par MB » lun. 10 août 2009, 0:01
Avé
Il y a un profond malentendu dans l'emploi du terme de "folie". On cite des textes de l'Antiquité, qui parlent d'insensés, etc. Le sens n'est pas le même, car aujourd'hui, les "folies" sont des dérangements mentaux provoqués par des troubles objectifs du fonctionnement du cerveau et du système nerveux. Autrement dit, notre définition est d'ordre clinique : le 19ème siècle hygiéniste, pratique, positiviste est passé par là. Il ne faut donc pas la plaquer sur ce qu'en disent les Anciens, ils ne parlent pas de gens qu'il faut mettre à l'asile.
Une illustration, qui dévie du sujet mais qui peut un peu aider. On parle souvent d'empereurs romains "fous" (Caligula ou Néron). Ils n'étaient pas fous au sens clinique ; simplement, venus au pouvoir très jeunes, ils se laissaient un peu aller aux possibilités du pouvoir sans limite, et employaient un langage politique qui, dans les conceptions du temps, était fondé sur la royauté hellénistique ou orientale (le roi demi-dieu, démiurge, somptueux, etc.). Ce langage ne cadrait pas du tout avec le code moral implicite du Principat, plus ou moins respecté par Auguste (en principe, le Principat est la République restaurée, avec à sa tête un Princeps qui coiffe le tout, mais qui est censé se comporter comme n'importe quel quidam). Or les auteurs de l'Antiquité qui nous sont parvenus sont hostiles à l'expression franche du pouvoir absolu, et ont passé leur temps à flétrir les "mauvais" empereurs qui ne se comportaient pas en rudes citoyens à l'ancienne : seul un "fou", donc, pouvait ne pas respecter les usages anciens et se comporter en despote. De là l'ensemble des médisances qui sont, en général, soit des ragots, soit des malentendus.
Le "fou" est ici, non celui qui est bon pour l'asile, mais qui ne respecte pas des usages considérés comme allant de soi. A titre d'illustration, dans le monde musulman, un homme qui souhaiterait devenir chrétien, serait considéré comme fou dans ce sens-là : il voudrait s'affranchir du groupe et lever le grand tabou. Seuls les insensés le font !
Aussi me paraît-il malheureux de parler d'athées "fous". Il suffit de voir un athée comme Albert Camus, qui était malheureux de ne pas réussir à croire, et qui a passé toute sa vie à en désespérer ; du reste, il a envoyé sa progéniture au catéchisme, ce qui montre qu'il avait une pensée complexe sur la question.
Après, il y en a qui ne croient pas, parce que ça ne "vient" pas (peut-être faut-il parler d'agnostiques ?) Il y en a aussi qui sont objectivement bêtes ; il y en a, et ils sont de plus en plus nombreux aujourd'hui, simplement haineux et/ ou mesquins (dont la position a été bien résumée par Houellebecq qui les caricature ainsi en les assimilant à des beaufs : "pour moi toutes les religions elles se valent, c'est du pareil au même"... "c'est rien que des conneries pour opprimer les gens, pour les empêcher de s'éclater et les pousser à s'entretuer, et pour s'acheter des beaux habits dorés alors que le pauvre populot il crève la dalle"). Le terme de beauf me paraît vraiment idéal, oui, mais pas celui de fou. A côté d'eux, un athée qui professe positivement qu'il n'y a pas de Dieu, fait figure d'intellectuel raffiné.
Amicalement
MB
PS. J'apprécie beaucoup l'analyse de Charles sur le profil psychologique et intellectuel de Nietzsche (je la trouve très fine, quoique Nietzsche soit effectivement, malgré son athéisme, un penseur religieux), mais la syphilis est la syphilis ; quand il y a des bactéries qui attaquent le système nerveux, on peut penser ce qu'on veut : en l'absence de traitement, cela occasionne des troubles.
Avé
Il y a un profond malentendu dans l'emploi du terme de "folie". On cite des textes de l'Antiquité, qui parlent d'insensés, etc. Le sens n'est pas le même, car aujourd'hui, les "folies" sont des dérangements mentaux provoqués par des troubles objectifs du fonctionnement du cerveau et du système nerveux. Autrement dit, notre définition est d'ordre clinique : le 19ème siècle hygiéniste, pratique, positiviste est passé par là. Il ne faut donc pas la plaquer sur ce qu'en disent les Anciens, ils ne parlent pas de gens qu'il faut mettre à l'asile.
Une illustration, qui dévie du sujet mais qui peut un peu aider. On parle souvent d'empereurs romains "fous" (Caligula ou Néron). Ils n'étaient pas fous au sens clinique ; simplement, venus au pouvoir très jeunes, ils se laissaient un peu aller aux possibilités du pouvoir sans limite, et employaient un langage politique qui, dans les conceptions du temps, était fondé sur la royauté hellénistique ou orientale (le roi demi-dieu, démiurge, somptueux, etc.). Ce langage ne cadrait pas du tout avec le code moral implicite du Principat, plus ou moins respecté par Auguste (en principe, le Principat est la République restaurée, avec à sa tête un [i]Princeps [/i]qui coiffe le tout, mais qui est censé se comporter comme n'importe quel quidam). Or les auteurs de l'Antiquité qui nous sont parvenus sont hostiles à l'expression franche du pouvoir absolu, et ont passé leur temps à flétrir les "mauvais" empereurs qui ne se comportaient pas en rudes citoyens à l'ancienne : seul un "fou", donc, pouvait ne pas respecter les usages anciens et se comporter en despote. De là l'ensemble des médisances qui sont, en général, soit des ragots, soit des malentendus.
Le "fou" est ici, non celui qui est bon pour l'asile, mais qui ne respecte pas des usages considérés comme allant de soi. A titre d'illustration, dans le monde musulman, un homme qui souhaiterait devenir chrétien, serait considéré comme fou dans ce sens-là : il voudrait s'affranchir du groupe et lever le grand tabou. Seuls les insensés le font !
Aussi me paraît-il malheureux de parler d'athées "fous". Il suffit de voir un athée comme Albert Camus, qui était malheureux de ne pas réussir à croire, et qui a passé toute sa vie à en désespérer ; du reste, il a envoyé sa progéniture au catéchisme, ce qui montre qu'il avait une pensée complexe sur la question.
Après, il y en a qui ne croient pas, parce que ça ne "vient" pas (peut-être faut-il parler d'agnostiques ?) Il y en a aussi qui sont objectivement bêtes ; il y en a, et ils sont de plus en plus nombreux aujourd'hui, simplement haineux et/ ou mesquins (dont la position a été bien résumée par Houellebecq qui les caricature ainsi en les assimilant à des beaufs : "[i]pour moi toutes les religions elles se valent, c'est du pareil au même"... "c'est rien que des conneries pour opprimer les gens, pour les empêcher de s'éclater et les pousser à s'entretuer, et pour s'acheter des beaux habits dorés alors que le pauvre populot il crève la dalle[/i]"). Le terme de beauf me paraît vraiment idéal, oui, mais pas celui de fou. A côté d'eux, un athée qui professe positivement qu'il n'y a pas de Dieu, fait figure d'intellectuel raffiné.
Amicalement
MB
PS. J'apprécie beaucoup l'analyse de Charles sur le profil psychologique et intellectuel de Nietzsche (je la trouve très fine, quoique Nietzsche soit effectivement, malgré son athéisme, un penseur religieux), mais la syphilis est la syphilis ; quand il y a des bactéries qui attaquent le système nerveux, on peut penser ce qu'on veut : en l'absence de traitement, cela occasionne des troubles.