Bonjour Exupère,
Bonjour Charles,
Bonjour MB,
Et
welcome back, Gaudeamus.
Merci de vos réponses.

Exupère, la conscience d’appartenir à une race est très présente. Elle est exacerbée chez ceux qui n’appartiennent pas au groupe normatif ou majoritaire (j’évite l’adjectif ‘dominant’). Mais ce sentiment de différence n’est pas seulement racial. Avec l'égalité des droits, la race plus n’est qu’un signe d’appartenance parmi d’autres.
Dans un monde où s’enchevêtrent tous les groupes humains, la revendication identitaire est parfaitement normale. Etre français ne voulait strictement rien dire pour moi jusqu’à mon installation à l’étranger. Les Genevois me faisaient remarquer mon accent parisien ; tant que j’habitais à Paris, comment l’aurais-je distingué ? Loin d’uniformiser, comme le pensent naïvement ses contempteurs, la mondialisation appelle la différenciation, non pas celle des hasards de la naissance, mais celle que nous réclamons pour nous-mêmes. Une Saoudienne dans son bled n’a pas bcp de choix, mais dans une ville mondialisée comme Londres, elle peut militer pour l’Islam ou pour le féminisme, être un modèle d’intégration petite-bourgeoise ou la seconde épouse bâchée d’un barbu prêcheur. Ce qui eut été destin devient engagement.
Alors que depuis les droidloms en politique et Marx en économie, d’aucuns croyaient que le capitalisme libéral nous réduirait à l’interchangeable identité de citoyens en politique et de consommateurs en économie, nous voyons apparaître de nouvelles fiertés collectives : Black plutôt que noir, Latino plutôt qu’hispanique, Femme plutôt qu’épouse ou mère,
Gay Pride, etc.
Cette création de liens entre individus me paraît plutôt bienvenue.

En revanche, Exupère, je souscris à tout ce que tu dis de l’Islam. Je corresponds avec quelques musulmans qui m’ont écrit à la suite d’articles publiés dans diverses gazettes, et j’ai la conviction qu’il existe un large mouvement musulman réformateur. Mais dans des sociétés où la loyauté au clan prime sur la vérité, se dire admirateur de Locke, Montesquieu, Tocqueville, des Pères fondateurs américains et du libéralisme occidental, c’est renier les siens lorsqu’ils sont attaqués, c’est faire le jeu du 'sionisme' et de 'l’impérialisme yankee'. Comme je l’ai mentionné déjà, le directeur de l’Opéra de Paris pouvait-il programmer La Walkyrie en 1939, tout fervent admirateur de Wagner qu’il ait pu être ? Le paradoxe navrant de la politique moyen-orientale américaine est de ne pas permettre à ceux qui sont pro-occidentaux de se manifester. Ils passeraient pour des traîtres.

Je ne crois pas au natalisme. La petite Angleterre a régné sur la moitié du monde. Par définition, tous les empires furent le fait d’une minorité s’imposant à une majorité. L’absolue confiance en la supériorité de ses valeurs compense la faiblesse numérique du dominant.
Le taux ‘naturel’ de fécondité est celui qui permet à une population de se perpétuer. Il devait être de 10 enfants et plus par femme lorsque la mortalité infantile, les maladies et les disettes ne permettaient qu’à deux de ces enfants d’atteindre l’âge de procréer eux-mêmes. Il se situe
théoriquement autour de 2,2 enfants par femme dans l’Europe médicalisée et prospère. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, il diminue dans les autres pays à raison de leur décollage économique, comme le remarquent MB et Gaudeamus. La réalité européenne, cependant, est en-dessous de ce taux de renouvellement. Cette dénatalité, à mon avis, est due à la perte de confiance dans deux valeurs, la famille et le progrès. Elle est une conséquence directe du socialisme.

ick:
L’Etat providence rend économiquement inutile la famille. Nous n’avons plus besoin de
nos enfants pour assurer nos retraites ; nous comptons sur ceux d’autrui. C’est la
répartition. Nous n’avons plus besoin de la solidarité familiale en cas de coups durs. Il y a l’assistance sociale. Le Code civil, absurde violation du Droit, interdit au propriétaire d’un bien de le laisser à qui il veut, entraînant le morcellement infini des propriétés si les familles sont nombreuses. L’impôt décourage l’épargne et la transmission d’un patrimoine. L’incertitude économique, fiscale, législative, conduit tout le monde à privilégier le court terme. Faut-il chercher ailleurs la raison pour laquelle nous préférons la jouissance immédiate à la responsabilité d’une famille ?
Charles
la seule force des Etats-Unis et de leur idéologie libérale, qui sont l'unique alternative idéologique à l'islam, est la promesse de prospérité.
Cette affirmation méconnaît totalement l’aspiration à une vie plus libre, plus responsable, qui n’est pas l’exclusive des occidentaux. La promesse de prospérité n’est que le produit d’appel un peu vulgaire vers une offre libérale bien plus diversifiée, pour utiliser le vocabulaire des marchands : égalité des sexes, démocratie, liberté de conscience et d’opinion…
MB
par pitié, Christian, halte aux grandes phrases sur la "décadence romaine" ! Je ne sais pas ce que ce phénomène signifie.
On peut nommer autrement cette période de l’époque romaine (crise ? déclin ?), le phénomène n’en demeure pas moins. Nous l’appelons ‘décadence’ à la suite de Montesquieu et Gibbon, mais les Romains de l’époque étaient bien conscients de la perte des valeurs héroïques qui avaient construit la force et la gloire de la République. Voir Suétone, Tacite, Tite Live, entre autres.
Cordialement
Christian