Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

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Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Pneumatis » jeu. 09 juil. 2009, 12:05

Bonjour,

Bon, loin de moi l'idée de déjà proposer une synthèse de la nouvelle encyclique Caritas in Veritate de Benoit XVI que je n'ai encore que survolée. J'en ai aussi profité pour reprendre un peu Populorum Progressio...

Bref, c'est juste pour dire qu'à suivre ces encycliques la notion de pouvoir gouvernemental proposée par ce topic semble bel et bien nécessaire. Et il semble d'ailleurs se profiler d'une manière assez précise. A la question première que je posais, de savoir si un gouvernement pouvait être non coercitif :
- nous avions déjà répondu non pour les cas tutellaires, à savoir les situations où un homme ne peut-être considéré apte à exercer sa pleine liberté d'être humain et doit donc être considéré comme un "citoyen sous tutelle", comme c'est déjà le cas pour les enfants, mais cela pourrait l'être dans d'autres cas qu'il faudrait préciser.
- nous avions laissé en suspend la portée des conflits internes pouvant être résolu par le dialogue, l'enseignement et la bonne volonté comme alternative à la coercition.

J'ai relevé différentes choses concernant ce débat, déjà dans Populorum Progressio :
Populorum Progressio a écrit :33. La seule initiative individuelle et le simple jeu de la concurrence ne sauraient assurer le succès du développement. Il ne faut pas risquer d'accroître encore la richesse des riches et la puissance des forts, en confirmant la misère des pauvres et en ajoutant à la servitude des opprimés. Des programmes sont donc nécessaires pour "encourager, stimuler, coordonner, suppléer et intégrer" (35), l'action des individus et des corps intermédiaires. Il appartient aux pouvoirs publics de choisir, voire d'imposer les objectifs à poursuivre les buts à atteindre, les moyens d'y parvenir, et c'est à eux de stimuler toutes les forces regroupées dans cette action commune. Mais qu'ils aient soin d'associer à cette œuvre les initiatives privées et les corps intermédiaires. Ils éviteront ainsi le péril d'une collectivisation intégrale ou d'une planification arbitraire qui, négatrices de liberté, excluraient l'exercice des droits fondamentaux de la personne humaine.
J'ajoute, concernant un des concepts au coeur du débat sur la liberté, du droit et de la non-coercition, j'ai nommé la propriété privée, que l'encyclique dit ceci (je pense que ce passage sera intéressant notamment pour Christian) :
23. [...]"Ce n'est pas de ton bien, affirme ainsi saint Ambroise, que tu fais largesse au pauvre, tu lui rends ce qui lui appartient. Car ce qui est donné en commun pour l'usage de tous, voilà ce que tu t'arroges. La terre est donnée à tout le monde, et pas seulement aux riches (22)." C'est dire que la propriété privée ne constitue pour personne un droit inconditionnel et absolu. Nul n'est fondé à réserver à son usage exclusif ce qui passe son besoin, quand les autres manquent du nécessaire. En un mot, "le droit de propriété ne doit jamais s'exercer au détriment de l'utilité commune, selon la doctrine traditionnelle chez les Pères de l'Église et les grands théologiens". S'il arrive qu'un confit surgisse "entre droits privés acquis et exigences communautaires primordiales", il appartient aux pouvoirs publics "de s'attacher à le résoudre, avec l'active participation des personnes et des groupes sociaux (23)."

L'usage des revenus

24. Le bien commun exige donc parfois l'expropriation si, du fait de leur étendue, de leur exploitation faible ou nulle, de la misère qui en résulte pour les populations, du dommage considérable porté aux intérêts du pays, certains domaines font obstacle à la prospérité collective. En l'affirmant avec netteté (24), le Concile a rappelé aussi non moins clairement que le revenu disponible n'est pas abandonné au libre caprice des hommes et que les spéculations égoïstes doivent être bannies.
Je trouve ensuite intéressant comment Caritas in Veritate apporte des propositions concrètes, respectant à la fois la liberté et l'obligation morale de solidarité, par exemple avec le système de subsidiarité fiscale. Contribuer "de force" oui, mais en demeurant libre de choisir l'objet de cette contribution. J'avoue par contre avoir du mal à concevoir la mise en oeuvre d'un tel système, tant on peut facilement séparer les causes nobles vers lesquelles tout le monde voudrait se tourner, et les causes ingrates mais nécessaires que tout le monde délaisserai. Sauf à penser finalement que cette répartition spontanée ne serait pas si absurde que cela et que les causes ingrates ne soient finalement pas si nécessaires que ça.

En réalité, à bien y réfléchir, même basé sur une forme de contrainte (contrainte à la charité) ce serait là un système hautement démocratique (au sens positif du terme) que de laisser les hommes affecter eux-même leurs subsides aux fonctions du bien commun qui leur paraissent le plus prioritaire. Sauf à considérer que certains y trouveraient leurs intérêts particulier et qu'un fonctionnaire de telle administration aurait tout intérêt à voir augmenter le budget de son administration. C'est d'ailleurs la mise en garde que fait l'encyclique.

Du coup c'est quand même un peu ce qu'on a en France, en partie : il reste par exemple tout a fait possible de ne payer aucun impôt à l'état en faisant suffisamment de dons à des oeuvres de charité. Bon bref, je dérive du sujet.

Ce qui résume assez bien la problématique première sur la coercition, et qui m'invite à l'approfondir, c'est la réflexion que propose le Saint Père, dans cette encyclique, sur la relation des droits et des devoirs, notamment quand l'absence de devoirs rend la revendication de droits totalement arbitraires. La question du droit, et sa revendication ne peut être qu'inscrite dans une démarche de vérité. Un droit c'est quelque chose qui est inspiré par la vérité, donc tourné vers le bien et non pas la jouissance personnelle. Là, sinon, il devient arbitraire et n'a plus rien d'un droit. Un droit est un bénéfice que je peux revendiquer que si ce bénéfice pour moi-même est nécessaire au bien commun. Si ce bénéfice pour moi-même n'est d'aucun bien, alors il ne peut pas constituer un droit.

Du coup ça pose la question de la contrainte dans l'autre sens. La question de la contrainte n'est posée que consécutivement à la perte du devoir. Tout est là, mais ce n'est pas nouveau, puisque c'est déjà là que se posait le problème : que fait-on pour rétablir chez un individu, un groupe ou la société, le sens du devoir ?

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Emanuel » ven. 26 juin 2009, 11:12

Le sacré découle de la chute, c'est-à-dire de la nécessité pour l'homme de s'en remettre à un ordre qui le transcende pour embrasser la totalité de la réalité.

Je ne crois pas que cela soit vrai.

Le sacré ne découle pas de la chute mais de la Révélation Première. C.à.d du passage du Principe au Commencement. Ou si vous voulez dans un ordre plus matériel du Bigbang pris comme point de départ de la création. Et même je pense que l'on peut dire que le sacré est inhérent au Principe dès lors qu'on pose le "Je crois" devant le "Je Suis"

Il est, pour moi, évident que le monde est sacré en raison de La Présence et que c'est notre regard qui le (voit, rend...) profane en raison de ce que vous appelez la chute que je pense être la confrontation au multiple opposé à l'Un.

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Pneumatis » jeu. 18 juin 2009, 17:21

Je vous rejoins sur la définition de la moralité publique et de son rapport à l'autorité. Cependant ce n'est pas exactement ce dont je parlais (en tout cas je crois) en parlant de "sacré". Disons que la moralité publique englobe la notion de sacré tel que je l'entends, et est beaucoup plus large. Pour exemple, la moralité publique peut découler de la simple morale naturelle. Là il n'y a rien de sacré au sens où la morale naturelle est accessible à la raison et totalement immanente, il me semble. Ce que j'entends par sacré, ce sont les principes d'une morale qu'on devrait considérer comme arbitraire si on n'adhérait pas tacitement au fait qu'ils sont institués par ce que représente l'autorité (le divin, ou du moins toute chose qui transcende la communauté des membres). Par exemple : les interdits alimentaires dans le Judaïsme ou dans l'Islam. Quoiqu'on en dise, leur fonction ne sera jamais d'éviter je ne sais trop quelle maladie, ... Ou du moins cette réalité, si elle était telle, ne serait pas accessible aux membres pour qui c'est un principe sacré. Dans le cas contraire, ce ne serait plus qu'une simple prescription de santé publique.

