ti'hamo a écrit :
À jeter un œil, d'ailleurs, à la physique quantique ou à l'astronomie, il semblerait bien que l'infini fasse bien partie de notre univers réel, à plus d'un titre et plus d'une dimension...
Depuis Aristote, pour qui l’infini n’est que potentiel et non réel, la question de l’immanence ou de la transcendance de l’infini est un thème récurrent dans les sciences.
La démarche quantique depuis l’étude du corps noir de Max Planck est de substituer à la continuité supposée d’une grandeur réelle un ensemble de valeurs discrètes de façon à éviter des résultats infinis : ainsi Max Planck constata que si le corps noir émettait une infinité d’ondes de fréquences différentes la somme des énergies portées par chacune de ces ondes donnerait une énergie totale infinie, alors que le dispositif expérimental est fini et que toute mesure est finie, une incohérence donc. C’est là que lui vient l’idée de supposer que la fréquence des ondes émises par le corps noir ne prenait que des valeurs discrètes, donc qu’il n’y avait pas une infinité de valeurs, mais que la plage des valeurs étaient bornée et quantifiée. On sait le succès que connut par la suite cette quantification, notamment avec les orbites atomiques : les électrons n’occupent pas une infinité d’orbites atomiques, mais ils font des sauts quantiques pour passer de l’une à l’autre, sans avoir à franchir une infinité d’orbites intermédiaires.
Côté science du macrocosme, là aussi, les deniers développements tendent plutôt à valoriser les modèles d’univers finis (géométrie de l’espace-temps fermée avec un contenu énergétique fini). On peut dire que le paradoxe de Olberg fut le tournant pour passer d’une conception infinie de l’univers à une conception finie.
En revanche, contrairement aux sciences de la matière, les sciences mathématiques se sont développées dans le sens d’une irréductibilité de l’infini au fini. Pourtant là aussi il y a eu un tournant : ce fut au début du XXème siècle lorsque Hilbert lança son fameux programme, précurseur de l’informatique d’ailleurs, qui avait pour but de réduire les mathématiques à un ensemble de procédures mécaniques produisant une démonstration en un nombre fini d’étapes. On sait que Gödel montra l’impossibilité d’un tel programme et réaffirma ainsi la légitimité de l’infini, sans lequel d’ailleurs les mathématiques seraient ruinées puisqu’une bonne partie de ses démonstrations reposent dessus. Donc l’esprit mathématicien a ceci de supérieur et de transcendant à la machine qu’il peut établir certaines vérités, grâce à l’infini, vérités et infini inaccessibles à la machine.
Si l’on s’autorise à faire un bilan provisoire sur les bases scientifiques actuelles on pourrait dire : finitude pour la matière et infinitude pour l’esprit.
Ceci dit cela ne clôt pas le débat pour autant, car l’infini a beau être dans l’esprit, il est tout aussi objectif que peut l’être un objet matériel, la meilleure preuve est que les mathématiciens l’utilisent dans leurs démonstrations. Alors il faudrait peut-être parler de l’infini, non pas comme d’une réalité matérielle, mais d’une réalité spirituelle. Et c’est bien là la position gödelienne : les « choses » de l’esprit ne sont pas des fictions mais des réalités.
Enyo32 a écrit :
Je ne comprends pas, si la matière est une créature, elle est forcément non-éternelle, non ? Il y a bien un moment où Dieu l'a tirée du néant (donc elle n'existait pas) pour la faire exister, non ?
Pour pouvoir parler de moment il faut déjà qu’il y ait un mouvement et pour qu’il y ait un mouvement il faut déjà qu’il y ait un être. Le moment présuppose le mouvement et le mouvement présuppose l’être.
Par conséquent la non éternité de la matière ne signifie pas qu’elle ait été créée à un moment donné, car de toute façon la création de l’être est première dans l’ordre de la nécessité par rapport au mouvement et au moment.
C’est une pétition de principe que de placer la création de l’être à un moment donné alors que le moment donné ne vient qu’une fois que l’être a été créé et mis en mouvement.
La non éternité de la matière signifie simplement qu’il n’existe aucune nécessité à ce qu’elle existe : Dieu a commis un acte gratuit en la créant.
Alors que l’engendrement du Fils est éternel.