Journal de Julien Green
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etienne lorant
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Re: Le Journal de Julien Green
Note personnelle à propos du célibat des prêtres
"Louis Segond Bible (1910)
Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne.
Darby Bible (1859 / 1880)
car il y a de eunuques qui sont nés tels dès le ventre de leur mère; et il y a des eunuques qui ont été faits eunuques par les hommes; et il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le royaume des cieux. Que celui qui peut le recevoir, le reçoive.
Martin Bible (1744)
Car il y a des eunuques, qui sont ainsi nés du ventre de leur mère; et il y a des eunuques, qui ont été faits eunuques par les hommes; et il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le Royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre ceci, le comprenne.
J'ai pris les extraits que de différentes Bibles pour trouver une traduction que je trouverais plus convenable, mais toutes celles-ci disent que l'initiative revient à ceux qui se sont rendus 'eunuques' eux-mêmes. Je n'aime ni cette traduction ni les deux suivantes. D'une certaine manière, elles ne tiennent pas compte de l'évolution intérieure qui se produit chez les convertis - qui vivaient déjà le célibat au moment de leur conversion.
Sur le moment-même, à cause de l'éblouissement de la conversion, un éblouissement qui ne brûle pas les yeux mais le cœur, il est évident que celui ou celle qui en a bénéficié, se dira immédiatement "oui, oui, oui !", me voici libre d'aimer "à tous vents" car me voici détaché désormais, de façon heureuse, d'aimer de la façon dont le Christ m'a aimé ! Et donc, lors de la conversion, le célibat et la chasteté sont associés et considérées comme évidentes.
Mais la lutte vient ensuite. C'est une lutte, non une castration ! C'est un combat, non un rejet de la nature. Si le cas individuel est plus explicite, durant quatre ans après l'illumination bienheureuse, je n'ai jamais confondu le sentiment "neuf" des anciens sentiments et des anciennes émotions.
Cela ne m'a pas empêché de retomber une fois dans une relation "affective et sexuelle", car j'avais été tenté, comme Dieu le permet. Tenté durant trois ans, j'ai renoncé à mon choix premier, mais j'y suis revenu, et cette fois, je n'ai plus jamais confondu ni les sentiments, ni les émotions, ni les attitudes. J'ai été libre deux fois plus qu'avant. En réalité, bien sûr, on ne devient pas un "eunuque par déformation psychique" et les images sensuelles diffusées tardivement sur l'écran de télé provoquent des réactions tout à fait naturelles, physiologiques. Mais même, ainsi, une part de l'être lutte et résiste - car la grâce a éveillé la volonté.
Je ne doute donc pas de validité spirituelle du célibat des prêtres. Ce qui est regrettable, infiniment, c'est que la société humaine, du monde, est quasi unanime à vouloir "éradiquer" la chasteté comme une chose immorale, contraire à la nature, voire dangereuse. Plus désolante encore, la manière dont les chrétiens vivent chacun de leur côté, ne se réunissent pas de façon conviviale - et pas forcément pour prier le Rosaire. Les réunions "informelles" entre prêtres sont rares, je le sais. Bref, la solitude est le quotidien. La famille ? Quelle famille n'est pas divisée, décomposée puis recomposée ? Dans la pratique, aucun appui, aucun soutien - si: la prières, quelques échanges sur internet, mais surtout: c'est le fait d'aller assister ceux et celles qui en ont besoin, c'est la prière quotidienne et le travail quotidien, et la pratique des sacrements, qui entretiennent ce feu divin qui élève tout l'être, et n'a de cesse de l'élever encore.
"Louis Segond Bible (1910)
Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne.
Darby Bible (1859 / 1880)
car il y a de eunuques qui sont nés tels dès le ventre de leur mère; et il y a des eunuques qui ont été faits eunuques par les hommes; et il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le royaume des cieux. Que celui qui peut le recevoir, le reçoive.
Martin Bible (1744)
Car il y a des eunuques, qui sont ainsi nés du ventre de leur mère; et il y a des eunuques, qui ont été faits eunuques par les hommes; et il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le Royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre ceci, le comprenne.
J'ai pris les extraits que de différentes Bibles pour trouver une traduction que je trouverais plus convenable, mais toutes celles-ci disent que l'initiative revient à ceux qui se sont rendus 'eunuques' eux-mêmes. Je n'aime ni cette traduction ni les deux suivantes. D'une certaine manière, elles ne tiennent pas compte de l'évolution intérieure qui se produit chez les convertis - qui vivaient déjà le célibat au moment de leur conversion.