Le sacré découle de la chute, c'est-à-dire de la nécessité pour l'homme de s'en remettre à un ordre qui le transcende pour embrasser la totalité de la réalité. Sa raison lui permet de percevoir sa relation à l'ordre en question, sa place dans la société pour le dire autrement, mais elle ne lui permet pas de "dépasser" cet ordre social, pour par exemple le remettre en cause ou simplement l'objectiver totalement.

Comme je l'ai laissé entendre dans un de mes premiers messages de ce fil de discussion, c'est là qu'il vraiment important de s'interroger sur le rapport du christianisme avec ce modèle social que j'essaie de penser. Parce que le christianisme lève la notion de sacré : il n'y a plus ni sacré ni profane dans la mesure où dans le Christ tout est accompli. Ceci est formalisé par exemple dans le songe de Saint Pierre qui lève les interdits alimentaires. Ceci n'est pas une simple digression théologique : ça oblige à faire le constat que l'existence du sacré, dans le modèle de société que je propose est consubstantiel du modèle social, SAUF si ce modèle social est authentiquement chrétien et que le corps social est une figure consacrée du corps même du Christ. Là, dans ce cas exceptionnel et précis, le cas de l'Eglise finalement, il n'existe que des choses saintes et tout le respect qui leur est dû, mais il n'existe plus, à proprement parler, de sacré (d'interdits ou d'obligations).

En bref, tout modèle de société qui ne serait pas l'Eglise elle-même est un modèle social qui suppose le sacré. Cela vaut aussi pour un modèle social d'inspiration chrétienne, fut-il le plus parfait, mais institué par l'homme (contrairement à l'Eglise instituée par le Christ lui-même). Dans ce cas, le corps social n'est pas l'Eglise, mais s'y réfère irrémédiablement, ce qui fait que la limite entre sacré et profane est de fait définie par la doctrine de l'Eglise. Mais ce modèle peut aussi s'appliquer à des sociétés non chrétiennes, pour lesquelles il faudra simplement que l'autorité soit ou dispose d'une référence équivalente à l'Eglise : un clergé, un collège de sages, un oracle, un grand maitre ou un des grands initiés, bref... n'importe quelle figure qui se définie comme étant l'articulation légitime entre le sacré et le profane, représentation d'une forme de transcendance, d'un ordre dont les causes extrêmes ne peuvent être immanente à la communauté des membres. Les frontières entre sacré et profane sont dans ce petit différentiel qu'il y a entre le groupe "société" et le groupe "communauté", ce que sert et figure l'autorité légitime, et auxquels on obéira religieusement sous peine d'expiation.

La profanation du sacré a alors la même valeur morale que n'importe quelle transgression d'un principe de morale naturelle, sauf que s'y ajoute deux considérations :

- la profanation est de facto considérée comme une atteinte majeure à l'ordre public et requiert nécessairement une peine d'expiation (il n'y a pas nécessairement coercition comme je le décrivais plus haut, si cette peine est librement consentie). Ce qui n'est pas nécessairement le cas d'une atteinte à la morale naturelle, qui peut simplement requérir un nouvel enseignement, une rééducation.

- la "loi" morale transgressée ne découle pas d'une logique qui nécessiterait le dialogue pour l'approfondir : elle est aussi tranchée et nette que n'importe quel diktat arbitraire. Pour le membre de la société on explique juste que : c'est comme ça et pas autrement. Ex : il est interdit de manger du porc parce que c'est Dieu (ou les sages, ou l'oracle, ou machin) qui l'a dit. Donc de toute façon toute forme d'explication quant au pourquoi serait complètement décalée avec le sens du commandement sacré.

Voilà pour ce que j'entends par "sacré". A mon sens il n'existe aucune société autre que l'Eglise du Christ qui puisse exister sans sacré. Toute tentative ne serait que refoulement de cette réalité aussi nécessaire qu'elle est mathématique : les membres d'une société ne peuvent objectiver l'ensemble auquel ils appartiennent, le tout est supérieur à la somme de ces parties. La frontière entre sacré et profane est ce différentiel entre le tout (la société) et la somme de ses partie (la communauté des membres).

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Virgile » jeu. 18 juin 2009, 16:11

Cher Pneumatis,
Pneumatis a écrit :- le rapport au sacré : comme je l'ai décrit avant, il s'agit moins de réfléchir sur l'idée de religion, de foi, de croyances, ... ce n'est pas le propos. C'est juste le constat, fait par bien des philosophes avant moi qui ne le suis pas, que si on envisage la société comme un groupe mu par quelque chose qui transcende ses parties, alors il existe nécessairement du sacré dans cette société. Soit ce sacré est assumé et on est dans une forme de théocratie (sauf si j'ai encore mal compris le sens du mot), soit il est refoulé et on doit assumer un non sens dans l'ordre social qui conduit nécessairement à la remise en cause de sa finalité, donc de son fonctionnement, et à terme tout s'effondre. En retour l'autorité détentrice du sacré doit poser un minimum d'interdits figurant la limite du sacré et du profane. On peut alors assumer que le respect de la vie, par exemple, soit un commandement "divin" - la vie est sacrée ! Le sacré est alors simplement ce qui vient se substituer à l'arbitraire. Il faut alors se demander quels sont les conséquences à assumer par un membre en cas de profanation du sacré, de non respect d'un interdit fondé par l'autorité ? Y a-t-il quelque chose de similaire au cas du membre refusant d'être ordonné à la société et donc automatiquement exclu, ou est-ce encore autre chose ? Car on peut profaner le sacré sans le vouloir, et même sans le savoir. Est-ce que les conséquences sont du même ordre ? Ne doit-on pas introduire ici la notion d'expiation ? Le profanateur peut-il vouloir librement cette expiation ou doit-on l'y contraindre même si il n'en veut pas ? Et s'il n'en veut pas, ne nous retrouvons-nous pas dans le cas du membre refusant de se soumettre à l'ordre social et donc à bannir de la société ? Du coup peut-être que j'ai vu dans la question du sacré une exception légitimant l'usage de la coercition quand ce n'en serait pas une... à voir. On serait peut-être simplement dans le cadre d'une justice morale s'en remettant en dernier lieu à l'autorité sociale. Un peu comme l'Eglise qui jugeait untel, et qui le soumettais ensuite, si nécessaire, au bras séculier pour que ce dernier se charge de valider la conformité à l'ordre établi. Sauf que dans mon système, l'autorité morale et l'autorité législative sont nécessairement la même instance, si je ne me suis pas perdu en route.
juste un petit commentaire.
En ce qui me concerne, je préfère parler de quelque chose comme la "moralité publique", c'est-à-dire l'atmosphère sociale qui se forme à partir de certains modes habituels de penser, de parler et de se comporter, propre aux membres d'une société et qui montrent le respect que l'on porte ou non à la loi morale.
Comme la norme des droits et des devoirs de l'autorité civile est le bien commun général - la fin de la société politique, dont l'autorité civile est seulement le gérant, l'autorité civile doit avoir tous les droits et tous les devoirs qui lui sont nécessaires pour parvenir à cette fin. C'est tout.
La question est donc de savoir quelle relation il existe entre la moralité publique et la fin de l'Etat.
La réponse catholique est claire, la moralité publique est un élément fondamental du bien commun. C'est ce que rappelle la Déclaration sur la liberté religieuse "Dignitatis humanae" du Concile Vatican II au numéro 7:
"C'est dans la société humaine que s'exerce le droit à la liberté en matière religieuse, aussi son usage est-il soumis à certaines règles qui le tempèrent. Dans l'usage de toute liberté doit être observé le principe moral de la responsabilité personnelle et sociale: la loi morale oblige tout homme et groupe social dans l'exercice de leurs droits à tenir compte des droits d'autrui, de ses devoirs envers les autres et du bien commun de tous. A l'égard de tous il faut agir avec justice et humanité.
En outre, comme la société civile a le droit de se protéger contre les abus qui pourraient naître sous prétexte de liberté religieuse, c'est surtout au pouvoir civil qu'il revient d'assurer cette protection; ce qui ne doit pas se faire arbitrairement et à l'injuste faveur d'un parti mais selon des normes juridiques, conformes à l'ordre moral objectif, requises par l'efficace sauvegarde des droits de tous les citoyens et de leur pacifique accord, et par un souci adéquat de cette authentique paix publique qui consiste dans une vie vécue en commun sur la base d'une vraie justice, ainsi que par le maintien, qui se doit, de la moralité publique. Tout cela fait fondamentalement partie du bien commun et entre dans la définition de l'ordre public. Au demeurant, il faut s'en tenir à la coutume de sauvegarder intégralement la liberté dans la société, usage demandant que le maximum de liberté soit reconnu à l'homme, et que celle-ci ne soit restreinte que lorsque c'est nécessaire et dans la mesure qui s'impose."
L'autorité civile a le devoir d'interdire, par des moyens justes et adéquats, tout ce qui est obscène, blasphématoire, attentatoire aux bonnes moeurs, etc., ce que rappelle aussi la Constitution pastorale Gaudium et spes au numéro 52, lorsqu'elle parle de la promorion du mariage et de la famille:
Que le pouvoir civil considère comme un devoir sacré de reconnaître leur véritable nature, de les protéger et de les faire progresser, de défendre la moralité publique et de favoriser la prospérité des foyers.
Il ne s'agit pas d'une simple obligation qu'aurait le pouvoir civil, mais d'un devoir sacré. Et il ne s'agit pas de "surveiller" la moralité publique, mais de la défendre.

