par coeurderoy » lun. 09 juin 2008, 17:15
Bonjour Philon,
même si votre (je garde le vouvoiement quoique le "tu" me soit venu dans un premier jet) votre, donc, dernier message est une réponse à abderrazaq - que je salue et remercie au passage - je me permets de vous adresser ce petit mot très fraternel, la dépression étant une de ces maladies honteuses qui fait de nous des pestiférés, de nouveaux lépreux, honteux d'eux-mêmes et souvent encombrants pour autrui.
L'ensemble de votre message me touche de près : il pourrait être écrit par mon épouse ou moi-même en bien des points ("décalage" par rapport aux autres, total isolement familial, sentiment d'inutilité, impossibilité de trouver vraiment aide et compréhension auprès des "spécialistes".)
En ce qui nous concerne, ce sentiment de tristesse, ce désarroi, cette difficulté à bien affronter la vie et la relation aux autres venait de moi au départ. Recherche spirituelle un peu "hors-pistes" à certaines périodes de la vie (manque de conseil et de discernement lors de choix importants, mais là, la crise de l'église a hélas compliqué les choses ), blessures qui m'ont fait aborder le mariage assez mal préparé.
L'époque étant dure aux personnes les moins armées trop idéalistes ou isolées, on peut en arriver très vite à se mésestimer et se juger très durement : je constate que vous avez eu de meilleurs réflexes que moi en continuant à faire du sport ou accomplir simplement avec courage le "devoir d'état" (éplucher des carottes), tâches peu gratifiantes mais qui nous incarnent et nous aident à tenir debout (se lever pour s'occuper de nos deux enfants nous demande de l'héroïsme certains jours !).
Pour avoir en ce qui nous concerne, beaucoup consulté (en refusant toujours de renier notre identité chrétienne, et là big problème avec les psys qui vous "décortiquent" et vous laissent les pièces détachées en mains...), n'ayant pas toujours trouvé le soutien attendu auprès de communautés (dont nous attendions peut-être un miracle, une solution "magique" à nos problèmes , nous restons très désemparés et risquons à certains moments de sombrer dans ces phases d'angoisse qui empêche la vie de suivre son cours normal.
Dans l'isolement il y a une part de découragement, une grosse part de fatigue, une part d'orgueil aussi (en pensant que les autres ne pourront jamais nous comprendre, nous aider : là je parle pour moi)
Il faut, je crois, l'oeil d'un prochain bienveillant pour réussir à distinguer ce qui dans nos angoisses, nos peurs, relève d'une fragilité ancienne (que nous conserverons sans doute), d'un problème bien particulier paraissant insoluble et faisant naître ces angoisses (problème conjugal par ex.) et ce qui relève proprement de notre péché (notre attitude profonde envers le Seigneur et le prochain, nos refus volontaires). Beaucoup de "spécialistes" posent sur nos blessures un regard qui, pour être vrai, lucide, peut rester très froid et nous laisser grelottants et honteux. Seul un regard aimant, un coeur compatissant au sens propre peut nous aider à guérir ou du moins à nous accepter progressivement : c'est celui de notre Père sur nous et celui que nous devons réussir à porter nous-mêmes sur nos faiblesses comme sur tout autre membre souffrant du Corps Mystique et sur tout être humain en détresse quel qu'il soit.
La tristesse (celle de n'être pas des saints pour citer Bloy) taraude et abat beaucoup d'entre nous. La bonne tristesse (celle de se reconnaître pécheur, fragile) ne doit pourtant jamais nous conduire au désespoir - et alors là ! grosse culpabilité pour les dépressifs , souvent au bord " du vide" et tentés par le néant... je suis inutile, "un cas", j'emm... les autres, à quoi bon continuer etc...
Je crois, qu'à défaut d'un remède "radical" on doit alors faire confiance au Christ et à son Eglise : louange communautaire devant Le Saint-Sacrement exposé, prière liturgique, retour à Dieu par la confession (à condition d'en trouver la force je sais, si c'est une torture de plus attendre de retrouver son calme Dieu ne nous demande rien au dessus de nos forces). Et puis, peut-être que pour l'instant le Seigneur nous demande de porter précisément ceci : cette tristesse, ce sentiment d'inutilité (mais qu'il est difficile de ne pas en empoisonner les autres !), alors le "oui", "oui j'accepte Votre volonté, forcément bienveillante sur moi, j'accepte de paraître inefficace, serviteur inutile, j'accepte de de pas avoir de moi-même une image bien brillante".
Je sais, Philon, c'est très facile à écrire, on peut se donner le beau rôle en essayant d'encourager les autres, mais au coeur des moments difficiles on fait l'expérience d'une extrême solitude et en venir à douter alors de la communion des saints, article essentiel de notre Foi pourtant : comme vous le dites faites alors une balade, regardez vos enfants, remerciez tout simplement pour le goût de la brioche ou la grâce d'une pivoine : Dieu est heureux je crois qu'on sache apprécier la beauté des visages, la fraîcheur du vent, le cri des enfants dans une cour de récréation : personnellement ces "toutes petites" choses me parlent encore de Lui dans ces moments-là !