Sur le moment-même, à cause de l'éblouissement de la conversion, un éblouissement qui ne brûle pas les yeux mais le cœur, il est évident que celui ou celle qui en a bénéficié, se dira immédiatement "oui, oui, oui !", me voici libre d'aimer "à tous vents" car me voici détaché désormais, de façon heureuse, d'aimer de la façon dont le Christ m'a aimé ! Et donc, lors de la conversion, le célibat et la chasteté sont associés et considérées comme évidentes.
Mais la lutte vient ensuite. C'est une lutte, non une castration ! C'est un combat, non un rejet de la nature. Si le cas individuel est plus explicite, durant quatre ans après l'illumination bienheureuse, je n'ai jamais confondu le sentiment "neuf" des anciens sentiments et des anciennes émotions.
Cela ne m'a pas empêché de retomber une fois dans une relation "affective et sexuelle", car j'avais été tenté, comme Dieu le permet. Tenté durant trois ans, j'ai renoncé à mon choix premier, mais j'y suis revenu, et cette fois, je n'ai plus jamais confondu ni les sentiments, ni les émotions, ni les attitudes. J'ai été libre deux fois plus qu'avant. En réalité, bien sûr, on ne devient pas un "eunuque par déformation psychique" et les images sensuelles diffusées tardivement sur l'écran de télé provoquent des réactions tout à fait naturelles, physiologiques. Mais même, ainsi, une part de l'être lutte et résiste - car la grâce a éveillé la volonté.
Je ne doute donc pas de validité spirituelle du célibat des prêtres. Ce qui est regrettable, infiniment, c'est que la société humaine, du monde, est quasi unanime à vouloir "éradiquer" la chasteté comme une chose immorale, contraire à la nature, voire dangereuse. Plus désolante encore, la manière dont les chrétiens vivent chacun de leur côté, ne se réunissent pas de façon conviviale - et pas forcément pour prier le Rosaire. Les réunions "informelles" entre prêtres sont rares, je le sais. Bref, la solitude est le quotidien. La famille ? Quelle famille n'est pas divisée, décomposée puis recomposée ? Dans la pratique, aucun appui, aucun soutien - si: la prières, quelques échanges sur internet, mais surtout: c'est le fait d'aller assister ceux et celles qui en ont besoin, c'est la prière quotidienne et le travail quotidien, et la pratique des sacrements, qui entretiennent ce feu divin qui élève tout l'être, et n'a de cesse de l'élever encore.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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etienne lorant
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Re: Le Journal de Julien Green
16 juillet 1967
"Dans l'église de Houdan, cette inscription que je crois avoir notée: "Il n'appartient à nul homme tant soit maître ou grand seigneur de se mettre au-dessus du pôvre"". Cette inscription en lettres gothiques un peu effacées".

Très belle église de l'Evêché de Versailles. Dans le déambulatoire qui entoure le chœur s’ouvrent neuf chapelles :
- La chapelle de Sainte-Geneviève.
- La chapelle du Souvenir.
- La chapelle du Saint Curé d’Ars.
- La chapelle du Sacré Cœur.
- La chapelle de la Sainte Vierge.
- La chapelle de Saint-Joseph.
- La chapelle de Notre Dame de Montserrat.
- La chapelle de Sainte Célestine.
- La chapelle de Saint Roch.

Si j'en avais l'occasion, j'irais certainement visiter - le lien ci-après m'inspire beaucoup :
http://www.aroh.fr/Historique/Historiqu ... Houdan.htm
"Dans l'église de Houdan, cette inscription que je crois avoir notée: "Il n'appartient à nul homme tant soit maître ou grand seigneur de se mettre au-dessus du pôvre"". Cette inscription en lettres gothiques un peu effacées".

Très belle église de l'Evêché de Versailles. Dans le déambulatoire qui entoure le chœur s’ouvrent neuf chapelles :
- La chapelle de Sainte-Geneviève.
- La chapelle du Souvenir.
- La chapelle du Saint Curé d’Ars.
- La chapelle du Sacré Cœur.
- La chapelle de la Sainte Vierge.
- La chapelle de Saint-Joseph.
- La chapelle de Notre Dame de Montserrat.
- La chapelle de Sainte Célestine.
- La chapelle de Saint Roch.

Si j'en avais l'occasion, j'irais certainement visiter - le lien ci-après m'inspire beaucoup :
http://www.aroh.fr/Historique/Historiqu ... Houdan.htm
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
20 juillet 1967
"Beaucoup lu la Bible pour essayer de renflouer l'épave spirituelle: il y a eu jadis un naufrage et des débris du beau bâtiment flottent à la surface des eaux, mais peut-être les débris sont-ils plus au goût de la Providence que le navire construit, gréé et lancé par l'orgueil ?"
