par Pneumatis » jeu. 09 juil. 2009, 10:05
Bonjour,
Je crois qu'on s'est mal compris : en parlant de métaphore, je ne disais pas que le récit de l'évangéliste était une pure métaphore. Mais mon premier récit (l'homélie) était une métaphore de l'agir du chrétien, tandis que le
signe que Jésus donne dans le temple (ce n'est pas moi qui le dis, mais c'est lui), ce signe est celui de ce qu'il advient du corps. D'où ma remarque sur la confusion des niveaux. Mais je n'ai jamais voulu dire que le récit de l'évangéliste était un pur exercice de rhétorique. J'ajoute que dans mon analogie, c'est la brebis qui se meut dans le troupeau en suivant le bon pasteur, alors que dans le cas des marchands du temple, c'est le pasteur lui-même. Comme le dit Coeurderoy, entre la brebis et le berger, les deux n'ont pas la même autorité. Et pour cause, les actes de Jésus sont en tous points des enseignements pour nous. C'est ainsi qu'il offre sa vie en rançon pour la multitude.
Après, votre dernière analyse, Charles, me semble quelque peu faussée. Ici, ce ne peut pas être Jésus qui s'auto-flagelle, se fouettant le corps pour le purifier. Car vous ne pouvez pas considérer d'un côté le temple comme une métaphore du corps (ce qui n'enlève rien à la réalité historique de l'événement) et prendre en même temps les marchands et le fouet au sens littéral, c'est simplement insensé. On ne se purifie pas avec un fouet, mais le fouet est
symbole de purification (là encore, sans que ça n'enlève rien de sa réalité historique). Et pour répondre à Emanuel, ce n'est pas une simple mise en scène manipulatrice, c'est ce qu'on appelle un miracle, un événement providentiel, un signe, comme il en va de toute la vie de Jésus. Il est le Verbe, il ne fait donc pas que DIRE les enseignements de Dieu, mais il en témoigne dans toute sa vie. Il est le mot, la phrase, la parole, le signe, l'image vivante du message que Dieu nous adresse. Ici, voici comment nous pouvons comprendre ce signe :
Saint Augustin a écrit :L'action de Notre-Seigneur, faisant un fouet avec des cordes pour chasser les vendeurs hors du temple, renferme un sens mystérieux et caché. Tout homme qui ne cesse d'ajouter de nouveaux péchés à ceux qu'il a commis, se fait comme une corde de ses iniquités. Lors donc que les hommes souffrent parce qu'ils sont coupables, qu'ils reconnaissent que Dieu se fait comme un fouet avec des cordes, et les avertit de changer de conduite, sinon ils entendront à la fin de leur vie cette parole terrible: «Liez-lui les mains et les pieds» (Mt 22).
Mais cela n'empêche en rien, comme vous le dites, Charles, que le récit de l'évangéliste soit tout ce qu'il y a de plus historique, comme toute la vie de Jésus. Mais comme toute la vie de Jésus c'est aussi un enseignement sur l'Homme et sur son salut. C'est exactement ce que vous dites :
Il y a une présence historique de Jésus dans le temple avec ces scènes d'enseignement et d'expulsion des marchands et un usage métaphorique qui s'y superpose tout naturellement.
La présence historique de Jésus, c'est la présence même de Dieu. L'Eglise nous enseigne à lire les événements de sa vie ainsi que ses paroles et en tirer un sens pour notre temps : si vous êtes si attaché au sens littéral, dites-moi donc qu'est-ce que le Saint Temple pour vous aujourd'hui si ce n'est pas votre corps, et qu'est-ce que Jérusalem pour vous aujourd'hui sinon le terme de votre pèlerinage sur la terre ? Vous donner l'impression de lire cet évangile et d'en comprendre qu'il vous faut partir en Israël et bouter les infidèles hors du temple ! Est-ce cela qu'on doit comprendre, selon vous, de cet enseignement ?
C'est parfait de vouloir prendre Jésus comme modèle, mais encore faut-il comprendre ce qu'il nous enseigne, précisément quand l'évangéliste souligne avec soin qu'il est question de "signe", histoire que les disciples de l'époque, dont certains attendaient tellement de Jésus qu'il soit un chef politique, ne prennent pas les armes pour faire le ménage dans Jérusalem, puis affronter les romains, etc... Ici il est bien précisé que les disciples ne comprirent le signe qu'après la résurrection, qu'après qu'ils aient bien compris que Jésus était vrai Dieu, et que c'est donc en tant que Dieu, comme une action de la grâce, qu'il vient purifier le temple. Si nous voulons nous en inspirer comme modèle, c'est chacun à la mesure des talents que Dieu nous a confié. Voici par exemple comment on peut interpréter ce signe pour nous aujourd'hui :
Saint Augustin a écrit :Celui qui est dévoré du zèle de la maison de Dieu s'efforce d'en bannir tout ce qui pourrait la déshonorer, et si cela lui est impossible, il gémit en souffrant un mal qu'il ne peut empêcher; vous prenez soin qu'aucune action mauvaise ne se fasse dans votre maison, devez-vous donc la souffrir, si vous pouvez l'empêcher dans la maison de Dieu, où le salut éternel vous est annoncé? Est-ce votre ami qui lui manque de respect? avertissez-le avec douceur; est-ce votre épouse? mettez un frein sévère à sa légèreté; est-ce votre servante? employez même les châtiments extérieurs pour la maintenir; en un mot, faites tout ce que vous pouvez, eu égard à la position que vous occupez.
