par Serge BS » jeu. 07 août 2008, 12:40
Geronimo,
Je vous trouve assez injuste envers notre invité… Que je sache, Geronimo est aussi un pseudonyme anonyme… Moi, je peux parler, mon nom ayant été diffusé à plusieurs reprises sur ce forum (SBS = Serge Bonnefoi-Stewart)… Donc, je ne pense pas que ce soit un argument que de parler du pseudonyme…
Sinon, je vous trouve un peu trop extrême dans votre vision, un peu trop réducteur. Etes-vous allé en ex-Yougoslavie ? Avez-vous travaillé sur la question de manière concrète ? Moi oui !
Et puis, permettez-moi de vous l'écrire, votre simplet est tout simplement odieux, injurieux tant pour notre invité, avec lequel vous pouvez ne pas être d'accord, qu'envers les autres participants au forum !
Et je me permets donc de vous livrer ma vision (très partiellement) en vous proposant ici mon intervention lors de la présentation d’un livre sur le conflit yougoslave dans une librairie marseillaise (je passe l’introduction).
« (…) Le conflit yougoslave aura été un conflit surmédiatisé ! Mais ce fut aussi un conflit méconnu ! Ce conflit aura eu de multiples causes, il suffit pour s’en convaincre de relire nos livres d’histoire ou encore de consulter des cartes historiques ! Et, parmi ces causes, la première n’aura pas été forcément la cause religieuse, même si celle-ci fut réelle, mais plus dans un deuxième temps.
On a des causes historiques. Sans aller bien loin dans l’histoire, comment ne pas se souvenir du fait que les oustachis et les Bosniaques ont fourni trois unités à la SS, donc la sinistre Le Glaive ! Comment ne pas se souvenir de la répression gratuite au Kosovo en 1975, alors qu’il ne s’agissait que de manifestations de mineurs réclamant la sécurité au fond des puits ? Comment ne pas évoquer l’influence de la conjonction de la mort de Tito avec le début de la régression de l’océan soviétique ?
Car Tito maintenait la Yougoslavie par un certain équilibre sous-jacent de la terreur, mais aussi par le soutien à des mouvements terroristes externes (par exemple le FLN algérien à l’époque de la guerre d’Algérie), et ce malgré son officiel non-alignement. Comment oublier les aberrantes institutions organisant la Yougoslavie, et notamment cette quadripartition du gouvernement ? La crise était inévitable ! La crise était prévisible ! N’avais-je pas en 1981, dans un mémoire de recherche à l’IEP d’Aix-en-Provence, annoncé l’éclatement prochain de la Yougoslavie ? Et je n’étais alors qu’un étudiant !
Dans le cadre de cette crise, les Serbes jouent souvent le rôle des méchants. Mais cela n’est pas aussi simple, simpliste. Comment par exemple oublier Tudjman et certains Bosniaques, leurs attitudes envers les Juifs et les destructions d’églises ? Et surtout, sortons de l’identification primaire « Croate = catholique », « Bosniaque = musulman », « Serbe = orthodoxe » ! Mais il est vrai que le vocabulaire titiste ne facilite pas les choses Musulman désignant sous son « règne » Bosniaque et musulman le tenant de l’Islam ! D’où des confusions, malheureusement entretenues par certains…
En fait, la radicalisation religieuse aura été plus la conséquence de la crise que sa cause. Et la religion a surtout servi à tous pour « moraliser » leurs déviances, car exemptant au nom de Dieu de toute responsabilité. L’émergence du religieux n’avait aucune autre motivation, du moins dans un premier temps !
Avec le conflit yougoslave, l’Europe redécouvrait un conflit ouvert sur son sol ! Et elle n’était ni prête à affronter une telle crise, ni même à la concevoir ! Or ce conflit a été une véritable catastrophe humanitaire. Sans même parler des massacres de part et d’autre, comment oublier les réfugiés et les déplacés, les 45 à 60 % de chômage selon les régions (je mets le cas slovène à part), les 15 à 30 % de personnes vivant désormais en dessous du seuil de pauvreté ? Comment oublier les désastres culturels et architecturaux ? Bref, on est au cœur d’une crise humanitaire, mais aussi d’une véritable tragédie humaine !
