par Serge BS » lun. 25 août 2008, 8:01
Christophe,
D'accord. Par contre une coopération policière et judiciaire internationale en la matière est indispensable, ainsi que la mise en place d'actions plurinationales, y compris au travers d'ONG, en matière de prévention par l'éducation. Les dirigeants religieux du monde entier doivent s'impliquer dans ce processus ! Des réponses uniquement militaires ne sont en rien satisfaisantes...
Le terrorisme, c'est-à-dire les violences commises par un ou plusieurs individus contre des victimes arbitrairement choisies, uniquement pour affirmer un pouvoir, une volonté de puissance, par la peur, la terreur vite devenue contagieuse, sur toute une population, - même si le mot est apparu pour la première fois en 1794 - et les attentats ont toujours été l'une des constantes de l'histoire européenne. Néanmoins, ce sera l'apparition des théories nihilistes et anarchistes - le terrorisme situationnel ne se révélant que plus tard - qui allaient développer ce phénomène, et surtout le faire évoluer d'actions en direction des responsables politiques ou économiques, ou encore des agents de l'ordre public, vers des actions aveugles où la cible privilégiée n'est plus le responsable mais la société elle-même, donc ses constituants que sont les citoyens, cette évolution se complétant d'une tendance à l'internationalisation des actions. La volonté des États à lutter contre ce phénomène est donc ancienne, et il est d'ailleurs intéressant de se rappeler que c'est la lutte contre les attentats anarchistes qui aura été à l'origine des premières formes de coopération policières structurées en Europe occidentale, ainsi que de la coopération Interpol.
Maintenant, le terrorisme religieux doit se détailler entre terrorisme d'inspiration religieuse et terrorisme cherchant sa justification dans la religion, ce qui n'est pas du tout la même chose (pour en savoir plus sur le terrorisme au nom de la religion, lire les pages 13 à 114 de la revue
Stratégique, n° 66-67, février-mars 1997). Certaines formes islamiques de ce terrorisme en sont les plus caractéristiques, même si d'autres religions sont concernées par ces déviances, nulle religion n'étant véritablement à l'abri de ces extrémismes qui souvent la contredise. Par exemple :
- au nom du judaïsme, l'attentat perpétré le 25 février 1994 par un extrémiste sioniste contre des musulmans à Hébron (29 morts et 150 blessés) ;
- au nom du bouddhisme (!!!), les attentats de la secte Aum (au moins 27 morts et près de 6.000 blessés entre 1989 et mai 1995) ;
- au nom du christianisme, l'attentat d'Oklahoma City mené le 19 avril 1995 par deux suprémacistes blancs américains (168 morts et 2 disparus).
Néanmoins, malgré les contradictions avec les religions elles-mêmes, certains évoquent la religion pour chercher à excuser leurs actes, y compris à leurs propres yeux. Par exemple, l'article 8 du manifeste du Hamas justifie la djihad en affirmant que
la mort au nom d'Allah est son plus sublime voeu. De même, certains extrémistes juifs détournent la loi dite
Din Rodef, établie au XIIème siècle par Maïmonide, loi selon laquelle le témoin d'une tentative de meurtre est autorisé à tuer l'assassin potentiel (cette loi a été invoquée par Yigal Amir, l'assassin d'Yitzhak Rabin). Dernier exemple, l'invocation par Jean-Marie Bastien-Thiry de la théorie thomiste du tyrannicide pour justifier l'attentat contre de Gaulle en 1962 (Déclaration du colonel Bastien-Thiry 2 février 1963, Éd. du Fuseau, Paris, 1963, pp. 41-42).
Ce terrorisme peut être très ancien (un roman peut donner quelques idées sur ce point : Bartol (V.),
Alamut, Phébus, Paris, 1988), substitut à la guérilla (premières formes du terrorisme palestinien) ou politico-religieux par nature (terrorisme découlant de la révolution iranienne, par exemple le Hezbollah libanais). Sa pire forme est peut-être l'attentat suicide, car détournant de leur sens les notions de martyre, de don de soi et de Rédemption (rappelons que ces attentats suicides sont souvent très meurtriers, les deux commis par le Hezbollah à Beyrouth en 1983 contre la caserne des Marines américains et le Quartier général français de la FINUL ayant entraîné la mort de 270 soldats de la Paix.).
