N'y a-t-il pas une exception à ce principe via la notion de privilège paulinien ?
Tout à fait, c'est la définition même du privilège : un droit, avantage particulier accordé par une autorité, à une personne ou à un groupe, en dehors des règles communes.
Le Privilège paulin (Privilegium Paulinium) est un concept chrétien autorisant une exception au principe de l'indissolubilité du mariage, basé sur les instructions de saint Paul dans sa Première épître aux Corinthiens :
« Quant aux personnes mariées, j’ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que la femme ne se sépare point de son mari ; si elle en est séparée, qu’elle reste sans se remarier ou qu’elle se réconcilie avec son mari ; pareillement, que le mari ne répudie point sa femme. Aux autres, je dis, moi, non le Seigneur : Si quelque frère a une femme qui n’a pas la foi, et qu’elle consente à habiter avec lui, qu’il ne la renvoie point ; et si une femme a un mari qui n’a pas la foi, et qu’il consente à habiter avec elle, qu’elle ne renvoie point son mari. Car le mari infidèle est sanctifié par la femme, et la femme infidèle est sanctifiée par le mari ; autrement vos enfants seraient impurs, tandis que maintenant ils sont saints. Si l’incrédule se sépare, qu’il se sépare ; le frère ou la sœur ne sont pas asservis dans ces conditions. Dieu nous a appelés dans la paix.
(1 Co 7:10-15 Traduction du Chanoine Crampon, 1923) »
La première section de ce passage, où l'Apôtre utilise la forme « non pas moi, mais le Seigneur », rappelle la doctrine chrétienne sur le mariage, exposée par le Christ lors du Sermon sur la montagne, qui fait du mariage un sacrement indissoluble.
La seconde section du passage autorise une entorse à ce principe général dans le cas où un infidèle marié à un autre infidèle demanderait le baptême. Ce privilège se distingue du mariage civil en ce qu'il permet au nouveau baptisé de se remarier, mais aussi de la déclaration de nullité, puisque la validité originelle du premier mariage n'est pas contestée au regard de la loi naturelle. D'après le droit canon, ce privilège ne s'applique qu'aux couples dont aucun des conjoints n'était baptisé au moment du mariage.
Un mariage valide et consommé entre deux personnes non baptisées peut donc être dissous en vertu du privilège paulin (Code, canon 1120) L'Église peut faire l'annulation du mariage d'un (ou d'une) converti pour qu'il épouse une personne catholique, si le conjoint non baptisé refuse de se convertir ou de vivre en paix avec la personne qui s'est fait baptisée. On appelle cette exception à l'indissolubilité du mariage "privilège paulin" par ce qu'il est fondé sur l'enseignement de Saint Paul (1 cor 7/ 15) .
J'imagine que l'Eglise a rarement l'occasion d'appliquer ce privilège (chez nous en tout cas) puisque souvent, les convertis sont en fait des "recommençants" ou bien l'époux(se) du converti s'accommode de cette conversion (époux(se) athée ou indifférent(e)). Mais il est vrai que les juifs et les musulmans supportent souvent mal la conversion au christianisme de leurs proches, il doit bien y avoir des cas de privilège paulin dans ces situations.
Cordialement