"Vous ferez cela en mémoire de moi"

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Luis
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"Vous ferez cela en mémoire de moi"

Message non lu par Luis »

Bonjour à tous !

Une question bête (enfin, sûrement pas si bête) m'est venue il y a quelque temps. Lors de l'Eucharistie pendant la célébration de la Messe, le Seigneur vient en personne. Or, à ce moment-là, le prêtre répète ces paroles prononcées par le Christ lors de la Cène : "Vous ferez cela en mémoire de moi." Mais, si le Seigneur vient vraiment lors de l'Eucharistie, alors on ne prend pas part à une fête qui se fait en mémoire de Lui, mais bien une fête qui se fait en Sa présence !

J'imagine que c'est un argument utilisé par les protestants pour disqualifier la transsubstantiation et c'est une bonne remarque à vrai dire. Quelle est la réponse catholique à cette remarque ? Pourquoi le Seigneur nous a-t-il dit de faire cela "en mémoire de Lui" ?
Dernière modification par Luis le mar. 14 sept. 2010, 19:43, modifié 1 fois.
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Olivier C
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Re: "Vous ferez cela en mémoire de moi"

Message non lu par Olivier C »

Et bien en fait... vous répondez à votre propre question !

Il faut juste vous donner une petite clef de lecture sémantique : dans la Bible, le terme "faire mémoire" ne signifie pas simplement "se souvenir", il signifie qu'un événement passé est rendu actuel et efficace, pour nous, aujourd'hui, par la liturgie que l'on célèbre, en l'occurrence le sacrifice de notre Seigneur Jésus Christ.

Dit de manière différente, le Christ crucifié se rend présent à nous sur l'autel, le sang du Christ est versé pour nous et nous sauve, et son corps est vraie nourriture...

Bien à vous
Je suis un simple serviteur, je ne fais que mon devoir.
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Griffon
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Re: "Vous ferez cela en mémoire de moi"

Message non lu par Griffon »

Luis a écrit :Bonjour à tous !

Une question bête (enfin, sûrement pas si bête) m'est venue il y a quelque temps. Lors de l'Eucharistie pendant la célébration de la Messe, le Seigneur vient en personne. Or, à ce moment-là, le prêtre répète ces paroles prononcées par le Christ lors de la Cène : "Vous ferez cela en mémoire de moi." Mais, si le Seigneur vient vraiment lors de l'Eucharistie, alors on ne prend pas part à une fête qui se fait en mémoire de Lui, mais bien une fête qui se fait en Sa présence !

J'imagine que c'est un argument utilisé par les protestants pour disqualifier la transsubstantiation et c'est une bonne remarque à vrai dire. Quelle est la réponse catholique à cette remarque ? Pourquoi le Seigneur nous a-t-il dit de faire cela "en mémoire de Lui" ?
Vous lisez (ou écoutez) mal !
C'est le geste qui est fait en mémoire de Jésus.
Un geste qui est fait "in persona Christi" et donc efficace au point que le don total de Jésus est rendu présent de la même manière qu'il y a 2000 ans.

Cordialement,

griffon.
Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Mon bonheur est de vivre,
O Jésus, pour Te suivre.
Cinci
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Re: "Vous ferez cela en mémoire de moi"

Message non lu par Cinci »

Luis écrit :
« ... le prêtre répète ces paroles prononcées par le Christ lors de la Cène : "Vous ferez cela en mémoire de moi." Mais, si le Seigneur vient vraiment lors de l'Eucharistie, alors on ne prend pas part à une fête qui se fait en mémoire de Lui, mais bien une fête qui se fait en Sa présence ! J'imagine que c'est un argument utilisé par les protestants pour disqualifier la transsubstantiation et c'est une bonne remarque à vrai dire. Quelle est la réponse catholique à cette remarque ? Pourquoi le Seigneur nous a-t-il dit de faire cela "en mémoire de Lui" ? »
Merci beaucoup pour la question. Parce que je lisais justement il y a quelques jours, et ça tombe à pic :

« ... l'expression en mémoire de moi traduit le grec eis tèn emèn anamnèsin. Le substantif utilisé n'est pas mneia (mention, anniversaire), ni mnèma ou mnèmeion (emblème, monument commémoratif, tombeau), ni mnèmè (faculté de la mémoire, souvenir de type psychologique), mais anamnèsis : acte de rappeler à la mémoire, action qui fait se souvenir. En conséquence, il convient d'éviter pour l'eucharistie le terme ''mémorial'' qui dit non l'action en train de se faire, mais l'action déjà effectuée (la relation écrite de ses souvenirs ou quelque monument) Et, du fait que la préposition eis dans la formule d'anamnèse suggère un mouvement, il serait préférable de traduire en réalité « Faites cela pour faire mémoire de moi ».

[...]