Je disais un conflit inhabituel en Europe… Oui, car il n’y a pas eu de confrontation majeure, mais des tensions ethniques, la Yougoslavie étant une création artificielle sans réel réalité nationale, conjuguant une guerre urbaine et une guerre de guérilla ! Pas de grands mouvements de troupes, mais au contraire dispersion, imbrications, complexité des lignes ! De ce fait, les réponses classiques forgées depuis des décennies étaient inadaptées, les armées tant occidentales que de type soviétique n’étaient ni formées, ni dimensionnées, ni équipées pour une telle guerre, seul le choc étant leur concept !
Ce conflit a aussi été la démonstration de la très grande difficulté à gérer un conflit dès lors que la volonté de maintien de l’ordre et de l’imposition de la paix, qui sont des missions Petersberg, sont les priorités, mais sans mettre les moyens nécessaires… Nous y reviendrons. Il est vrai qu’il y avait un triple risque : celui de l’enlisement, celui de l’implication croissante, mais aussi celui de l’incompréhension/décrédibilisation d’une opinion publique ne connaissant pas le terrain, ne connaissant rien à la diplomatie préventive. Il a aussi été la démonstration de l’ignorance – hormis peut-être par la France – des concepts de sortie de crise et de coopération civilo-militaire, en particulier avec les ONG.
Enfin, comment passer sous silence l’angélisme, la naïveté de toutes les parties non yougoslaves, le tout ne faisant que favoriser les extrémismes de tous bords ?
Comment a-t-on pu ignorer que la chute de l’URSS allait entraîner, par delà les analyses historiques, l’implication de la Russie ? Et notamment parce que cela permettait de préparer la chute de Eltsine et le retour des néo-communistes…
L’Allemagne elle aussi a été naïve en croyant pouvoir agir seule, unilatéralement, en croyant pouvoir augmenter sa zone d’influence en l’absence de toute politique européenne de défense commune, rêvant d’une nouvelle Mitteleuropa !
Les Etats-Unis ont pour leur part cherché à élargir leur zone d’influence en Europe. Ils ont, face aux faiblesses structurelles de l’Union européenne, cherché à imposer leur idée du gros bâton (ce qu’ils ont réussi avec des pays tels que la Pologne) à la fois pour affaiblir une Europe seulement économique et pour assurer leur propre croissance. Je ne peux oublier les mots de ce Colonel de Marines nous disant lors d’une conférence à Rome que les Etats-Unis ont en permanence besoin d’un conflit de moyenne intensité afin de maintenir leur croissance ! Mais les Etats-Unis ont eux aussi été naïfs, ne serait-ce qu’avec le seul filtre de la CIA, ou encore avec le refus fait à SACEUR de prendre le contrôle de l’aéroport de Pristina pour en rester à ce seul exemple (souvenons-nous des propos à cette époque de Al Gore). Les Etats-Unis refusèrent la prise de l’aéroport de Pristina, pourtant clé, avant les Russes, afin de ne pas froisser ces derniers, croyant en leur promesse de ne pas le faire… Et les Etats-Unis, mis au pied du mur, ont alors eu un mouvement inverse lorsqu’ils constatèrent l’état de fait, mais il y eu alors logique refus du commandant de la KFOR d’exécuter l’ordre inverse de SACEUR car il était trop tard, ou alors au risque d’un conflit direct avec la Russie, conflit que personne ne voulait ! En fait, les militaires sur le terrain se sont souvent trouvés abandonnés, d’où des désobéissances liées à la connaissance du terrain, heureusement non sanctionnées (mais cela reste grave quant au rôle du politique), telle celle du Général Morillon sauvant ainsi de nombreuses vies civiles ! Tous n’ont pas eu ce courage… Les militaires connaissaient la réalité du terrain, mais faisaient face à l’absence de tout but politique ; comment ne pas penser ici aux réflexions du Général Navarre pendant la guerre d’Indochine dont les leçons n’ont pas été retenues ? Comment passer aussi sous silence le « US = us ! » étasunien (cf. les propos de Woods) ou encore le fait que les états-majors étaient le plus souvent seulement anglo-saxons avec parfois une seule présence francophone ?