Il est question encore une fois de faire son ménage chez soi, d'enlever la poutre qui est dans son oeil, de balayer devant sa porte et de tenir loin de soi tout ce qui peut nous déshonorer. Mais surtout pas forcer son "prochain" à marcher dans la bonne direction. Notre vocation est celle de témoin (martyre) pas de bourreau.
Après, j'avoue que je n'ai pas bien compris le rapport avec ça :
Charles a écrit :Je suis écoeuré par ce vocabulaire si "années 60" d'un Jésus presque débile qui nous "invite" à ceci ou cela et dont on traiterait "l'invitation" comme un carton, à la manière d'hommes du monde, en calculant notre intérêt à accepter ou refuser l'invitation. Le pendant du fouet pour expulser les marchands, c'est la parabole où le Maître fait entrer de force les vagabonds, les mondains ayant reçu le carton mais refusé l'invitation. Nous sommes libres de choisir la vie et le bonheur ou la mort et le malheur, mais ce n'est pas nous qui décidons de ce qui est pour nous vie et bonheur. Nous avons reçu la nature humaine, nous n'en sommes pas les créateurs...
Nous sommes bien d'accord, et c'est vraiment d'actualité avec la nouvelle encyclique de Benoit XVI, que la source du vrai Bien c'est Dieu, que nous ne sommes pas auto-référent ni nos propres créateurs. Mais comme vous le dites aussi, nous demeurons libre, ainsi Dieu nous invite bien à prendre part à sa gloire sans nous y contraindre. Je ne vois donc pas bien l'opposition, ni la nature exacte de votre outrage lorsque vous vous dites écoeuré par cela.
Bonne journée à tous.
Bonjour,
Je crois qu'on s'est mal compris : en parlant de métaphore, je ne disais pas que le récit de l'évangéliste était une pure métaphore. Mais mon premier récit (l'homélie) était une métaphore de l'agir du chrétien, tandis que le [u]signe[/u] que Jésus donne dans le temple (ce n'est pas moi qui le dis, mais c'est lui), ce signe est celui de ce qu'il advient du corps. D'où ma remarque sur la confusion des niveaux. Mais je n'ai jamais voulu dire que le récit de l'évangéliste était un pur exercice de rhétorique. J'ajoute que dans mon analogie, c'est la brebis qui se meut dans le troupeau en suivant le bon pasteur, alors que dans le cas des marchands du temple, c'est le pasteur lui-même. Comme le dit Coeurderoy, entre la brebis et le berger, les deux n'ont pas la même autorité. Et pour cause, les actes de Jésus sont en tous points des enseignements pour nous. C'est ainsi qu'il offre sa vie en rançon pour la multitude.
