par Cinci » lun. 11 août 2014, 4:31
La conception traditionnelle
"En commentant le "qu'ils soient un comme nous sommes un" (Jean XVII, 22), le quatrième concile de Latran définit l'unité de l'Église comme une union de charité dans la grâce. La charité qui unit l'Église, c'est bien la charité théologale. pour autant, précisons-le, qu'elle est sacramentelle et orientée.
Le schisme est un péché contre la charité théologale. C'est le péché qui détruit la charité en tant qu'elle fait l'unité de l'Église. "Le péché de schisme, dit saint Thomas, est un péché spécial : il sépare de l'unité que fait la charité quand elle rassemble, non seulement des personnes privées par un lien de dilection spirituelle, mais l'Église entière dans l'unité du Saint Esprit".
Tout péché ne détruit pas la charité d'une unique manière : l'adultère la détruit en tant qu'il s'attaque aux biens du mariage, et l'homicide à la vie du prochain; mais, à regarder la visée de leur acte, ex parte operis, ni l'adultère ni l'homicide ne s'attaquent directement à l'unité ecclésiastique. Ils ne refusent pas d'appartenir à cette unité. Ils peuvent fort bien, en vertu de l'incohérence inhérente à tout péché, ne vouloir lui nuire en rien. C'est ce qui explique leur condition. S'ils sont incapables de figurer dans la trame de l'unité en raison des seules valeurs chrétiennes qui subsistent encore en eux, ils restent capables néanmoins d'y figurer absolument parlant, simpliciter, en raison d'un secours extrinsèque qui continue de leur arriver. Car la charité sacramentelle et orientée, qui réside premièrement et immédiatement dans les membres justes, continue, sous la motion de l'Esprit saint et du Christ, de déborder sur eux (en considération des valeurs chrétiennes qui subsistent en eux et de leur volonté non reniée d'appartenir à l'Église) pour les pénétrer de son influence formatrice et de les faire conspirer dans une certaine mesure, au vrai bien de l'Église. Ainsi des pécheurs sont dans la trame de l'unité de l'Église, non en raison de leur péché, mais en raison du débordement en eux de la charité des justes auxquels ils restent liés.
Mais ces pécheurs peuvent encore pécher. Ils peuvent offenser la charité sacramentelle et orientée en tant même qu'elle fait l'unité de l'Église, en tant même que, sous la motion de l'Esprit saint et du Christ, elle agit premièrement dans les justes et extensivement dans les pécheurs pour former l'Église. A ce moment, l'influence de cette charité qui débordait en eux les abandonne. Ils se disjoignent de l'unité de charité, de l'unité de communion. Voilà le péché de schisme.
[...]
A la limite on aurait le cas du schismatique malgré lui, moins chimérique qu'on ne le pense : de l'homme qui ne veut pas se séparer de l'unité mais qui fait des choses telles ou de telle manière, et qui s'obstine à les faire de telle sorte que la rupture de l'unité s'ensuive fatalement : cas type, au moins au point de vue psychologique, celui de Döllinger, qui protesta toujours de sa volonté de rester dans l'unité et ne voulut jamais accepter l'étiquette de vieux-catholique.
On comprend le schisme que par rapport à ce qu'il détruit. Il détruit la charité sacramentelle en tant qu'elle produit l'unité de l'Église, l'unité de communion. D'ou vient cette charité sacramentelle et orientée ? Elle découle de l'Esprit saint, pris ici pour la Trinité tout entière et passe à travers le Christ, qui est la tête, pour déborder sur l'Église, qui est son Corps.
Le Christ meut son Église de deux manières.
En tant que principe de l'amour, il la meut de l'intérieur et mystiquement, en versant en elle les grâces sacramentelles par lesquelles nous sommes incorporés à lui et devenons membres les uns des autres. Voilà l'unité de communion, faite 1) de la soumission des membres à l'égard du Christ, qui est Tête 2) d'une mutuelle interdépendance des membres entre eux, d'ou résulte l'Église, qui est le Corps. Et plus le lien de soumission devient profond, plus le lien d'interdépendance devient puissant.
En tant que principe de la révélation, le Christ meut son Église en l'instruisant du dehors et prophétiquement, pour lui proposer par lui-même et par la médiation du magistère apostolique, les voies ou elle doit s'engager. Que cet enseignement soit écouté et intériorisé, et voilà l'unité d'orientation, qui elle aussi a le double effet : 1) de nous incorporer au Christ, à qui elle nous soumet cette fois en tant que Docteur de vérité 2) de nous rendre membres copartageants d'une même vérité".
