Bonsoir Ti'Hamo,
Dans vos derniers messages, j'ai un peu l'impression que nous nous limitons à un discours binaire du type "hasard ou nécessité".
Quand vous dites de Dieu qu'il fait les choses gratuitement, par pur Amour, etc... Ou d'Adam et Eve qu'ils font les choses non par nécessité mais par volonté libre, etc... Je suis entièrement d'accord avec vous. Mais pardon d'ajouter cette remarque qui me semble essentiel : ça ne veut pas dire que c'est dénué de sens et de cohérence, ou irrationnel ! Et si ce n'est pas irrationnel, c'est qu'il y a quelque chose à comprendre.
Vous dites par exemple :
ti'hamo a écrit :> Il me semble abusif, faux, et dangereux, de supposer qu'Adam et Eve n'aient pas engendré, en Eden, volontairement, au sens de s'interdire définitivement d'engendrer pour les raisons que vous avancez - ce qui signifierait alors que, s'ils n'avaient pas commis le péché, ils n'auraient jamais engendré, et que l'ayant commis ils se seraient par contre alors (?) trouvés obligés (re-?) d'engendrer.
A aucun moment je n'ai parlé d'obligation. Toujours ils sont libres d'user de leur volonté. Mais vous justement qui aussi leur reconnaissez cette liberté, de même que vous reconnaissez qu'ils n'ont pas engendré avant la chute : se peut-il qu'ils aient été contraint de ne pas engendrer avant la chute ?
- Si oui, alors ils n'étaient pas vraiment libres (ce que je ne crois pas)
- Si non, alors ils ont agit conformément à la volonté de leur Père, en vue du vrai Bien.
Point à la ligne, le raisonnement s'arrête là : c'est un constat. On peut mettre autant de "si" qu'on veut, le fait est là : la volonté du Bien, définition même de l'Amour, a fait qu'Adam et Eve n'ont pas engendré avant la Chute. Auraient-ils pu faire autrement ? Bien sur, mais si ils ne l'ont pas voulu, c'est donc que cela n'était pas conforme au bien voulu par Dieu, donc à l'Amour de Dieu. Ca me semble assez carré, non ?
J'imagine que votre argument serait de dire : ils n'ont pas eu le temps d'engendrer, ils ont désobéi à Dieu tout de suite. Peut-être. Reconnaissons simplement qu'en l'espèce, il existe un état de l'Homme, créé en parfaite communion avec Dieu, vivant dans le parfait Amour de Dieu, et qui dans cet état n'a pas voulu engendré. A moins, et c'est la seule supposition qu'on pourrait tenir, c'est que le tout premier acte de volonté libre de l'Homme, fut le péché originel lui-même.
Après je ne dis pas que telle chose est requise ou pas... ou sinon uniquement pour satisfaire mon intelligence, d'une certaine manière. Vous dites que Dieu n'avait pas besoin de nous créer, mais il l'a fait. Oui, et nous sommes bien là pour nous demander pourquoi. C'est un fait. Nous nous questionnons sur nos origines depuis la nuit des temps, et Dieu vient nous répondre par une révélation de son Verbe même.
ti'hamo a écrit :L'amour de Dieu c'est d'abord le don gratuit, ne l'oublions pas. Et justement si on engendre c'est d'abord et avant tout par don gratuit et amour, et non comme un moyen de parvenir à telle ou telle "plénitude" de bonheur personnel, qu'il soit spirituel ou matériel.
Très précisément, mais j'ajoute pour préciser que cela est en vue du vrai Bien (c'est le sens de l'Amour), donc en vue de Dieu, et que cela a du sens. Dieu ne nous a pas inventé une série de règles, principes, rituels et sacrements totalement anarchiques pour lui rendre gloire. Il a fait les choses pour qu'elles s'accordent à la raison qu'il nous a donné, ET pour qu'elles épousent notre intelligence (qu'il nous a aussi donné). Pour que sa révélation soit accueillie par notre intelligence, la base même c'est qu'elle fasse du sens. Idem pour sa création, dont il nous est demandé d'avoir une intelligence également (ce qui rend si précieuse les sciences, justement).
ti'hamo a écrit :Vous proposez, en fait (si j'ai bien compris), que la virginité consacrée soit la nature réelle de l'Homme telle que voulue par Dieu à sa création, et que le mariage et l'engendrement soit une vocation qui apparaisse au moment du péché.