L’ONU, pour sa part, a connu des dysfonctionnements nés de sa Charte et de sa structure. Ceci a bloqué, dès l’échelon du Conseil de Sécurité, des actions impératives sur le terrain, alors que des informations biaisées ou déplaisantes aux yeux de certains membres circulaient… L’ONU a eu une approche minimaliste, alors même que la défense de la paix est l’une de ses missions (cf. les articles 49 à 51 de sa Charte), mais pouvait elle faire plus vues les règles de fonctionnement du CSNU et l’absence de toute armée onusienne ?
Comment ne pas évoquer la non-neutralité de certaines agences d’information, par exemple de Hill and Knowlton, ou encore ces journalistes restant dans les stéréotypes tirés des crises roumaines ou Golfe I ? On a eu une presse aveugle, mal informée… une presse parlant de mortiers tirant à plus de 30 kilomètres, de charniers changeant de nationalité ou de contenu au gré des vents, etc… Et que dire des intellectuels le plus souvent partisans ? Mais, dans ces deux cas, rien de nouveau sous le soleil !
Même le Vatican a été naïf ! Mais il aura été le seul à le reconnaître, et il s’est immédiatement doté d’une structure spécifique de réflexion et de proposition intégrant notamment des militaires expérimentés à la retraite ou des spécialistes catholiques… Seul le Vatican a eu le courage de dire qu’il avait pu se tromper ! Lui seul !
Comment a-t-on aussi pu ignorer l’influence des mafias ? Comment a-t-on pu croire que la Route des Balkans n’existait plus ?
Et puis, pourquoi n’a-t-on pas (ou alors très peu) donné d’informations aux officiers sur le terrain, ces derniers ne comprenant plus pour quel drapeau ils se battaient : celui de l’ONU, celui de l’UE, celui de leur pays ?
L’Europe était divisée, voire absente… Mais pouvait-elle, vus les textes, faire autrement ? Souvenons-nous du Sommet de Cologne de juin 1999 sur la PECSD. La France était pour une identité européenne de défense, le Royaume-Uni pour le lien transatlantique… L’Italie, l’Espagne, la Belgique et le Luxembourg défendaient à la fois l’atlantisme et l’intégration, alors que les Pays-Bas étaient plus nuancés dans une volonté à la fois européenne et atlantiste… L’Allemagne défendait l’idée d’intégration, mais réclamait l’autonomie de son action pour les Balkans et l’Europe centrale… La Grèce était à géométrie variable… Et en plus, deux couples : l’Allemagne et la France voulant fixer une finalité à la PEDC et le rôle de l’UE face au couple Italie/Royaume-Uni… Et en plus, une bigamie, la France et le Royaume-Uni défendant une solution supranationale en Yougoslavie alors que l’Italie et l’Allemagne défendaient l’intergouvernemental ! Bref, faute de textes clairs, d’une doctrine claire, l’Union européenne ne pouvait pas faire plus… Seule l’UEO a fait ce qu’elle pouvait et devait faire, mais en l’absence de toute direction politique claire et fixe ; elle paie d’ailleurs aujourd’hui de son existence sa volonté réelle d’action !
En fait, l’ex-Yougoslavie aura été un vaste champ d’expériences où les hommes ont été négligés ! Puissions-nous en retenir les leçons pour l’avenir en reformant nos forces, nos moyens et nos doctrines !
Elle a permis de démontrer les limites d’un droit international bien naïf, notamment les limites des concepts de jus in bello et de jus ad bellum… Il était bien naïf ce droit international, car s’il était appliqué la guerre ne serait plus possible ! Et de plus, il pense uniquement Etats là où il fallait penser hommes, groupuscules, refus de l’Etat ! On a aussi vu les limites des moyens d’intervention là où justement les autres ne se limitaient pas ! Il faut en fait repenser tout le droit international des conflits !