Le problème majeur reste que le terrorisme d'inspiration islamique est très souvent lié à d'autres
nouveaux risques, la drogue étant par exemple considérée par certains mouvements comme une arme de guerre. En fait,
tous les pays occidentaux devraient mieux se rendre compte du danger que représentent certaines (des) activités terroristes : menaces de trafic de substances nucléaires, immigration illicite, participation au trafic de drogue (extrait de la déclaration du délégué de la Turquie à la 65ème session de l'Assemblée générale de l'OIPC/Interpol (23/29 octobre 1996), in :
Revue internationale de Police criminelle, Lyon, 1996/1997, n° 460/461, page 29).
À propos de l'assimilation faite entre Islam et terrorisme, on peu constater, à la lecture du rapport 2001 (je prends volontairement des dates un peu anciennes, … mais pour des données toujours actuelles)du département d'État américain, qu'il existerait dans le monde 27 groupes terroristes internationaux majeurs. Sur ces 27, seuls 14 sont peu ou prou "musulmans", 8 autres étant à vocation anti-occidentale et marxiste par exemple, cette dernière "inspiration marxiste" se retrouvant d'ailleurs chez au moins 3 des groupes d'inspiration islamiste. Sur ces 14 groupes, 12 sont directement liés à des questions géopolitiques et non a priori religieuses, et 7 rien que pour le Proche-Orient ! Seuls 2 mouvements ont clairement une "vocation" anti-occidentale et seuls 5 veulent véritablement établir un régime "islamique" ! On ne peut donc pas généraliser, même si le risque est réel (nous l'avons vécu en France au début des années 70, après 1986, puis à nouveau à la fin des années quatre-vingt dix).
En fait ce terrorisme est avant tout situationnel, lié à une situation territoriale - et non a priori religieuse - ponctuelle, et est de plus souvent revendicatif car cherchant à se justifier par la prétention de corriger une injustice, de rétablir un droit ou de supprimer une oppression. Certes, il y a beaucoup de terrorisme de manipulation là dedans, c'est-à-dire de recherche d'un impact sur une décision politique extérieure, ce qui explique le terrorisme sur notre sol ! De plus, il faut se souvenir que, comme elle l'avait été tout au long des années soixante-dix, l'Europe occidentale a été frappée dans les années quatre-vingt par plusieurs grandes vagues de terrorisme, toutes plus ou moins liées à un idéal de "Grande Révolution mondiale" réapparu vers 1967 avec l'intensification de la "lutte anti-impérialiste", les revendications palestiniennes étant elles aussi un fait générateur -non forcément étranger à l'idée d'anti-impérialisme, loin de là - du terrorisme international contemporain. Il y a aussi manipulation de ces mouvements par certains régimes politiques qui y trouvent là leur raison d'exister, de se justifier, de lutter contre l'Occident - et pas forcément pour l'Islam -, mais aussi il est vrai pour certains de diffuser une certaine vision de l'Islam pour le moins fondamentaliste… Le fait déclencheur est géopolitique, le religieux n'étant que l'argument permettant de se justifier et surtout d'embrigader !
Par ailleurs, et à propos de l'attentat suicide, là encore, ce n'est pas une spécificité islamiste. Il suffit de relire quelques passages du
Catéchisme révolutionnaire, attribué à Serge Netchaïev, tels que traduits par Jean Barrué (Barrué (J.),
Bakounine et Netchaïev, in :
Spartacus, nov.-déc. 1971, n° 43 B) : «
Le révolutionnaire est un homme qui a fait le sacrifice de sa vie.... Il a rompu tout lien avec l'ordre bourgeois et l'ensemble du monde civilisé, ainsi qu'avec les lois, les traditions, la morale et les coutumes qui ont cours dans cette société, et, s'il continue d'y vivre, c'est uniquement pour mieux la détruire.... Il ne connaît qu'une seule science : celle de la destruction.... Le but est toujours le même : détruire le plus rapidement et le plus sûrement possible cette ignominie qu'est l'ordre universel... »
Le lien avec le nihilisme est ici évident. Comment donc négliger lorsque l'on parle de terrorisme, y compris islamiste, le développement du nihilisme, affirmation individualiste condamnant tous les enseignements scientifiques, éthiques et politiques, au XIXème siècle, nihilisme né de la pensée de Vissarion Bélinski, Nicolas Tchenychewski et Ivan Tourgueniev ? Comment surtout ne pas faire le parallèle entre ce nihilisme et certaines formes actuelles de terrorisme, y compris religieux, tant ce nihilisme a d'aspects que l'on pourrait qualifier de mystiques : «
Le révolutionnaire est un homme qui a fait le sacrifice de sa vie, et qui, par suite, ne s'appartient plus » (point V du
Catéchisme révolutionnaire) ?