L'épave spirituelle, c'est bien sûr de lui-même que parle Julien Green. Mais ce naufrage, que fût-il ? Dans les textes plus anciens, Julien Green rapporte qu'entre vingt et vingt cinq ans, il fut tout prêt d'entrer dans un monastère, mais que ses penchants avaient finalement tout fait échouer. C'est à partir de ce moment qu'il décida de lutter, de poursuivre sa carrière littéraire tout en se rappelant parfois que : "L'on n'a jamais connu de romancier déclaré saint". En publiant ses notes, il s'exposait ainsi lui-même, comme catholique, au jugement de ses lecteurs. Dès lors, comme il dit que certains navires sont construits, gréés et lancés par l'orgueil, j'ai une opinion favorable car je sais très bien qu'il a raison. Mieux vaut une longue lutte contre les éléments d'une mer déchaînée et sur une "coque de noix" que la brève et désastreuse ruine d'un Titanic spirituel !
"Beaucoup lu la Bible pour essayer de renflouer l'épave spirituelle: il y a eu jadis un naufrage et des débris du beau bâtiment flottent à la surface des eaux, mais peut-être les débris sont-ils plus au goût de la Providence que le navire construit, gréé et lancé par l'orgueil ?"
L'épave spirituelle, c'est bien sûr de lui-même que parle Julien Green. Mais ce naufrage, que fût-il ? Dans les textes plus anciens, Julien Green rapporte qu'entre vingt et vingt cinq ans, il fut tout prêt d'entrer dans un monastère, mais que ses penchants avaient finalement tout fait échouer. C'est à partir de ce moment qu'il décida de lutter, de poursuivre sa carrière littéraire tout en se rappelant parfois que : "L'on n'a jamais connu de romancier déclaré saint". En publiant ses notes, il s'exposait ainsi lui-même, comme catholique, au jugement de ses lecteurs. Dès lors, comme il dit que certains navires sont construits, gréés et lancés par l'orgueil, j'ai une opinion favorable car je sais très bien qu'il a raison. Mieux vaut une longue lutte contre les éléments d'une mer déchaînée et sur une "coque de noix" que la brève et désastreuse ruine d'un Titanic spirituel !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
8 juillet 1967
La providence des inconnus.
"Jusqu'ici, d'une façon générale, je n'aurai pas eu à me plaindre du genre humain. Quand j'ai eu des difficultés, il s'est toujours trouvé quelqu'un près de moi. Des hommes et des femmes sont venus, pareils souvent à des messagers, pour me parler avec douceur et me conseiller avec sagesse. Cela a toujours frappé ceux qui ont un peu connu les circonstances de ma vie".
Note: "Ce que Julien Green écrit ici, chacun d'entre nous le peut aussi. La Providence envoie toujours quelqu'un devant nous. Et la plupart du temps, ce quelqu'un, cet individu inconnu ne saura pas - du moins avant le jour du Seigneur, comment il aura servi Dieu en servant un inconnu. Dans ma vie, je peux dire qu'un jour, je me suis retrouvé devant un Lieutenantt-Colonnel qui m'a longuement interrogé sur "huits façons de mourir en guerre" qui sont décrites dans 'Monte Cassino', un des romans de Sven Hassel.
Etais-je un militant communiste, infiltré dans l'armée belge pour démoraliser la troupe ? Un ordre de punition en 'bataillon de marche' avait déjà été rédigé contre moi, et n'attendait plus, pour être exécutable, que la signature de ce 'Breveté d'Etat Major. Or, cet homme, ce colonnel, m'a dit: "Je ne peux pas vous envoyer là-bas, votre corps n'y résisterait pas, vous seriez déserteur au bout de deux jours; de toute manière, un vrai communiste n'eût pas agi en signant son texte. Alors parlez-moi sans détour." Ce que je fis. Et à partir de ce jour, je fus affecté uniquement au bureau de ce Colonnel et je fus tranquille jusqu'à la fin de mon service obligatoire. Le dernier jour de monn temps d'armée, le Lt-Col m'a dit: ce qu'a écrit Sven Hassel est tout à fait exact, les infirmiers ont ordre de ne pas s'attarder auprès des blessés mourants, mais de courir et d'emporter uniquement ceux qui ont une chance d'être sauvés.
Des inconnus comme cet officier, j'en ai croisé plusieurs, en diverses criconstances. Ils m'ont apporté énormément mais n'en savent rien - mais un jour, cela leur sera rendu, j'ens suis certain, car : "de la manière dont vous aurez mesuré, il vous sera mesuré.
Si l'un d'entre vous a une annecdote similaire à raconter, c'est le moment !
La providence des inconnus.
