Alors la Sainte Messe en latin ou en français ?

deniserp
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Re: La messe en latin

Message non lu par deniserp »

Il faut entendre le sens de juif comme "peuple élu" à mon avis. Que nous soyons aujourd'hui juifs ou chrétiens, nous descendons tous du même peuple de l'AT. Donc oui, dans les impropère le Christ parle bien de tous les hommes. La version faite par la communauté de l'Emmanuel et que j'ai chantée le vendredi saint dans ma paroisse est aussi magnifique et elle est en français.
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philémon.siclone
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Re: La messe en latin

Message non lu par philémon.siclone »

Théophane a écrit :Merci beaucoup pour ces précisions ! Je me coucherai moins ignorant ce soir. ;)

Le texte des impropères est effectivement d'une grande force poétique, surtout en latin, puisque tel est le thème de ce sujet.
La seule objection que j'aurais à faire concerne le fait que ces reproches étaient adressés primitivement au peuple juif. Depuis, la compréhension que nous avons de la mort du Christ a évoluée, et il n'est plus possible dans l'Église catholique d'affirmer que le peuple juif est responsable de la Passion de Notre-Seigneur, laquelle doit être attribuée à l'ensemble de l'humanité pécheresse.

Je préfère pour ma part considérer que ces reproches sont faits aux hommes de façon générale, moi compris. Après tout, ne pourrions-nous pas regarder les enfants d'Israël libérés de la servitude d'Égypte comme nos pères dans la foi ?
Mais c'est évidemment comme ça qu'il faut le comprendre, et comme l'a d'ailleurs de tout temps compris l'Eglise. Les "Juifs" ne sont qu'une image. Tous les pécheurs, y compris les chrétiens, sont réputés crucifier Jésus dans chacun de leurs péchés innombrables. Ces impropères s'adressent donc d'abord à nous, chrétiens. Le problème, c'est qu'aujourd'hui on comprend tout au premier degré. Comment en serait-il autrement puisque nous sommes habitués, désormais, à vivre sans signes ni symboles ? J'espère qu'on se rendra compte un jour de l'énorme erreur que constitue l'oeuvre de destruction du sens dans la liturgie.

Et je relève simplement un exemple : le fait d'avoir chaque année toujours les mêmes paroles en latin et en grec, cela s'imprime dans la mémoire. On identifie mentalement ce texte comme étant propre à la liturgie. Mais dès que tout se retrouve en français, même s'il s'agit a priori du même texte, on a plutôt l'impression d'une improvisation, comme toutes les autres improvisations qui se produisent tout au long de l'année. Du coup, on fait moins attention au texte et à son sens liturgique. On a l'impression d'une prière banale que l'animateur a eu l'idée d'insérer pour faire bien, et même on décroche complètement de l'office. Celui-ci étant banalisé, sécularisé, désacralisé, pourquoi faire attention, puisqu'il s'agit de toute façon d'une oeuvre humaine, de la part de personnes au demeurant assez fantaisistes (à en juger par les chants qu'ils nous proposent en général) ? Tout cela n'ayant pas l'air très sérieux, on s'efforce d'assister malgré tout à la messe, puisqu'il faut bien, et on se réfugie dans sa propre liturgie personnelle sans trop faire attention à ce qui se passe autour. Voilà le problème créé par le passage intégral à la langue vernaculaire, et la révision complète des textes liturgiques, qui nous fait perdre complètement le sens profond des choses. On sent bien, au fond de nous, que cette liturgie moderne est complètement trafiquée, bidouillée, bricolée, et l'on se tient naturellement sur sa réserve, avec toujours cette question : tiens ce texte, est-ce un texte inventé récemment par nos liturges modernes, ou est-ce un texte authentique venant du fond des âges ? Et comme la méfiance tend à l'emporter, on reste sur ses gardes, on n'accueille pas pleinement l'office, même si a priori le texte est réellement vénérable, car l'on n'a aucun moyen de s'en apercevoir (sauf si l'on a un certain bagage dans ce domaine).

Voilà pourquoi assister à une messe traditionnelle, particulièrement pour ces grandes fêtes, est plus sûr : on ne se pose plus de question, on accepte tout. On a confiance dans les textes, qui reviennent d'année en année, et on finit par les assimiler.

Tandis que la messe en langue vernaculaire interdit d'emblée la moindre assimilation, puisque ce n'est JAMAIS la même chose. Même les lectures changent tout le temps. C'est le bazar permanent.
Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus

Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
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François-Xavier
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Re: La messe en latin

Message non lu par François-Xavier »

Beaucoup de nos membres et amis savent à quel point il est difficile en tant que schola grégorienne, de faire comprendre aux responsables des paroisses ou des lieux de culte où nous intervenons, qu’en fait nous ne militons pas pour la « forme extraordinaire ». Nous ne faisons partie ni de « Paix liturgique », ni du « DALE », ni de « Una Voce »….

Et pourtant, nous nous efforçons de pratiquer une liturgie en chant grégorien : et cette dernière n’est pas l’apanage exclusif des traditionalistes, nous en sommes la preuve vivante.

Dans un certain nombre de cas, on nous explique que ce que nous faisons est impossible, ou pas crédible, ou sans avenir, parce que le latin – et donc le chant grégorien – est « fait pour » la messe de Saint Pie V. Bien mieux, le pape a adressé aux fidèles et au clergé une lettre pastorale en forme de motu proprio pour les gens (comme nous ?) attachés à la liturgie latine. Notre présence dans les « paroisses ordinaires » ne serait donc si souhaitée, ni profitable, ni conforme même à la volonté de « Summorum pontificum » depuis le 7 juillet 2007. Notre attitude serait donc, avant même toute évaluation, un échec pastoral annoncé, qui ne mériterait même pas qu’on s’y intéresse.

Nous voyons bien que ce type d’affirmation participe largement de la « polarisation » liturgique contre laquelle nous nous sommes élevés à de maintes reprises sur les pages de notre site web, à la suite du Saint Père qui déplorait dans un discours à la curie romaine, une certaine « herméneutique de la rupture ». Quelques mises au point nous semblaient donc nécessaires ; Dieu merci, il est quelques personnalités qui viennent tout de même à notre secours sur ces questions et qui n’hésitent pas à aller à contre courant, par le témoignage, d’une part et d'autre part par le recours aux faits historiques, qui, comme chacun sait, sont tétus…



« Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le latin n’est pas un frein. »

Dans sa dernière livraison, l’Homme nouveau (n°1467 daté du 10 avril 2010), dans son dossier sur les 1000 ans de Solesmes, cite ainsi dom Debout, chantre et sacristain à Solesmes, diplômé de l'Institut Supérieur de Liturgie (Paris), spécialiste des Institutions liturgiques de dom Guéranger, et auteur dans la revue du SNPLS (La Maison Dieu) d’un magnifique article sur « l’expérience spirituelle de la Messe en latin », [dans lequel le P. Debout parle évidemment de la messe… De Paul VI.]

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Au service de la beauté

On tient surtout à dire à Solesmes que l’usage du latin ou l’emploi du grégorien pour la liturgie communautaire ne découle pas d’un choix « fixiste » ou d’une opposition aux réformes liturgiques entreprises par l’Eglise après le Concile Vatican II. Bien au contraire ! Le Père Paul Debout tient à le préciser : « Nous avons accueilli avec joie le nouvel ordo de la messe qui nous a permis de découvrir de nouvelles choses. Nous avons toujours voulu recevoir la nouveauté dans la continuité. On peut ainsi dire que les dimensions principales de la liturgie à Solesmes sont la beauté et la continuité. ».