Par ailleurs, il n’y a eu qu’une seule véritable stratégie sectorielle, la militaire, mais sans direction politique, sans stratégie opérationnelle réellement coordonnées, sans aucune (ou très peu alors) vision globale, stratégie globale. On avait oublié ces mots de Woolsee parlant de la chute du bloc soviétique : « Nous avons abattu un dragon, mais nous avons maintenant une jungle avec de multiples serpents venimeux ! », car le monde sans océan soviétique est paradoxalement bien moins facile à vivre !
Une stratégie sectorielle militaire ? Oui, mais autour de trois principes seulement :
- Une action moralisatrice dissociation/diaction entre air et terre ;
- Une volonté d’économie des forces, le tout air étant privilégié, ce qui fut un succès relatif. En fait, la doctrine utopique mais médiatique du zero killed a induit le refus du terrestre, celui-ci étant vu comme un risque par l’OTAN, notamment de rupture avec la Russie, alors que la France et l’Allemagne refusaient de s’unir politiquement pour l’action. Pourtant, on pouvait trouver chez Mao des formes de réponses à cette guérilla !
- Une priorité illusoire à l’avance technologique et aux armes intelligentes. Pourtant, les Grands Lacs, ce fut un million de morts avec des armes blanches et légères ! Une inadaptation crasse car il y avait trop grande disproportion et dispersion ; cela aurait valu pour une guerre classique ; or ce n’était pas le cas !
De plus, trois autres principes, pourtant proposés, n’ont pas été appliqués :
- La concentration des forces et des moyens, malgré et du fait des moyens pas si innocents que cela des diverses factions yougoslaves en présence ;
- Le refus de figer l’adversaire ;
- La non application du principe suppression/contre-suppression, car trop violent ! Mais quelle guerre est belle ?
En fait, on a voulu mener deux guerres :
- Une propre, celle de l’OTAN ;
- Une sale, celle des Yougoslaves !
Bref, on n’a rien fait, ou si peu !
Par ailleurs, souvenons-nous que personne parmi les parties yougoslaves n’a joué le jeu des accords de Dayton-Paris de 1996. Pourtant, les parties locales avaient signé pour des actions et des arrestations, pour réduire les victimes civiles, pour prévenir les risques de représailles… Toutes, je dit bien toutes les parties locales ont refusé de coopérer, ont continué leurs exactions (d’ailleurs, le TPI pour l’ex-Yougoslavie n’a pas inculpé que des Serbes ou des Croates, mais aussi des Bosniaques musulmans, mais le dit-on ?), ont violé les accords. Je pense ici à l’article de l’annexe VII qui prévoyait le retour des réfugiés et déplacés… Et je ne parle même pas du cynisme de certains européens…
Les risques restent. Les Bosniaques et les Kosovars ne sont pas plus des anges que les extrémistes serbes ! Quels sont-ils ?
- La République Sprska ;
- La Macédoine avec le risque d’affrontement Grèce/turquie ;
- Le Kosovo du fait du positionnement de certains Etats musulmans et de certaines mouvances islamistes ;
- L’utilisation de la théorie du confetti par les mêmes extrémistes ;
- La question de l’accès à la mer du Monténégro, de plus berceau du nationalisme serbe ;
- Le réveil des nationalismes et des extrémismes religieux, désormais fondés sur des haines…
L’ex-Yougoslavie a démontré les limites et les conséquences de deux principes :
- Le principe de la construction artificielle et sans consultation des peuples d’une alliance étatique ;
- Le principe « une nation = un Etat », d’autant plus que nul ne sait plus ce qu’est une nation !