À rapprocher du sacrifice demandé aux personnes impliquées dans les attentats suicides.... En prônant un "idéal", en promettant le paradis, qu'il est facile d'embrigader des enfants et des jeunes, d'en faire des "fanatiques", alors même que la finalité n'est pas la foi mais un enjeu de pouvoir ! Mais ce n'est pas nouveau d'embrigader des jeunes pleins d'enthousiasme mais désoeuvrés, pensons ne serait-ce qu'à certaines croisades...
Le terrorisme se justifiant par la religion (même si ce n'est pas sa finalité réelle) n'est pas nouveau ni monoforme... Il peut être très ancien, substitut à la guérilla (premières formes du terrorisme palestinien) ou politico-religieux par nature - comme le terrorisme découlant de la révolution iranienne, par exemple le Hezbollah libanais -. Sa pire forme est peut-être l'attentat suicide, car détournant de leur sens les notions de martyre, de don de soi et de “Rédemption”; on parlera alors de terrorisme d'inspiration messianique.
Les amalgames entre Islam et terrorisme sont donc "faciles", mais sont-ils si réels ? J'en doute, même si cette tendance existe, mais de manière minoritaire. Le terrorisme purement religieux existe, mais il n'est pas exclusif de l'Islam (voir le terrorisme millénariste par exemple) : si tous n'en meurent pas, nous sommes tous touchés... On en revient à la question du choc des cultures, des enjeux géopolitiques et géostratégiques et de la "trahison" des élites locales, de l'absence de modèle répondant à une culture séculaire...
Rappelons que, comme elle l'avait été tout au long des années soixante-dix, l'Europe occidentale devait être frappée dans les années quatre-vingt par plusieurs grandes vagues de terrorisme, toutes plus ou moins liées à un idéal de "Grande Révolution mondiale" réapparu vers 1967 avec l'intensification de la "lutte anti-impérialiste", en aucun cas par l'Islam en tant que tel (par contre la présence de conséquences des conflits moyen-orientaux a été réelle). Ainsi, le début des années quatre-vingt fut surtout marqué par le terrorisme arménien; il s'agissait là d'attentats commis par les commandos terroristes de l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (ASALA) qui multiplièrent à cette époque les prises d'otages, les assassinats et les attentats à la bombe, avec comme «point d'orgue» l'attentat commis le 15 juillet 1983 à l'aéroport d'Orly, attentat qui devait faire huit morts et une cinquantaine de blessés. Les années 1984 et 1985 devaient, pour leur part, être marquées par la recrudescence de l'Euroterrorisme , avec en particulier la Fraction Armée Rouge (Bande à Baader) en Allemagne fédérale, les Brigades Rouges en Italie, les Cellules Communistes Révolutionnaires en Belgique, Action Directe en France et d'autres groupuscules qui leurs étaient liés, les cibles préférées de ces groupes étaient les administrations, les banques -attentat contre la Banque Leumi à Paris le 24 août 1984-, les bases militaires, les grands magasins -attentats boulevard Haussman à Paris le 7 décembre 1985 : 35 blessés- et les industriels. Il faut cependant exclure de cet Euroterrorisme, des mouvements de type E.T.A., U.V.F. ou I.R.A. qui restent aujourd'hui encore très actifs, alors que ne doit pas être classées dans cette mouvance de l'Euroterrorisme certaines formes très violentes de terrorisme d'extrême-droite, en particulier en Italie. Enfin, l'année 1986 a connu une nouvelle flambée du terrorisme d'inspiration proche- et moyen-orientale, vague touchant principalement la France avec des attentats à Paris en février, juin et septembre, l'attentat le plus meurtrier étant celui de la rue de Rennes du 17 septembre, avec sept morts et cinquante-et-un blessés. Aujourd'hui encore, la menace terroriste est loin d'être écartée en Europe occidentale comme l'ont par exemple démontré les attentats anti-israéliens de Londres des 26 et 27 juillet 1994 ou de l'E.T.A. à Madrid les 2 juin et 29 juillet de la même année, ou encore les très récents attentats islamistes en France. Cependant, la volonté des États d'avoir une réponse commune aux défis du terrorisme n'est pas nouvelle, la première véritable tentative d'établissement d'une coopération policière européenne datant de 1898 avec la réunion de la Conférence de Rome sur les mouvements anarchistes.
