Avé
Je pense à une chose curieuse, depuis l'élection de Sarko, mais aussi depuis plusieurs années. D'où vient la hargne particulière des milieux intellectuels et médiatiques envers le nouveau Président, mais aussi, en général, contre ce que les mauvaises langues ont appelé la "droitisation" de la vie publique française ?
Pour ce qui est de la droitisation, je rappelle brièvement les traits :
- le discours d'autorité fait mouche aujourd'hui
- on critique enfin, et un peu plus ouvertement, les 68ards ("meuh 68", comme dit Dantec), les postmodernes, les pédagogistes, etc.
- beaucoup d'intellectuels ont renié leurs anciennes attaches et se classent désormais dans ce que leurs adversaires appellent les "nouveaux réactionnaires" (à ce titre, je re-recommande toujours, et sans me lasser, l'article suivant de Houellebecq : http://www.nouveau-reac.org/docs/HM/HM_030106.htm ).
Or rarement la hargne, le ressentiment, la violence et la bêtise de la gauche n'ont été aussi forts. Depuis une décennie, tout à la fois : dénonciations quotidiennes, terrorisme intellectuel, antisémitisme de gauche qui se croit apte à dénoncer tout antiracisme, réécriture pathétique de l'histoire, ressentiment des pseudo-"indigènes", autocensure chez les éditeurs, sans parler des milliers de calomnies sur d'autres sujets, telles que celles dénoncées par Revel dans la Grande parade... cela se fait désormais partout, même dans des feuilles plutôt calmes : qu'on feuillette les pages du Nouvel Obs pour se rendre compte de la catastrophe intellectuelle que tout cela représente.
Il me semble que la clé a été donnée dans un tchat par un journaliste du Monde : les Français sont en train de remettre en cause ce qu'il appelle le magistère moral de la gauche. Depuis 1945, les intellectuels français sont fascinés par le mirage marxiste, disons de gauche en général ; et depuis 1968, le sang a été renouvelé par des jeunes excités transformés en arrivistes mitterrandiens. J'ai comme l'impression que leur règne est en train de commencer son déclin, ce qui expliquerait cette violence intellectuelle, réductible finalement à une sorte de peur panique.
Qu'en pensez-vous ?
MB
2007, un changement là où l'on ne l'attend pas ?
C'est une appellation polémique qui concerne un ensemble de spécialistes de "sciences de l'éducation", dont le plus connu est Philippe Mérieu. Je vais essayer de résumer leurs positions, issues de Meuh 68, de Bourdieu, de Rousseau, etc.
- Ils sont hostiles à une transmission autoritaire des connaissances. Ils estiment que cela brise la spontanéité et la fraîcheur du raisonnement de l'enfant, et que, par surcroît, le corpus de connaissances qui leur est fourni procède d'une culture hiérarchique et d'un univers de domination symbolique (le savoir que l'on donne - résumé de façon caricaturale au Lagarde et Michard, au bourrage de crâne, à la règle qui tape les doigts, etc. - est avant tout celui de la classe dominante). L'idée également que l'un des acteurs de l'enseignement dispose d'une vérité supérieure et évidente par elle-même, est combattue. L'enfant est "au centre du système".
- Ainsi, l'enseignement traditionnel est assimilé à une sorte de manière de faire dans laquelle l'élève resterait passif, et docile à tout discours qui lui serait inculqué. Au contraire, les pédagogistes estiment qu'il faut amener l'élève(pardon, "l'apprenant", car "élève" suggère une relation de hiérarchie entre prof et enfants) à adopter une démarche active : il doit, selon les termes employés, créer son propre savoir. L'école ne doit pas donner un contenu déterminé, mais "apprendre à apprendre". On doit lui donner les outils qui lui permettent d'être autonome par la suite, et de choisir par lui-même.
- Voilà quelques conséquences en matière pédagogique :
* en histoire : on privilégie l'analyse de documents au détriment de l'apprentissage de faits fondamentaux. (on pourra discuter ce point ailleurs, si vous le voulez, car l'historien, de fait, doit d'abord manier des documents). On choisit un ensemble de périodes précises, et jugées représentatives, autour d'un thème (la démocratie athénienne - le christianisme antique - la Méditerranée au 12me siècle) au détriment d'une narration continue de l'histoire.