Oui, d’accord, dirons certains, mais ceci n’est valable que pour les moines, et encore par tous ; le cas de Solesmes étant en outre particulier puisque la conservation du répertoire grégorien est pour eux une obligation depuis la demande dans ce sens qui leur a été faite par Paul VI en 1975 ; ce n’est certainement pas la pensée du P. Debout, ni celle des moines, qui ne cherchent certainement pas à être une sorte de conservatoire romantico-nostalgique, mais bien d’exercer l’apostolat de la prière « au cœur de l’Eglise » (pour reprendre le titre de la biographie consacré à dom Guéranger un autre moine de Solesmes, dom Guy Marie-Oury : Dom Guéranger, moine au cœur de l’Eglise.)

Dom Yves-Marie Lelièvre , le maître de chœur de la même abbaye précise ainsi dans le même numéro :

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Lui aussi tient à spécifier que la langue latine ne pose pas de problème particulier aujourd’hui : "Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le latin n’est pas un frein : les chants sont écrits spécialement pour le latin qui est essentiel au grégorien. Le latin fait donc partie de la formation de base reçue au noviciat. Cela dit, le grégorien n’est pas réservé aux monastères, il est tout à fait praticable en paroisse. D’ailleurs, les quelques chœurs de grégorien qui existent déjà en sont la preuve. Je pense, par exemple, au chœur de la cathédrale du Mans ou à celui de Saint Germain l’Auxerrois, au chœur du Val de Grâce, à la Schola Saint Maur, etc…)"

Le chœur grégorien du Mans est dirigé par M. Philippe Le Noble et met en œuvre le grégorien dans la liturgie « ordinaire » ; c’est la même chose en ce qui concerne le Val de Grâce (chœur grégorien de Paris – voix d’hommes ), et Saint Germain l’Auxerrois (messe du dimanche soir, voix de femmes ). Quant à la Schola Saint Maur, pour rappel, nous chantons dans un certain nombre de paroisses du diocèse de Versailles, en région parisienne et ailleurs. Nous chantons en particulier, parmi d’autres choses tous les premiers dimanches du mois à 18.30 à l’Eglise de Saint Quentin Les Sources (18.30).

Eglise de Saint Quentin les Sources, ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines. Messe grégorienne tous les 1ers dimanches du mois, à 18.30.



Le chant grégorien : répertoire musical intrinsèquement lié à Vatican II et à la réforme liturgique.



En cherchant des arguments historiques concernant cette question, nous avons trouvé une excellente mise au point de la part de dom Saulnier, autre moine de Solesmes, directeur de l’atelier de paléographie musicale de cette abbaye et professeur à l’Institut Pontifical de Musique Sacrée de Rome, lors d’une allocution prononcée lors de la session inter-monastique de chant grégorien de 2005, à l’abbaye bénédictine de Maylis. Nous y découvrons ainsi que c’est à l’époque même de la mise en œuvre du missel dit « de Saint Pie V », que le grégorien a entamé sa décadence ; et qu’il a fallu attendre le XXème siècle et en particulier, un autre Concile (Vatican II !), pour que justement le magistère reconnaisse dans le chant grégorien « le chant propre de la liturgie romaine ». Cette phrase si importante se trouve dans la constitution dogmatique « de Sacra Liturgia » qui commence par les mots Sacrosanctum Concilium du 4 décembre 1963 ; elle se trouve également dans chacune des éditions typiques (latines et françaises) du Missel romain post conciliaire jusqu’à 2002…. Phrase qu’on ne trouve dans aucune édition du Missel de Saint Pie V, dans ses différentes versions jusqu’à la dernière, qui fait référence lorsqu’on fait allusion à ce qu’il faut appeler désormais la « forme extraordinaire du rite romain » (édition de 1962, promulguée par le bienheureux Jean XXIII). C’est donc le Concile de Trente qui provoque la perte des mélodies grégoriennes. Avis aux amateurs de la liturgie dite « tridentine »… !

(Source : http://palmus.free.fr )

Le Moyen-Age : expansion et non décadence

Arrivé là, il y a une fausse vérité à laquelle il faut faire un sort, d’autant plus que dans le premier livre que j’avais écrit, j’avais terminé mon petit chapitre sur le moyen âge par cette phrase : « A la fin du moyen âge, le chant grégorien est entré dans une complète décadence. » [Le chant grégorien P. Daniel Saulnier 1995 p 10 « A la fin du Moyen-Age (XVe s.), le chant grégorien est entré dans une complète décadence dans son édition comme dans son exécution »] Les universitaires me l’ont fait payer chèrement ! Ils m’ont appris à voir que c’était faux.

Dom Mocquereau lui-même, dans la Paléographie Musicale, avait montré le contraire. Dans l’introduction du premier volume, dom Mocquereau prend deux manuscrits, un manuscrit d’Ivréa du XIe siècle, un des plus anciens témoins de l’office ; il lui superpose un manuscrit de la même région, du XVIIe siècle, en grosses notes carrées, et montre qu’il n’y a pratiquement pas de différence, à une note près… Donc, ce qui s’est passé au Moyen-Age, ce n’est pas une décadence. À côté du chant grégorien parfois à la manière d’un parasite, nourri de l’arbre sur lequel il grandit, sont nées d’autres formes musicales qui ont caché, en quelque sorte le chant. Mais quand vous regardez les manuscrits à la veille du concile de Trente, tous les manuscrits ont la même version musicale qu’au XIe siècle (encore une fois à quelques notes près, car il y a des variantes régionales). La deuxième partie du Moyen-Âge a plutôt été une période d’inventions, dans le sens d’expansion du chant et de composition. Qu’est-ce qui

a été la décadence ? Contrairement à ce que les pères voulaient, c’est le Concile de Trente, qui l’a provoquée…



Le Concile de Trente

Les effets secondaires d’une décision pastorale

Le Concile avait laissé au pape Pie V le soin d’éditer les deux livres principaux de la Liturgie, à savoir le missel (« de saint Pie V ») et le Bréviaire. Le pape a fait son travail, mais dans le calendrier il y avait des changements et dans les rites il y avait aussi un certain nombre de changements, du moins une régularisation de la Liturgie. Les dispositions du Concile de Trente sur le chant, il y en avait deux principalement, d’abord une insistance à la fois du mouvement de la Réforme comme des pères conciliaires qui sont absolument d’accord pour dire que la base du chant sacré c’est l’intelligibilité du texte et puis l’accord pour écarter de l’église des mélodies et sujets lascifs ou ambigus. Quand on écoute la musique d’orgue du XVIIe et XVIIIe siècle dans les églises luthériennes, on comprend ce que cela veut dire. Les musiques lascives sont des musiques qui attirent sur autre chose que sur le rite. Vatican II ne recommandera pas autre chose : l’intelligibilité du texte et le respect du rite. On refait donc aussi les livres de chants et dans l’esprit du Concile, on transmettait le répertoire de chants liturgiques tout simplement en écartant quelques obscurités, quelques barbarismes dans son latin surtout, et on confie cela à des musiciens. Le plus fameux d’entre eux est Palestrina (+ 1594), puis Zoïlo son compagnon responsable de la Chapelle pontificale.

Le chant grégorien, qu’est-ce pour Palestrina ? Palestrina est un compositeur de motets à quatre voix, il est dans la lignée du Cantus planus, de la polyphonie, pour qui une bonne mélodie grégorienne est ce qui permet de faire un bon motet. Donc la mélodie grégorienne à laquelle il ne s’intéresse pas tellement, il l’entend chanter en valeurs égales, il remarque des inconvénients selon la place de l’accent, selon l’importance des mélismes, tout ce qui peut l’aider à bien construire son motet. Or le pape a dit aux musiciens : rééditez un livre de chants et écartez-en les obscurités et les barbarismes ; les musiciens, c’est-à-dire l’équipe de Palestrina qui va se retirer, en partie sous la pression du roi d’Espagne qui intervient, comprenant que l’on va toucher aux mélodies grégoriennes, vont continuer le travail et proposer une nouvelle édition de la mélodie grégorienne dans un livre qui ne sera pas officiel, en ce sens qu’il ne sera pas imposé à toute l’église, mais il fera référence comme étant le missel, le graduel qui suit le Concile de Trente.