Amicalement.
Virgile.

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Virgile » jeu. 18 juin 2009, 15:07

Au sujet de l'autorité du Pontife romain.
Dans la théorie de l'autorité politique, la puissance de juridiction pleine renferme le triple pouvoir législatif, judiciaire et administratif. Jouissent donc du plein pouvoir de juridiction:

1) pour l'Etat, la puissance suprême, c'est-à-dire le chef de l'Etat, seul ou avec la chambre législative - selon les diverses constitutions. Voir, dans le cas de la France, ce qu'en dit la Constitution de la cinquième République à partir du Titre II.

2) pour l'Eglise, le Pontife romain et le Concile oecuménique.
Can. 331 - L'Évêque de l'Église de Rome, en qui demeure la charge que le Seigneur a donnée d'une manière singulière à Pierre, premier des Apôtres, et qui doit être transmise à ses successeurs, est le chef du Collège des Évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l'Église tout entière sur cette terre; c'est pourquoi il possède dans l'Église, en vertu de sa charge, le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu'il peut toujours exercer librement.
Can. 332 - § 1. Le Pontife Romain obtient le pouvoir plénier et suprême dans l'Église par l'élection légitime acceptée par lui, conjointement à la consécration épiscopale. C'est pourquoi, l'élu au pontificat suprême revêtu du caractère épiscopal obtient ce pouvoir dès le moment de son acceptation. Et si l'élu n'a pas le caractère épiscopal, il sera ordonné aussitôt Évêque.
Can. 336 - Le Collège des Évêques dont le chef est le Pontife Suprême et dont les Évêques sont les membres en vertu de la consécration sacramentelle et par la communion hiérarchique entre le chef et les membres du Collège, et dans lequel se perpétue le corps apostolique, est lui aussi en union avec son chef et jamais sans lui, sujet du pouvoir suprême et plénier sur l'Église tout entière.
Can. 337 - § 1. Le Collège des Évêques exerce le pouvoir sur l'Église tout entière de manière solennelle dans le Concile OEcuménique.
§ 2. Il exerce ce même pouvoir par l'action unie des Évêques dispersés dans le monde, quand, comme telle, cette action est demandée ou reçue librement par le Pontife Romain, de sorte qu'elle devienne un acte véritablement collégial.

A noter que les numéros des articles qui figuraient dans mon message précédent valaient pour l'ancien Code de droit canonique...

Amicalement.
Virgile.

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Virgile » jeu. 18 juin 2009, 14:44

Cher Christian,
Christian a écrit :Le pouvoir "gouvernemental"
Ce gouvernement se distingue de toutes les formes que nous connaissons actuellement.
et pour cause!
Christian a écrit :Sa légitimité repose sur l'unanimité.
D'un point de vue catholique, cette proposition n'est pas valide.
Christian a écrit :Sa juridiction ne recouvre pas nécessairement la nationalité ou la géographie, puisque les Chinois, les locuteurs du basque et les musulmans ont le même intérêt à n'être pas agressés. Peu nous chaut, me semble-t-il, que ce gouvernement ait son siège au Pôle Nord ou à Paris, que son ‘président’ soit une présidente, blanc ou noir, basque ou bantoue – du moment que le service est assuré.
Le pouvoir juridictionnel ne peut s'exercer sur une nation, parce que la nation n'est pas une société politique. Les habitant d'un même territoire géographique ne forment pas non plus une société politique.
Christian a écrit :Peut-on encore parler de politique en ce cas ? peut-être, comme on parle de ‘politique’ au sein d’une entreprise, par référence aux rivalités et manœuvres entre ceux qui aspirent à la direction générale. Mais on a éliminé, je dirais, la coercition, qui est la marque du politique. Même pour le financement. Car finalement ce sont les compagnies d’assurance qui ont le plus intérêt à limiter la criminalité. Or nous les payons en fonction des biens que nous voulons assurer et le "gouvernement" ne manquera pas de leur facturer sa protection en fonction de la richesse de chacun. C'est, ma foi, assez équitable.
Il existe, dans l'ordre de la réalité, plusieurs choix politique.
Les conceptions politiques sont aussi nombreuses que les conceptions de l'homme.
Il y a la conception libérale, celle de Locke et de Rousseau.
Il y a la conception de l'évolutionnisme dialectique, avec Hegel et Marx.
Il y a la conception totalitaire, avec une série de personnages dont les noms sont connus de tous.
Et chacune de ces conceptions correspond à une conception de l'homme.
En fait, cher Christian, si vous voulez savoir ce qu'est l'autorité politique et la puissance juridictionnelle dans la perspective défendue par l'Eglise catholique, il faudrait commencer par vous demander qu'elle conception de l'homme est celle du catholicisme. Cela aiderait beaucoup.

L'homme est une personne, et cette personne qu'est l'homme est inscrite dans une triple dimension de dépendance : par rapport à Dieu, par rapport aux autres hommes et par rapport aux biens matériels. Triple dimension qui définit l'homme comme un être religieux, social et intégré dans un ordre économique.
Les idéologies, toutes les idéologies, présentent l'homme comme un être auquel il manque une ou plusieurs de ces dimensions.

C'est de cela qu'il faudrait partir: l'homme est un être dépendant. Cela éclairerait certainement d'un jour un peu neuf votre problème de compréhension de l'autorité politique.

Amicalement.
Virgile.

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Virgile » jeu. 18 juin 2009, 14:22