"Jusqu'ici, d'une façon générale, je n'aurai pas eu à me plaindre du genre humain. Quand j'ai eu des difficultés, il s'est toujours trouvé quelqu'un près de moi. Des hommes et des femmes sont venus, pareils souvent à des messagers, pour me parler avec douceur et me conseiller avec sagesse. Cela a toujours frappé ceux qui ont un peu connu les circonstances de ma vie".
Note: "Ce que Julien Green écrit ici, chacun d'entre nous le peut aussi. La Providence envoie toujours quelqu'un devant nous. Et la plupart du temps, ce quelqu'un, cet individu inconnu ne saura pas - du moins avant le jour du Seigneur, comment il aura servi Dieu en servant un inconnu. Dans ma vie, je peux dire qu'un jour, je me suis retrouvé devant un Lieutenantt-Colonnel qui m'a longuement interrogé sur "huits façons de mourir en guerre" qui sont décrites dans 'Monte Cassino', un des romans de Sven Hassel.
Etais-je un militant communiste, infiltré dans l'armée belge pour démoraliser la troupe ? Un ordre de punition en 'bataillon de marche' avait déjà été rédigé contre moi, et n'attendait plus, pour être exécutable, que la signature de ce 'Breveté d'Etat Major. Or, cet homme, ce colonnel, m'a dit: "Je ne peux pas vous envoyer là-bas, votre corps n'y résisterait pas, vous seriez déserteur au bout de deux jours; de toute manière, un vrai communiste n'eût pas agi en signant son texte. Alors parlez-moi sans détour." Ce que je fis. Et à partir de ce jour, je fus affecté uniquement au bureau de ce Colonnel et je fus tranquille jusqu'à la fin de mon service obligatoire. Le dernier jour de monn temps d'armée, le Lt-Col m'a dit: ce qu'a écrit Sven Hassel est tout à fait exact, les infirmiers ont ordre de ne pas s'attarder auprès des blessés mourants, mais de courir et d'emporter uniquement ceux qui ont une chance d'être sauvés.
Des inconnus comme cet officier, j'en ai croisé plusieurs, en diverses criconstances. Ils m'ont apporté énormément mais n'en savent rien - mais un jour, cela leur sera rendu, j'ens suis certain, car : "de la manière dont vous aurez mesuré, il vous sera mesuré.
Si l'un d'entre vous a une annecdote similaire à raconter, c'est le moment !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
8 juillet 1967
A propos d'un roman d'Edith Warton:
"Je voudrais dire un mot du roman d'Edith Warton. L'intrigue en est absurde : un Américain de New York, vers 1870, épouse une femme qu'il n'aime pas. Il est épris d'une autre femme qui, elle, l'adore. L'homme lutte contre cette passion qu'il finit par vaincre, sans que jamais la femme et lui aient été amants. Il faut dire qu'elle a pris part à cette lutte. Et à quoi doivent-ils cette victoire ? A leur religion ? Question inepte. Ils la doivent tous les deux au fait qu'ils sont Américains et qu'il y a certaines choses que les Américains ne font pas - ou plutôt que les Américains de New York ne font pas. La morale est sauve, la société de New-York n'aura pas à souffrir de ce gros scandale : l'adultère, péché européen !"
Note perso : c'est moins anecdotique qu'il m'a semblé à première vue. Je me dis en effet que du point de vue du bon Dieu, mieux vaut encore avoir péché et se repentir durement que d'élever sa vertu en statue de marbre. Il existe des situations familiales qui sont sources de tels conflits que les membres de la famille finissent par renoncer: on ne se fréquentera plus, voilà tout. Mais ça ne fonctionne pas ainsi, et le silence est pire encore. Mieux vaut de grandes et longues disputes (comme celle qui oppose Elizabeth Taylor et Richard Burton dans 'Qui a peur de Virginia Woolf). Dans une dispute, on peut se lancer des mot terrifiants, mais ça ne compte pas - tandis qu'un silence qui s'installe et dure des années, cela je l'ai vécu et je le vis encore. C'est un supplice affreux, car on n'en voit jamais la fin: cette réconciliation, pleine et entière, qui effacerait toutes les "étapes de montagne", comme elle se fait attendre et comme on a la sensation de la porter à bout de bras, ou comme une épine au front !
A propos d'un roman d'Edith Warton:
"Je voudrais dire un mot du roman d'Edith Warton. L'intrigue en est absurde : un Américain de New York, vers 1870, épouse une femme qu'il n'aime pas. Il est épris d'une autre femme qui, elle, l'adore. L'homme lutte contre cette passion qu'il finit par vaincre, sans que jamais la femme et lui aient été amants. Il faut dire qu'elle a pris part à cette lutte. Et à quoi doivent-ils cette victoire ? A leur religion ? Question inepte. Ils la doivent tous les deux au fait qu'ils sont Américains et qu'il y a certaines choses que les Américains ne font pas - ou plutôt que les Américains de New York ne font pas. La morale est sauve, la société de New-York n'aura pas à souffrir de ce gros scandale : l'adultère, péché européen !"
