Bonjour Hélène,
Hélène a écrit :« Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme ;
le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume ; l'ivraie, ce sont les sujets du Mauvais ;
Je suis, en tant que fille rachetée de Dieu, sujet du Royaume et parfois, je suis aussi sujet du Mauvais de par mes résistances à me laisser aimer et à accueillir pleinement la Croix et la Résurrection en moi. C’est toute la dichotomie qui existe en moi qui fait rage. C’est de cette division en moi dont saint Paul parle lorsqu’il dit
qu’il fait le mal qu’il ne veut pas et qu’il ne fait pas le bien qu’il veut. C’est cette même division à l’intérieur de Pierre qui lui fait dire :
Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! alors que quelques instants plus tard, Jésus lui dira :
arrière de moi Satan ! Tes pensées sont celles des hommes et non celles de Dieu. Pierre se fait traiter de Satan par Jésus ! Tu te rends compte ? Et pourtant, il a reconnu le Christ comme le Fils de Dieu…mais tout en Lui n’est pas libéré par le Christ et c'est l'expérience douloureuse qu'il fera au moment de son reniement. C’est donc cette dichotomie entre la chair et l’esprit qui nous divise de l’intérieur, le vieil homme qui revendique encore sa place et l’homme nouveau recréé en Jésus-Christ par le Baptême. C’est donc que l’ivraie en moi côtoie le bon grain que le Christ a semé dans mon cœur le jour de mon Baptême. Et ce n'est pas aller contre l'explication de Jésus de cette Parabole que d'offrir cette autre interprétation à notre méditation. L'un n'empêche pas l'autre comme on dit. Oui, le Christ parle des sujets du Royaume et des sujets du mauvais mais nous sommes tous un peu des deux si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes et avec le Christ... à moins d'être dans l'illusion sur soi.
"Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre" (Mt 6, 24).
La parabole du bon grain et de l'ivraie ne parle pas de mon âme particulière mais du monde, de l'Eglise, du Jugement dernier. Ce n'est pas de la psychologie qu'il y a là, mais de l'eschatologie. Il n'y a aucune raison de la psychologiser. Si Gaillot le fait, c'est dans l'esprit profane et laïcard de réduire la foi est une question privée, individuelle. Comme si ce que Jésus avait à dire ne concernait jamais que les destinées individuelles et jamais les sociétés, ni l'humanité. Il y a des passages où Jésus parle à chacun, de ce qui relève de chaque personne et du salut, et d'autres où il parle de façon plus large, de la vie sociale, des religions, des peuples, de l'humanité.
Charles a écrit :Vous dites "Si le champ, c'est le monde , pour moi et pour Gaillot, toi et moi nous sommes ce champs" mais il n'y a rien dans les paroles de Jésus qui vous permette une telle fantaisie. Bien au contraire, Jésus dit aussi "Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres". Mais ils ne seront pas séparés selon leur nationalité, ils seront séparés selon qu'ils seront sujets du Royaume ou bien du Mauvais, selon leur valeurs et leurs actions.
Charles, ce qui juge le monde, c’est la Parole/Événement de la Crucifixion du Fils de Dieu (qui n'est nul autre qu'une des trois Personnes de la Trinité : c'est donc un déicide): c’est là que le monde est jugé et c’est selon où et comment nous nous situons devant la Croix que nous sommes jugés (ou plutôt que nous nous condamnons ou que nous nous laissons sauver) :
lorsque j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. Désormais, le monde, l’histoire, l’humanité, ne converge plus de façon linéaire et/ou chronologique mais tout converge autour et vers le Christ mort et ressuscité. C’est du haut de la Croix (le vrai arbre de la Vie au milieu du jardin) que Jésus juge le monde, c’est son trône de gloire et c’est là qu’Il règne et en même temps qu'Il est assis à la droite de Dieu puisqu'Il a été glorifié dans la Résurrection et par son Ascension. C’est à la lumière de comment nous (ac)cueillons le fruit de ce Pardon offert, que se traduit le jugement.