Source : id., p. 1366
[b]La conception traditionnelle[/b]
"En commentant le "qu'ils soient un comme nous sommes un" (Jean XVII, 22), le quatrième concile de Latran définit l'unité de l'Église comme une union de charité [i]dans la grâce[/i]. La charité qui unit l'Église, c'est bien la charité théologale. pour autant, précisons-le, qu'elle est sacramentelle et orientée.
Le schisme est un péché [i]contre la charité théologale[/i]. C'est le péché qui détruit la charité en tant qu'elle fait l'unité de l'Église. "Le péché de schisme, dit saint Thomas, est un péché spécial : il sépare de l'unité que fait la charité quand elle rassemble, non seulement des personnes privées par un lien de dilection spirituelle, mais l'Église entière dans l'unité du Saint Esprit".
Tout péché ne détruit pas la charité d'une unique manière : l'adultère la détruit en tant qu'il s'attaque aux biens du mariage, et l'homicide à la vie du prochain; mais, à regarder la visée de leur acte, [i]ex parte operis[/i], ni l'adultère ni l'homicide ne s'attaquent directement à l'unité ecclésiastique. Ils ne refusent pas d'appartenir à cette unité. Ils peuvent fort bien, en vertu de l'incohérence inhérente à tout péché, ne vouloir lui nuire en rien. C'est ce qui explique leur condition. S'ils sont incapables de figurer dans la trame de l'unité en raison des seules valeurs chrétiennes qui subsistent encore en eux, ils restent capables néanmoins d'y figurer absolument parlant,[i] simpliciter[/i], en raison d'un secours extrinsèque qui continue de leur arriver. Car la charité sacramentelle et orientée, qui réside premièrement et immédiatement dans les membres justes, continue, sous la motion de l'Esprit saint et du Christ, de déborder sur eux (en considération des valeurs chrétiennes qui subsistent en eux et de leur volonté non reniée d'appartenir à l'Église) pour les pénétrer de son influence formatrice et de les faire conspirer dans une certaine mesure, au vrai bien de l'Église. Ainsi des pécheurs sont dans la trame de l'unité de l'Église, non en raison de leur péché, mais en raison du débordement en eux de la charité des justes auxquels ils restent liés.
Mais ces pécheurs peuvent encore pécher. Ils peuvent offenser la charité sacramentelle et orientée [i]en tant même qu'elle fait l'unité de l'Église[/i], en tant même que, sous la motion de l'Esprit saint et du Christ, elle agit premièrement dans les justes et extensivement dans les pécheurs pour former l'Église. A ce moment, l'influence de cette charité qui débordait en eux les abandonne. Ils se disjoignent de l'unité de charité, de l'unité de communion. Voilà le péché de schisme.
[...]
A la limite on aurait le cas du schismatique malgré lui, moins chimérique qu'on ne le pense : de l'homme qui ne veut pas se séparer de l'unité mais qui fait des choses telles ou de telle manière, et qui s'obstine à les faire de telle sorte que la rupture de l'unité s'ensuive fatalement : cas type, au moins au point de vue psychologique, celui de Döllinger, qui protesta toujours de sa volonté de rester dans l'unité et ne voulut jamais accepter l'étiquette de vieux-catholique.
On comprend le schisme que par rapport à [u]ce qu'il détruit[/u]. Il détruit la charité sacramentelle en tant qu'elle produit l'unité de l'Église, l'unité de communion. D'ou vient cette charité sacramentelle et orientée ? Elle découle de l'Esprit saint, pris ici pour la Trinité tout entière et passe à travers le Christ, qui est la tête, pour déborder sur l'Église, qui est son Corps.
Le Christ meut son Église de deux manières.
En tant que principe de l'amour, il la meut de l'intérieur et [i]mystiquement[/i], en versant en elle les grâces sacramentelles par lesquelles nous sommes incorporés à lui et devenons membres les uns des autres. Voilà l'unité de communion, faite 1) de la soumission des membres à l'égard du Christ, qui est Tête 2) d'une mutuelle interdépendance des membres entre eux, d'ou résulte l'Église, qui est le Corps. Et plus le lien de soumission devient profond, plus le lien d'interdépendance devient puissant.
En tant que principe de la révélation, le Christ meut son Église en l'instruisant [u]du dehors[/u] et[u] prophétiquement[/u], pour lui proposer par lui-même et par la médiation du magistère apostolique, les voies ou elle doit s'engager. Que cet enseignement soit écouté et intériorisé, et voilà l'unité d'orientation, qui elle aussi a le double effet : 1) de nous incorporer au Christ, à qui elle nous soumet cette fois en tant que Docteur de vérité 2) de nous rendre membres copartageants d'une même vérité".
Source : id., p. 1366