Cher christian,
Christian a écrit :Le Bien commun
On peut espérer ce dépassement si l’on décompose le problème. Comme le note judicieusement Virgile je n’ai pas de projet commun avec “l'ensemble de mes voisins, ou tous les gens qui sont de culture chinoise, ou encore la totalité des locuteurs du basque’ Pourtant nous partageons la même planète ; je risque de les croiser dans un aéroport ou dans un parking glauque. Nous avons sinon un projet commun, du moins un souci commun : de n’être pas agressé. Au moins cela. Faites le test autour de vous (avec vos voisins, avec des Chinois et des locuteurs du basque), demandez leur si ça leur est égal d’être assommés, violés, détroussés, ils vous répondront que non. Ça ne leur est pas égal (et si l’en d’entre eux le disait, vous pourriez partir avec son porte-monnaie, sans remords, puisque il a dit que ça lui était égal).
Nous tenons maintenant un vrai Bien commun. Commun à tous les êtres humains. Et ce Bien est atteignable par tous ici et maintenant, puisqu'il ne dépend pas du niveau de vie, de l'éducation, ou d'autres facteurs historiques et économiques. Il est à la portée de tous les êtres humains de ne pas agresser autrui. Mais nous savons que la Mal rôde dans le monde, qu'il existe des pervers. Par habitude, appelons ‘gouvernement’ l’agence qui sera chargée de veiller contre eux à ce Bien commun.
comme je le note, judicieusement ou pas je ne sais, la caractéristique principale d'une communauté c'est qu'elle provoque une convergence et une unité de sentiments, de pensées, d'actions, mais sans comporter nul engagement ou obligation.
Une société est un groupe humain uni moralement par des liens juridiques qui contraignent tous les membres à rechercher le bien commun.
La communauté de tous les êtres humains ne forme pas une société politique et il n'y a pas d'Etat mondial et pas d'autorité politique ou de puissance jurictionnelle qui puissent permettre l'action coordonnée de tous les membres de l'humanité en vue d'un bien commun qu'il resterait encore à définir.
Aucune société politique cohérente ne peut naître à partir de la communauté de tous les êtres humains.
Christian a écrit :Nous tenons maintenant un vrai Bien commun. Commun à tous les êtres humains. Et ce Bien est atteignable par tous ici et maintenant, puisqu'il ne dépend pas du niveau de vie, de l'éducation, ou d'autres facteurs historiques et économiques. Il est à la portée de tous les êtres humains de ne pas agresser autrui. Mais nous savons que la Mal rôde dans le monde, qu'il existe des pervers. Par habitude, appelons ‘gouvernement’ l’agence qui sera chargée de veiller contre eux à ce Bien commun
Non, justement, vous ne tenez pas un "vrai bien commun" à tous les êtres humains.
Pour la raison suivante: c'est, outre le fait que la communauté de tous les êtres humains ne forme pas une société politique, cet autre fait que le bien commun d'une société ne peut être ramené à un seul intérêt particulier concernant un ensemble de personnes ou de groupes.
Aussi "ne pas agresser les autres" ne peut être le bien commun d'aucune société parce que le bien commun est obligatoirement un bien complexe, en ce sens qu'il doit contenir l'ensemble des conditions de la vie sociale par lesquelles les hommes pourront obtenir leur propre perfection: la défense des libertés et des droits individuels et les moyens d'action suffisants pour la réalisation de cette défense.

Amicalement.
Virgile.

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Virgile » jeu. 18 juin 2009, 12:14

Christian a écrit : La société civile n'a pas à être organisée en fonction d'un objectif

Mais la grande société, celle qu’on appelle civile, celle que nous formons avec les Londoniens, les Parisiens, les Français, les Européens, l’humanité, cette société n’a pas de but. L’organiser en fonction d’un objectif, plaqué sur tous et chacun, est la marque des dictatures de tout poil (‘nous construisons le socialisme’ ‘nous dominerons l’Europe’ ‘nous assurerons la croissance économique’). C’est bien la marque des dictatures, parce qu’elle s’exerce également sur toute la société, sur ceux qui l’acceptent et ceux qui la rejettent. Or nous ne choisissons pas d’entrer dans la société civile, nous y naissons ; nous ne pouvons pas ne pas en être (il n’y a pas assez d’îles désertes pour tout le monde), et l’exil peut permettre d’échapper à une politique, mais pas au politique (pour parler comme Jean-Baptiste). Notre discussion porte génériquement sur le pouvoir gouvernemental dans n’importe quelle société.
C’est bien le pouvoir politique qu’il nous faut questionner, radicalement différent de celui que nous avons repéré dans les associations, car ce pouvoir tel que défini par Jean-Baptiste et Christophe ne se légitime pas par la réalisation d’un projet unanimement accepté. Certainement pas dans le cas des dictatures, même pas dans celui des démocraties, qui se contentent (dans la meilleure hypothèse) d’une majorité. Le système pose d’emblée qu’on utilisera la coercition contre les minoritaires et les dissidents. La piètre justification qu’avancent les démocrates est que les minoritaires peuvent espérer devenir majoritaires et infliger à la nouvelle minorité le pouvoir qu’ils ont dû eux-mêmes subir. Si ça paraît puéril, c’est que ça l’est. N’est-il pas temps de dépasser ce triste jeu (‘tu m’as tapé, alors maintenant c’est à mon tour’) ?
Les corps intermédiaires sont des groupes sociaux ou des sociétés de droit public ou privé qui s'organisent indépendamment de l'Etat, jouissent d'une autorité propre mais limité (autorité sociale), de normes particulières, de réglements et de statuts, et qui s'organisent à l'intérieur de l'Etat en tant qu'entités autonomes et autarciques, à l'échelon local, communal ou encore régional, mais toujours selon et dans la perspective du bien commun général.
La société n'est pas une structure qui se réalise conventionnellement à partir du "sommet", mais qui s'organise "à la base", et dans laquelle les corps intermédiaires collaborent, selon l'engagement pris dans le contrat social, au bien commun de l'Etat.
Les habitants de Londres et de Paris sont les membres d'un corps intermédiaire de la société qui s'appelle une " commune" et qui a une finalité politique: la réalisation intégrale des fins humaines.
Les Européens sont les habitants de l'Europe, et ils ont été dotés d'institutions qui ne nous intéressent pas ici, parcequ'elles ne relèvent pas de l'analyse de l'autorité dans la société. Il n'y a pas de "société européenne". Les habitant de l'Europe ne forment pas, en effet, une "société" disposant d'un "contrat social" spécifique. L'Europe politique est un assemblage d'Etats sur le territoire desquels vivent plusieurs nations. La nation n'est pas, par ailleurs, une société politique.
L’organiser en fonction d’un objectif, plaqué sur tous et chacun, est la marque des dictatures de tout poil (‘nous construisons le socialisme’ ‘nous dominerons l’Europe’ ‘nous assurerons la croissance économique’). C’est bien la marque des dictatures, parce qu’elle s’exerce également sur toute la société, sur ceux qui l’acceptent et ceux qui la rejettent. Or nous ne choisissons pas d’entrer dans la société civile, nous y naissons ; nous ne pouvons pas ne pas en être (il n’y a pas assez d’îles désertes pour tout le monde), et l’exil peut permettre d’échapper à une politique, mais pas au politique (pour parler comme Jean-Baptiste). Notre discussion porte génériquement sur le pouvoir gouvernemental dans n’importe quelle société.
La structure de base dont se compose la société politique, toujours selon la perspective catholique, ce sont les familles et les autres associations professionnelles, culturelles, religieuses, etc. Cette structure de la société est naturelle et organique, c'est-à-dire qu'elle s'organise à la base et non pas conventionnellement à partir d’une construction administrative purement mécanique.
Bien évidemment, pour le libéralisme, la structure de base de la société civile est l'individu et non le groupe. Les associations qui apparaissent dans la société civile ou l'Etat sont de nature administrative ou mécanique et organisées conventionnellement à partir du pouvoir.
L'existence d'associations à l'intérieur de l'Etat fera toujours difficulté, parce qu'elles ne peuvent qu'affaiblir l'authentique volonté générale qui est la volonté du peuple souverain... d'ailleurs c'est la raison pour laquelle la Révolution française a exterminé en France toutes les associations professionnelles ou corporatives. C'est en vertu de cette même conception que les associations en France sont soumises à l'autorisation préalable des représentants de l'Etat.
La structure de l'Etat totalitaire est mécanique, purement administrative et conventionnellement organisée à partir du pouvoir, source de tout droit et fin unique de la société.
Dans cette perspective, effectivement, c’est bien la conception du pouvoir politique telle qu'elle est envisagée par le libéralisme, le marxisme ou les totalitarismes qu'il nous faut questionner, essentiellement parce qu'elle est radicalement différente de la perspective socio-naturelle envisagée par l'Eglise catholique.
Pour le libéralisme, la fin de la société politique et l'objet de l'ordre juridique est la recherche et l'établissement d'une harmonie des libertés individuelles. Il faudrait donc examiner la façon dont l'exercice de l'autorité politique permet cette recherche et cet établissement.
Pour le totalitarisme, quel qu'en soit le type, la fin de la société civile est le bien de l'Etat. D'ailleurs, l'Etat est une fin en soi, en sorte que l'exercice de l’autorité politique est entièrement rapporté au fait que l'Etat ne peut avoir d'autres fins que... lui-même!
Le mot important, qu'il faudrait définir avant tout, c'est celui de la légitimité du pouvoir.
La légitimité exige, pour que soit considérée fondée en droit toute forme de gouvernement, une double légitimité.
La légitimité d'origine, à savoir que les gouvernants désignés par le peuple reconnaissent que leur autorité leur vient originairement de Dieu, qu'ils l'aient obtenue immédiatement ou par l'intermédiaire du peuple.
La légitimité d'exercice, qui veut que les gouvernants exercent cette autorité en conformité avec la loi de Dieu et non en opposition.
Cette double légitimité est la seule garantie de non-absolutisme de l’Etat, quelle que soit la forme employée concrètement.