Note perso : c'est moins anecdotique qu'il m'a semblé à première vue. Je me dis en effet que du point de vue du bon Dieu, mieux vaut encore avoir péché et se repentir durement que d'élever sa vertu en statue de marbre. Il existe des situations familiales qui sont sources de tels conflits que les membres de la famille finissent par renoncer: on ne se fréquentera plus, voilà tout. Mais ça ne fonctionne pas ainsi, et le silence est pire encore. Mieux vaut de grandes et longues disputes (comme celle qui oppose Elizabeth Taylor et Richard Burton dans 'Qui a peur de Virginia Woolf). Dans une dispute, on peut se lancer des mot terrifiants, mais ça ne compte pas - tandis qu'un silence qui s'installe et dure des années, cela je l'ai vécu et je le vis encore. C'est un supplice affreux, car on n'en voit jamais la fin: cette réconciliation, pleine et entière, qui effacerait toutes les "étapes de montagne", comme elle se fait attendre et comme on a la sensation de la porter à bout de bras, ou comme une épine au front !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
1O novembre 1967
"Quand on parle à quelqu'un d'argent, son visage change et qu'y lit-on ? L'inquiétude. Je l'ai remarqué cent fois. On dirait qu'on touche aux sources mêmes de la vie".
Note perso : J'ai d'abord trouvé que Julien Green exagère: l'argent touche aux sources mêmes de la vie ?!?
Mais ensuite, j'ai compris que c'est vrai en tant que substitut de vie, en tant qu'image forte, en tant que symbole.
Mais c'est affreux, évidemment. De nos jours, lorsqu'un homme est un peu triste, il calcule combien il a en banque - et généralement, il se félicite en se disant: "ça va, j'ai encore de quoi tenir". Triste constat, mais tellement vrai ! Un chiffre sur un compte en banque remplace donc le voyage qu'on n'a pas pu faire, la rencontre dont on avait rêvé, l'objet dont on s'est privé, le cadeau qui eût tant fait plaisir, etc. On s'est privé, on a privé autrui, et puis on meurt en essayant de tout rattraper. C'est bien pourquoi Jésus déclare: "Vous ne pouvez servir deux maîtres, Dieu et l'Argent." Dans ma Bible, Argent est écrit une majuscule, et c'est correct car il représente non pas de la monnaie ou des devises, mais un maître, Mammon, l'esprit des richesses. Un démon : une obsession latente chez l'homme - et savamment entretenue par les media : "Ah, Madame, Monsieur, combien toucherez-vous à votre pension ? Vite, souscrivez une assurance, serrez-vous un peu plus la ceinture, ne cultivez pas la joie comme dit le prophète, mais calculez chaque fois que vous devez payer, soyez des gens raisonnables !" C'est fou comme le diable aime la raison commune !
Aujourd'hui même, je sors de chez un assureur. Il a réussi à m'effrayer et me faire signer une assurance de responsabilité civile. Non pour la voiture (celle-là, je l'ai déjà), mais pour les torts que je pourrais causer à autrui par pure maladresse. "Si je renversais quelqu'un en voiture ? Mais non, je suis déjà couvert pour ça". Et l'assureur de m'expliquer qu'en dehors de la voiture, cela peut concerner une simple querelle en rue, une bousculade, une peau de banane sur un trottoir...
J'ai dit encore: "Ou un présentoir de livres qui tomberait sur un client..." Ah, non, pour ce cas-là, il faut aussi une assurance responsabilité civile et professionnelle ! D'accord. Mais je n'ai pas signé celle-là. Ainsi non seulement il y a l'inquiétude de l'argent, mais l'inquiétude de l'argent à perdre si l'on n'a pas tout assuré.... etc, etc, etc.
"Quand on parle à quelqu'un d'argent, son visage change et qu'y lit-on ? L'inquiétude. Je l'ai remarqué cent fois. On dirait qu'on touche aux sources mêmes de la vie".
Note perso : J'ai d'abord trouvé que Julien Green exagère: l'argent touche aux sources mêmes de la vie ?!?
Mais ensuite, j'ai compris que c'est vrai en tant que substitut de vie, en tant qu'image forte, en tant que symbole.