Cette correction des mélodies grégoriennes vise deux choses,

1. le déplacement de la mélodie sur l’accent,

2. la réduction des mélismes trop longs. Il suffit de regarder l’Alléluia de la messe de Pâques qui chez nous dure à peu près une minute, dans l’édition, que nous allons appeler médicéenne, il dure le temps de 15 notes chantées lentement l’une après l’autre.

Là est la décadence des mélodies grégoriennes : l’interprétation par les musiciens de la mélodie grégorienne, selon l’air du temps.

C’est aussi l’heure de l’imprimerie : les livres peuvent se répandre facilement. Évidemment, face aux livres pontificaux, quoiqu’ils ne soient pas imposés, il va y avoir deux réactions. Un certain nombre d’Eglises, surtout en Italie vont prendre ce chant, et d’autres, surtout en France, vont le refuser. Mais tout le monde est d’accord pour que les cérémonies religieuses ne soient pas trop longues et donc en France si on ne prend pas les livres revus après le Concile de Trente, on se trouve devant des mélodies beaucoup plus longues, et on chante aussi à valeurs égales, donc on va composer du chant d’église à la manière des livres romains.

Plain-chants gallicans

Le nom le plus célèbre est celui de l’abbé Leboeuf, chanoine de l’église d’Auxerre, à la fin du XVIe siècle. Il va composer l’office et toute la messe du diocèse de Paris.

L’abbé Leboeuf pour justifier son travail de préparation de ce qu’on appelle l’Antiphonaire de Paris, a regardé tous les manuscrits liturgiques contenus à la bibliothèque royale à l’époque et même il est allé en province consulter les livres des différentes églises. Par exemple, il donne la mélodie des répons brefs que l’on a pour les solennités, disant qu’au nord de la Loire on le chante ainsi, au sud autrement, dans l’ouest, encore autrement. Il est à la fois un créateur de mélodies car il a fait des choix, et en même temps, il est le premier paléologue du plain-chant. Il remonte déjà à l’idée de distinction entre chant romain et chant gallican. Il prouve, par exemple, que les polyphonies à plusieurs teneurs, comme le ton pérégrin, sont typiques du chant gallican. Il faudrait appeler cela du plain-chant baroque. Curieusement lorsque dom Guéranger et son équipe, vont parler de décadence du plain chant, ils ne penseront pas au plain-chant médiéval mais à la décadence de ces plain-chants gallicans, qui étaient interprétés dans une grande partie des diocèses de France [Note : « De nouvelles paroles exigeaient un nouveau chant… On se mit à l’ouvrage et l’on vit éclore une multitude de morceaux, chefs-d’œuvre d’ennui, de nullité et de mauvais goût… L’abbé Leboeuf, savant compilateur, fut chargé de noter l’Antiphonaire et le Graduel de Paris. Après avoir passé dix ans à placer des notes sur des lignes, et des lignes sur des notes, il fit présent au clergé de la capitale d’une composition monstrueuse, dont presque tous les morceaux sont aussi fatigants à exécuter qu’à entendre. Dieu voulu ainsi faire sentir par là qu’il est des choses qu’on n’imite pas, parce qu’on ne doit jamais les changer » Dom Guéranger Mélanges de Liturgie et de Théologie I p 37 (Dom Combe p 20)].

Dans cette même mouvance, on trouve les prêtres de l’Oratoire (le petit Rorate que l’on chante pendant l’Avent vient de l’Oratoire). Les pièces en do majeur ou fa majeur… c’est une époque. Les Mauristes ont aussi composé : le Te decet laus que nous chantons en deuxième lieu est des Mauristes. Il y a encore les messes de Du Mont [Note : Henri Du Mont. organiste Wallon ; à Paris à partir de 1638. Ses cinq messes en plain-chant (dites à tort « messes royales ») sont restées célèbres car chantées (surtout celle de 1er ton) dans les églises françaises jusqu’au XIXe s.]. C’est ce qu’on a appelé les Plain-chants gallicans. Ils sont gallicans, ils s’opposent à Rome ; ils comportent toutes sortes de choses, des inventions nouvelles, mais aussi une recherche dans les plain-chants régionaux.]
Dernière modification par François-Xavier le mer. 12 mai 2010, 10:33, modifié 1 fois.
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Laurent L.
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Re: La messe en latin

Message non lu par Laurent L. »

Nous y découvrons ainsi que c’est à l’époque même de la mise en œuvre du missel dit « de Saint Pie V », que le grégorien a entamé sa décadence ; et qu’il a fallu attendre le XXème siècle et en particulier, un autre Concile (Vatican II !),pour que justement le magistère reconnaisse dans le chant grégorien « le chant propre de la liturgie romaine ».
Le Concile reprend en effet les mots de Saint Pie X, dans le motu proprio "Tra le sollecitudini" de Saint Pie X, en 1903 :
La musique sacrée doit donc posséder au plus haut point les qualités propres à la liturgie : la sainteté, l’excellence des formes, d’où naît spontanément son autre caractère : l’universalité.

Elle doit être sainte, et par suite exclure tout ce qui la rend profane, non seulement en ellemême, mais encore dans la façon dont les exécutants la présentent.

Elle doit être un art véritable ; s’il en était autrement, elle ne pourrait avoir sur l’esprit des auditeurs l’influence heureuse que l’Église entend exercer en l’admettant dans sa liturgie.

Mais elle doit aussi être universelle, en ce sens que s’il est permis à chaque pays d’adopter dans les compositions ecclésiastiques les formes particulières qui constituent d’une certaine façon le caractère propre de sa musique, ces formes seront néanmoins subordonnées aux caractères généraux de la musique sacrée, de manière que personne d’une autre nation ne puisse, à leur audition, éprouver une impression fâcheuse.

Ces qualités, le chant grégorien les possède au suprême degré ; pour cette raison, il est le chant propre de l’Église romaine, le seul chant dont elle a hérité des anciens Pères, celui que dans le cours des siècles elle a gardé avec un soin jaloux dans ses livres liturgiques, qu’elle présente directement comme sien aux fidèles, qu’elle prescrit exclusivement dans certaines parties de la liturgie, et dont de récentes études ont si heureusement rétabli l’intégrité et la pureté.

Pour ces motifs, le chant grégorien a toujours été considéré comme le plus parfait modèle de la musique sacrée et on peut établir à bon droit la règle générale suivante : Une composition musicale ecclésiastique est d’autant plus sacrée et liturgique que, par l’allure, par l’inspiration et par le goût, elle se rapproche davantage de la mélodie grégorienne, et elle est d’autant moins digne de l’Église qu’elle s’écarte davantage de ce suprême modèle.

L’antique chant grégorien traditionnel devra donc être largement rétabli dans les fonctions du culte, tous devant tenir pour certain qu’un office religieux ne perd rien de sa solennité quand il n’est accompagné d’aucune autre musique que de celle-là.

Qu’on mette un soin tout particulier à rétablir l’usage du chant grégorien parmi le peuple, afin que de nouveau les fidèles prennent, comme autrefois, une part plus active dans la célébration des offices.

Les qualités susdites, la polyphonie classique les possède, elle aussi, à un degré éminent, spécialement celle de l’école romaine, qui, au xvie siècle, atteignit l’apogée de sa perfection grâce à l’oeuvre de Pierluigi da Palestrina et continua dans la suite à produire encore des compositions excellentes au point de vue liturgique et musical. La polyphonie classique se rapproche beaucoup du chant grégorien, modèle parfait de toute musique sacrée ; aussi a-t-elle mérité de lui être associée dans les fonctions les plus solennelles de l’Église, comme sont celles de la Chapelle pontificale. Il y a donc lieu de la rétablir largement, elle aussi, dans les cérémonies ecclésiastiques, spécialement dans les plus insignes basiliques, dans les églises cathédrales, dans celles des Séminaires et autres Instituts ecclésiastiques qui disposent d’ordinaire de tous les moyens nécessaires.

