Bonjour David,
et merci pour ce post !
En effet, je suis en tant que mère au foyer particulièrement exposée au mépris social et à l'isolation selon la logique marchande qui n'accorde de reconnaissance qu'aux personnes "rentables" et exclut les autres : pas seulement les femmes au foyer mais aussi les chômeurs, les retraités, les handicapés, etc.
Ma situation n'est pas simple car j'ai fait de bonnes études mais c'était plus par goût que dans le but de trouver un travail ensuite.
En raison de violentes ruptures familiales j'ai dù payer moi-même mes études avec des petits boulots : je faisais la plonge ou encore le ménage et le repassage chez les femmes émancipées qui faisaient carrière ! Et ma mère est une féministe convaincue qui aurait voulu me voir en battante sûre d'elle, efficace, une executive women !
Ces années précaires, juste après une maladie grave, sont cause de certaines lacunes : je ne sais pas faire ce que d'autres ont appris depuis longtemps (par exemple je panique devant un ordinateur et je n'ai pas mon permis...OUH !

), faute d'avoir eu l'argent nécéssaire pour apprendre tout cela. Je n'intéresse pas les employeurs et ne peux m'empêcher de ressentir de la honte quand je vois une femme qui a réussi, quand un journal vante telle ou telle ministre, "forte, libre, indépendante"...je ne serai jamais comme cela.
Cette situation m'a permis de me rendre compte que l' émancipation féminine est très relative et qu'elle est possible à partir d'un certain niveau de vie....que l'on ne se fait jamais "tout seul".
Pour la grosse majorité des travailleuses, le travail a toujours été une contrainte ( aux champs à l'usine...).
Dans la classe sociale de mes parents, longtemps les femmes ont eu le privilège de pouvoir rester à la maison pour élever les enfants. Une sacrée intendance ! On avait beaucoup plus d'enfant qu'aujourd'hui, on cousait les vêtements soi-même, on faisait les conserves, les confitures, souvent le pain, fendre le bois de chauffage, bassiner les lits, laver au lavoir, ravauder, moudre le café le matin, etc.
Donc un travail à plein temps.
Si l'on reprend les textes du féminisme, on se rend compte que l'idée d'un travail qui vous sortirait du foyer pour vous libérer est une idée qui n'a pu naitre que dans un milieu privilégié où les femmes restaient de facto à la maison. Le niveau culturel était élevé. Simone de Beauvoir n'était certes pas fille d'ouvriers. Ma mère a été chercheuse en biologie.
De plus les progrès de la technique ont allégé certaines tâches mais mener une maison, et la mener bien, est tout de même un travail ardu.
Dans le discours féministe les femmes qui ne travaillent pas sont taxées de passivité, d'infantilisme, de dépendance : on les enjoint de "se responsabiliser", de "savoir ce qu'elles veulent", de s'"imposer".
Pour moi, j'avoue et cela n'engage que moi, que je suis plutôt une suiveuse, que j'aime obéir à des ordres raisonnables et que l'idée de la passivité féminine ne me choque pas. Je m'accommode sans peine d'une protection, je ne fais pas de premier pas : dans le monde actuel ce sont des défauts. Souvent des femmes me les ont reprochés. Souvent je me suis entendu dire que "les hommes ceci les hommes cela", enfin , qu'ils ne méritaient pas tant d'estime et de confiance de ma part et que j'étais une rêveuse inadaptée.
Peu importe : mon mari est quelqu'un de bien. Je remercie Dieu chaque jour d'avoir placé un tel homme sur ma route.
Les femmes qui n'ont pas de salaire sont perçues comme un fardeau. Un homme moderne, dit-on, ne saurait s'embarrasser d'une si piètre compagne, ni se charger d'un si lourd fardeau alors qu'elle pourrait travailler. Le travail des deux époux rendra la séparation plus facile si l'un des deux s'en va avec quelqu'un d'autre comme c'est fréquent aujourd'hui.
L'intérêt de présenter l'homme comme un machiste tyrannique et le mariage comme une prison rejoint une logique marchande. Si madame peu facilement claquer la porte puisqu'elle a un travail, cela fera deux foyers au lieu d'un et la consommation d'objets de base ( frigo, télé, auto...) sera doublée.
De plus la femme qui travaille a un plus fort pouvoir d'achat, ce qui permet de créer des marchés ( magazines, cosmétiques, modes, chirurgie plastique...) et d'élever par là l'idéal de beauté féminine à des niveaux que "madame tout le monde" ne peut atteindre.
Je discerne dans le discours féministe l'intéret du Marché qui est de disposer d'une main-d'oeuvre aussi nombreuse que peu exigeante : l'arrivée des femmes sur le marché du travail moderne a permis d'ajuster les salaires par le bas. Un homme va moins revendiquer d'augmentation de salaire pour nourrir sa famille s'il sait pouvoir compter sur le salaire de sa femme.
La femme qui ne travaille pas fait gratuitement les tâches qu'elle ferait faire par une employée si elle-même devenait employée : elle ne rentre pas dans les normes de rentabilité actuelles.
La famille est fragilisée du fait de ces changements sociaux dont le marché profite.
Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un complot mais d'une concordance entre une évolution sociale et une forme d'économie dérégulée.
Les enfants ainsi élévés ont moins leur mère à la maison et risquent plus de manquer de père si les parents divorcent : cette logique au fond très individualiste fragilise l'institution familiale.
La double journée n'est pas seulement épuisante mais c'est aussi pour la femme qui ne voit ses enfants que le soir une frustration.
Véritable "maniaque" de la maison, je dois dire que je vois le travail d'une autre femme dans ma maison comme une intrusion : je me sentirais spoliée, exilée hors de chez moi, une métaphore qui me parle car j'ai vécu longtemps à l' étranger.
Aussi n'ai-je pas de femme de ménage, aussi préfére-je rester à la maison. Je vis cette maison comme la place solide que j'ai longtemps cherchée dans un monde qui les fragilise, les dérange, les remet en cause (un monde fluide).
Mon mari assure notre subsistance et je me charge de lui rendre la vie agréable : il me donne la solidité, le sécurité, je n'échangerais pas mon sort contre un autre.
Je peux me consacrer à d'autres activités chez moi (rédiger des articles, faire des recherches, me documenter, participer à un comité de lecture...) ou participer à la vie associative et politique. J'ai conscience d'avoir cette chance de pouvoir me protéger du monde du travail qui est devenu une jungle où l'on n'a pas de statut, pas de place fixe.
Ce choix n'est pas facile, d'une part parce que j'attire souvent l'hostilité et la condescendance des femmes qui travaillent, d'autre part parce que je me vois constamment rappeler à l'ordre par des femmes qui me disent que l'on est jamais sùre des hommes, "et que feras-tu s'il part avec une autre", etc.
Ensuite il y a la solitude sociale : à part ma famille actuelle, je ne vois pas grand-monde parce que je me rends compte que les relations humaines sont avant tout des relations d'intéret. Une femme au foyer est une véritable laissée pour compte. Je vois plus là l'effet du monde moderne que de ma situation. Autrefois une femme au foyer avait une vie sociale très riche, elle occupait la place la plus honorable pour une femme. Aujourd'hui il faut s'accomoder de cette solitude si l'on vit de cette manière qui est en décalage avec la pensée dominante. On ne peut pas tout avoir.
C'est pourquoi je cherche des lectures ou des échanges avec des personnes qui partagent mes analyses; elles sont rares mais existent.
Merci encore mille fois pour ce post qui m'a permis de me sentir moins "bizarre".
Que Dieu vous protège!
Philon