Mais c'est affreux, évidemment. De nos jours, lorsqu'un homme est un peu triste, il calcule combien il a en banque - et généralement, il se félicite en se disant: "ça va, j'ai encore de quoi tenir". Triste constat, mais tellement vrai ! Un chiffre sur un compte en banque remplace donc le voyage qu'on n'a pas pu faire, la rencontre dont on avait rêvé, l'objet dont on s'est privé, le cadeau qui eût tant fait plaisir, etc. On s'est privé, on a privé autrui, et puis on meurt en essayant de tout rattraper. C'est bien pourquoi Jésus déclare: "Vous ne pouvez servir deux maîtres, Dieu et l'Argent." Dans ma Bible, Argent est écrit une majuscule, et c'est correct car il représente non pas de la monnaie ou des devises, mais un maître, Mammon, l'esprit des richesses. Un démon : une obsession latente chez l'homme - et savamment entretenue par les media : "Ah, Madame, Monsieur, combien toucherez-vous à votre pension ? Vite, souscrivez une assurance, serrez-vous un peu plus la ceinture, ne cultivez pas la joie comme dit le prophète, mais calculez chaque fois que vous devez payer, soyez des gens raisonnables !" C'est fou comme le diable aime la raison commune !
Aujourd'hui même, je sors de chez un assureur. Il a réussi à m'effrayer et me faire signer une assurance de responsabilité civile. Non pour la voiture (celle-là, je l'ai déjà), mais pour les torts que je pourrais causer à autrui par pure maladresse. "Si je renversais quelqu'un en voiture ? Mais non, je suis déjà couvert pour ça". Et l'assureur de m'expliquer qu'en dehors de la voiture, cela peut concerner une simple querelle en rue, une bousculade, une peau de banane sur un trottoir...
J'ai dit encore: "Ou un présentoir de livres qui tomberait sur un client..." Ah, non, pour ce cas-là, il faut aussi une assurance responsabilité civile et professionnelle ! D'accord. Mais je n'ai pas signé celle-là. Ainsi non seulement il y a l'inquiétude de l'argent, mais l'inquiétude de l'argent à perdre si l'on n'a pas tout assuré.... etc, etc, etc.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
- Anne
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Re: Le Journal de Julien Green
On se fait toujours attraper par les assureurs... <soupir>
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…".
2 Co 4, 8-10
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…".
2 Co 4, 8-10
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etienne lorant
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Re: Le Journal de Julien Green
Témoignage dans le Journal de Julien Green - 10 novembre 1967
Ce jeune prêtre m'a raconté la choses suivante qui est curieuse et que je trouve belle. Il a été récemment appelé au chevet d'une mourante, mais quand il arrive, on lui dit qu'il est trop tard, qu'elle est dans le coma. C'est d'une vieille femme qu'il s'agit. Le prêtre, seul avec elle se demande ce qu'il doit faire, car, plongée dans une profonde inconscience, elle n'entend, ni ne voit, ni ne comprend rien. Il lui donne cependant l'extrême-onction, et d'abord l'absolution avec indulgence plénière, puis il prie pour elle et enfin il lui parle, il lui parle longuement, mais n'est-ce pas à une morte qu'il parle ? Il continue néanmoins, réconforte cette femme dont l'immobilité devrait le décourager.Au bout d'une heure, il se lève pour partir. A ce moment, la mourante ouvre les yeux et dit: "Merci". Quelques minutes plus tard, elle a cessé de respirer.
Mon père est décédé en gérontologie, un couloir d'hôpital dans lequel il y avait chaque jours des morts. Toute la famille et moi nous sommes dit: "s'il avait eu une pathologie quelconque, on aurait pu le placer en soins palliatif, du moins il eût bénéficié d'une chambre particulière et de soins quotidiens moins "minutés" ! Mais il était prêt, il luttait même contre ce médecin qui voulait absolument le "rattraper": chaque jour, il arrachait les sondes plantées dans ses bras, celle qu'on lui avait enfoncée dans une narine, raison pour laquelle on lui avait immobilisé les bras avec de vulgaires essuie-mains. Comme il luttait encore, le médecin responsable avait fini par inclure des psychotropes dans les sondes - et il était devenu comme une plante. C'est, un matin, en le voyant ainsi, que j'ai décidé de l'aider à s'évader de la vie. J'ai moi-même défait les nœuds des essuie-mains, j'ai attendu qu'il se réveille et il a aussitôt retiré lui-même toutes les sondes. Alerté, le médecin m'a pris à parti, mais c'est moi qui l'ai menacé finalement. De toute manière, je lui ai suggéré: laissez-lui dire ce qu'il veut, d'accord ? Dialogue : "Papa, tu m'entends bien ?" "faible voix : "Oui" "Le médecin est la, dis-lui ce que tu veux." Réponse : "Je veux faire tout mon possible mais je veux manger seul"... C'est la dernière phrase la plus longue qu'il ait dite. Le lendemain, il a dit à ma mère : "Je suis heureux". Le troisième jour, il attrapait un staphylocoque doré. Le lendemain, on nous a annoncé qu'il avait expiré entre son lit et la table du petit déjeuner. Oui, il s'est vraiment évadé !