Lorsque vous affirmez que le pouvoir, tel que défini par Jean-Baptiste et Christophe, n'est pas légitimé par la réalisation d'un "projet unanimement accepté", vous déplacez complètement le problème de la légitimité en politique.
Dans la perspective catholique, le gouvernement des hommes n'est légitime que si les gouvernants reconnaissent que leur autorité vient de Dieu et s'ils l'exercent en conformité avec la loi de Dieu.
Autrement dit, de l'unanimité des membres de la société relativement à un projet, ne découle aucunement la légitimité de l'autorité politique.

Amicalement.
Virgile.

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Christian » jeu. 18 juin 2009, 12:13

Bonjour Virgile et Pneumatis,

Pardonnez-moi de vous répondre rapidement.
Virgile
Autrement dit, aucun contrat social ne peut être considéré comme l'origine institutionnelle d'une société politique.
Oui. Je suis d’accord. Le Droit de propriété, qui est pour moi l’origine institutionnelle de toute société humaine, ne fait pas l’objet d’un accord. On ne peut simplement pas imaginer une société qui déclarerait : ‘Chez nous, c’est OK de tuer, de violer, de voler’ Ses membres vivraient calfeutrés chez eux ou prendraient le maquis. Ils ne feraient pas société. On peut dire que le Droit de propriété de chaque être humain sur son corps et ses biens est dans la nature de toute société. Pour moi, c'est dans ce sens qu'il faut parler de Droit naturel

Mais comme toute loi, celle-ci comporte des exceptions. La plus notable est la politique. Le fait politique consiste à créer des exceptions au Droit tel que défini. ‘Tu ne tueras pas – sauf pour raison d’Etat’ ‘Tu ne voleras pas – sauf par l’impôt’ etc.

Un système peut supporter pas mal d’exceptions, de frottements. Mais lorsque les exceptions sont trop nombreuses, il devient inefficace. Le système se grippe, les perturbations le rendent chaotique. C’est ce qui s’est passé en URSS, à Cuba, dans les dictatures corrompues du Tiers-Monde, et c’est ce qui nous menace.
Virgile
Vous ne pouvez pas mettre sur le même plan le Pontife romain, l'entraîneur d'une équipe de foot, le patron d'une entreprise ou le directeur d'un théâtre. Tout simplement parce que le Pontife romain et le Concile oecuménique exercent une puissance juridictionnelle complète sur la société des fidèles en vue d'un bien commun.
Le champ de l’autorité du Pontife romain est plus étendu, car le projet poursuivi par les fidèles -- leur salut -- engage leur vie plus profondément que ne le fait le projet de monter une pièce de théâtre ou gagner des matches de foot. Mais cette autorité n’a aucunement un caractère politique. Jean-Baptiste d’ailleurs en est convenu. La plus grave sanction temporelle que peut prendre l’Eglise est du même ordre que celle imposée par l’entraîneur ou le chef d’entreprise, l’exclusion.

Cela demanderait un plus long développement, j’espère y revenir
Pneumatis
Donc je peux être d'accord sur la définition de Christian concernant un ordre universel, mondial, mais cela ne défini évidemment pas, et n'exclut pas de définir une/des sociétés au sein de cet ordre universel.
Oui, le Droit est négatif, il ne me dit pas quoi faire. Le Droit m’interdit d’agresser physiquement autrui et me donne confiance (parfois trompée) de ne l’être pas moi-même. Mais une fois que je suis en sécurité dans ma bulle, que fais-je ? Il faut que je m’engage. Que je revendique une culture. Vais-je rester français à Londres, ou vais-je devenir anglais ? mes enfants ? Catholique ? Travailler en vue de quoi : gagner un max, changer quelque chose dans le monde, qui me rendra un peu fier ? Avec qui m’associer, ou me lier d’amitié ?

Sur le socle du Droit se constituent une infinité d’associations, dont les membres poursuivent un but précis, qui est la raison pour laquelle ils adhèrent, et dont ils se retirent quand ils ne s’approprient plus le but : socialisme (entre eux !), religion, famille, ethnie, nation, entreprise, culture…

Mais tout engagement n’a de sens moral, que si je suis libre de m’engager. Pour être vertueux, il faut avoir la licence de ne l’être pas

Bon après-midi
Christian

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Pneumatis » jeu. 18 juin 2009, 10:41

Oups, désolé Virgile, nous nous sommes croisés. :oops:

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Pneumatis » jeu. 18 juin 2009, 10:40

Bonjour bonjour,

La nuit porte conseil et le matin apporte son lot d'éléments supplémentaires à la discussion. Voyons voir si une nuit de 5 heures perturbée bien comme il faut par les réveils intempestifs des enfants me permet tout de même de poser un raisonnement... (comme ça je suis bien dédouané si je dis des grosses bêtises :dance: )

Le dernier post de Christian est intéressant : je le rejoins si j'avais à définir la société universelle. Mais celle-ci est soumise à ordre épuré au minimum : le respect inconditionnel de la vie humaine. Le fait est qu'on peut, et je pense même qu'on doit, déterminer des sous-systèmes, des sociétés, régies par des ordres un peu plus complets, des modèles plus précis. Par exemple, si on place au plus minimal la famille, alors entre cet ordre familial et le (nouvel) ordre mondial :-D il doit bien exister un ordre intermédiaire. C'est ce que j'appelle la société et que je tente de définir ici. La question de savoir si c'est un ordre obligatoire ou pas peut se poser, mais c'est en tout cas un ordre historique. Donc je peux être d'accord sur la définition de Christian concernant un ordre universel, mondial, mais cela ne défini évidemment pas, et n'exclut pas de définir une/des sociétés au sein de cet ordre universel.

Une remarque sinon. Comme je fais la traque à l'arbitraire et que je tiens absolument à pouvoir soit l'éradiquer, soit au moins étiqueter telle chose comme arbitraire quand/si cet arbitraire est rendu nécessaire, je me suis posé cette question de savoir si le respect inconditionnel de la vie humaine était une "entité" minimale qui se singularise de tout autre principe, et si oui, en vertu de quelle logique. Pas facile d'y répondre, et de toute façon pas prioritaire. Ca ne me gêne pas trop, en attendant de mieux faire, de l'étiqueter comme arbitraire dans la mesure où c'est plutôt un lieu commun.

Cela, en plus de la réflexion de Virgile sur l'action stable et durable en vue de la réalisation d'un bien commun m'a poussé à me recentrer sur ce qui meut un être humain, ou un être vivant, un organisme. Partons de l'organisme : ce qui le meut c'est sa propre survie. L'ordre de la nature est ainsi fait que les êtres vivants ont pour seule tâche d'assurer leur propre survie. Les écosystèmes idem. Et à plus grande échelle, la Nature, idem. Si on s'en tient à cette comparaison de la société avec un écosystème, on rejoint la proposition de Christian : la société civile n'a pas à être organisée en fonction d'un objectif.

Cependant, nous ne sommes pas des animaux ou des végétaux mais des êtres humains. Ce serait peut-être long à démontrer mais cela doit se retrouver chez Aristote il me semble : l'homme a ceci de particulier qu'en plus de sa survie il doit assurer sa réalisation, l'accomplissement de sa perfection. Il ne doit pas seulement subsister mais se parfaire. En cela il se distingue de tous les autres êtres vivants. Je pose cela comme ça, on pourra y revenir si vous le voulez, mais je pense que cette idée ne doit pas trop perturber les chrétiens qui liront. Bref, l'accomplissement de notre humanité peut alors constituer un objectif en soi. Mais cela reste, a priori, de toute façon un objectif individuel.