Faute de principes ! Faute de volonté ! Faute de pensée, on a laissé faire les extrémistes, tous les extrémismes, qu’ils soient de la race, de l’histoire, de la religion, avec leurs cortèges d’ignominies ! Et finalement, on a fait de l’ex-Yougoslavie un vaste champ d’expériences, rien d’autre ! Quelle inhumanité ! Quel oubli de Dieu ! »
Geronimo,
Je vous trouve assez injuste envers notre invité… Que je sache, Geronimo est aussi un pseudonyme anonyme… Moi, je peux parler, mon nom ayant été diffusé à plusieurs reprises sur ce forum (SBS = Serge Bonnefoi-Stewart)… Donc, je ne pense pas que ce soit un argument que de parler du pseudonyme…
Sinon, je vous trouve un peu trop extrême dans votre vision, un peu trop réducteur. Etes-vous allé en ex-Yougoslavie ? Avez-vous travaillé sur la question de manière concrète ? Moi oui !
Et puis, permettez-moi de vous l'écrire, votre simplet est tout simplement odieux, injurieux tant pour notre invité, avec lequel vous pouvez ne pas être d'accord, qu'envers les autres participants au forum !
Et je me permets donc de vous livrer ma vision (très partiellement) en vous proposant ici mon intervention lors de la présentation d’un livre sur le conflit yougoslave dans une librairie marseillaise (je passe l’introduction).
[color=#4000FF]« (…) Le conflit yougoslave aura été un conflit surmédiatisé ! Mais ce fut aussi un conflit méconnu ! Ce conflit aura eu de multiples causes, il suffit pour s’en convaincre de relire nos livres d’histoire ou encore de consulter des cartes historiques ! Et, parmi ces causes, la première n’aura pas été forcément la cause religieuse, même si celle-ci fut réelle, mais plus dans un deuxième temps.
On a des causes historiques. Sans aller bien loin dans l’histoire, comment ne pas se souvenir du fait que les oustachis et les Bosniaques ont fourni trois unités à la SS, donc la sinistre [i]Le Glaive[/i] ! Comment ne pas se souvenir de la répression gratuite au Kosovo en 1975, alors qu’il ne s’agissait que de manifestations de mineurs réclamant la sécurité au fond des puits ? Comment ne pas évoquer l’influence de la conjonction de la mort de Tito avec le début de la régression de l’océan soviétique ?
Car Tito maintenait la Yougoslavie par un certain équilibre sous-jacent de la terreur, mais aussi par le soutien à des mouvements terroristes externes (par exemple le FLN algérien à l’époque de la guerre d’Algérie), et ce malgré son officiel non-alignement. Comment oublier les aberrantes institutions organisant la Yougoslavie, et notamment cette quadripartition du gouvernement ? La crise était inévitable ! La crise était prévisible ! N’avais-je pas en 1981, dans un mémoire de recherche à l’IEP d’Aix-en-Provence, annoncé l’éclatement prochain de la Yougoslavie ? Et je n’étais alors qu’un étudiant !
Dans le cadre de cette crise, les Serbes jouent souvent le rôle des méchants. Mais cela n’est pas aussi simple, simpliste. Comment par exemple oublier Tudjman et certains Bosniaques, leurs attitudes envers les Juifs et les destructions d’églises ? Et surtout, sortons de l’identification primaire « Croate = catholique », « Bosniaque = musulman », « Serbe = orthodoxe » ! Mais il est vrai que le vocabulaire titiste ne facilite pas les choses Musulman désignant sous son « règne » Bosniaque et musulman le tenant de l’Islam ! D’où des confusions, malheureusement entretenues par certains…
En fait, la radicalisation religieuse aura été plus la conséquence de la crise que sa cause. Et la religion a surtout servi à tous pour « moraliser » leurs déviances, car exemptant [i]au nom de Dieu [/i]de toute responsabilité. L’émergence du religieux n’avait aucune autre motivation, du moins dans un premier temps !
Avec le conflit yougoslave, l’Europe redécouvrait un conflit ouvert sur son sol ! Et elle n’était ni prête à affronter une telle crise, ni même à la concevoir ! Or ce conflit a été une véritable catastrophe humanitaire. Sans même parler des massacres de part et d’autre, comment oublier les réfugiés et les déplacés, les 45 à 60 % de chômage selon les régions (je mets le cas slovène à part), les 15 à 30 % de personnes vivant désormais en dessous du seuil de pauvreté ? Comment oublier les désastres culturels et architecturaux ? Bref, on est au cœur d’une crise humanitaire, mais aussi d’une véritable tragédie humaine !