Après, votre dernière analyse, Charles, me semble quelque peu faussée. Ici, ce ne peut pas être Jésus qui s'auto-flagelle, se fouettant le corps pour le purifier. Car vous ne pouvez pas considérer d'un côté le temple comme une métaphore du corps (ce qui n'enlève rien à la réalité historique de l'événement) et prendre en même temps les marchands et le fouet au sens littéral, c'est simplement insensé. On ne se purifie pas avec un fouet, mais le fouet est [u]symbole[/u] de purification (là encore, sans que ça n'enlève rien de sa réalité historique). Et pour répondre à Emanuel, ce n'est pas une simple mise en scène manipulatrice, c'est ce qu'on appelle un miracle, un événement providentiel, un signe, comme il en va de toute la vie de Jésus. Il est le Verbe, il ne fait donc pas que DIRE les enseignements de Dieu, mais il en témoigne dans toute sa vie. Il est le mot, la phrase, la parole, le signe, l'image vivante du message que Dieu nous adresse. Ici, voici comment nous pouvons comprendre ce signe :
[quote="Saint Augustin"]L'action de Notre-Seigneur, faisant un fouet avec des cordes pour chasser les vendeurs hors du temple, renferme un sens mystérieux et caché. Tout homme qui ne cesse d'ajouter de nouveaux péchés à ceux qu'il a commis, se fait comme une corde de ses iniquités. Lors donc que les hommes souffrent parce qu'ils sont coupables, qu'ils reconnaissent que Dieu se fait comme un fouet avec des cordes, et les avertit de changer de conduite, sinon ils entendront à la fin de leur vie cette parole terrible: «Liez-lui les mains et les pieds» (Mt 22).[/quote]
Mais cela n'empêche en rien, comme vous le dites, Charles, que le récit de l'évangéliste soit tout ce qu'il y a de plus historique, comme toute la vie de Jésus. Mais comme toute la vie de Jésus c'est aussi un enseignement sur l'Homme et sur son salut. C'est exactement ce que vous dites : [i]Il y a une présence historique de Jésus dans le temple avec ces scènes d'enseignement et d'expulsion des marchands et un usage métaphorique qui s'y superpose tout naturellement.[/i]
La présence historique de Jésus, c'est la présence même de Dieu. L'Eglise nous enseigne à lire les événements de sa vie ainsi que ses paroles et en tirer un sens pour notre temps : si vous êtes si attaché au sens littéral, dites-moi donc qu'est-ce que le Saint Temple pour vous aujourd'hui si ce n'est pas votre corps, et qu'est-ce que Jérusalem pour vous aujourd'hui sinon le terme de votre pèlerinage sur la terre ? Vous donner l'impression de lire cet évangile et d'en comprendre qu'il vous faut partir en Israël et bouter les infidèles hors du temple ! Est-ce cela qu'on doit comprendre, selon vous, de cet enseignement ?
C'est parfait de vouloir prendre Jésus comme modèle, mais encore faut-il comprendre ce qu'il nous enseigne, précisément quand l'évangéliste souligne avec soin qu'il est question de "signe", histoire que les disciples de l'époque, dont certains attendaient tellement de Jésus qu'il soit un chef politique, ne prennent pas les armes pour faire le ménage dans Jérusalem, puis affronter les romains, etc... Ici il est bien précisé que les disciples ne comprirent le signe qu'après la résurrection, qu'après qu'ils aient bien compris que Jésus était vrai Dieu, et que c'est donc en tant que Dieu, comme une action de la grâce, qu'il vient purifier le temple. Si nous voulons nous en inspirer comme modèle, c'est chacun à la mesure des talents que Dieu nous a confié. Voici par exemple comment on peut interpréter ce signe pour nous aujourd'hui :
[quote="Saint Augustin"]Celui qui est dévoré du zèle de la maison de Dieu s'efforce d'en bannir tout ce qui pourrait la déshonorer, et si cela lui est impossible, il gémit en souffrant un mal qu'il ne peut empêcher; vous prenez soin qu'aucune action mauvaise ne se fasse [u]dans votre maison[/u], devez-vous donc la souffrir, si vous pouvez l'empêcher dans la maison de Dieu, où le salut éternel vous est annoncé? Est-ce votre ami qui lui manque de respect? avertissez-le avec douceur; est-ce votre épouse? mettez un frein sévère à sa légèreté; est-ce votre servante? employez même les châtiments extérieurs pour la maintenir; en un mot, faites tout ce que vous pouvez, [u]eu égard à la position que vous occupez[/u].[/quote]
Il est question encore une fois de faire son ménage chez soi, d'enlever la poutre qui est dans son oeil, de balayer devant sa porte et de tenir loin de soi tout ce qui peut nous déshonorer. Mais surtout pas forcer son "prochain" à marcher dans la bonne direction. Notre vocation est celle de témoin (martyre) pas de bourreau.
Après, j'avoue que je n'ai pas bien compris le rapport avec ça :
[quote="Charles"]Je suis écoeuré par ce vocabulaire si "années 60" d'un Jésus presque débile qui nous "invite" à ceci ou cela et dont on traiterait "l'invitation" comme un carton, à la manière d'hommes du monde, en calculant notre intérêt à accepter ou refuser l'invitation. Le pendant du fouet pour expulser les marchands, c'est la parabole où le Maître fait entrer de force les vagabonds, les mondains ayant reçu le carton mais refusé l'invitation. Nous sommes libres de choisir la vie et le bonheur ou la mort et le malheur, mais ce n'est pas nous qui décidons de ce qui est pour nous vie et bonheur. Nous avons reçu la nature humaine, nous n'en sommes pas les créateurs...[/quote]
Nous sommes bien d'accord, et c'est vraiment d'actualité avec la nouvelle encyclique de Benoit XVI, que la source du vrai Bien c'est Dieu, que nous ne sommes pas auto-référent ni nos propres créateurs. Mais comme vous le dites aussi, nous demeurons libre, ainsi Dieu nous invite bien à prendre part à sa gloire sans nous y contraindre. Je ne vois donc pas bien l'opposition, ni la nature exacte de votre outrage lorsque vous vous dites écoeuré par cela.
Bonne journée à tous.