Il est peut-être temps de le préciser maintenant, mais bien que la société puisse être perçue comme un corps dont des êtres humains sont les membres, selon moi la société est au service de l'Homme et non l'Homme au service de la société. Bien sur l'individu doit être au service de la société comme membre participant de son fonctionnement, mais en tant que la société a pour but de servir l'accomplissement du projet "HOMME" (qui est également le projet divin, somme toute). Et ce n'est pas un arbitraire mais fondé sur le constat évident que l'Homme préexiste à la société, et peu même lui survivre.

Bref, tout cela pour dire que même si il en ressort une notion de Bien Commun, dépassant le seul intérêt de l'individu, cela ne fait pas de la société un bateau qui a une destination particulière. Cela fait de la société un lieu organisé de réalisation du bien commun, qui n'est pas ailleurs ou autre chose que la réalisation parfaite des biens individuels, mais qui doit néanmoins transcender les biens individuels : le tout étant plus que la somme de ses parties. Donc pour reprendre mon exemple du code de la route : voyant mes usagers de la route comme des gens qui ont pour objectifs d'aller du point A au point B, et pour soucis que tous parviennent à atteindre leur objectif individuel ils peuvent s'organiser en une société dont la seule fonction sera d'ordonner au mieux la réalisation de ce bien commun : que tout le monde arrive à sa propre destination. A l'inverse, comme je le proposais hier, l'exemple d'une entreprise (actuelle) dont le but recherché par les membres ne serait que la production d'un bien ou d'un service, ne convient pas à un modèle de société, il me semble. La société ne produit rien qui n'ait d'autre fin que ses membres.

Sauf que, et je sens que je ne suis pas le seul que cela gêne, cette notion de bien commun comme ensemble des biens individuels, est un peut gênante. J'ai évoqué la transcendance, mais peut-être faut-il insister un peu dessus, pour que ce ne soit pas qu'une pure considération logique. Cette transcendance du bien commun (le tout) sur la somme des biens individuels (les parties) a des implications non négligeables.

Cela suppose déjà que l'individu ne peut, en tout état de cause, avoir une compréhension naturelle totale de l'ordre auquel il se soumet. Il y a forcément des éléments "révélés", "admis". C'est le principe de la transcendance. L'élément du groupe ne peut objectiver le groupe. La question est alors, qui a connaissance de ces éléments et les impose ? C'est évidemment la fonction de l'autorité. Mais que cette autorité se distingue des membres par son rapport privilégié à la transcendance, donc par sa capacité unique à objectiver l'ordre auquel sont soumis les membres. A défaut de pouvoir résoudre le paradoxe selon lequel il faut bien que l'autorité soit composée de membres, voilà qui introduit nécessairement le clivage sacré/profane, et fonde par la même une morale avec ses impératifs catégoriques (ses axiomes). Le sacré est ici défini comme ce quelque chose d'inaccessible aux membres. Et c'est évidemment à l'autorité qu'en dernier lieu revient la définition du sacré, sans quoi on n'y comprendrait plus rien. Il faut alors noter que le sacré suppose des interdits (c'est presque sa définition d'ailleurs)... Bref, ça fait beaucoup de question et de champs d'investigation qui déboulent (j'ai l'impression qu'on marche un peu dans les pas de Moïse).

Revenons enfin sur cette fameuse question de la coercition. Puisque je réussi pour l'instant à m'accrocher à mon exemple d'automobilistes ne nécessitant pas de coercition ; Puisqu'il semble qu'à tout dysfonctionnement de l'ordre établi, on puisse soit soumettre le membre au dialogue, soit à l'exil (qui n'est pas, tel que je l'ai défini, une forme de coercition) ; pour résumer, il me reste deux questions bloquantes, avant d'aller plus loin dans les détails de l'organisation :

- celle de la tutelle : par tutelle, j'entends la légitimité d'une coercition à l'égard d'un membre par son/ses tuteur(s) sous le principe que le membre en question n'est pas apte à remplir son devoir, c'est-à-dire à être pleinement opérationnel comme membre du corps social (ex : un enfant, un handicapé, un immigrant ne connaissant rien du système dans lequel il débarque, ...) ? comment se définit-elle : est-elle juste un pouvoir coercitif légitime à l'égard du membre, et si c'est le cas, jusque dans quelle mesure ? ou doit-on aussi envisager que le membre est également privé de certains autres droits (en plus de sa liberté !) ? Et ensuite, il est aussi essentiel de définir les critères rationnels sur la base desquels un membre est soumis à tutelle. Je veux dire par là que définir un âge légal de majorité par exemple pour le cas des enfants suppose quand même un peu de réflexion préalable. Ou sinon là c'est un arbitraire que je trouve violent et brutal. Bref, une limite d'âge, même comme consensus général, même à l'unanimité (soyons fou), n'explique en rien pourquoi avant l'âge t'as pas l'âge et après t'es un Homme (ou un citoyen). Tiens ça me fait soudain penser qu'il y a certainement une piste à creuser du côté des "rites de passage". Ou encore aussi la piste de "L'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme". Bref, il y a déjà là-dedans des choses qui se prêtent un peu plus aux règles de la réflexion que de simplement décréter une limite d'âge bête et méchante, mais ça ne résout pas la question.

- le rapport au sacré : comme je l'ai décrit avant, il s'agit moins de réfléchir sur l'idée de religion, de foi, de croyances, ... ce n'est pas le propos. C'est juste le constat, fait par bien des philosophes avant moi qui ne le suis pas, que si on envisage la société comme un groupe mu par quelque chose qui transcende ses parties, alors il existe nécessairement du sacré dans cette société. Soit ce sacré est assumé et on est dans une forme de théocratie (sauf si j'ai encore mal compris le sens du mot), soit il est refoulé et on doit assumer un non sens dans l'ordre social qui conduit nécessairement à la remise en cause de sa finalité, donc de son fonctionnement, et à terme tout s'effondre. En retour l'autorité détentrice du sacré doit poser un minimum d'interdits figurant la limite du sacré et du profane. On peut alors assumer que le respect de la vie, par exemple, soit un commandement "divin" - la vie est sacrée ! Le sacré est alors simplement ce qui vient se substituer à l'arbitraire. Il faut alors se demander quels sont les conséquences à assumer par un membre en cas de profanation du sacré, de non respect d'un interdit fondé par l'autorité ? Y a-t-il quelque chose de similaire au cas du membre refusant d'être ordonné à la société et donc automatiquement exclu, ou est-ce encore autre chose ? Car on peut profaner le sacré sans le vouloir, et même sans le savoir. Est-ce que les conséquences sont du même ordre ? Ne doit-on pas introduire ici la notion d'expiation ? Le profanateur peut-il vouloir librement cette expiation ou doit-on l'y contraindre même si il n'en veut pas ? Et s'il n'en veut pas, ne nous retrouvons-nous pas dans le cas du membre refusant de se soumettre à l'ordre social et donc à bannir de la société ? Du coup peut-être que j'ai vu dans la question du sacré une exception légitimant l'usage de la coercition quand ce n'en serait pas une... à voir. On serait peut-être simplement dans le cadre d'une justice morale s'en remettant en dernier lieu à l'autorité sociale. Un peu comme l'Eglise qui jugeait untel, et qui le soumettais ensuite, si nécessaire, au bras séculier pour que ce dernier se charge de valider la conformité à l'ordre établi. Sauf que dans mon système, l'autorité morale et l'autorité législative sont nécessairement la même instance, si je ne me suis pas perdu en route.