L’Église a toujours reconnu et favorisé le progrès des arts, en admettant au service du culte tout ce que le génie a trouvé de bon et de beau dans le cours des siècles, sans toutefois violer jamais les lois de la liturgie. C’est pourquoi la musique plus moderne est aussi admise dans l’Église, car elle fournit, elle aussi, des compositions dont la valeur, le sérieux, la gravité, les rendent en tous points dignes des fonctions liturgiques.

Néanmoins, par suite de l’usage profane auquel la musique moderne est principalement destinée, il y aurait lieu de veiller avec grand soin sur les compositions musicales de style moderne ; on n’admettra dans l’église que celles qui ne contiennent rien de profane, ne renferment aucune réminiscence de motifs usités au théâtre, et ne reproduisent pas, même dans leurs formes extérieures, l’allure des morceaux profanes.

Parmi les divers genres de musique moderne, il en est un qui semble moins propre à accompagner les fonctions du culte : c’est le style théâtral, qui obtint une si grande vogue au siècle dernier, surtout en Italie. Par sa nature même, il présente une opposition complète avec le chant grégorien, la polyphonie classique, partant avec la règle capitale de toute bonne musique sacrée. En outre, la structure intime, le rythme et ce qu’on appelle le conventionnalisme de ce style ne se plient que malaisément aux exigences de la véritable musique liturgique.

La langue propre de l’Église romaine est la langue latine. Il est donc interdit de chanter quoi que ce soit en langue vulgaire pendant les fonctions solennelles de la liturgie ; et, plus encore, de chanter en langue vulgaire les parties variantes ou communes de la messe et de l’office.
[+] Texte masqué
Pour chacune des fonctions de la liturgie, les textes qui peuvent être chantés en musique et l’ordre à suivre dans ces chants étant fixés, il n’est permis ni de changer cet ordre, ni de remplacer les textes prescrits par des paroles de son choix, ni de les omettre en entier ou même en partie dans les cas où les rubriques n’autorisent pas de suppléer par l’orgue quelques versets du texte pendant que ceux-ci sont simplement récités au choeur. Il est seulement permis, suivant la coutume de l’Église romaine, de chanter un motet au Très-Saint-Sacrement après le Benedictus de la Messe solennelle. Il est encore permis, après le chant de l’Offertoire prescrit de la messe, d’exécuter, pendant le temps qui reste, un court motet composé sur des paroles approuvées par l’Église.

Le texte liturgique doit être chanté tel qu’il est dans les livres, sans altération ni transposition de paroles, sans répétitions indues, sans suppression de syllabes, toujours intelligible aux fidèles qui l’écoutent.

Chacune des parties de la messe et de l’ensemble des fonctions sacrées doit conserver, même au point de vue musical, le cachet et la forme que la tradition ecclésiastique leur a donnés et qui se trouvent parfaitement reproduits dans le chant grégorien. Différente est donc la manière de composer un introit, un graduel, une antienne, un psaume, un hymne, un Gloria in excelsis etc.

On observera en particulier les règles suivantes.

a] Le Kyrie, le Gloria, le Credo etc. de la messe doivent garder l’unité de composition propre à leur texte. Il n’est donc pas permis de les composer en morceaux séparés, de façon à ce que chacune de ces parties forme une composition musicale complète et puisse se détacher du reste et être remplacée par une autre.

b] Dans l’office des Vêpres, on doit en général observer les règles du Cérémonial des évêques ; il prescrit le chant grégorien pour la psalmodie et permet la musique figurée pour les versets du Gloria Patri et pour l’hymne. Il sera permis néanmoins, dans les grandes solennités, d’alterner le chant grégorien du choeur avec ce qu’on appelle les faux-bourdons ou des versets de même genre convenablement composés. On pourra même accorder de temps à autre que les divers psaumes soient entièrement chantés en musique, pourvu que ces compositions musicales respectent la forme propre à la psalmodie, c’est-à-dire pourvu que les chantres imitent entre eux la psalmodie, soit avec des motifs nouveaux, soit avec ceux qui sont empruntés ou imités du chant grégorien. Sont donc définitivement exclus et prohibés les psaumes appelés di concerto.

c] Les hymnes de l’Église doivent conserver la forme traditionnelle de l’hymne. Il n’est donc pas permis de composer, par exemple, le Tantum ergo de façon à faire de la première strophe une romance, une cavatine, un adagio, et de Genitori un allegro.

d] Les antiennes des Vêpres doivent d’ordinaire conserver dans le chant la mélodie grégorienne qui leur est propre. Si pourtant, dans quelque cas particulier, on les chante en musique, on ne devra jamais leur donner la forme d’une mélodie de concert, ni l’ampleur d’un motet ou d’une cantate.

Les chants réservés au célébrant à l’autel et aux ministres doivent toujours et exclusivement être en chant grégorien, sans aucun accompagnement d’orgue ; tous les autres chants liturgiques appartiennent au choeur des lévites, c’est pourquoi les chantres de l’Église, même séculiers, remplissent véritablement le rôle de choeur ecclésiastique. Par conséquent, la musique qu’ils chantent doit conserver, au moins dans sa majeure partie, le caractère d’une musique de choeur.

Ce n’est pas qu’il faille par le fait exclure tout solo, mais celui-ci ne doit jamais prédominer dans la cérémonie de telle façon que la plus grande partie du texte liturgique soit exécutée de cette manière ; il doit plutôt avoir le caractère d’un simple signe ou d’un trait mélodique, et demeurer strictement lié au reste de la composition chorale.

En vertu du même principe, les chantres remplissent dans l’église un véritable office liturgique ; partant, les femmes étant incapables de cet office ne peuvent être admises à faire partie du choeur ou de la maîtrise. Si donc on veut employer les voix aiguës de soprani et de contralti, on devra les demander à des enfants, suivant le très antique usage de l’Église.

Enfin, on n’admettra à faire partie de la maîtrise de l’église que des hommes d’une piété et d’une probité de vie reconnues, qui par leur maintien modeste et pieux durant les fonctions liturgiques se montrent dignes de l’office qu’ils remplissent. De même, il conviendra que les chantres revêtent, pour chanter à l’église, l’habit ecclésiastique et la cotta et, s’ils sont dans les tribunes trop exposées aux regards du public, qu’ils soient protégés par des grilles.

Quoique la musique propre de l’Église soit la musique purement vocale, cependant on permet aussi la musique avec l’accompagnement d’orgue. En certains cas particuliers, on admettra aussi d’autres instruments, dans de justes limites et avec les précautions convenables, mais jamais sans une autorisation spéciale de l’Ordinaire, selon la prescription du Cérémonial des évêques.

Comme le chant doit toujours primer, l’orgue et les instruments doivent simplement le soutenir, et ne le dominer jamais.

Il n’est pas permis de faire précéder le chant de longs préludes ou de l’interrompre par des morceaux d’intermède.

Le son de l’orgue dans l’accompagnement du chant, dans les préludes, intermèdes et autres morceaux semblables, doit non seulement conserver le cachet propre à cet instrument, mais encore participer à toutes les qualités de la vraie musique sacrée, qualités précédemment énumérées.

L’usage du piano dans l’église est interdit, comme aussi celui des instruments bruyants ou légers, tels que le tambour, la grosse caisse, les cymbales, les clochettes etc.

Il est rigoureusement interdit à ce qu’on appelle fanfare de jouer dans l’église ; on pourra seulement, en une circonstance spéciale et avec la permission de l’Ordinaire, admettre dans les instruments à vent un choix limité, judicieux et proportionné à la grandeur de l’édifice, pourvu toutefois que la composition et l’accompagnement à exécuter soient d’un style grave, convenable, et semblable en tout point au style propre à l’orgue.