Je disais un conflit inhabituel en Europe… Oui, car il n’y a pas eu de confrontation majeure, mais des tensions ethniques, la Yougoslavie étant une création artificielle sans réel réalité nationale, conjuguant une guerre urbaine et une guerre de guérilla ! Pas de grands mouvements de troupes, mais au contraire dispersion, imbrications, complexité des lignes ! De ce fait, les réponses classiques forgées depuis des décennies étaient inadaptées, les armées tant occidentales que de type soviétique n’étaient ni formées, ni dimensionnées, ni équipées pour une telle guerre, seul le choc étant leur concept !
Ce conflit a aussi été la démonstration de la très grande difficulté à gérer un conflit dès lors que la volonté de maintien de l’ordre et de l’imposition de la paix, qui sont des missions Petersberg, sont les priorités, mais sans mettre les moyens nécessaires… Nous y reviendrons. Il est vrai qu’il y avait un triple risque : celui de l’enlisement, celui de l’implication croissante, mais aussi celui de l’incompréhension/décrédibilisation d’une opinion publique ne connaissant pas le terrain, ne connaissant rien à la diplomatie préventive. Il a aussi été la démonstration de l’ignorance – hormis peut-être par la France – des concepts de sortie de crise et de coopération civilo-militaire, en particulier avec les ONG.
Enfin, comment passer sous silence l’angélisme, la naïveté de toutes les parties non yougoslaves, le tout ne faisant que favoriser les extrémismes de tous bords ?
Comment a-t-on pu ignorer que la chute de l’URSS allait entraîner, par delà les analyses historiques, l’implication de la Russie ? Et notamment parce que cela permettait de préparer la chute de Eltsine et le retour des néo-communistes…
L’Allemagne elle aussi a été naïve en croyant pouvoir agir seule, unilatéralement, en croyant pouvoir augmenter sa zone d’influence en l’absence de toute politique européenne de défense commune, rêvant d’une nouvelle [i]Mitteleuropa[/i] !
Les Etats-Unis ont pour leur part cherché à élargir leur zone d’influence en Europe. Ils ont, face aux faiblesses structurelles de l’Union européenne, cherché à imposer leur idée du gros bâton (ce qu’ils ont réussi avec des pays tels que la Pologne) à la fois pour affaiblir une Europe seulement économique et pour assurer leur propre croissance. Je ne peux oublier les mots de ce Colonel de Marines nous disant lors d’une conférence à Rome que les Etats-Unis ont en permanence besoin d’un conflit de moyenne intensité afin de maintenir leur croissance ! Mais les Etats-Unis ont eux aussi été naïfs, ne serait-ce qu’avec le seul filtre de la CIA, ou encore avec le refus fait à SACEUR de prendre le contrôle de l’aéroport de Pristina pour en rester à ce seul exemple (souvenons-nous des propos à cette époque de Al Gore). Les Etats-Unis refusèrent la prise de l’aéroport de Pristina, pourtant clé, avant les Russes, afin de ne pas froisser ces derniers, croyant en leur promesse de ne pas le faire… Et les Etats-Unis, mis au pied du mur, ont alors eu un mouvement inverse lorsqu’ils constatèrent l’état de fait, mais il y eu alors logique refus du commandant de la KFOR d’exécuter l’ordre inverse de SACEUR car il était trop tard, ou alors au risque d’un conflit direct avec la Russie, conflit que personne ne voulait ! En fait, les militaires sur le terrain se sont souvent trouvés abandonnés, d’où des désobéissances liées à la connaissance du terrain, heureusement non sanctionnées (mais cela reste grave quant au rôle du politique), telle celle du Général Morillon sauvant ainsi de nombreuses vies civiles ! Tous n’ont pas eu ce courage… Les militaires connaissaient la réalité du terrain, mais faisaient face à l’absence de tout but politique ; comment ne pas penser ici aux réflexions du Général Navarre pendant la guerre d’Indochine dont les leçons n’ont pas été retenues ? Comment passer aussi sous silence le « [i]US = us ! [/i]» étasunien (cf. les propos de Woods) ou encore le fait que les états-majors étaient le plus souvent seulement anglo-saxons avec parfois une seule présence francophone ?
