziance, oraison 37.8.
[i]19 [/i]À propos de la novella 89 de l’empereur Léon, le théologien orthodoxe John Meyendorff déplore : « l’Église
fut obligée, non seulement de bénir des mariages qu’elle n’approuvait pas, mais même de les ‘dissoudre’ (i.e.
accorder des ‘divorces’)… L’Église a dû payer un prix élevé pour la nouvelle responsabilité sociale qu’elle avait
reçue ; elle a dû ‘séculariser’ son attitude pastorale à l’égard du mariage et, dans la pratique, abandonner sa
discipline pénitentielle ». Notre traduction de : John Meyendorff, Marriage : An Orthodox Perspective, 2nd ed.
(Crestwood, NY : St. Vladimir’s Seminary Press, 1975), 29.
[i]20[/i] Congrégation pour la doctrine de la foi, « Lettre aux évêques de l’Église catholique sur l’accès à la
communion eucharistique de la part des fidèles divorcés-remariés » (1994), n. 4.[/quote]
[u]Source:[/u]
Nova et Vetera (English ed.), à paraître en Août 2014.
Récentes propositions pour l’accompagnement pastoral
des personnes divorcées remariées -
Évaluation théologique
John Corbett, O.P.,* Andrew Hofer, O.P.,* Paul J. Keller, O.P., † Dominic Langevin, O.P.,*
Dominic Legge, O.P.,* Kurt Martens,‡ Thomas Petri, O.P.,* & Thomas Joseph White, O.P,*
(lien trouvé sur le blog de Jeanne Smits)
Suliko