Il convient de confronter la formule de la Cène avec le souvenir [par contraste, on va voir], que Jésus déclare devoir durer, du geste de la femme qui a procédé à l'onction de Béthanie.

  • Partout où sera proclamé l'Évangile dans le monde entier, on racontera aussi, en souvenir d'elle (eis mnèmosynèn), ce qu'elle a fait (Mc 14,9)


Ce souvenir veut commémorer un acte précis : celui de la femme qui a oint par avance le corps de Jésus.


On voit donc poindre un différence de sens. Il est question de poser un acte avec la Cène, en guise de comparaison de se souvenir de manière purement psychologique mais alors quant au rappel d'une action ancienne ayant été posée par une femme. Le terme est différent. L'acte passé de la femme n'est pas ce que fait Jésus. Pas la même portée. Si l'action de la femme fut mémorable, il ne s'agit pas de la mémoire dont il est question quand on parlera de Jésus avec la Cène.


À la Cène, il s'agit d'un acte mais non pas seulement ponctuel : il récapitule toute l'existence de Jésus. Par son corps et son sang, le Christ signifie le mystère de sa mort; par l'annonce du salut de la multitude, il en indique le fruit universel; et puisqu'il s'agit de la personne proprement dite, il faut aussi sous-entendre tout ce qui a conduit Jésus à accueillir la croix, à savoir sa mission vécue dans la fidélité à Dieu et aux hommes, jusqu'au bout; enfin l'invitation à manger et à boire signifie que Jésus veut impliquer les disciples dans son destin propre, par une assimilation et même par une transformation en lui.

Alors se comprend mieux le sens de l'action liturgique demandée par Jésus. Elle nous rend présent non pas proprement au dernier repas de Jésus, mais à ce qu'il signifiait : la vie communiquée aux disciples par Jésus mourant en croix. Par son corps et par son sang, Jésus récapitule le don de son existence entière, sa constante fidélité. L'action liturgique nous rend présents à l'annonce de la mort qu'elle signifie.

Jésus établit une relation entre deux actions. L'une est celle que lui-même accomplit en s'offrant pour la multitude durant le repas fraternel partagé à la veille de souffrir. L'autre action est celle de ses disciples dans leurs assemblées futurs [...] en vertu de la relation que Jésus établit entre elles, l'action des disciples n'a de sens qu'en fonction de la sienne, elle doit même s'y identifier en profondeur. Comment faire pour que, malgré l'usure du temps et malgré la distance, le passé continue à agir vraiment dans le présent ? C'est que l'événement pascal n'est pas englouti dans le temps, il le domine. Le peuple que cet événement a constitué se rend présent à l'acte fondateur de sa propre existence : l'accueil par le Père du sacrifice de Jésus à la croix. Le repas du Seigneur est en réalité une fête par laquelle l'Église renouvelle son appartenance au Ressuscité et, en lui, au Dieu Sauveur.

[...]

Ce n'est pas Dieu qui est invité à se souvenir, mais l'homme qui doit lutter contre sa tendance à oublier l'acte fondateur. En activant la mémoire de Jésus, l'homme est invité à s'assimiler à lui et ainsi à laisser s'exprimer son action, sa présence. Par là, il est clair que nous sommes éloignés de toute conception subjective de la mémoire, du type de la commémoration d'un défunt. L'action eucharistique ne constitue pas un monument à ériger auprès de Dieu; elle est actualisation de l'événement Jésus. Le «jour » est un jour qui, aujourd'hui encore, est jour pour moi : action de grâces à jamais, saisie de l'éternel dans le temps, ouverture à ma véritable destinée.

[...]

... les expédients destinés à raviver la mémoire de l'homme demeurent sans effets tant que Dieu ne prend pas lui-même les choses en main [...] L'Esprit Saint est la mémoire vivante de l'Église : telle est la fonction de l'épiclèse dans la messe : elle rappelle activement, elle opère la présence de l'Esprit qui consacre. Ce n'est donc pas proprement une action de l'homme qui le rend présent à Jésus [...] c'est Dieu même et par son Esprit. Et il se produit non pas un face à face, mais une parfaite synergie.

Par le commandement de faire mémoire de Jésus, l'Église est sollicitée d'atteindre son point d'origine : telle est la fonction de la mémoire, avec cette particularité qu'en Jésus elle atteint « Dieu à l'oeuvre ». En Jésus, l'Église trouve le sens de son existence même et se dispose à laisser Dieu et Jésus agir à travers elle.