C'est pour lutter contre ce terrorisme - qu'il soit inversion (terrorisme de la terreur, terrorisme révolutionnaire), de revendication (surtout sous sa forme nationalitaire) ou de manipulation (recherche d'un impact sur une décision politique) - que se sont développées diverses structures de coopération sur lesquelles je ne reviendrai pas ici. Je citerai néanmoins à titre de démonstration trois décisions récentes importantes en la matière (cf. JOUE L 210, 6 août 2008) :
- - Décision 2008/615/JAI du Conseil du 23 juin 2008 relative à l'approfondissement de la coopération transfrontalière, notamment en vue de lutter contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière ;
- Décision 2008/616/JAI du Conseil du 23 juin 2008 concernant la mise en oeuvre de la dcision 2008/615/JAI relative à l'approfondissemen de la coopération transfrontalière, notamment en vue de lutter contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière ;
- Décision 2008/217/JAI du Conseil du 23 juin 2008 relative à l'amélioration de la coopération entre les units spéciales d'intervention des Etats membres de l'Union européenne dans les situations de crise.
Christophe,
D'accord. Par contre une coopération policière et judiciaire internationale en la matière est indispensable, ainsi que la mise en place d'actions plurinationales, y compris au travers d'ONG, en matière de prévention par l'éducation. Les dirigeants religieux du monde entier doivent s'impliquer dans ce processus ! Des réponses uniquement militaires ne sont en rien satisfaisantes...
Le terrorisme, c'est-à-dire les violences commises par un ou plusieurs individus contre des victimes arbitrairement choisies, uniquement pour affirmer un pouvoir, une volonté de puissance, par la peur, la terreur vite devenue contagieuse, sur toute une population, - même si le mot est apparu pour la première fois en 1794 - et les attentats ont toujours été l'une des constantes de l'histoire européenne. Néanmoins, ce sera l'apparition des théories nihilistes et anarchistes - le terrorisme situationnel ne se révélant que plus tard - qui allaient développer ce phénomène, et surtout le faire évoluer d'actions en direction des responsables politiques ou économiques, ou encore des agents de l'ordre public, vers des actions aveugles où la cible privilégiée n'est plus le responsable mais la société elle-même, donc ses constituants que sont les citoyens, cette évolution se complétant d'une tendance à l'internationalisation des actions. La volonté des États à lutter contre ce phénomène est donc ancienne, et il est d'ailleurs intéressant de se rappeler que c'est la lutte contre les attentats anarchistes qui aura été à l'origine des premières formes de coopération policières structurées en Europe occidentale, ainsi que de la coopération Interpol.
Maintenant, le terrorisme religieux doit se détailler entre terrorisme d'inspiration religieuse et terrorisme cherchant sa justification dans la religion, ce qui n'est pas du tout la même chose (pour en savoir plus sur le terrorisme au nom de la religion, lire les pages 13 à 114 de la revue [i]Stratégique[/i], n° 66-67, février-mars 1997). Certaines formes islamiques de ce terrorisme en sont les plus caractéristiques, même si d'autres religions sont concernées par ces déviances, nulle religion n'étant véritablement à l'abri de ces extrémismes qui souvent la contredise. Par exemple :
- au nom du judaïsme, l'attentat perpétré le 25 février 1994 par un extrémiste sioniste contre des musulmans à Hébron (29 morts et 150 blessés) ;
- au nom du bouddhisme (!!!), les attentats de la secte Aum (au moins 27 morts et près de 6.000 blessés entre 1989 et mai 1995) ;
- au nom du christianisme, l'attentat d'Oklahoma City mené le 19 avril 1995 par deux suprémacistes blancs américains (168 morts et 2 disparus).
