cracboum a écrit :Si Jésus vivait de nos jours, il se rendrait sur un yacht sans aucun problème, de même qu'il allait manger chez les riches qui l'invitaient. Il était d'autant plus libéré de tout préjugé par rapport à la richesse que son unique trésor était ailleurs, et le fond des coeurs n'est lisible que par Dieu.
De toute façon, là n'est pas le problème. Ou plutôt il ne faut pas confondre deux problèmes qui n'ont rien à voir :
- d'un côté, l'affichage très "people" du président de la République, que l'on peut discuter, puisqu'il s'agit de l'image publique des institutions. La religion a son mot à dire dans ce débat.
- de l'autre, la pratique religieuse privée de Sarkozy, qui ne regarde évidemment que lui, mais dont il fait quand même la publicité dans la presse (via un prêtre dominicain) à un moment où le futur candidat de 2012 repart à la chasse aux voix (en particulier des catholiques qui l'ont déjà plébiscité en 2007).
Par ailleurs, effectivement, le fond du coeur de Nicolas Sarkozy n'a pas à s'étaler sur la place publique. Ce qui nous intéresse, c'est surtout sa politique. Et on peut trouver assez suspect cet étalage permanent (vie de prière de Sarko, vie de couple de Sarko, vie de cul de Sarko, etc.). Je ne regarde pas la télé, mais j'entends dire qu'on ne parle plus que de sa vie privée sur le petit écran. Cela frise le culte de la personnalité. Et pendant ce temps, on ne parle pas vraiment du fond des dossiers. Je trouve donc bizarre qu'un prêtre dominicain s'associe à ce genre de truc : voilà pourquoi je me demande s'il s'est fait manipuler, par naïveté.
Ceci étant, Jésus ne s'invite pas chez tous les riches de la même façon. Si ma mémoire est bonne, il est invité 4 fois : chez Mathieu, qu'il venait d'appeler, et qui se met à le suivre, et abandonne donc ensuite tous ses biens ; chez Zachée, chez qui il s'invite, et qui s'empresse ensuite de donner ses biens aux pauvres ; chez deux pharisiens, dont l'un l'invite expressément, et dont il dénonce publiquement, chez l'un et l'autre, sous leur propre toit, l'hypocrisie. Remarquez bien : il s'invite chez Zachée, il appelle Mathieu, mais c'est le pharisien qui l'invite. La démarche est complètement différente. Zachée et Mathieu se convertissent et abandonnent leurs biens : Jésus les appelle et s'invite chez eux. Au contraire, le pharisien ne se convertit pas, et c'est lui qui invite Jésus (pas l'inverse). Chez Mathieu, on trouve des prostituées, des gens de mauvaise vie. Au contraire, chez le pharisien ne sont invités que des gens comme il faut, puisque Jésus le reprend : "quand tu fais un festin, invite les pauvres et les estropiés". Chez l'autre pharisien, une femme de mauvaise vie s'introduit, sans être elle-même invitée, pour pleurer aux pieds de Jésus, qui aussitôt reproche l'hypocrisie de son hôte qui, lui, n'a pas pleuré aux pieds de Jésus, mais s'est au contraire permis de juger sévèrement cette femme. Il y a donc, de la part de Jésus, deux attitudes très différentes avec les riches : ceux qui invitent les pauvres, abandonnent leurs richesses, et se convertissent, alors Jésus s'invite chez eux ; ceux qui gardent leurs richesses et ne se convertissent pas, ils veulent inviter Jésus par vanité ou curiosité, et Jésus accepte l'invitation pour mieux dévoiler ensuite leur hypocrisie, et les réprimander sous leur propre toit.
Enfin, un dernier cas mérite d'être signalé : avant d'aller au calvaire, Jésus comparaît devant un dernier riche, qui pourtant l'aimait et désirait le voir depuis longtemps, Hérode. En réalité, le désir d'Hérode était surtout fait de vanité et de curiosité. Mais Jésus ne lui adresse pas un mot. A méditer, tout cela. On croit que Jésus est une espèce de babacool qui va chez tout le monde et se montre gentil avec tout le monde. Ce n'est pas vrai. Il n'hésite pas se montrer dur, et même à humilier. Hérode est humilié par l'attitude de Jésus, qui, au reste, réserve cette attitude aux riches et aux puissants qui s'enferment dans leur hyporcrisie.
Et Sarkozy, comme d'ailleurs tout l'univers people, me fait bien plus penser à Hérode qu'à Mathieu. D'ailleurs, si vous avez vu le film de Mel Gibson (évidemment, ce n'est qu'une vue d'artiste), ne trouvez-vous pas que la scène qui se passe chez Hérode évoque furieusement l'ambiance qui règne sur les plateaux de télé (genre Ruquier, Ardisson), avec les amuseurs publics, les courtisans, les gens qui se font adorer, et ceux qui se font conspuer parce qu'ils disent des vérités qui embarrassent ? Ce n'est pas bête de la part de Gibson d'avoir imaginé une telle ambiance chez Hérode, qui par ailleurs est le seul dans tous les récits de la Bible que l'on voit fêter son anniversaire. Hérode symbolise l'autocélabration dans toute sa splendeur.
N'avons-nous pas, justement, un président de la République qui s'autocélèbre en permanence ? Je veux dire : au moins dans la sphère publique, seul domaine dont on puisse évidemment discuter. Mais Sarkozy n'est pas le premier. De Gaulle avant lui était un pro dans ce domaine. La continuité du gaullisme est bien réelle, quoiqu'on en dise.