L’ONU, pour sa part, a connu des dysfonctionnements nés de sa Charte et de sa structure. Ceci a bloqué, dès l’échelon du Conseil de Sécurité, des actions impératives sur le terrain, alors que des informations biaisées ou déplaisantes aux yeux de certains membres circulaient… L’ONU a eu une approche minimaliste, alors même que la défense de la paix est l’une de ses missions (cf. les articles 49 à 51 de sa Charte), mais pouvait elle faire plus vues les règles de fonctionnement du CSNU et l’absence de toute armée onusienne ?
Comment ne pas évoquer la non-neutralité de certaines agences d’information, par exemple de Hill and Knowlton, ou encore ces journalistes restant dans les stéréotypes tirés des crises roumaines ou Golfe I ? On a eu une presse aveugle, mal informée… une presse parlant de mortiers tirant à plus de 30 kilomètres, de charniers changeant de nationalité ou de contenu au gré des vents, etc… Et que dire des intellectuels le plus souvent partisans ? Mais, dans ces deux cas, rien de nouveau sous le soleil !
Même le Vatican a été naïf ! Mais il aura été le seul à le reconnaître, et il s’est immédiatement doté d’une structure spécifique de réflexion et de proposition intégrant notamment des militaires expérimentés à la retraite ou des spécialistes catholiques… Seul le Vatican a eu le courage de dire qu’il avait pu se tromper ! [u]Lui seul ![/u]
Comment a-t-on aussi pu ignorer l’influence des mafias ? Comment a-t-on pu croire que la Route des Balkans n’existait plus ?
Et puis, pourquoi n’a-t-on pas (ou alors très peu) donné d’informations aux officiers sur le terrain, ces derniers ne comprenant plus pour quel drapeau ils se battaient : celui de l’ONU, celui de l’UE, celui de leur pays ?
L’Europe était divisée, voire absente… Mais pouvait-elle, vus les textes, faire autrement ? Souvenons-nous du Sommet de Cologne de juin 1999 sur la PECSD. La France était pour une identité européenne de défense, le Royaume-Uni pour le lien transatlantique… L’Italie, l’Espagne, la Belgique et le Luxembourg défendaient à la fois l’atlantisme et l’intégration, alors que les Pays-Bas étaient plus nuancés dans une volonté à la fois européenne et atlantiste… L’Allemagne défendait l’idée d’intégration, mais réclamait l’autonomie de son action pour les Balkans et l’Europe centrale… La Grèce était à géométrie variable… Et en plus, deux couples : l’Allemagne et la France voulant fixer une finalité à la PEDC et le rôle de l’UE face au couple Italie/Royaume-Uni… Et en plus, une bigamie, la France et le Royaume-Uni défendant une solution supranationale en Yougoslavie alors que l’Italie et l’Allemagne défendaient l’intergouvernemental ! Bref, faute de textes clairs, d’une doctrine claire, l’Union européenne ne pouvait pas faire plus… Seule l’UEO a fait ce qu’elle pouvait et devait faire, mais en l’absence de toute direction politique claire et fixe ; elle paie d’ailleurs aujourd’hui de son existence sa volonté réelle d’action !
En fait, l’ex-Yougoslavie aura été un vaste champ d’expériences où les hommes ont été négligés ! Puissions-nous en retenir les leçons pour l’avenir en reformant nos forces, nos moyens et nos doctrines !
Elle a permis de démontrer les limites d’un droit international bien naïf, notamment les limites des concepts de jus in bello et de jus ad bellum… Il était bien naïf ce droit international, car s’il était appliqué la guerre ne serait plus possible ! Et de plus, il pense uniquement Etats là où il fallait penser hommes, groupuscules, refus de l’Etat ! On a aussi vu les limites des moyens d’intervention là où justement les autres ne se limitaient pas ! Il faut en fait repenser tout le droit international des conflits !