* en français : au collège, on a tendance à cesser d'enseigner le français comme une langue à maîtriser (déclin de l'orthographe, de la grammaire, dont l'exigence est plus ou moins assimilée à de la crispation bourgeoise) ; au lycée, on cesse également d'enseigner l'histoire littéraire, le corpus étant découpé en séquences formées autour d'un point commun (le genre autobiographique, qui fait mêler les Confessions de St Augustin avec, p. ex., les mémoires de BB). Disons que la démarche d'enseignement classique est inversée : on donnait autrefois la théorie, puis les exemples ; désormais, on donne d'abord quelques exemples (dont la présentation est supposée "moins arbitraire" que la théorie seule), et à partir de là, l'apprenant doit reconstituer la théorie de lui-même.
* de façon plus anecdotique : pour les heures de piscine au primaire, les directives ne parlent pas d'apprendre à nager (ce qui suppose une attitude autoritaire), mais "d'initier au milieu aquatique". Je n'invente rien.
* par ailleurs, les pédagogistes sont le plus souvent hostiles à l'apprentissage de la lecture par la méthode syllabique (supposée plus autoritaire), méfiants vis-à-vis de la culture littéraire et des langues anciennes (supposées "bourgeoises").
- Autre chose, très importante : le discours officiel des pédagogistes est celui d'une plus grande liberté, d'une plus grande souplesse spontanée. La pratique est moins reluisante, puisqu'ils ne reculent devant aucun moyen pour briser toute critique et toute autonomie pédagogique. J'ajoute qu'ils sont aussi responsables de la création des IUFM, mais c'est un autre sujet.
J'espère avoir répondu à votre question. Comme vous l'aurez vu, je ne leur suis pas favorable, j'espère que cela n'altérera pas trop l'objectivité de votre opinion !
- Ils sont hostiles à une transmission autoritaire des connaissances. Ils estiment que cela brise la spontanéité et la fraîcheur du raisonnement de l'enfant, et que, par surcroît, le corpus de connaissances qui leur est fourni procède d'une culture hiérarchique et d'un univers de domination symbolique (le savoir que l'on donne - résumé de façon caricaturale au Lagarde et Michard, au bourrage de crâne, à la règle qui tape les doigts, etc. - est avant tout celui de la classe dominante). L'idée également que l'un des acteurs de l'enseignement dispose d'une vérité supérieure et évidente par elle-même, est combattue. L'enfant est "au centre du système".
- Ainsi, l'enseignement traditionnel est assimilé à une sorte de manière de faire dans laquelle l'élève resterait passif, et docile à tout discours qui lui serait inculqué. Au contraire, les pédagogistes estiment qu'il faut amener l'élève(pardon, "l'apprenant", car "élève" suggère une relation de hiérarchie entre prof et enfants) à adopter une démarche active : il doit, selon les termes employés, créer son propre savoir. L'école ne doit pas donner un contenu déterminé, mais "apprendre à apprendre". On doit lui donner les outils qui lui permettent d'être autonome par la suite, et de choisir par lui-même.
- Voilà quelques conséquences en matière pédagogique :
* en histoire : on privilégie l'analyse de documents au détriment de l'apprentissage de faits fondamentaux. (on pourra discuter ce point ailleurs, si vous le voulez, car l'historien, de fait, doit d'abord manier des documents). On choisit un ensemble de périodes précises, et jugées représentatives, autour d'un thème (la démocratie athénienne - le christianisme antique - la Méditerranée au 12me siècle) au détriment d'une narration continue de l'histoire.
* en français : au collège, on a tendance à cesser d'enseigner le français comme une langue à maîtriser (déclin de l'orthographe, de la grammaire, dont l'exigence est plus ou moins assimilée à de la crispation bourgeoise) ; au lycée, on cesse également d'enseigner l'histoire littéraire, le corpus étant découpé en séquences formées autour d'un point commun (le genre autobiographique, qui fait mêler les Confessions de St Augustin avec, p. ex., les mémoires de BB). Disons que la démarche d'enseignement classique est inversée : on donnait autrefois la théorie, puis les exemples ; désormais, on donne d'abord quelques exemples (dont la présentation est supposée "moins arbitraire" que la théorie seule), et à partir de là, l'apprenant doit reconstituer la théorie de lui-même.
* de façon plus anecdotique : pour les heures de piscine au primaire, les directives ne parlent pas d'apprendre à nager (ce qui suppose une attitude autoritaire), mais "d'initier au milieu aquatique". Je n'invente rien.
* par ailleurs, les pédagogistes sont le plus souvent hostiles à l'apprentissage de la lecture par la méthode syllabique (supposée plus autoritaire), méfiants vis-à-vis de la culture littéraire et des langues anciennes (supposées "bourgeoises").
- Autre chose, très importante : le discours officiel des pédagogistes est celui d'une plus grande liberté, d'une plus grande souplesse spontanée. La pratique est moins reluisante, puisqu'ils ne reculent devant aucun moyen pour briser toute critique et toute autonomie pédagogique. J'ajoute qu'ils sont aussi responsables de la création des IUFM, mais c'est un autre sujet.