L’Ordinaire peut autoriser la fanfare dans les processions qui se font hors de l’église, mais celle-ci doit s’abstenir de jouer tout morceau profane. Il serait à désirer, en ces occasions, que le concert musical se bornât à accompagner quelque cantique religieux en latin ou en langue vulgaire exécuté par les chantres ou par les pieuses congrégations qui prennent part à la procession.

Il n’est pas permis, sous prétexte de chant ou de musique, de faire attendre le prêtre à l’autel plus que ne le comporte la cérémonie liturgique suivant les prescriptions ecclésiastiques ; le Sanctus de la messe doit être achevé avant l’Élévation, et par suite le célébrant doit avoir, lui aussi, sur ce point égard aux chantres. Le Gloria et le Credo, selon la tradition grégorienne, doivent être relativement courts.
En général, il faut condamner comme un abus très grave la tendance à faire paraître, dans les fonctions ecclésiastiques, la liturgie au second rang et pour ainsi dire au service de la musique, alors que celle-ci est une simple partie de la liturgie et son humble servante.

Pour assurer la parfaite exécution de tout ce qui vient d’être établi ici, que les évêques instituent dans leurs diocèses, s’ils ne l’ont déjà fait, une commission spéciale composée de personnes vraiment compétentes en matière de musique sacrée ; qu’ils lui confient de la manière qu’ils jugeront la plus opportune le soin de surveiller la musique exécutée dans leurs églises ; qu’ils ne veillent pas seulement à ce que la musique soit bonne en elle-même, mais encore à ce qu’elle soit en rapport avec la capacité des chantres, et toujours bien exécutée.

Conformément aux prescriptions du Concile de Trente, que tous les membres des Séminaires, du clergé et des Instituts ecclésiastiques étudient avec soin et amour le chant grégorien traditionnel ci-dessus loué ; que les supérieurs n’épargnent à cet égard ni l’encouragement, ni l’éloge à leurs jeunes subordonnés. De même, partout où faire se pourra, qu’on établisse parmi les clercs une Schola Cantorum en vue de l’exécution de la polyphonie sacrée et de la bonne musique liturgique.

Dans les leçons ordinaires de liturgie, de morale, de droit canon données aux élèves en théologie, qu’on ne néglige pas de traiter les points qui regardent plus particulièrement les principes et les lois de la musique sacrée, et qu’on cherche à en perfectionner la doctrine par les détails particuliers touchant l’esthétique de l’art sacré, afin que les clercs ne quittent pas le Séminaire dépourvus de toutes ces notions, nécessaires aussi à la parfaite culture ecclésiastique.
[+] Texte masqué
Qu’on ait soin de rétablir, au moins dans les églises principales, les anciennes Scholæ Cantorum ; cela s’est réalisé déjà, avec les meilleurs fruits, dans un bon nombre d’endroits. Il n’est pas difficile au clergé zélé d’établir ces Scholæ jusque dans les moindres églises et dans celles de la campagne ; il y trouve même un moyen très aisé de grouper autour de lui les enfants et les adultes, pour leur propre profit et l’édification du peuple.

Qu’on ait soin de soutenir et de favoriser le mieux possible les écoles supérieures de musique sacrée où elles existent déjà, de concourir à les fonder là où il ne s’en trouve pas encore. Il est extrêmement important que l’Église veille elle-même à l’instruction de ses maîtres de chapelle, de ses organistes et de ses chantres, suivant les vrais principes de l’art sacré.

Enfin, on recommande aux maîtres de chapelle, aux chantres, aux membres du clergé, aux supérieurs des Séminaires, des Instituts ecclésiastiques et des communautés religieuses, aux curés et recteurs des églises, aux chanoines des collégiales et des cathédrales, et surtout aux Ordinaires diocésains, de favoriser avec un grand zèle ces sages réformes depuis longtemps désirées et que tous, d’un commun accord, demandaient, afin de ne pas exposer au mépris l’autorité même de l’Église qui, à plusieurs reprises, les a établies et les impose de nouveau aujourd’hui.
Donné de notre palais apostolique du Vatican, le jour de la vierge et martyre sainte Cécile, 22 novembre 1903, l’année première de Notre Pontificat.
Il est quand même un peu étrange que vous critiquiez le Concile de Trente sur le Grégorien, c'est un peu cocasse ! En écrivant cela, vous tombez dans le même travers que ceux qui prétendent que Vatican II a abandonné le chant grégorien...
Certes, la contre-réforme a beaucoup insisté sur une liturgie très fastueuse et la polyphonie, mais je ne vois pas en quoi Trente aurait causé la décadence du Grégorien... :/

:diable: D'ailleurs, on peut très bien reprendre cette phrase et dire : "Nous y découvrons ainsi que c’est à l’époque même de la mise en œuvre du missel dit « de Paul VI », que le grégorien a disparu de la circulation, cantonné dans certaines abbayes bénédictines (pas toutes...), quelques rares églises et aux messes célébrées par le Pape, quand on n'y préfère pas des chants en italien ou des musiques africaines"... :siffle:

Qui a autorisé la liturgie en vernaculaire ? Qui a inventé le psaume responsorial ? Saint Pie V ?
Concernant le reste de la liturgie, est-ce Saint Pie V qui a rendu facultatif l'amict, la table de communion, la communion dans la bouche ?

Comment se fait-il que le chant grégorien ait disparu de la circulation, y compris dans les autres pays ? (J'aimerais bien avoir une réponse à cette question, si aucune directive "d'en haut" n'a été proclamée. C'est un complot international ?! :spy: )

Bref, je trouve cette argumentation un peu périlleuse, et surtout inutile (c'est la faute aux méchants tradis, à Una Voce, si le grégorien a disparu ? :/)... Rassurez-vous, les pays sans tradis n'ont pas plus de chant grégorien ! :rire:

Enfin, à ce que je sache, le clergé ne s'y oppose pas (à la différence de la messe récitée en latin), puisqu'il laisse la liturgie aux bons soins des laïcs. Il suffit de constituer des chorales dans les paroisses et de s'entraîner. Où sont les paroissiens dévoués ? :bulles:
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Re: La messe en latin

Message non lu par philémon.siclone »

En plus de ça, François-Xavier, si le concile de Trente est suspect, pourquoi aurait-on davantage confiance dans le concile Vatican II ? A vous entendre, l'Eglise serait dans l'erreur depuis le 16e s. On peut se demander alors d'où vient l'autorité et la légitimité de Vatican II... Cette méfiance que les adorateurs de Vatican II affichent en permanence à l'égard du concile de Trente montre très clairement qu'ils se positionnent en rupture avec la tradition de l'Eglise, même s'ils s'en défendent. Il serait peut-être temps d'assumer ses choix, me semble-t-il... Vous n'aimez pas la tradition, vous avez le droit, mais dites-le au moins, assumez, au lieu de jouer au chat et à la souris ! Et puis, si on peut critiquer Trente, on peut aussi critiquer Vatican II, non ?

Sinon, à part ça, j'aimerais juste qu'on m'explique trois choses :

1. Quel intérêt d'avoir entièrement refondu l'Offertoire ? Le nouvel offertoire est ouvertement protestant, pourquoi le nier ? On voit bien que l'aspect sacrificiel de la messe a été complètement évacué, ce qui change assez la signification profonde de la messe. Comment le justifiez-vous ? Pourquoi avoir supprimé intégralement l'ancien Offertoire ? J'aimerais une explication.