Par ailleurs, il n’y a eu qu’une seule véritable stratégie sectorielle, la militaire, mais sans direction politique, sans stratégie opérationnelle réellement coordonnées, sans aucune (ou très peu alors) vision globale, stratégie globale. On avait oublié ces mots de Woolsee parlant de la chute du bloc soviétique : « [i]Nous avons abattu un dragon, mais nous avons maintenant une jungle avec de multiples serpents venimeux ![/i] », car le monde sans océan soviétique est paradoxalement bien moins facile à vivre !
Une stratégie sectorielle militaire ? Oui, mais autour de trois principes seulement :
- Une action moralisatrice dissociation/diaction entre air et terre ;
- Une volonté d’économie des forces, le tout air étant privilégié, ce qui fut un succès relatif. En fait, la doctrine utopique mais médiatique du zero killed a induit le refus du terrestre, celui-ci étant vu comme un risque par l’OTAN, notamment de rupture avec la Russie, alors que la France et l’Allemagne refusaient de s’unir politiquement pour l’action. Pourtant, on pouvait trouver chez Mao des formes de réponses à cette guérilla !
- Une priorité illusoire à l’avance technologique et aux armes intelligentes. Pourtant, les Grands Lacs, ce fut un million de morts avec des armes blanches et légères ! Une inadaptation crasse car il y avait trop grande disproportion et dispersion ; cela aurait valu pour une guerre classique ; or ce n’était pas le cas !
De plus, trois autres principes, pourtant proposés, n’ont pas été appliqués :
- La concentration des forces et des moyens, malgré et du fait des moyens pas si innocents que cela des diverses factions yougoslaves en présence ;
- Le refus de figer l’adversaire ;
- La non application du principe suppression/contre-suppression, car trop violent ! Mais quelle guerre est belle ?
En fait, on a voulu mener deux guerres :
- Une propre, celle de l’OTAN ;
- Une sale, celle des Yougoslaves !
Bref, on n’a rien fait, ou si peu !
Par ailleurs, souvenons-nous que personne parmi les parties yougoslaves n’a joué le jeu des accords de Dayton-Paris de 1996. Pourtant, les parties locales avaient signé pour des actions et des arrestations, pour réduire les victimes civiles, pour prévenir les risques de représailles… Toutes, je dit bien toutes les parties locales ont refusé de coopérer, ont continué leurs exactions (d’ailleurs, le TPI pour l’ex-Yougoslavie n’a pas inculpé que des Serbes ou des Croates, mais aussi des Bosniaques musulmans, mais le dit-on ?), ont violé les accords. Je pense ici à l’article de l’annexe VII qui prévoyait le retour des réfugiés et déplacés… Et je ne parle même pas du cynisme de certains européens…
Les risques restent. Les Bosniaques et les Kosovars ne sont pas plus des anges que les extrémistes serbes ! Quels sont-ils ?
- La République Sprska ;
- La Macédoine avec le risque d’affrontement Grèce/turquie ;
- Le Kosovo du fait du positionnement de certains Etats musulmans et de certaines mouvances islamistes ;
- L’utilisation de la théorie du confetti par les mêmes extrémistes ;
- La question de l’accès à la mer du Monténégro, de plus berceau du nationalisme serbe ;
- Le réveil des nationalismes et des extrémismes religieux, désormais fondés sur des haines…
L’ex-Yougoslavie a démontré les limites et les conséquences de deux principes :
- Le principe de la construction artificielle et sans consultation des peuples d’une alliance étatique ;
- Le principe « une nation = un Etat », d’autant plus que nul ne sait plus ce qu’est une nation !
Faute de principes ! Faute de volonté ! Faute de pensée, on a laissé faire les extrémistes, tous les extrémismes, qu’ils soient de la race, de l’histoire, de la religion, avec leurs cortèges d’ignominies ! Et finalement, on a fait de l’ex-Yougoslavie un vaste champ d’expériences, rien d’autre ! Quelle inhumanité ! Quel oubli de Dieu ! »[/color]