Non, pas du tout. J'ai dit que le mariage était une institution divine enracinée dans la nature même de l'homme, en amont de la chute. Il est l'expression de l'amour même de Dieu et découle de ce que l'Homme est créé selon la dualité Homme-Femme. D'une certaine manière, c'est une "nécessité" ontologique (je mets des guillemets à nécessité parce que vous allez encore m'accuser de poser des contraintes à Dieu, après !). La question qui demeure c'est de comment est pratiqué le mariage. Je ne crois pas vous heurter si je vous dis qu'aucun de nous, même dans la vie la plus sainte qui soit, n'est parfait comme le Christ est parfait, ou même seulement comme le premier Adam était parfait. Notre réponse à la vocation du mariage est donc forcément très éloignée de son accomplissement total. L'accomplissement total c'est l'union parfaite, finale, image de l'union de Dieu et du corps mystique. Dans le mariage vécu de manière sacramentel, nous cheminons donc vers la réalisation de ce projet spirituel que Dieu a formé pour nous, de nous unir parfaitement à Lui.
Maintenant si nous prenons toujours la même institution du mariage, mais un homme dans un état d'union à Dieu déjà parfaitement accomplie, participant à la vie divine. Il parait évident que si la tension entre la réalité et ce qu'il doit s'accomplir n'est pas la même, alors l'union des époux qui le figure est nécessairement différente aussi. Je l'ai déjà dit, mais plutôt que de faire des suppositions, on peut regarder ce que nous enseigne Jésus sur l'après (à défaut d'en dire plus sur l'avant) :
Matthieu 22, 30 a écrit :A la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel.
On est donc forcé d'admettre que cette vocation à engendrer dans le mariage n'est au minimum pas éternelle. Si donc quand tout sera accompli, en l'état de participation à la vie divine, dans le royaume, on ne prend ni femme ni mari, pourquoi devrait-on affirmer absolument quelque chose de différent pour Adam et Eve dont l'état de participation à la vie divine est du même ordre que l'état du ressuscité ?
ti'hamo a écrit :Je tiens, moi, que le mariage et l'engendrement sont la vocation de l'homme et de la femme dès l'origine, selon leur nature telle que créée par Dieu, cette union (physique) et son résultat étant image et figure des relations en Dieu entre les personnes de la Trinité,
Sur le mariage oui, sur l'engendrement vous extrapolez. Encore une fois, dans la résurrection, on ne prend plus ni mari ni femme. Et autre chose : cette vocation, pour reprendre vos propres arguments, n'est en rien une obligation. L'Homme n'est pas "obligé" pour faire le bien, et ce n'est pas là la perfection ultime de la Vie (donnée par Dieu), que d'engendrer une descendance. Dire le contraire serait pure extrapolation.
Après, vous parlez d'une image des relations entre les personnes de la Trinité, comme on dit aussi que l'union de l'homme et de la femme figure l'union de Dieu et de l'humanité... très bien, je suis pleinement d'accord. Mais c'est important de se poser là aussi la question du pourquoi ? Est-ce que cette vocation à "mimer Dieu" pour lui rendre gloire est un absolu de la vie de l'Homme ou est-ce un chemin pour le conduire quelque part ?