2. Quel intérêt d'avoir remanié intégralement l'ancienne vulgate, et de s'être permis de corriger la Bible de St-Jérôme (qui n'était quand même pas un bleu dans la connaissance de l'Ecriture, qui connaissait l'Hébreu parfaitement, a passé 30 ans en Palestine aux 4e-5e s., s'est trouvé au contact de documents et de traditions vivantes auxquels nous n'avons plus accès, et était bien mieux armé que tous les exégètes actuels réunis 1500 ans avant eux) ? N'est-ce pas un peu osé d'avoir retouché ce vénérable et antique travail ? Qu'est-ce qui justifiait une telle entreprise ?

3. Quel intérêt d'avoir réécrit les textes et la musique des hymnes, des antiennes, des psaumes, des pièces de l'ordinaire (qui sont super moches dans la nouvelle version) ? Pourquoi avoir changé, comme ça, gratuitement, des mots et des expressions auxquels on était habitués ? Pourquoi ? Une explication serait la bienvenue.
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Re: La messe en latin

Message non lu par AdoramusTe »

philémon.siclone a écrit :En plus de ça, François-Xavier, si le concile de Trente est suspect, pourquoi aurait-on davantage confiance dans le concile Vatican II?
Ce sont des conséquences du Concile de Trente. Cela ne rend pas ce concile suspect pour autant.
1. Quel intérêt d'avoir entièrement refondu l'Offertoire ? Le nouvel offertoire est ouvertement protestant, pourquoi le nier ? On voit bien que l'aspect sacrificiel de la messe a été complètement évacué, ce qui change assez la signification profonde de la messe. Comment le justifiez-vous ? Pourquoi avoir supprimé intégralement l'ancien Offertoire ? J'aimerais une explication.
Voici l'offertoire chartreux qui lui n'a jamais changé :

En mélangeant l'eau au vin, le prêtre dit: "Du côté de N.S.J.C. sortit du sang et de l'eau, en rémission des péchés. Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen". Il se lave les mains en récitant deux ou trois versets du psaume Lavabo. Quand il offre le calice, en le tenant un peu élevé, il dit: In spiritu humilitatis... etc, puis il le dépose en faisant le signe de la croix et en disant: au Nom du Père... etc. C'est tout. Et c'est parfaitement catholique.

Il faudrait que vous vous renseigniez sur ce qu'est un offertoire et sur l'histoire de l'offertoire du rite romain car vous vous rendriez compte que vous racontez des bêtises.
Avec des accusations de protestantisme sans fondement et un peu faciles.
3. Quel intérêt d'avoir réécrit les textes et la musique des hymnes, des antiennes, des psaumes, des pièces de l'ordinaire (qui sont super moches dans la nouvelle version) ? Pourquoi avoir changé, comme ça, gratuitement, des mots et des expressions auxquels on était habitués ? Pourquoi ? Une explication serait la bienvenue.
De quoi parlez-vous ?
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François-Xavier
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Re: La messe en latin

Message non lu par François-Xavier »

Laurent L. a écrit : Il est quand même un peu étrange que vous critiquiez le Concile de Trente sur le Grégorien, c'est un peu cocasse ! En écrivant cela, vous tombez dans le même travers que ceux qui prétendent que Vatican II a abandonné le chant grégorien...

Je ne critique pas le concile de Trente ; je n'ai aucun problème avec les conciles de la Sainte Eglise, quels qu'ils soient. §Je ne fais aucune slélection ; j'entends bein que vous le voudriez, mais non. Vous m'avez mal lu.
Laurent L. a écrit :Certes, la contre-réforme a beaucoup insisté sur une liturgie très fastueuse et la polyphonie, mais je ne vois pas en quoi Trente aurait causé la décadence du Grégorien... :/
Lisez jusqu'au bout : ce sont les suites du Concile de Trente qui ont causé une rupture d'une tradition qui datait du VIIème siècle. Si bien qu'à la fin du XIXème - début du XXème siècle, il a fallu se battre - et le mot n'est pas trop fort ! - pour le chant grégorien et sa réhabilitation puisqu'il avait été abandonné. Ce combat est l'oeuvre du mouvement liturgique, initié en particulier par dom Guéranger : parmi les fruits du mouvement liturgique il y a certes le motu proprio de S. Pie X, mais aussi d'autres textes magistériels parmi lesquels il faut citer évidemment Mediator Dei de Pie XII, mais surtout Sacrosanctum conclium, "de Sacra Liturgia" de Vatican II. Ce qui est certain c'est que l'on voit d'un côté du spectre la perception de la liturgie qu'on avait à l'époque de Trente, qui a donné cette décadence totale du chant grégorien, et de l'autre côté du psectre, le mouvement liturgique qui a abouti à la constitution dogamtique sur la liturgie de Vatican II. C'est absolument ndéniable.
Je ne dis pas que les textes de Trente sont criticables, je sis que les conséquences de ce Concile ont causé la perte du chant grégorien.
Laurent L. a écrit : :diable: D'ailleurs, on peut très bien reprendre cette phrase et dire : "Nous y découvrons ainsi que c’est à l’époque même de la mise en œuvre du missel dit « de Paul VI », que le grégorien a disparu de la circulation, cantonné dans certaines abbayes bénédictines (pas toutes...), quelques rares églises et aux messes célébrées par le Pape, quand on n'y préfère pas des chants en italien ou des musiques africaines"... :siffle:
Je crois qu'il faut le dire : oui, les années 1970, avec une mécompréhension totale de l'héritage du mouvement liturgique du XXème siècle ont causé une nouvelle perte du trésor musical propre de la liturgie romaine. Mais une fois de plus, ce n'est certainement pas le magistère qui est en cause.
Laurent L. a écrit : Qui a autorisé la liturgie en vernaculaire ? Qui a inventé le psaume responsorial ? Saint Pie V ?
Concernant le reste de la liturgie, est-ce Saint Pie V qui a rendu facultatif l'amict, la table de communion, la communion dans la bouche ?

Comment se fait-il que le chant grégorien ait disparu de la circulation, y compris dans les autres pays ? (J'aimerais bien avoir une réponse à cette question, si aucune directive "d'en haut" n'a été proclamée. C'est un complot international ?! :spy: )
Ce n'est pas le concile Vatican II : regardez les textes. Ce sont un certain nombre de suites de ce dernier, qui sont nous sommes d'accord mal venues.

Laurent L. a écrit : Bref, je trouve cette argumentation un peu périlleuse, et surtout inutile (c'est la faute aux méchants tradis, à Una Voce, si le grégorien a disparu ? :/)... Rassurez-vous, les pays sans tradis n'ont pas plus de chant grégorien ! :rire:

Enfin, à ce que je sache, le clergé ne s'y oppose pas (à la différence de la messe récitée en latin), puisqu'il laisse la liturgie aux bons soins des laïcs. Il suffit de constituer des chorales dans les paroisses et de s'entraîner. Où sont les paroissiens dévoués ? :bulles:
Cette argumentation n'est de toutes façons pas à destination de Una voce et de tous leurs amis, mais au contraire à destination de tous les curés qui pensent être conforme à Vatican II et au mouvement liturgique en refusant le chant grégorien dans leur paroisse.... Ne croyez as être agressé et victime de façon continue.
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Laurent L.
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Re: La messe en latin

Message non lu par Laurent L. »