Maintenant le monde est jugé dit Jésus le soir de son départ et le prince des ténèbres est vaincu. «
Tout est accompli » nous dit-il encore sur la Croix. Tout, c’est tout. Nous sommes, depuis le jour de la vengeance de Dieu (la Résurrection de son Fils), dans l’opération moisson.
CEC 679 Le Christ est Seigneur de la vie éternelle. Le plein droit de juger définitivement les œuvres et les cœurs des hommes appartient à Lui en tant que Rédempteur du monde.
Il a " acquis " ce droit par sa Croix. Aussi le Père a-t-il remis " le jugement tout entier au Fils " (Jn 5, 22 ; cf. Jn 5, 27 ; Mt 25, 31 ; Ac 10, 42 ; 17, 31 ; 2 Tm 4, 1). Or, le Fils n’est pas venu pour juger, mais pour sauver ( cf. Jn 3, 17) et pour donner la vie qui est en lui (cf. Jn 5, 26). C’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (cf. Jn 3, 18 ; 12, 48), reçoit selon ses œuvres (cf. 1 Co 3, 12-15) et peut même se damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour (cf. Mt 12, 32 ; He 6, 4-6 ; 10, 26-31).
CEC 678 A la suite des prophètes (cf. Dn 7, 10 ; Jl 3-4 ; Ml 3, 19) et de Jean-Baptiste (cf. Mt 3, 7-12), Jésus a annoncé dans sa prédication
le Jugement du dernier Jour. Alors seront mis en lumière la conduite de chacun (cf. Mc 12, 38-40) et le secret des cœurs (cf. Lc 12, 1-3 ; Jn 3, 20-21 ; Rm 2, 16 ; 1 Co 4, 5). Alors sera condamnée l’incrédulité coupable qui a tenu pour rien la grâce offerte par Dieu (cf. Mt 11, 20-24 ; 12, 41-42). L’attitude par rapport au prochain révélera l’accueil ou le refus de la grâce et de l’amour divin (cf. Mt 5, 22 ; 7, 1-5). Jésus dira au dernier jour : " Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait " (Mt 25, 40).
Charles a écrit :alors que selon Jésus, il faudrait dire : toi et moi sommes sujet du Royaume ou sujet du Mauvais ?
Nous sommes un peu des deux, même si nous avons été sauvés à notre Baptême… selon que nous nous laissons sauver jour après jour, instant après instant. Il faut laisser le Christ actualiser en nous cette oeuvre de la Rédemption. Nous avons encore la possibilité de nous perdre à chaque instant.
Dieu nous sauve à chaque instant dit Thérèse d'Avila.
"Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre" (Mt 6, 24).
Charles a écrit :Vous réalisez le tour de force de témoigner en une phrase de votre absence de foi (vous vous boucher les oreilles pour ne pas entendre Jésus) et votre absence d'espérance (vos oubliez ce qui est en jeu et qui est fondamental : la vie au Ciel auprès de Dieu)... et pour Gaillot, j'ajoute absence de charité (car on cherche pas à induire en erreur ni à empêcher ceux qu'on aime d'accèder auprès du Père).
Vous substituez votre propre explication de la parabole à celle donnée par Jésus. Vous l'accusez de fait de ne pas comprendre ce qu'il enseigne lui-même. Vous faites de lui une sorte d'imbécile que vous vous permettez de corriger.
Ne réalises-tu pas que tu te fais le juge de ton frère (je parle de Richard) ? Tu juges de son for interne… en lui prêtant ce que tu crois qu’il oublie ou ne croit pas, etc.
Je ne le juge pas comme personne, c'est à lui de se débrouiller avec son péché et le Bon Dieu, comme à chacun de nous mais je ne peux pas ne pas juger ses paroles (ou ses actes) : si je les comprends, et elles sont intelligibles, et donc je les juge. Le jugement est l'acte même de l'intelligence et de la conscience. Par exemple, si tu écoutes Jean Vannier et que tu trouves que ce qu'il dit est bon, c'est un jugement que tu fais, et si tu rapportes cette bonté à celle du Christ, c'est encore un jugement. Par exemple, dans "« Mais pour vous, leur demandait-il, qui suis-je ? » Pierre lui répond : « Tu es le Christ. »" (Mc 8, 29) la réponse de Pierre est un jugement, parce qu'elle est de foi et que la foi est un acte de l'intelligence (soutenu par la volonté et inspiré par la grâce).