Pour finir, je voulais faire remarquer une chose. En discutant avec un collègue hier de tout ça, il m'a fait une remarque qui m'a laissé un peu sur le flanc. Je lui présentais idéalement la société comme un corps, un organisme vivant, etc... Il m'a dit : "mauvais exemple : ton corps il va nécessairement mourir un jour, ce n'est donc pas un bon modèle". :zut: Je lui aurais bien répondu qu'il pourra ressusciter ensuite, mais bon... sans m'écarter de la notion de corps, cela m'a conduit tout de même a ne pas négliger certains aspects. Je parlais plus haut de la vocation de l'homme à se parfaire. Si la société doit avoir pour objectif de faire atteindre à ses membres ce but, il semble bien qu'on doive lui ajouter à elle-même ce même objectif : se parfaire. La société doit aussi être mu vers un perfectionnement permanent d'elle-même, ce qui semble assez évident quand y réfléchi, mais qui est loin d'être négligeable si on ne perd pas de vue l'inévitable et funeste destinée de ce corps social, si réussi qu'il soit : mourir (et ressusciter ?).

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Virgile » jeu. 18 juin 2009, 10:24

Cher Christian,

votre commentaire général appelle une réponse... point par point!
Il faut d'abord savoir de quoi l'on parle exactement.
Dans un groupe humain stable, uni par des liens juridiques formés par suite de relations sociales ou même antérieurs à ces relations sociales, l'autorité "in abstracto", c'est-à-dire considérée en faisant abstraction du sujet qui l'exercera, est un pouvoir. Une société politique ne se conçoit pas sans l'autorité... c'est-à-dire la puissance ou le pouvoir.
Christian a écrit :L'autorité n'est pas un pouvoir politique
On a beaucoup mis en avant l’autorité du Pape sur son Eglise pour illustrer le concept de pouvoir. Mais ce pouvoir n’est pas politique. Pas plus que ne l’est celui de l’entraîneur d’une équipe de foot ou du patron d’une entreprise ou d’un directeur de théâtre. Pourquoi ? Parce que les membres de l’Eglise, de cette équipe ou de cette compagnie se sont engagés dans cette association. Ils ont fait acte d’adhésion. Volontairement. Ils ont renouvelé les promesses de leur baptême, signé un contrat ou une lettre d’engagement. Ils savaient à quoi ils s’engageaient, ils sont libres de se dégager. Ils se sont engagés parce qu’ils adhéraient au projet de l’association (faire son salut, gagner des matches, monter des représentations). Ils se plient à une autorité supérieure dans la mesure où ils ont confiance que cette autorité assure la réalisation du but qu’ils se sont collectivement donné. Ils ont donc à tout moment un moyen clair de vérifier la légitimité de l’autorité exercée sur eux en la rapportant au projet commun. Celui-ci est limité, et donc le pouvoir l’est aussi. Si un commandement débordait de ce projet (‘couche avec moi’, repeins ma cuisine’), il serait illégitime.
Dans un Etat, celui qui le dirige possède la puissance de juridiction. Cette puissance de juridiction peut être attribuée au seul chef de l'Etat, ou encore au chef de l'Etat et à une chambre législative. Ce genre de détail est le plus souvent précisé dans la Constitution.
Dans le cas de l'Eglise catholique, le Pontife romain et le Concile oecuménique possèdent cette puissance de juridiction, suivant les modalités indiquées aux canons 182 à 228 du Code de droit canonique.
Le pouvoir de juridiction étant la puissance de régir la société, il est strictement équivalent à l'autorité "in abstracto", puisqu'il n'est pas de droit qui ne soit coactif (plutôt que coercitif), et que la puissance juridictionnelle est justement le propre de l'autorité.
Dans une perspective strictement catholique, le pacte social ou contrat social est uniquement voulu pour être la raison déterminante et la cause de l'origine historique d'une société politique.
Autrement dit, aucun contrat social ne peut être considéré comme l'origine institutionnelle d'une société politique. Et en conséquence, la société politique sera toujours une société naturelle dont la structure ne peut être laissée à l'arbitraire de ceux qui l'établissent. Par un contrat social, on ne créé pas des droits et des devoirs, mais on les accepte et on les acquiert.
Vous ne pouvez pas mettre sur le même plan le Pontife romain, l'entraîneur d'une équipe de foot, le patron d'une entreprise ou le directeur d'un théâtre. Tout simplement parce que le Pontife romain et le Concile oecuménique exercent une puissance juridictionnelle complète sur la société des fidèles en vue d'un bien commun.
Alors qu'un club de foot, une entreprise, un théâtre, sont des associations qui ont une finalité particulière qui répond à une nécessité déterminée ou à une finalité humaine (jouer au football, fabriquer des pièces détachées, se produire sur scène).
Ces associations sont subordonnées à l'Etat, en vue du bien commun certes, mais ne sont que des corps intermédiaires. En conséquence, ces associations ne jouissent pas de la plénitude de l'autorité propre à l'Etat. Elles peuvent exercer ce que l'on appelle une souveraineté sociale, mais non pas une souveraineté politique.

Amicalement.
Virgile.

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par jeanbaptiste » jeu. 18 juin 2009, 0:26

Je regrette que Jean-Baptiste démissionne de ce dialogue. :cry: Je crois qu’il est tout aussi aveuglé par son idéologie qu’il m’accuse de l’être par la mienne.
J'en suis désolé. Mais je dois vous assurer n'être aveuglé par rien de tel. Je ne vous reproche pas vos opinions, et ne suis pas certains que les miennes soient justes. Ce qui m'a fait sortir de mes gonds c'est votre propension à lire chez autrui des choses qui n'y sont pas, et à en tirer des conclusions aussi hâtives que fausses. Je pense notamment à ce passage dans lequel en commentant l'un de mes propos sur la notion de liberté pensée exclusivement comme mécanisme (que je ne partage pas) vous arrivez à tirer de cela l'idée que je n'accepte "d'éveilleurs" dans la société que des hommes en "bleu et en bottes". Je passe sur le mépris que vous semblez manifester aux fameuses personnes concernées par cette jolie expression et vous demande comment vous avez réussi à lire cela dans ces propos, sachant, en plus, que je ne faisais qu'exposer une théorie que je ne partage pas, et qui est la votre, dans le seul but de montrer votre incohérence.

Qu'importe que j'ai tord et que vous ayez raison, ou l'inverse. Un dialogue suppose que l'on entende les concepts utilisés par autrui. J'ai bien compris votre position, j'ai essayé d'expliquer la mienne et de combattre la votre. Mais vous m'avez lu systématiquement à côté et m'avez prêté des idées que je n'ai jamais eu.

Si j'arrête la discussion ça n'est pas que j'ai une dent contre vous, soyez rassuré. Je dit cela très sincèrement. Les études de philo poussant nécessairement et continuellement à la discussion, je crois avoir acquis une petite expérience de la chose. Il y a un moment ou il faut reconnaître qu'il ne sert à rien de continuer, qu'il faut arrêter ou marquer une pause. J'arrête.

P.S. : j'arrête avec d'autant moins de regrets que les autres intervenants répondent bien mieux que moi sur le sujet véritable de ce fil. Je n'étais là que pour essayer de défendre le politique, ce qui était au fond hors-sujet.

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Christian » jeu. 18 juin 2009, 0:04

Bonsoir à tous

Je regrette que Jean-Baptiste démissionne de ce dialogue. :cry: Je crois qu’il est tout aussi aveuglé par son idéologie qu’il m’accuse de l’être par la mienne.

La conversation avance vite pendant que je rame au boulot. Plutôt que de répondre point par point, je vais commencer par un commentaire général, qui clarifiera peut-être ma position.

L'autorité n'est pas un pouvoir politique

On a beaucoup mis en avant l’autorité du Pape sur son Eglise pour illustrer le concept de pouvoir. Mais ce pouvoir n’est pas politique. Pas plus que ne l’est celui de l’entraîneur d’une équipe de foot ou du patron d’une entreprise ou d’un directeur de théâtre. Pourquoi ? Parce que les membres de l’Eglise, de cette équipe ou de cette compagnie se sont engagés dans cette association. Ils ont fait acte d’adhésion. Volontairement. Ils ont renouvelé les promesses de leur baptême, signé un contrat ou une lettre d’engagement. Ils savaient à quoi ils s’engageaient, ils sont libres de se dégager. Ils se sont engagés parce qu’ils adhéraient au projet de l’association (faire son salut, gagner des matches, monter des représentations). Ils se plient à une autorité supérieure dans la mesure où ils ont confiance que cette autorité assure la réalisation du but qu’ils se sont collectivement donné. Ils ont donc à tout moment un moyen clair de vérifier la légitimité de l’autorité exercée sur eux en la rapportant au projet commun. Celui-ci est limité, et donc le pouvoir l’est aussi. Si un commandement débordait de ce projet (‘couche avec moi’, repeins ma cuisine’), il serait illégitime.