Ce jeune prêtre m'a raconté la choses suivante qui est curieuse et que je trouve belle. Il a été récemment appelé au chevet d'une mourante, mais quand il arrive, on lui dit qu'il est trop tard, qu'elle est dans le coma. C'est d'une vieille femme qu'il s'agit. Le prêtre, seul avec elle se demande ce qu'il doit faire, car, plongée dans une profonde inconscience, elle n'entend, ni ne voit, ni ne comprend rien. Il lui donne cependant l'extrême-onction, et d'abord l'absolution avec indulgence plénière, puis il prie pour elle et enfin il lui parle, il lui parle longuement, mais n'est-ce pas à une morte qu'il parle ? Il continue néanmoins, réconforte cette femme dont l'immobilité devrait le décourager.Au bout d'une heure, il se lève pour partir. A ce moment, la mourante ouvre les yeux et dit: "Merci". Quelques minutes plus tard, elle a cessé de respirer.
Mon père est décédé en gérontologie, un couloir d'hôpital dans lequel il y avait chaque jours des morts. Toute la famille et moi nous sommes dit: "s'il avait eu une pathologie quelconque, on aurait pu le placer en soins palliatif, du moins il eût bénéficié d'une chambre particulière et de soins quotidiens moins "minutés" ! Mais il était prêt, il luttait même contre ce médecin qui voulait absolument le "rattraper": chaque jour, il arrachait les sondes plantées dans ses bras, celle qu'on lui avait enfoncée dans une narine, raison pour laquelle on lui avait immobilisé les bras avec de vulgaires essuie-mains. Comme il luttait encore, le médecin responsable avait fini par inclure des psychotropes dans les sondes - et il était devenu comme une plante. C'est, un matin, en le voyant ainsi, que j'ai décidé de l'aider à s'évader de la vie. J'ai moi-même défait les nœuds des essuie-mains, j'ai attendu qu'il se réveille et il a aussitôt retiré lui-même toutes les sondes. Alerté, le médecin m'a pris à parti, mais c'est moi qui l'ai menacé finalement. De toute manière, je lui ai suggéré: laissez-lui dire ce qu'il veut, d'accord ? Dialogue : "Papa, tu m'entends bien ?" "faible voix : "Oui" "Le médecin est la, dis-lui ce que tu veux." Réponse : "Je veux faire tout mon possible mais je veux manger seul"... C'est la dernière phrase la plus longue qu'il ait dite. Le lendemain, il a dit à ma mère : "Je suis heureux". Le troisième jour, il attrapait un staphylocoque doré. Le lendemain, on nous a annoncé qu'il avait expiré entre son lit et la table du petit déjeuner. Oui, il s'est vraiment évadé !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
Journal de Julien Green - 12 novembre 1967
Après une histoire qui parle du 'grand passage' sur lequel les sacrements, mais aussi les prières ont grand pouvoir, Julien Green rapporte, le lendemain, un petit mot d'enfant que j'ai trouvé assez extraordinaire:
'A la campagne. Bruno, qui a cinq ans, et que nous voyons quelquefois, car ses parents habitent en face de notre maison, demandait à quelqu'un l'autre jour : "Où étais-je avant de vivre avec papa et maman ?" Cette question aurait plu à saint Augustin.l
Après une histoire qui parle du 'grand passage' sur lequel les sacrements, mais aussi les prières ont grand pouvoir, Julien Green rapporte, le lendemain, un petit mot d'enfant que j'ai trouvé assez extraordinaire:
'A la campagne. Bruno, qui a cinq ans, et que nous voyons quelquefois, car ses parents habitent en face de notre maison, demandait à quelqu'un l'autre jour : "Où étais-je avant de vivre avec papa et maman ?" Cette question aurait plu à saint Augustin.l
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
Julien Green 22 novembre 1967
"Lundi, je devais recevoir un religieux, à six heures de l'après-midi. J'avais déjà une visite, un ami que je vois souvent. Je lui dis: "Il est six heures moins le quart, reste jusqu'à six heures, reste jusqu'à ce que mon franciscain soit là." Mais il préfère partir, ouvre la porte, trouve le religieux assis sur la chaise du palier, lui demande d'entrer. Le religieux répond avec un sourire : "Mr. Green m'a dit six heures, et j'attends qu'il soit six heures". "Mais il fait froid là". "Cela n'est rien", dit le frère avec humilité. Il est enfin entré et seul avec moi m'a fait la confidence de ses difficultés... Il parle simplement, doucement, avec un sourire d'enfant, me dit qu'il garde l'espérance et n'a jamais pensé qu'il serait perdu; sur ce point, je suis entièrement d'accord avec lui. Il est plus près de la sainteté que beaucoup de catholiques qui sont la rigueur même et se prennent personnellement pour l'Eglise."