Je vais vous dire une chose, que j'ai beaucoup de mal à expliquer, je vous prie donc d'être indulgent. Contrairement à ce que je pourrais laisser croire, je ne crois pas que la résurrection ce soit juste un simple retour à la case Adam. L'histoire de l'humanité jusqu'au Christ ressuscité nous re-génère dans l'état Adamique mais en apportant quelque chose de plus, et même d'essentiel. C'est un peu comme si avant le péché originel nous étions l'épouse en harmonie parfaite avec l'époux, mais avant de faire l'amour avec Lui. Là on s'est disputé, on s'est refusé à lui (sans prétexter de migraine, mais une histoire bidon de serpent qui parle

), il est venu nous rechercher, nous a pardonné et est allé au-delà du pardon, puisqu'il a achevé son don créateur en nous faisant l'Amour (j'espère que je ne choque personne avec cette analogie) et nous l'avons reçu en nous (ou nous l'aurons pleinement reçu au dernier jour). Et la résurrection c'est ça, c'est Dieu qui nous fait l'Amour.
Nous revenons bien, dans la résurrection, par la miséricorde divine, à cet état d'harmonie parfaite en Dieu d'avant la chute, mais en plus, par ce don extraordinaire de son amour, nous voilà fécondés par Lui. Et comme l'épouse prendrait le nom du mari, de cette union avec Dieu consacrée, au lendemain de la résurrection nous prenons le nom de l'époux. Voilà en quoi non seulement la vocation au mariage est inscrite dans notre nature même, dès l'origine, mais voilà aussi pourquoi, une fois cette union à Dieu accomplie on n'a plus à remettre ça, si je peux me permettre. De même je dirais bien que le péché pourrait être ce refus du don d'Amour de Dieu, que l'union charnelle des époux nous apprend à "réparer". C'est une manière, lorsque les époux s'unissent de se préparer et de témoigner à Dieu de ce que nous désirons nous unir à Lui.
Bref, ça aura bien fait dériver le sujet. Tout ça pour dire que quoi qu'on en dise, Adam et Eve ne se sont pas unis avant la chute, et que cela a du sens. Ce n'est pas juste un hasard, ni plus qu'une nécessité. C'est un fait et il a du sens.
ti'hamo a écrit :> Et, donc, pourquoi Dieu a-t-il créé les étoiles ?
Vous évoquez la question, mais vous ne répondez pas.
Ouch, vous ne voulez pas qu'on ouvre un autre sujet ? Rapidement : fonction symbolique des étoiles. Guide dans la nuit, grand nombre, postérité. Je n'y ai pas beaucoup réfléchi, mais là comme ça, sur une grille de lecture anthropologique, je dirais que les étoiles figurent la mémoire spirituel des hommes, la tradition. Sur le plan de la psyché, ces astres sont assimilés à ce que certains ont appelé égrégores, c'est-à-dire une agrégation d'idées forces, nées de l'esprit des hommes, et par lesquels notre pensée est elle-même influencée, comme par attraction gravitationnelle (mais au plan spirituel).
La postérité des grands hommes est de laisser une trace qui montre le chemin vers la Vérité. L'ultime étoile conduisant à la vérité fut celle qui conduisit les mages vers Bethléem. Au dernier jours, les étoiles tomberont du ciel, nous dit Jésus. Et pour cause, sa vie terrestre, son enseignement, est la toute dernière étoile. Dans l'apocalypse, nous retrouverons ces étoiles qui figurent les apôtres autour de la Vierge, eux-mêmes des guides spirituels, laissant dans le vide de la nuit, une lumière pour nous guider et nous conduire à destination.
Bref, la fonction symbolique des étoiles, selon moi, c'est cette réalité intelligible d'une postérité à l'intelligence, qui prépare et facilite le travail de l'intelligence des générations qui viennent. Ainsi dans d'autres cultures, on pensait que les héros gagnaient leur place parmi les étoiles pour les mêmes raisons. Ainsi dans d'autres traditions, selon qu'on nait sous telle ou telle configuration astrale, notre esprit en sera marqué singulièrement dans ce qui guidera son évolution.