En fait, François-Xavier, c'est le ton narquois du "avis aux amateurs de liturgie dite "tridentine"" que je trouvais malvenu et surtout inutile. Personne ne nie que le chant grégorien ait été longtemps dédaigné puis tardivement remis en valeur par le mouvement liturgique.
j'entends bien que vous le voudriez, mais non.
:exclamation: Mais vous surinterprétez !!! Je n'ai jamais dit le contraire ! Pourquoi voudriez-vous que je doute de votre orthodoxie ?
C'est la forme de votre argumentaire que je trouvais malvenu : vous vous battez à longueur de temps pour qu'on ne fasse pas le rapprochement entre le concile de Vatican II, et notamment Sacrosanctum Concilium, et la décadence liturgique, mais vous faites vous-mêmes ce rapprochement pour un autre concile avec cette petite phrase et le "avis aux amateurs de liturgie tridentine".
Lisez jusqu'au bout : ce sont les suites du Concile de Trente qui ont causé une rupture d'une tradition qui datait du VIIème siècle. Si bien qu'à la fin du XIXème - début du XXème siècle, il a fallu se battre - et le mot n'est pas trop fort ! - pour le chant grégorien et sa réhabilitation puisqu'il avait été abandonné. Ce combat est l'oeuvre du mouvement liturgique, initié en particulier par dom Guéranger : parmi les fruits du mouvement liturgique il y a certes le motu proprio de S. Pie X, mais aussi d'autres textes magistériels parmi lesquels il faut citer évidemment Mediator Dei de Pie XII, mais surtout Sacrosanctum conclium, "de Sacra Liturgia" de Vatican II. Ce qui est certain c'est que l'on voit d'un côté du spectre la perception de la liturgie qu'on avait à l'époque de Trente, qui a donné cette décadence totale du chant grégorien, et de l'autre côté du psectre, le mouvement liturgique qui a abouti à la constitution dogmatique sur la liturgie de Vatican II. C'est absolument indéniable.
Je ne dis pas que les textes de Trente sont critiquables, je sis que les conséquences de ce Concile ont causé la perte du chant grégorien.
Mais je ne dis pas le contraire, cher François-Xavier. :D
Ce n'est pas le concile Vatican II : regardez les textes. Ce sont un certain nombre de suites de ce dernier, qui sont nous sommes d'accord mal venues.
Oui, merci. Depuis le temps que je vous lis sur le forum, et Boris avant, la lettre de "pro liturgia" et Sacrosanctum Concilium en entier, j'ai compris cela. ;)

C'est pourquoi il faut éviter de dire :

"Qu’est-ce qui a été la décadence ? Contrairement à ce que les pères voulaient, c’est le Concile de Trente, qui l’a provoquée…" (Pardon, mais c'est une attaque directe du concile.)

Car vous vous fâcheriez si je disais : "Qu'est-ce qui a été la décadence ? Contrairement à ce que les pères voulaient, c'est le Concile de Vatican II qu'il l'a provoquée", me citant Sacrosanctum Concilium, Redemptionis Sacramentum et Sacramentum Caritatis à l'appui.

La question qui demeure, c'est : comment ce fait-il que la liturgie ait été bousillée de la sorte partout dans le monde, sauf exceptions ? Que sont ces "suites" ?
A chaque fois que j'ai cherché la réponse, on évoque des raisons extra-romaines : "les évêques de France, etc.". Sauf que la messe en Espagne et ailleurs n'était (et n'est) pas mieux...

Peut-être aurait-il été plus pertinent d'argumenter sur ces mécanismes qui ont conduit à la décadence que nous vivons aujourd'hui, pas celle de la contre-réforme (décadence relative, je ne mets pas la polyphonie sacrée de Palestrina et la musique de César Franck au même rang que Gianadda...)
Cette argumentation n'est de toutes façons pas à destination de Una voce et de tous leurs amis, mais au contraire à destination de tous les curés qui pensent être conforme à Vatican II et au mouvement liturgique en refusant le chant grégorien dans leur paroisse....
J'imagine bien. C'est pourquoi je trouvais que tacler Trente, "le missel de St Pie V" et ses "amateurs" était inutile. A moins que ce soit une stratégie de démarcation...

Y a-t-il beaucoup de prêtres qui refusent le chant grégorien dans leurs paroisses ? Avez-vous essuyé des refus ?

D'après ce que j'ai vu, il me semblait plutôt que la balle était dans le camp des fidèles : c'est à nous de nous bouger pour former des chorales et ne pas tout laisser entre les mains de la dame qui anime et doit tout se coltiner. En général, tout le monde est content que la liturgie soit plus belle.

Bien à vous,
Laurent.
Dernière modification par Laurent L. le lun. 19 avr. 2010, 20:27, modifié 2 fois.
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Re: La messe en latin

Message non lu par Théophane »

philémon.siclone a écrit :Tandis que la messe en langue vernaculaire interdit d'emblée la moindre assimilation, puisque ce n'est JAMAIS la même chose. Même les lectures changent tout le temps. C'est le bazar permanent.
Je ne suis pas d'accord. Je connais beaucoup de personnes qui assistent à la Messe en français et qui la vivent avec une grande dévotion. Si le prêtre fait correctement son travail et respecte le missel, il n'y a aucune raison que la Messe soit désacralisée.
Dans les paroisses, beaucoup de prêtres célèbrent la Sainte Messe dans la langue de Molière avec une grande fidélité au missel et sans qu'il n'y ait aucune critique à former contre leur façon de faire. Je pense que les nouvelles générations de prêtres sont beaucoup plus sensibles (sans vouloir dénigrer les prêtres plus anciens) à la nécessité de soigner la liturgie et de ne pas y introduire de façon excessive des éléments personnels.

De plus, deux précisions s'imposent : d'une part, la Messe en français n'est pas moins la Messe que lorsqu'elle est célébrée en latin, d'autre part, l'Eglise est infaillible et peut, à ce titre, décider souverainement, comme elle l'a fait, d'autoriser la célébration de l'Eucharistie dans une langue plutôt qu'une autre.
C'est un grand amateur et défenseur du latin qui vous dit cela.

Dans un certain nombre de cas, on nous expglique que ce que nous faisons est impossible, ou pas crédible, ou sans avenir, parce que le latin – et donc le chant grégorien – est « fait pour » la messe de Saint Pie V.
Je ne partage pas vraiment votre avis... Le missel de Paul VI a été rédigé en latin puis traduit dans d'autres langues. La Messe peut être célébrée dans toutes ces langues, selon les traductions approuvées.
Je pense que le missel de Paul VI est meilleur, pour la simple raison qu'il a modifié et amélioré ce qui devait l'être, notamment en favorisant la participation des fidèles laïcs. En outre, la célébration selon ce missel témoigne une fidélité certaine aux directives du Saint-Siège, une pleine adhésion au Concile Vatican II et une adaptation aux normes modernes qui régissent l'Eglise.
En ce qui concerne la langue, le latin me semble être la plus appropriée.


Pour ce qui est de la Néovulgate, je vous recommande un article fort intéressant : La Vulgate à l'aune de la Néovulgate : l'exemple du quatrième évangile de Christophe Rico, qui enseigne à l'université de Jérusalem.
Cet homme (un type formidable) est d'ailleurs le seul jusqu'à présent avec qui j'ai pu avoir une conversation dans la langue de Cicéron. :) :-D
Si certains sont intéressés, je peux leur envoyer cet article par mail.
« Être contemplatifs au milieu du monde, en quoi cela consiste-t-il, pour nous ? La réponse tient en quelques mots : c’est voir Dieu en toute chose, avec la lumière de la foi, sous l’élan de l’amour, et avec la ferme espérance de le contempler face à face au Ciel. »
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Re: La messe en latin

Message non lu par François-Xavier »

Laurent L. a écrit : Y a-t-il beaucoup de prêtres qui refusent le chant grégorien dans leurs paroisses ? Avez-vous essuyé des refus ?
Mais évidemment ! Vous vous imaginez qu'il suffit de se pointer dans une paroisse et expliquer au curé qu'on chantera dimanche prochain en grégorien pour que ça se passe bien ? Mais réveillez vous !!!!
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Re: La messe en latin

Message non lu par Théophane »

Bien sûr que cela existe.
Dans une cathédrale où je joue régulièrement pour la Messe du dimanche matin, un prêtre avait préparé le programme en prévoyant le Regina cœli à la fin. Les feuilles de chant était déjà imprimées. Or, cinq minutes avant l'office, le prêtre qui célébrait (donc un autre que celui qui avait mis au point le programme liturgique) nous a demandé, à moi et à la chef de chœur, de ne pas prendre ce chant.
La raison ? Il n'aime pas le latin, tout simplement. Je n'ai rien dit, parce que je ne suis pas du genre à créer des polémiques inutiles. Malgré tout, je trouve fort dommage que des goûts personnels viennent mettre à mal le travail préparé par d'autres et s'immiscer dans la liturgie qui, par nature, n'est pas personnelle mais publique et universelle.
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Re: La messe en latin

Message non lu par archi »

Laurent L. a écrit :En fait, François-Xavier, c'est le ton narquois du "avis aux amateurs de liturgie dite "tridentine"" que je trouvais malvenu et surtout inutile. Personne ne nie que le chant grégorien ait été longtemps dédaigné puis tardivement remis en valeur par le mouvement liturgique.