Néanmoins, malgré les contradictions avec les religions elles-mêmes, certains évoquent la religion pour chercher à excuser leurs actes, y compris à leurs propres yeux. Par exemple, l'article 8 du manifeste du Hamas justifie la djihad en affirmant que [i]la mort au nom d'Allah est son plus sublime voeu[/i]. De même, certains extrémistes juifs détournent la loi dite [i]Din Rodef[/i], établie au XIIème siècle par Maïmonide, loi selon laquelle le témoin d'une tentative de meurtre est autorisé à tuer l'assassin potentiel (cette loi a été invoquée par Yigal Amir, l'assassin d'Yitzhak Rabin). Dernier exemple, l'invocation par Jean-Marie Bastien-Thiry de la théorie thomiste du tyrannicide pour justifier l'attentat contre de Gaulle en 1962 (Déclaration du colonel Bastien-Thiry 2 février 1963, Éd. du Fuseau, Paris, 1963, pp. 41-42).
Ce terrorisme peut être très ancien (un roman peut donner quelques idées sur ce point : Bartol (V.), [i]Alamut[/i], Phébus, Paris, 1988), substitut à la guérilla (premières formes du terrorisme palestinien) ou politico-religieux par nature (terrorisme découlant de la révolution iranienne, par exemple le Hezbollah libanais). Sa pire forme est peut-être l'attentat suicide, car détournant de leur sens les notions de martyre, de don de soi et de Rédemption (rappelons que ces attentats suicides sont souvent très meurtriers, les deux commis par le Hezbollah à Beyrouth en 1983 contre la caserne des Marines américains et le Quartier général français de la FINUL ayant entraîné la mort de 270 soldats de la Paix.).
Le problème majeur reste que le terrorisme d'inspiration islamique est très souvent lié à d'autres [i]nouveaux risques[/i], la drogue étant par exemple considérée par certains mouvements comme une arme de guerre. En fait, [i]tous les pays occidentaux devraient mieux se rendre compte du danger que représentent certaines (des) activités terroristes : menaces de trafic de substances nucléaires, immigration illicite, participation au trafic de drogue[/i] (extrait de la déclaration du délégué de la Turquie à la 65ème session de l'Assemblée générale de l'OIPC/Interpol (23/29 octobre 1996), in : [i]Revue internationale de Police criminelle[/i], Lyon, 1996/1997, n° 460/461, page 29).
À propos de l'assimilation faite entre Islam et terrorisme, on peu constater, à la lecture du rapport 2001 (je prends volontairement des dates un peu anciennes, … mais pour des données toujours actuelles)du département d'État américain, qu'il existerait dans le monde 27 groupes terroristes internationaux majeurs. Sur ces 27, seuls 14 sont peu ou prou "musulmans", 8 autres étant à vocation anti-occidentale et marxiste par exemple, cette dernière "inspiration marxiste" se retrouvant d'ailleurs chez au moins 3 des groupes d'inspiration islamiste. Sur ces 14 groupes, 12 sont directement liés à des questions géopolitiques et non a priori religieuses, et 7 rien que pour le Proche-Orient ! Seuls 2 mouvements ont clairement une "vocation" anti-occidentale et seuls 5 veulent véritablement établir un régime "islamique" ! On ne peut donc pas généraliser, même si le risque est réel (nous l'avons vécu en France au début des années 70, après 1986, puis à nouveau à la fin des années quatre-vingt dix).