Croyez bien que je prie spécialement pour vous et votre famille,
très cordialement,
coeurderoy
Bonjour Philon,
même si votre (je garde le vouvoiement quoique le "tu" me soit venu dans un premier jet) votre, donc, dernier message est une réponse à abderrazaq - que je salue et remercie au passage - je me permets de vous adresser ce petit mot très fraternel, la dépression étant une de ces maladies honteuses qui fait de nous des pestiférés, de nouveaux lépreux, honteux d'eux-mêmes et souvent encombrants pour autrui.
L'ensemble de votre message me touche de près : il pourrait être écrit par mon épouse ou moi-même en bien des points ("décalage" par rapport aux autres, total isolement familial, sentiment d'inutilité, impossibilité de trouver vraiment aide et compréhension auprès des "spécialistes".)
En ce qui nous concerne, ce sentiment de tristesse, ce désarroi, cette difficulté à bien affronter la vie et la relation aux autres venait de moi au départ. Recherche spirituelle un peu "hors-pistes" à certaines périodes de la vie (manque de conseil et de discernement lors de choix importants, mais là, la crise de l'église a hélas compliqué les choses ), blessures qui m'ont fait aborder le mariage assez mal préparé.
L'époque étant dure aux personnes les moins armées trop idéalistes ou isolées, on peut en arriver très vite à se mésestimer et se juger très durement : je constate que vous avez eu de meilleurs réflexes que moi en continuant à faire du sport ou accomplir simplement avec courage le "devoir d'état" (éplucher des carottes), tâches peu gratifiantes mais qui nous incarnent et nous aident à tenir debout (se lever pour s'occuper de nos deux enfants nous demande de l'héroïsme certains jours !).
Pour avoir en ce qui nous concerne, beaucoup consulté (en refusant toujours de renier notre identité chrétienne, et là big problème avec les psys qui vous "décortiquent" et vous laissent les pièces détachées en mains...), n'ayant pas toujours trouvé le soutien attendu auprès de communautés (dont nous attendions peut-être un miracle, une solution "magique" à nos problèmes , nous restons très désemparés et risquons à certains moments de sombrer dans ces phases d'angoisse qui empêche la vie de suivre son cours normal.
Dans l'isolement il y a une part de découragement, une grosse part de fatigue, une part d'orgueil aussi (en pensant que les autres ne pourront jamais nous comprendre, nous aider : là je parle pour moi)
Il faut, je crois, l'oeil d'un prochain bienveillant pour réussir à distinguer ce qui dans nos angoisses, nos peurs, relève d'une fragilité ancienne (que nous conserverons sans doute), d'un problème bien particulier paraissant insoluble et faisant naître ces angoisses (problème conjugal par ex.) et ce qui relève proprement de notre péché (notre attitude profonde envers le Seigneur et le prochain, nos refus volontaires). Beaucoup de "spécialistes" posent sur nos blessures un regard qui, pour être vrai, lucide, peut rester très froid et nous laisser grelottants et honteux. Seul un regard aimant, un coeur compatissant au sens propre peut nous aider à guérir ou du moins à nous accepter progressivement : c'est celui de notre Père sur nous et celui que nous devons réussir à porter nous-mêmes sur nos faiblesses comme sur tout autre membre souffrant du Corps Mystique et sur tout être humain en détresse quel qu'il soit.
La tristesse (celle de n'être pas des saints pour citer Bloy) taraude et abat beaucoup d'entre nous. La bonne tristesse (celle de se reconnaître pécheur, fragile) ne doit pourtant jamais nous conduire au désespoir - et alors là ! grosse culpabilité pour les dépressifs , souvent au bord " du vide" et tentés par le néant... je suis inutile, "un cas", j'emm... les autres, à quoi bon continuer etc...
Je crois, qu'à défaut d'un remède "radical" on doit alors faire confiance au Christ et à son Eglise : louange communautaire devant Le Saint-Sacrement exposé, prière liturgique, retour à Dieu par la confession (à condition d'en trouver la force je sais, si c'est une torture de plus attendre de retrouver son calme Dieu ne nous demande rien au dessus de nos forces). Et puis, peut-être que pour l'instant le Seigneur nous demande de porter précisément ceci : cette tristesse, ce sentiment d'inutilité (mais qu'il est difficile de ne pas en empoisonner les autres !), alors le "oui", "oui j'accepte Votre volonté, forcément bienveillante sur moi, j'accepte de paraître inefficace, serviteur inutile, j'accepte de de pas avoir de moi-même une image bien brillante".
Je sais, Philon, c'est très facile à écrire, on peut se donner le beau rôle en essayant d'encourager les autres, mais au coeur des moments difficiles on fait l'expérience d'une extrême solitude et en venir à douter alors de la communion des saints, article essentiel de notre Foi pourtant : comme vous le dites faites alors une balade, regardez vos enfants, remerciez tout simplement pour le goût de la brioche ou la grâce d'une pivoine : Dieu est heureux je crois qu'on sache apprécier la beauté des visages, la fraîcheur du vent, le cri des enfants dans une cour de récréation : personnellement ces "toutes petites" choses me parlent encore de Lui dans ces moments-là !
Croyez bien que je prie spécialement pour vous et votre famille,
très cordialement,
coeurderoy