J'espère avoir répondu à votre question. Comme vous l'aurez vu, je ne leur suis pas favorable, j'espère que cela n'altérera pas trop l'objectivité de votre opinion !
-
giorgino
- Barbarus

Vous n' etes pas tout à fait au fait
Allègre , Eric Orsenna , T. Todorov , et des intellectuels plutot qualifiés de gauche ont dénoncé le jargon pédagogiste depuis un certain temps déjà . Vous n' avez pas tort de le critiquer , mais vous mettez tout le monde dans le meme sac de façon artificielle et de ce fait vous revenez a la polémique .
Re: Vous n' etes pas tout à fait au fait
Pouvez-vous préciser ce que vous voulez dire quand vous dites que j'amalgame des gens ? Je crois savoir, mais je n'en suis pas sûr.
En ce qui concerne ces intellectuels de gauche qui ont critiqué les pédagogistes : oui, vous avez raison, mais le fait de critiquer ces méthodes (fût-ce au nom d'idéaux de gauche) vous range immédiatement, sous ce point de vue, à la droite de l'esprit public. Quant à la position d'Allègre, elle est beaucoup plus compliquée, car il a navigué en permanence d'un camp à l'autre, et de toute façon son ministère a confirmé la domination de la cabale pédagogiste.
A bientôt
MB
En ce qui concerne ces intellectuels de gauche qui ont critiqué les pédagogistes : oui, vous avez raison, mais le fait de critiquer ces méthodes (fût-ce au nom d'idéaux de gauche) vous range immédiatement, sous ce point de vue, à la droite de l'esprit public. Quant à la position d'Allègre, elle est beaucoup plus compliquée, car il a navigué en permanence d'un camp à l'autre, et de toute façon son ministère a confirmé la domination de la cabale pédagogiste.
A bientôt
MB
-
giorgino
- Barbarus

Je veux dire seulement que des gens de gauche de bonne foi ont dénoncé ce pédagogisme qui est une catastrophe nationale . Mais il n' y a rien à faire ! Ils sont bornés , c est des cons , ils ont fait en sorte que la plupart des élèves ne savent pas vraiment lire ni compter en 3 eme , je l' ai moi même dénoncé ici et même ici ça n' a pas l' air d 'interesser grand monde . En tous cas sachez qu'il y a plein de livres qui l' ont dénoncé et en termes voilents mais c 'est pas ça qu'il faut faire , c 'est les virer a coup de pieds aux fesses des inspections pédagogiques ! IL ya eu un livre blanc dénonçant ce qu'on fait faire aux étudiants des IUFM , il faut se pincer pour se persuader qu'on rêve pas !! ILs ont décervelé une génération d ' élèves . ILs utilisent un jargon de daube et je vous assure que plein de penseurs l"ont dénoncé . Mais ils s 'en foutent , il faut les débastiller ! Un jour vous verrez qu'il faut en arriver là !! Ils sont dénués d 'humour , ils ne comprennent meme pas qu'on on les raille !!!! C'est des blocs de stupidité et je vous assure qu'il n' est pas nécéssaire d ' etre de droite pour le voir .
Je suis entièrement d'accord avec vous (quoique je doute de l'efficacité d'un simple coup de pied aux fesses...), et vous n'avez pas besoin de me convaincre, sachant tout ce que vous avez écrit sur le sujet. Naturellement, les pédagogistes sont dénoncés par des critiques qui se situent autant à droite qu'à gauche ; mais eux-mêmes, leur présence, leur mésenseignement, seraient impossibles sans la domination d'une certaine gauche post-68arde. Toute la gauche n'est pas pédagogiste ; mais tout ce qui est pédagogiste est de gauche.
Bien à vous
MB
Bien à vous
MB
-
giorgino
- Barbarus

Sans vouloir me faire l' avocat de qui que ce soit , c 'est plutot une soft gauche , une gauche caviar qui a soutenu cette tendance , c 'est vrai et du reste les restes de 68 sont des bobos , bien plus que le vieil életorat coco un peu borné mais surement plus honnete . Il reste que ce pédagogisme de débiles profonds fait que dans des pays comme la Roumanie pourtant francophone , les jeunes choisissent l' anglais parcequ'au moins ils comprennent les méthodes . Cette " école " pédagogiste frise reellement l' absurde et ne mérite que le dédaim . Il faudra bien arriver à les virer un jour ou l' autre . On n ' aura pas le choix , c 'est vraiment des crétins .
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