En fait ce terrorisme est avant tout situationnel, lié à une situation territoriale - et non a priori religieuse - ponctuelle, et est de plus souvent revendicatif car cherchant à se justifier par la prétention de corriger une injustice, de rétablir un droit ou de supprimer une oppression. Certes, il y a beaucoup de terrorisme de manipulation là dedans, c'est-à-dire de recherche d'un impact sur une décision politique extérieure, ce qui explique le terrorisme sur notre sol ! De plus, il faut se souvenir que, comme elle l'avait été tout au long des années soixante-dix, l'Europe occidentale a été frappée dans les années quatre-vingt par plusieurs grandes vagues de terrorisme, toutes plus ou moins liées à un idéal de "Grande Révolution mondiale" réapparu vers 1967 avec l'intensification de la "lutte anti-impérialiste", les revendications palestiniennes étant elles aussi un fait générateur -non forcément étranger à l'idée d'anti-impérialisme, loin de là - du terrorisme international contemporain. Il y a aussi manipulation de ces mouvements par certains régimes politiques qui y trouvent là leur raison d'exister, de se justifier, de lutter contre l'Occident - et pas forcément pour l'Islam -, mais aussi il est vrai pour certains de diffuser une certaine vision de l'Islam pour le moins fondamentaliste… Le fait déclencheur est géopolitique, le religieux n'étant que l'argument permettant de se justifier et surtout d'embrigader !
Par ailleurs, et à propos de l'attentat suicide, là encore, ce n'est pas une spécificité islamiste. Il suffit de relire quelques passages du [i]Catéchisme révolutionnaire[/i], attribué à Serge Netchaïev, tels que traduits par Jean Barrué (Barrué (J.), [i]Bakounine et Netchaïev[/i], in : [i]Spartacus[/i], nov.-déc. 1971, n° 43 B) : « [i]Le révolutionnaire est un homme qui a fait le sacrifice de sa vie.... Il a rompu tout lien avec l'ordre bourgeois et l'ensemble du monde civilisé, ainsi qu'avec les lois, les traditions, la morale et les coutumes qui ont cours dans cette société, et, s'il continue d'y vivre, c'est uniquement pour mieux la détruire.... Il ne connaît qu'une seule science : celle de la destruction.... Le but est toujours le même : détruire le plus rapidement et le plus sûrement possible cette ignominie qu'est l'ordre universel... [/i] »
Le lien avec le nihilisme est ici évident. Comment donc négliger lorsque l'on parle de terrorisme, y compris islamiste, le développement du nihilisme, affirmation individualiste condamnant tous les enseignements scientifiques, éthiques et politiques, au XIXème siècle, nihilisme né de la pensée de Vissarion Bélinski, Nicolas Tchenychewski et Ivan Tourgueniev ? Comment surtout ne pas faire le parallèle entre ce nihilisme et certaines formes actuelles de terrorisme, y compris religieux, tant ce nihilisme a d'aspects que l'on pourrait qualifier de mystiques : « [i]Le révolutionnaire est un homme qui a fait le sacrifice de sa vie, et qui, par suite, ne s'appartient plus[/i] » (point V du [i]Catéchisme révolutionnaire[/i]) ?
À rapprocher du sacrifice demandé aux personnes impliquées dans les attentats suicides.... En prônant un "idéal", en promettant le paradis, qu'il est facile d'embrigader des enfants et des jeunes, d'en faire des "fanatiques", alors même que la finalité n'est pas la foi mais un enjeu de pouvoir ! Mais ce n'est pas nouveau d'embrigader des jeunes pleins d'enthousiasme mais désoeuvrés, pensons ne serait-ce qu'à certaines croisades...
Le terrorisme se justifiant par la religion (même si ce n'est pas sa finalité réelle) n'est pas nouveau ni monoforme... Il peut être très ancien, substitut à la guérilla (premières formes du terrorisme palestinien) ou politico-religieux par nature - comme le terrorisme découlant de la révolution iranienne, par exemple le Hezbollah libanais -. Sa pire forme est peut-être l'attentat suicide, car détournant de leur sens les notions de martyre, de don de soi et de “Rédemption”; on parlera alors de terrorisme d'inspiration messianique.