Notez que je suis peut-être complètement à côté de la plaque, j'y ai juste un peu réfléchi comme ça tout à l'heure au diner. Si vous êtes intéressé, Saint Thomas d'Aquin porte un regard très troublant pour nous aujourd'hui sur les corps célestes, puisqu'il ne distingue pour ainsi dire en rien la réalité physique de ces astres, et leur fonction spirituelle.
ti'hamo a écrit :> Mes arguments ne servent pas à nier la conception virginale de Jésus, attention aux erreurs de raisonnement : nous connaissons la conception virginale de Jésus, non pas parce qu'elle serait nécessaire à Dieu ou à Jésus (le fait d'être fils biologique de Joseph n'enlèverait rien à son humanité, et rien à sa divinité), mais simplement parce qu'elle est affirmée.
... et aussi parce que ça a du sens. Nous ne croyons bêtement tout ce qu'on nous dit. La foi, ce n'est pas juste croire que telle chose est la vérité, c'est un assentiment de l'intelligence à cette vérité qui nous est révélée. La conception virginale de Jésus n'est pas nécessaire à Dieu ou à Jésus, mais elle est cohérente et se donne ainsi à notre intelligence pour qu'elle puisse l'épouser. Dieu ne fait pas les choses de manière totalement anarchique, vous en conviendrez.
Ma quête, dans ce débat, c'est de partir de cet état de fait que ce que fait Dieu, dans son acte de création est un acte d'Amour, donc une volonté du Bien qui féconde notre intelligence. Si donc Dieu veut que nous ayons connaissance de l'histoire de nos origines, il est absolument exclu que cette histoire n'ait aucun sens. Bien au contraire, pour quelque chose d'aussi inaccessible à la connaissance immanente que la question de nos origines nous soit connu, il me parait évident que cette histoire engagera toute notre foi, en particulier la foi en la résurrection. Vous l'avez dit d'une autre manière en suggérant que nous pouvions reconnaitre le beau et le bon dans la création. Justement, j'essaie de réfléchir à ce qu'aurait fait Dieu en voulant faire le top du top, soit une histoire qui implique complètement l'anthropologie qu'il nous enseigne du début de sa révélation à Jésus Christ, et qui fait même écho à sa dimension eschatologique. Je cherche de la cohérence, c'est-à-dire du beau, dans l'acte de création. Et je suis désolé, mais en l'état la thèse du Professeur Lejeune, par exemple manque un tout petit peu de cette beauté.
L'idée d'évolution est déjà très belle, très forte en signification. Mais il manque quelque chose qui donne plus de sens à tout ça. Quand je dis il manque, je ne veux pas dire que ce serait une connaissance absolument nécessaire à la foi ou au salut. Je dis que de la même manière qu'avant que notre intelligence reçoive cette révélation de l'immaculée conception de la Vierge, par exemple, nous n'en avions pas besoin, mais cette réalité donna beaucoup de sens, enrichi la foi, et se trouve être d'une beauté incroyable. Combien autant devrait l'être la vérité sur nos origines ! Quelque chose qui décoiffe l'intelligence, qui ne heurte pas notre foi mais la rend encore plus forte (l'idée du saut d'espèce par exemple joue déjà ce rôle signifiant), encore plus belle, et rejoint si parfaitement la Vérité révélée en Jésus Christ, qu'on ne pourrait plus dire en contemplant l'un et l'autre comment nous n'avions pas vu avant l'Alpha de l'histoire humaine, lors même que l'Omega s'était déjà rendu présent à nos yeux, à le toucher et nous en nourrir. Comprendre nos origines, c'est d'un seul coup recoller la pièce manquante, recoller ensemble l'Alpha et l'Oméga, si beaux dans leur unité. C'est alors une vérité soit bouleversante pour l'intelligence ouverte à la grâce, soit parfaitement intolérable pour celui qui s'en est coupé.
Tout ça pour dire que s'arrêter à l'homme qui descend du singe ça me laisse un peu sur ma faim.
PS : Xavi, je viens de lire votre message, mais je n'ai plus le temps de vous répondre tout de suite. J'ai trop dérivé là, désolé.