Enfin, pour mieux accueillir le mystère d'un acte passé qui a son efficace tout au long des siècles, proposons une analogie symbolique. Nous redisons chaque matin que « le soleil se lève », alors que nous savons fort bien que le soleil ne se lève pas, mais que c'est la terre qui se rend présente chaque matin au soleil, centre son système d'existence. Ainsi, en va-t-il de l'acte de Jésus se sacrifiant pour tous les hommes. Désormais il est le centre du ''système chrétien'', en ce sens qu'il est celui dont tous dépendent et de qui tous reçoivent la vie. Chaque matin, je dis que j'actualise cet acte, que je le rends présent, mais je sais fort bien que c'est l'inverse qui, seul, est vrai. Chaque matin je me rends présent à l'unique sacrifice de Jésus qui, tout en demeurant un acte temporel du passé, a une dimension supratemporelle et me permet de me rendre présent à lui à travers l'épaisseur de ce temps qui, pour moi, s'écoule sans cesse et sans pitié. Or ce temps acquiert ainsi non seulement sa profondeur d'éternité, mais aussi un dynamisme qui, solidement ancré dans l'acte sauveur de Dieu, m'ouvre à la réconciliation.»

Xavier Léon Dufour, Le pain de la vie, Paris, Éditions du Seuil, 2005, 177 p.

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Re: "Vous ferez cela en mémoire de moi"

Message non lu par Cinci »

En complément :


«Pour la Bible, à la différence de notre usage, « se souvenir de tel et tel», ce n'est pas simplement rappeler quelqu'un à sa mémoire par un acte tout intérieur, c'est aussi agir d'une certaine manière : mémoire et action sont intrinsèquement liés. Par exemple, si Dieu est dit se souvenir de Noé, d'Abraham, de Rachel, c'est qu'il opère aussitôt un bienfait en leur faveur.

Ainsi la Bible retentit des appels à se souvenir, que les hommes adressent à Dieu et Dieu lui-même aux hommes. Israël supplie YHWH d'intervenir en sa faveur : il désir fortement renouer avec un Dieu qui lui semble absent, du fait d'un malheur qui lui semble immérité ou en raison de ses péchés. Ces appels à la mémoire de Dieu signifient non seulement que la séparation d'avec lui est intolérable, mais que Dieu peut la surmonter. Par une mémoire réciproque, en effet, la relation va être, est déjà, renouée : Israël ( ou l'orant individuel) a confiance que Dieu, se souvenant, agira de nouveau selon sa puissance de vie, au nom de son alliance.

Encore plus nombreux sont les appels de Dieu à la mémoire d'Israël afin que, se souvenant de l'élection, il revienne à son coeur et rectifie sa conduite [...] le Deutéronome généralise une telle exhortation, car c'est le manque d'une telle mémoire qui a causé les désastres dont le peuple souffre; c'est en se souvenant qu'il échappera à la mort ( Dt 8,2; 15,15)

La mémoire biblique de l'homme consiste donc en son premier acte à reprendre conscience de l'alliance, c'est à dire de cette réalité qui vit au fond du coeur du peuple, en dépit de ses constants oublis.»

- Xavier Léon Dufour, ibid.


Je rajoute ce qui n'est pas dans le texte de Xavier Léon Dufour, Luc ici, et en guise d'exemple néotestamentaire, cf. la mémoire :


  • Mon âme magnifie le Seigneur,
    et mon esprit exulte en Dieu
    mon Sauveur,
    parce qu'il a jeté les yeux sur
    la bassesse de son esclave.
    Car voilà que toutes les généra -
    tions me proclameront heureuse;
    parce que le Puissant a fait pour
    moi de grandes choses; et Saint
    est son nom,
    et sa miséricorde va de généra -
    tion en génération sur ceux qui
    le craignent.
    Il a déployé la force de son bras,
    il a dispersé les hommes au
    coeur orgueilleux. Il a renversé
    les souverains de leurs trônes et
    élevé les humbles, il a comblé
    de biens les affamés et renvoyé
    les riches les mains vides.
    Il a secouru Israël, son serviteur,
    se souvenant de sa miséricorde
    ,
    selon qu'il l'avait annoncé à nos
    pères - en faveur d'Abraham et de
    sa descendance à jamais !

    - Évangile de Luc



Il a secouru Israël, son serviteur, se souvenant ... action et mémoire; mémoire et action ... Dieu ne se souvient pas sans opérer un bienfait. Dieu se souvient en agissant. Cf. «Faites cela en mémoire de moi».

Voire :

  • Vous avez vu vous-mêmes que du ciel j'ai parlé avec vous [...] tu me feras un autel de terre [...] En tout lieu où je ferai mémoire de mon Nom, je viendrai vers toi et je te bénirai ( Ex 20,22)
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Luis
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Re: "Vous ferez cela en mémoire de moi"

Message non lu par Luis »

Merci pour vos réponses, je marque le sujet à Résolu mais n'hésitez pas à compléter !

A propos de ce que vous dites Cinci, comme quoi la traduction « Faites cela pour faire mémoire de moi » serait plus exacte, est-ce que la question s'est déjà posée de changer la formulation de ce bout de phrase dans la liturgie ? Ceci afin d'éviter de mettre les fidèles dans le doute.
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