Les amalgames entre Islam et terrorisme sont donc "faciles", mais sont-ils si réels ? J'en doute, même si cette tendance existe, mais de manière minoritaire. Le terrorisme purement religieux existe, mais il n'est pas exclusif de l'Islam (voir le terrorisme millénariste par exemple) : si tous n'en meurent pas, nous sommes tous touchés... On en revient à la question du choc des cultures, des enjeux géopolitiques et géostratégiques et de la "trahison" des élites locales, de l'absence de modèle répondant à une culture séculaire...
Rappelons que, comme elle l'avait été tout au long des années soixante-dix, l'Europe occidentale devait être frappée dans les années quatre-vingt par plusieurs grandes vagues de terrorisme, toutes plus ou moins liées à un idéal de "Grande Révolution mondiale" réapparu vers 1967 avec l'intensification de la "lutte anti-impérialiste", en aucun cas par l'Islam en tant que tel (par contre la présence de conséquences des conflits moyen-orientaux a été réelle). Ainsi, le début des années quatre-vingt fut surtout marqué par le terrorisme arménien; il s'agissait là d'attentats commis par les commandos terroristes de l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (ASALA) qui multiplièrent à cette époque les prises d'otages, les assassinats et les attentats à la bombe, avec comme «point d'orgue» l'attentat commis le 15 juillet 1983 à l'aéroport d'Orly, attentat qui devait faire huit morts et une cinquantaine de blessés. Les années 1984 et 1985 devaient, pour leur part, être marquées par la recrudescence de l'Euroterrorisme , avec en particulier la Fraction Armée Rouge (Bande à Baader) en Allemagne fédérale, les Brigades Rouges en Italie, les Cellules Communistes Révolutionnaires en Belgique, Action Directe en France et d'autres groupuscules qui leurs étaient liés, les cibles préférées de ces groupes étaient les administrations, les banques -attentat contre la Banque Leumi à Paris le 24 août 1984-, les bases militaires, les grands magasins -attentats boulevard Haussman à Paris le 7 décembre 1985 : 35 blessés- et les industriels. Il faut cependant exclure de cet Euroterrorisme, des mouvements de type E.T.A., U.V.F. ou I.R.A. qui restent aujourd'hui encore très actifs, alors que ne doit pas être classées dans cette mouvance de l'Euroterrorisme certaines formes très violentes de terrorisme d'extrême-droite, en particulier en Italie. Enfin, l'année 1986 a connu une nouvelle flambée du terrorisme d'inspiration proche- et moyen-orientale, vague touchant principalement la France avec des attentats à Paris en février, juin et septembre, l'attentat le plus meurtrier étant celui de la rue de Rennes du 17 septembre, avec sept morts et cinquante-et-un blessés. Aujourd'hui encore, la menace terroriste est loin d'être écartée en Europe occidentale comme l'ont par exemple démontré les attentats anti-israéliens de Londres des 26 et 27 juillet 1994 ou de l'E.T.A. à Madrid les 2 juin et 29 juillet de la même année, ou encore les très récents attentats islamistes en France. Cependant, la volonté des États d'avoir une réponse commune aux défis du terrorisme n'est pas nouvelle, la première véritable tentative d'établissement d'une coopération policière européenne datant de 1898 avec la réunion de la Conférence de Rome sur les mouvements anarchistes.
C'est pour lutter contre ce terrorisme - qu'il soit inversion (terrorisme de la terreur, terrorisme révolutionnaire), de revendication (surtout sous sa forme nationalitaire) ou de manipulation (recherche d'un impact sur une décision politique) - que se sont développées diverses structures de coopération sur lesquelles je ne reviendrai pas ici. Je citerai néanmoins à titre de démonstration trois décisions récentes importantes en la matière (cf. JOUE L 210, 6 août 2008) :
[list]- Décision 2008/615/JAI du Conseil du 23 juin 2008 relative à l'approfondissement de la coopération transfrontalière, notamment en vue de lutter contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière ;
- Décision 2008/616/JAI du Conseil du 23 juin 2008 concernant la mise en oeuvre de la dcision 2008/615/JAI relative à l'approfondissemen de la coopération transfrontalière, notamment en vue de lutter contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière ;
- Décision 2008/217/JAI du Conseil du 23 juin 2008 relative à l'amélioration de la coopération entre les units spéciales d'intervention des Etats membres de l'Union européenne dans les situations de crise.[/list]