par MB » sam. 19 mai 2007, 19:08
C'est une appellation polémique qui concerne un ensemble de spécialistes de "sciences de l'éducation", dont le plus connu est Philippe Mérieu. Je vais essayer de résumer leurs positions, issues de Meuh 68, de Bourdieu, de Rousseau, etc.
- Ils sont hostiles à une transmission autoritaire des connaissances. Ils estiment que cela brise la spontanéité et la fraîcheur du raisonnement de l'enfant, et que, par surcroît, le corpus de connaissances qui leur est fourni procède d'une culture hiérarchique et d'un univers de domination symbolique (le savoir que l'on donne - résumé de façon caricaturale au Lagarde et Michard, au bourrage de crâne, à la règle qui tape les doigts, etc. - est avant tout celui de la classe dominante). L'idée également que l'un des acteurs de l'enseignement dispose d'une vérité supérieure et évidente par elle-même, est combattue. L'enfant est "au centre du système".
- Ainsi, l'enseignement traditionnel est assimilé à une sorte de manière de faire dans laquelle l'élève resterait passif, et docile à tout discours qui lui serait inculqué. Au contraire, les pédagogistes estiment qu'il faut amener l'élève(pardon, "l'apprenant", car "élève" suggère une relation de hiérarchie entre prof et enfants) à adopter une démarche active : il doit, selon les termes employés, créer son propre savoir. L'école ne doit pas donner un contenu déterminé, mais "apprendre à apprendre". On doit lui donner les outils qui lui permettent d'être autonome par la suite, et de choisir par lui-même.
- Voilà quelques conséquences en matière pédagogique :
* en histoire : on privilégie l'analyse de documents au détriment de l'apprentissage de faits fondamentaux. (on pourra discuter ce point ailleurs, si vous le voulez, car l'historien, de fait, doit d'abord manier des documents). On choisit un ensemble de périodes précises, et jugées représentatives, autour d'un thème (la démocratie athénienne - le christianisme antique - la Méditerranée au 12me siècle) au détriment d'une narration continue de l'histoire.
* en français : au collège, on a tendance à cesser d'enseigner le français comme une langue à maîtriser (déclin de l'orthographe, de la grammaire, dont l'exigence est plus ou moins assimilée à de la crispation bourgeoise) ; au lycée, on cesse également d'enseigner l'histoire littéraire, le corpus étant découpé en séquences formées autour d'un point commun (le genre autobiographique, qui fait mêler les Confessions de St Augustin avec, p. ex., les mémoires de BB). Disons que la démarche d'enseignement classique est inversée : on donnait autrefois la théorie, puis les exemples ; désormais, on donne d'abord quelques exemples (dont la présentation est supposée "moins arbitraire" que la théorie seule), et à partir de là, l'apprenant doit reconstituer la théorie de lui-même.
* de façon plus anecdotique : pour les heures de piscine au primaire, les directives ne parlent pas d'apprendre à nager (ce qui suppose une attitude autoritaire), mais "d'initier au milieu aquatique". Je n'invente rien.
* par ailleurs, les pédagogistes sont le plus souvent hostiles à l'apprentissage de la lecture par la méthode syllabique (supposée plus autoritaire), méfiants vis-à-vis de la culture littéraire et des langues anciennes (supposées "bourgeoises").
- Autre chose, très importante : le discours officiel des pédagogistes est celui d'une plus grande liberté, d'une plus grande souplesse spontanée. La pratique est moins reluisante, puisqu'ils ne reculent devant aucun moyen pour briser toute critique et toute autonomie pédagogique. J'ajoute qu'ils sont aussi responsables de la création des IUFM, mais c'est un autre sujet.
J'espère avoir répondu à votre question. Comme vous l'aurez vu, je ne leur suis pas favorable, j'espère que cela n'altérera pas trop l'objectivité de votre opinion !
C'est une appellation polémique qui concerne un ensemble de spécialistes de "sciences de l'éducation", dont le plus connu est Philippe Mérieu. Je vais essayer de résumer leurs positions, issues de Meuh 68, de Bourdieu, de Rousseau, etc.
- Ils sont hostiles à une transmission autoritaire des connaissances. Ils estiment que cela brise la spontanéité et la fraîcheur du raisonnement de l'enfant, et que, par surcroît, le corpus de connaissances qui leur est fourni procède d'une culture hiérarchique et d'un univers de domination symbolique (le savoir que l'on donne - résumé de façon caricaturale au [i]Lagarde et Michard[/i], au bourrage de crâne, à la règle qui tape les doigts, etc. - est avant tout celui de la classe dominante). L'idée également que l'un des acteurs de l'enseignement dispose d'une vérité supérieure et évidente par elle-même, est combattue. L'enfant est "au centre du système".
- Ainsi, l'enseignement traditionnel est assimilé à une sorte de manière de faire dans laquelle l'élève resterait passif, et docile à tout discours qui lui serait inculqué. Au contraire, les pédagogistes estiment qu'il faut amener l'élève(pardon, "l'apprenant", car "élève" suggère une relation de hiérarchie entre prof et enfants) à adopter une démarche active : il doit, selon les termes employés, créer son propre savoir. L'école ne doit pas donner un contenu déterminé, mais "apprendre à apprendre". On doit lui donner les outils qui lui permettent d'être autonome par la suite, et de choisir par lui-même.
- Voilà quelques conséquences en matière pédagogique :
* en histoire : on privilégie l'analyse de documents au détriment de l'apprentissage de faits fondamentaux. (on pourra discuter ce point ailleurs, si vous le voulez, car l'historien, de fait, doit d'abord manier des documents). On choisit un ensemble de périodes précises, et jugées représentatives, autour d'un thème (la démocratie athénienne - le christianisme antique - la Méditerranée au 12me siècle) au détriment d'une narration continue de l'histoire.
* en français : au collège, on a tendance à cesser d'enseigner le français comme une langue à maîtriser (déclin de l'orthographe, de la grammaire, dont l'exigence est plus ou moins assimilée à de la crispation bourgeoise) ; au lycée, on cesse également d'enseigner l'histoire littéraire, le corpus étant découpé en séquences formées autour d'un point commun (le genre autobiographique, qui fait mêler les [i]Confessions [/i]de St Augustin avec, p. ex., les mémoires de BB). Disons que la démarche d'enseignement classique est inversée : on donnait autrefois la théorie, puis les exemples ; désormais, on donne d'abord quelques exemples (dont la présentation est supposée "moins arbitraire" que la théorie seule), et à partir de là, l'apprenant doit reconstituer la théorie de lui-même.
* de façon plus anecdotique : pour les heures de piscine au primaire, les directives ne parlent pas d'apprendre à nager (ce qui suppose une attitude autoritaire), mais "d'initier au milieu aquatique". Je n'invente rien.
* par ailleurs, les pédagogistes sont le plus souvent hostiles à l'apprentissage de la lecture par la méthode syllabique (supposée plus autoritaire), méfiants vis-à-vis de la culture littéraire et des langues anciennes (supposées "bourgeoises").
- Autre chose, très importante : le discours officiel des pédagogistes est celui d'une plus grande liberté, d'une plus grande souplesse spontanée. La pratique est moins reluisante, puisqu'ils ne reculent devant aucun moyen pour briser toute critique et toute autonomie pédagogique. J'ajoute qu'ils sont aussi responsables de la création des IUFM, mais c'est un autre sujet.
J'espère avoir répondu à votre question. Comme vous l'aurez vu, je ne leur suis pas favorable, j'espère que cela n'altérera pas trop l'objectivité de votre opinion !