La société civile n'a pas à être organisée en fonction d'un objectif

Mais la grande société, celle qu’on appelle civile, celle que nous formons avec les Londoniens, les Parisiens, les Français, les Européens, l’humanité, cette société n’a pas de but. L’organiser en fonction d’un objectif, plaqué sur tous et chacun, est la marque des dictatures de tout poil (‘nous construisons le socialisme’ ‘nous dominerons l’Europe’ ‘nous assurerons la croissance économique’). C’est bien la marque des dictatures, parce qu’elle s’exerce également sur toute la société, sur ceux qui l’acceptent et ceux qui la rejettent. Or nous ne choisissons pas d’entrer dans la société civile, nous y naissons ; nous ne pouvons pas ne pas en être (il n’y a pas assez d’îles désertes pour tout le monde), et l’exil peut permettre d’échapper à une politique, mais pas au politique (pour parler comme Jean-Baptiste). Notre discussion porte génériquement sur le pouvoir gouvernemental dans n’importe quelle société.

C’est bien le pouvoir politique qu’il nous faut questionner, radicalement différent de celui que nous avons repéré dans les associations, car ce pouvoir tel que défini par Jean-Baptiste et Christophe ne se légitime pas par la réalisation d’un projet unanimement accepté. Certainement pas dans le cas des dictatures, même pas dans celui des démocraties, qui se contentent (dans la meilleure hypothèse) d’une majorité. Le système pose d’emblée qu’on utilisera la coercition contre les minoritaires et les dissidents. La piètre justification qu’avancent les démocrates est que les minoritaires peuvent espérer devenir majoritaires et infliger à la nouvelle minorité le pouvoir qu’ils ont dû eux-mêmes subir. Si ça paraît puéril, c’est que ça l’est. N’est-il pas temps de dépasser ce triste jeu (‘tu m’as tapé, alors maintenant c’est à mon tour’) ?

Le Bien commun

On peut espérer ce dépassement si l’on décompose le problème. Comme le note judicieusement Virgile je n’ai pas de projet commun avec “l'ensemble de mes voisins, ou tous les gens qui sont de culture chinoise, ou encore la totalité des locuteurs du basque’ Pourtant nous partageons la même planète ; je risque de les croiser dans un aéroport ou dans un parking glauque. Nous avons sinon un projet commun, du moins un souci commun : de n’être pas agressé. Au moins cela. Faites le test autour de vous (avec vos voisins, avec des Chinois et des locuteurs du basque), demandez leur si ça leur est égal d’être assommés, violés, détroussés, ils vous répondront que non. Ça ne leur est pas égal (et si l’en d’entre eux le disait, vous pourriez partir avec son porte-monnaie, sans remords, puisque il a dit que ça lui était égal).

Nous tenons maintenant un vrai Bien commun. Commun à tous les êtres humains. Et ce Bien est atteignable par tous ici et maintenant, puisqu'il ne dépend pas du niveau de vie, de l'éducation, ou d'autres facteurs historiques et économiques. Il est à la portée de tous les êtres humains de ne pas agresser autrui. Mais nous savons que la Mal rôde dans le monde, qu'il existe des pervers. Par habitude, appelons ‘gouvernement’ l’agence qui sera chargée de veiller contre eux à ce Bien commun.

Le pouvoir "gouvernemental"

Ce gouvernement se distingue de toutes les formes que nous connaissons actuellement. Sa légitimité repose sur l’unanimité. Sa juridiction ne recouvre pas nécessairement la nationalité ou la géographie, puisque les Chinois, les locuteurs du basque et les musulmans ont le même intérêt à n’être pas agressés. Peu nous chaut, me semble-t-il, que ce gouvernement ait son siège au Pôle Nord ou à Paris, que son ‘président’ soit une présidente, blanc ou noir, basque ou bantoue – du moment que le service est assuré. Peut-on encore parler de politique en ce cas ? peut-être, comme on parle de ‘politique’ au sein d’une entreprise, par référence aux rivalités et manœuvres entre ceux qui aspirent à la direction générale. Mais on a éliminé, je dirais, la coercition, qui est la marque du politique. Même pour le financement. Car finalement ce sont les compagnies d’assurance qui ont le plus intérêt à limiter la criminalité. Or nous les payons en fonction des biens que nous voulons assurer et le "gouvernement" ne manquera pas de leur facturer sa protection en fonction de la richesse de chacun. C'est, ma foi, assez équitable.

Un dernier point à la fin de ce trop long article. Chacun dans sa petite sphère individuelle sait ce qu’il ne doit pas faire (agresser autrui) et donc ce qu’on ne lui fera pas. Mais cela n’indique pas ce qu’il doit faire Or il y a bien peu de projets que nous pouvons réaliser dans le monde tout seul. Il nous faut donc nous engager. En famille, en entreprise, en associations, en syndicats, en Eglise. Et nous voilà revenus au début de cet article. Savoir quel projet choisir, ce qui réclame du discernement, sous l’autorité de qui. Ces choix constituent notre vie morale. Ils engagent notre responsabilité. Ils doivent donc être libres.

Une association peut éventuellement sanctionner une faute, c’est à dire prendre l’initiative de rompre l’engagement conclu entre un membre et cette association (saquer, exclure, excommunier). Mais ne plus appartenir à une association n’affecte pas les droits que nous avons dans la société humaine. On est loin de la sanction politique : oppression ou exil. Je ne pourrais perdre mes droits dans la société que dans la mesure (et la mesure exacte) où je les aurais violés chez quelqu'un d’autre (par une agression contre sa personne et ses biens).

Bonne soirée à tous
Christian


PS J'ai écrit vite, fatigué après une journée active, et je découvrirai peut-être à la relecture, ou bien vous me signalerez, quelque formulation malheureuse. C'est le risque dans les circonstances

Re: Un pouvoir gouvernemental est-il nécessaire ?

par Pneumatis » mer. 17 juin 2009, 18:05

Merci pour votre réponse très complète, Virgile. Je vais y revenir plus en détail, là je ne fais que passer.

Juste pour dire que je vais essayé de reformuler un autre exemple que les automobilistes. Mais si j'ai bien compris ce que vous suggérez, il faut que la société vise à un but pour elle-même, qui, sauf si j'ai mal compris ce que vous dites, ne concernerait pas directement les individus en eux-même, mais quelque chose qui les transcende. Comme une entreprise industrielle aujourd'hui qui a une finalité : celle de la production d'un bien qui ne concerne pas directement, ou pas nécessairement, les ouvriers de l'entreprise en tant que telle. Mais alors, pour en revenir à votre définition du bien commun, j'ai du mal à voir comment il transcende ou se singularise des biens individuels. L'exemple du code de la route avait cette particularité, comme vous l'avez justement remarqué, d'être uniquement un système de coordination des biens individuels, le bien commun étant alors défini comme la perfection, la communion, des biens individuels.

Après pour la question de la tutelle, j'avais justement commencé à me poser la question de la coercition dans la famille, c'est-à-dire de l'éducation. J'ai supprimé tout le paragraphe pour alléger un peu la lecture, parce que j'ai cette mauvaise habitude de réfléchir en écrivant... après je repasse vite fait et je ne laisse souvent que les conclusions et une partie de mes raisonnements :-D .

Mais mon questionnement conduisait à demander : la famille certes est le premier lieu de tutelle, mais au-delà du seul cas "idéal" d'intégration dans la société par la voie familiale, on peut élargir au concept de tutelle en général pour tout individu qui, tel un enfant, n'est pas "apte" à participer à l'action sociale. Comment définit-on alors un individu pas apte, et qu'advient-il de lui dans le rapport à l'ordre ? A noter que dans mon questionnement je suis toujours dans la recherche d'un système limitant ou éradiquant les actes coercitifs ou les plaçant dans un rapport à la liberté qui reste logiquement cohérent.

Bon, bref, j'y reviendrai sous peu, je dois y aller.

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