Charles a écrit :il n'y a rien à réconcilier parce que ce qu'a fait Gaillot est tromper ceux qui l'écoutent en jouant sur le fait qu'il y a deux paraboles, celle du semeur et celle du bon grain et de l'ivraie.
Je ne vois pas où tu as pris ça Charles que Gaillot confond deux paraboles ? Je n’ai rien entendu de tel dans le commentaire qu'il fait sur la vidéo sinon ce qui sort droit de ton imagination. La faiblesse du propos de M. Gaillot est qu’il ne va pas au bout de la parabole en proposant ce que tu proposes, à savoir le Pardon du Christ offert et à accueillir car c’est effectivement l’unique solution pour devenir bon grain plutôt que de laisser l’ivraie enfouie dans le champ de notre cœur tout en se disant que c’est là et qu’il n’y a rien à faire, en se complaisant dans le péché et la médiocrité. M. Gaillot pèche par omission ou par ignorance des Écritures mais de là à l’accuser de vouloir délibérément tromper ceux qui l’écoutent, il y a une marge que je ne franchirai pas. Peut-être suis-je naïve...
La parabole où il est dit que chacun de nous est le champ, ou la terre plutôt, est celle du semeur. C'en est une autre. Quand on est évêque, on est supposé connaître cette différence. Et puisque Gaillot, parle de celle du semeur alors qu'on l'interroge sur celle du bon grain et de l'ivraie, c'est donc qu'il le fait intentionellement.
Charles a écrit :« C'est faux, Dieu nous a donné une conscience morale et c'est bien pour nous en servir. »
J’apprécierais que tu évites les abus de langage tels que « c’est faux » et « c’est archi-faux », car encore là, tu te fais le juge de la morale du bien et du mal du vrai et du faux. Tu prends des bouts hors contexte et tu inventes un scénario qui n’a rien à voir (en tout cas pas avec cette homélie de frère Elie que tu amalgames allègrement avec les propos de Mgr Gaillot) pour prouver ton point de vue. Cette démarche est malhonnête et j’apprécierai un peu de respect pour un prêtre (frère Élie) qui a quand même étudié la théologie, les Saintes Écritures, la philosophie et la patristique (son champ de spécialisation) à Rome et qui termine sa thèse de doctorat sur les Pères. Je te trouve - c'est ma perception - un peu sûr de toi-même, à la limite de l’arrogance.
Les titres et les diplômes ne comptent pour rien. Ce qui compte est la volonté de se soumettre au Christ, sans faire de concessions à l'esprit du monde. Et il y a une tendance mondaine à vouloir atténuer ou éviter ce qui concerne le Jugement dernier et la culpabilité du monde, i.e. la nôtre. Cette tendance se retrouve aussi dans l'Eglise, avec les écrit de HU von Balthasar sur l'Enfer par exemple. Mais c'est vain. Ce n'est pas à nous d'atténuer ce que Jésus nous dit de la fin du monde et du destin de ceux qui ne se convertissent pas. Nous ne sommes que des serviteurs, nous ne nous prenons pas pour le Maître. C'est à nous de nous convertir, pas à l'enseignement de Jésus d'être corrigé.
Psychologiser cette parabole, c'est trahir son sens et corriger le Christ. Quand Jésus veut nous parler de notre âme en particulier, il le fait explicitement, quand c'est du destin de l'humanité, il faut recevoir son enseignement pour ce qu'il est. Dire "le bon grain et l'ivraie en nous-mêmes", c'est notre invention, pas l'enseignement de Jésus.
"Il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles et il leur disait dans son enseignement :
« Écoutez ! Voici que le semeur est sorti pour semer.
Et il advint, comme il semait, qu'une partie du grain est tombée au bord du chemin, et les oiseaux sont venus et ont tout mangé.