(...)
C'est pourquoi il faut éviter de dire :

"Qu’est-ce qui a été la décadence ? Contrairement à ce que les pères voulaient, c’est le Concile de Trente, qui l’a provoquée…" (Pardon, mais c'est une attaque directe du concile.)

Car vous vous fâcheriez si je disais : "Qu'est-ce qui a été la décadence ? Contrairement à ce que les pères voulaient, c'est le Concile de Vatican II qu'il l'a provoquée", me citant Sacrosanctum Concilium, Redemptionis Sacramentum et Sacramentum Caritatis à l'appui.

La question qui demeure, c'est : comment ce fait-il que la liturgie ait été bousillée de la sorte partout dans le monde, sauf exceptions ? Que sont ces "suites" ?
A chaque fois que j'ai cherché la réponse, on évoque des raisons extra-romaines : "les évêques de France, etc.". Sauf que la messe en Espagne et ailleurs n'était (et n'est) pas mieux...

Peut-être aurait-il été plus pertinent d'argumenter sur ces mécanismes qui ont conduit à la décadence que nous vivons aujourd'hui, pas celle de la contre-réforme (décadence relative, je ne mets pas la polyphonie sacrée de Palestrina et la musique de César Franck au même rang que Glorious...)
Je suis d'accord avec ça. A vrai dire, ça me paraît un peu simpliste d'attribuer la décadence liturgique depuis la Renaissance à une ligne du Concile de Trente. Je pense surtout que ce sont les mentalités qui étaient devenues bien peu liturgiques. Elles l'étaient probablement encore moins, en majorité, en 1960, malgré le mouvement liturgique (il y a bien un point essentiel que j'incriminerais directement comme cause du désastre, c'est la messe "face au peuple" qui s'est développée dans les années 50, et qui est effectivement une inversion de perspective.)

N'oublions pas le contexte dans lequel Saint Pie V a promulgué son missel et a voulu l'imposer dans toute la chrétienté: c'était pour faire face au développements anarchiques et peu acceptables des liturgies locales depuis la fin du Moyen-Age. C'est pour cela que tous les livres liturgiques de plus de 200 ans d'âge ont été considérés comme légitimes. Imposer (ça a d'ailleurs mis beaucoup de temps à se faire) un missel unique avec des rubriques contrôlées par Rome a contribué à figer la liturgie latine, mais c'était préférable à un développement anarchique dans des directions peu liturgiques.

Après Vatican II, on a voulu sortir de cette fixation, avoir une liturgie à nouveau plus vivante... mais le climat était encore plus favorable à un développement anarchique. Résultat, le désastre. Il aurait impérativement fallu faire les choses lentement, mais au contraire les Bugnini & co ont pris le contrôle du processus et accéléré la chose.

Le résultat n'a évidemment rien à voir avec la vision de Sacrosanctum Concilium. :cry:

In Xto,
archi.
Nous qui dans ce mystère, représentons les chérubins,
Et chantons l'hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité.
Déposons maintenant tous les soucis de ce monde.

Pour recevoir le Roi de toutes choses, Invisiblement escorté des choeurs angéliques.
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Re: La messe en latin

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François-Xavier a écrit : Mais évidemment ! Vous vous imaginez qu'il suffit de se pointer dans une paroisse et expliquer au curé qu'on chantera dimanche prochain en grégorien pour que ça se passe bien ? Mais réveillez vous !!!!
Ah ? Excusez-moi, dans ce cas. :oops:
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archi
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Re: La messe en latin

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Théophane a écrit :Dans les paroisses, beaucoup de prêtres célèbrent la Sainte Messe dans la langue de Molière avec une grande fidélité au missel et sans qu'il n'y ait aucune critique à former contre leur façon de faire. Je pense que les nouvelles générations de prêtres sont beaucoup plus sensibles (sans vouloir dénigrer les prêtres plus anciens) à la nécessité de soigner la liturgie et de ne pas y introduire de façon excessive des éléments personnels.
Je n'ai rien contre l'usage du vernaculaire, pourvu que les traductions soient fidèles à l'original, ce qui n'est hélas pas le cas. Par contre, j'ai une critique fondamentale à formuler contre la façon dont la messe est célébrée dans l'immense majorité des paroisses: l'orientation de l'autel. C'est un contresens complet et ça fait perdre à la liturgie une grande part de son aspect sacré.

Sinon, on peut rajouter les lecteurs en tenue laïque, les décorations de l'autel, les bavardages incessants, et tout un tas de détails habituels qui, pour la plupart, ne sont pas liés au missel (qui n'est pas tout blanc non plus mais vaut bien mieux que ce que la plupart des messes en laissent percevoir), mais font partie du "standard" de la messe moderne, et que les prêtres d'aussi bonne volonté soient-ils ont beaucoup de mal à changer parce que ça crée aussitôt des oppositions. Il en va de même, je pense, pour le grégorien.

De plus, deux précisions s'imposent : d'une part, la Messe en français n'est pas moins la Messe que lorsqu'elle est célébrée en latin, d'autre part, l'Eglise est infaillible et peut, à ce titre, décider souverainement, comme elle l'a fait, d'autoriser la célébration de l'Eucharistie dans une langue plutôt qu'une autre.
C'est un grand amateur et défenseur du latin qui vous dit cela.
Attention, les textes liturgiques promulgués par l'Eglise ne sont pas plus à l'abri de toute critique que ne l'est le moindre acte et texte du Pape. Je pense que l'on peut dire (est-ce-que l'infaillibilité en matière liturgique a été définie quelque part?) que si l'Eglise autorise telle pratique liturgique douteuse, c'est qu'on peut la pratiquer sans faute grave, et avec la garantie de ne pas invalider le rite. Ca peut tout de même être une très mauvaise idée, et il y a certainement des choses qu'on peut critiquer, et pas seulement dans les réformes de Vatican II (pour prendre un exemple plus ancien, la correction des hymnes de l'office par Urbain VIII au XVIIe Siècle a été très critiquée...).

In Xto,
archi.
Nous qui dans ce mystère, représentons les chérubins,
Et chantons l'hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité.
Déposons maintenant tous les soucis de ce monde.

Pour recevoir le Roi de toutes choses, Invisiblement escorté des choeurs angéliques.
Alléluia, alléluia, alléluia.
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AdoramusTe
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Re: La messe en latin

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archi a écrit : Je n'ai rien contre l'usage du vernaculaire, pourvu que les traductions soient fidèles à l'original, ce qui n'est hélas pas le cas. Par contre, j'ai une critique fondamentale à formuler contre la façon dont la messe est célébrée dans l'immense majorité des paroisses: l'orientation de l'autel. C'est un contresens complet et ça fait perdre à la liturgie une grande part de son aspect sacré.
J'ai fait l'expérience pas plus tard qu'hier de la messe paul VI célébrée ad orientem, à l'Eglise St-Germain l'Auxerrois, Paris, accompagnée du Choeur Grégorien féminin de Paris.
C'est comme cela que ça devrait se passer dans tout paroisse.
Ignoratio enim Scripturarum ignoratio Christi est
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