Une autre est tombée sur le terrain rocheux où elle n'avait pas beaucoup de terre, et aussitôt elle a levé, parce qu'elle n'avait pas de profondeur de terre ;
et lorsque le soleil s'est levé, elle a été brûlée et, faute de racine, s'est desséchée.
Une autre est tombée dans les épines, et les épines ont monté et l'ont étouffée, et elle n'a pas donné de fruit.
D'autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit en montant et en se développant, et ils ont produit l'un trente, l'autre soixante, l'autre cent. »
(...)
Le semeur, c'est la Parole qu'il sème.
Ceux qui sont au bord du chemin où la Parole est semée, sont ceux qui ne l'ont pas plus tôt entendue que Satan arrive et enlève la Parole semée en eux.
Et de même ceux qui sont semés sur les endroits rocheux, sont ceux qui, quand ils ont entendu la Parole, l'accueillent aussitôt avec joie,
mais ils n'ont pas de racine en eux-mêmes et sont les hommes d'un moment : survienne ensuite une tribulation ou une persécution à cause de la Parole, aussitôt ils succombent.
Et il y en a d'autres qui sont semés dans les épines ; ce sont ceux qui ont entendu la Parole,
mais les soucis du monde, la séduction de la richesse et les autres convoitises les pénètrent et étouffent la Parole, qui demeure sans fruit.
Et il y a ceux qui ont été semés dans la bonne terre : ceux-là écoutent la Parole, l'accueillent et portent du fruit, l'un trente, l'autre soixante, l'autre cent. » (Marc 4, 2-20)
Dans la parabole du semeur, il est question de la façon dont nous recevons particulièrement la Parole de Dieu. Là oui, il est question de psychologie : "l'accueillent aussitôt avec joie", "ls n'ont pas de racine en eux-mêmes et sont les hommes d'un moment", "et les autres convoitises les pénètrent et étouffent la Parole", " écoutent la Parole, l'accueillent et portent du fruit". Mais c'est une autre parabole. Celle du bon grain et de l'ivraie est en rapport avec le Jugement dernier, elle ne fait pas de psychologie.
Le monde n’est pas les personnes qui le compose mais l’esprit du monde (par exemples les idéologies, les politiques, etc.).
C'est l'un ou l'autre. Il y a les deux sens. Comme pour "chair" : le corps, la viande, l'être créé et la volonté de la créature.
Je ne crois pas qu’on puisse connaître réellement ses fautes sans d’abord reconnaître la Miséricorde. C’est toujours Dieu qui a l’initiative.
Oui, c'est lui qui a l'initiative. Mais on peut réellement connaître ses fautes, selon la conscience, la nature humaine n'étant pas détruite par le péché originel, mais seulement blessée. Il me semble que l'Eglise envisage un salut possible pour ceux qui auront suivi avec droiture le décret de leur conscience, même s'ils n'ont pas connu la Miséricorde... voudrais-tu leur retirer cette capacité à connaître le bien et le mal et à choisir le bien ?
Et dans la Miséricorde, il y a le Jugement, de toute façon. Car il y a bien quelque chose qui est pardonné et qui est défini comme devant être pardonné, c'est-à-dire comme coupable. C'est pourquoi, ce sont les mêmes prêtres qui font les effarouchés devant le Jugement dernier et torchent le sacrement de réconciliation. C'est le même esprit qui ne veut être ni jugé ni pardonné, qui refuse de se reconnaître pécheur.
2. Il est impossible d'empêcher quiconque de refuser le pardon de Dieu, impossible de retirer à quiconque sa liberté de se perdre.
(...)Regarde Pranzini, regarde le bon larron… ils ont fait beaucoup de mal, mais ils ont accueilli la Miséricorde au dernier instant de leur vie terrestre. Apparemment que cela avait plus de poids dans la balance de Dieu…
D'abord on peut refuser la Miséricorde jusqu'au dernier moment. Ensuite à partir du moment où l'on se repent et l'on passe à la Miséricorde, il n'y a pas de balance, on n'est pas jugé.