Note perso: j'en ai souvent voulu au frère franciscain qui n'a pas su me recevoir, une semaine après ma conversion, simplement parce qu'il doutait, parce qu'il avait connu une rupture professionnelle (il avait été directeur d'un collège, et il ne savait pas me répondre. Il n'avait plus sa robe de bure, mais un costume "clergyman" dans lequel je ne l'avais moi-même pas reconnu. Cependant, j'étais décidé à entrer dans l'ordre franciscain. Je lui ai raconté tout l'épisode de ma conversion - avec le côté "surnaturel" qui avait achevé de me convertir- et je lui ai demandé: j'ai besoin d'un lieu pour réapprendre à marcher dans le monde, puisque je me sens comme un tout petit enfant, qui ne sait plus marcher. (Dans mon idée, il allait me recevoir, me laisserait me "re-familiariser" avec les offices, puis parler avec lui de l'avenir.) Mais surtout et avant tout, j'attendais une confession - qu'il me la propose, bon sang ! Mais il n'était plus le même - il n'avait plus le même 'éclairage surnaturel' que je lui avais vu lorsque j'étais étudiant : il ordonnait, et pas un seul n'osait désobéir, sa voix gouvernait plus que la tête, mais aussi les cœurs
Mais bref, c'étaient les années 80, il avait eu son apprentissage de la "modernité" et ... un peu oublié la totale humilité de saint François. Qu'importe. Je lui ai tout pardonné dans mon âme, l'an dernier, lorsque j'ai appris que lors de l'épisode de Dunkerque (l'invasion allemande) ils étaient six à marcher depuis des semaines et aider tout un chacun, et ont failli se faire fusiller comme appartenant à la "cinquième colonne".
Ce franciscain vit toujours, plus pour longtemps, bien sûr, mais Dieu le bénisse !
"Lundi, je devais recevoir un religieux, à six heures de l'après-midi. J'avais déjà une visite, un ami que je vois souvent. Je lui dis: "Il est six heures moins le quart, reste jusqu'à six heures, reste jusqu'à ce que mon franciscain soit là." Mais il préfère partir, ouvre la porte, trouve le religieux assis sur la chaise du palier, lui demande d'entrer. Le religieux répond avec un sourire : "Mr. Green m'a dit six heures, et j'attends qu'il soit six heures". "Mais il fait froid là". "Cela n'est rien", dit le frère avec humilité. Il est enfin entré et seul avec moi m'a fait la confidence de ses difficultés... Il parle simplement, doucement, avec un sourire d'enfant, me dit qu'il garde l'espérance et n'a jamais pensé qu'il serait perdu; sur ce point, je suis entièrement d'accord avec lui. Il est plus près de la sainteté que beaucoup de catholiques qui sont la rigueur même et se prennent personnellement pour l'Eglise."
Note perso: j'en ai souvent voulu au frère franciscain qui n'a pas su me recevoir, une semaine après ma conversion, simplement parce qu'il doutait, parce qu'il avait connu une rupture professionnelle (il avait été directeur d'un collège, et il ne savait pas me répondre. Il n'avait plus sa robe de bure, mais un costume "clergyman" dans lequel je ne l'avais moi-même pas reconnu. Cependant, j'étais décidé à entrer dans l'ordre franciscain. Je lui ai raconté tout l'épisode de ma conversion - avec le côté "surnaturel" qui avait achevé de me convertir- et je lui ai demandé: j'ai besoin d'un lieu pour réapprendre à marcher dans le monde, puisque je me sens comme un tout petit enfant, qui ne sait plus marcher. (Dans mon idée, il allait me recevoir, me laisserait me "re-familiariser" avec les offices, puis parler avec lui de l'avenir.) Mais surtout et avant tout, j'attendais une confession - qu'il me la propose, bon sang ! Mais il n'était plus le même - il n'avait plus le même 'éclairage surnaturel' que je lui avais vu lorsque j'étais étudiant : il ordonnait, et pas un seul n'osait désobéir, sa voix gouvernait plus que la tête, mais aussi les cœurs
Mais bref, c'étaient les années 80, il avait eu son apprentissage de la "modernité" et ... un peu oublié la totale humilité de saint François. Qu'importe. Je lui ai tout pardonné dans mon âme, l'an dernier, lorsque j'ai appris que lors de l'épisode de Dunkerque (l'invasion allemande) ils étaient six à marcher depuis des semaines et aider tout un chacun, et ont failli se faire fusiller comme appartenant à la "cinquième colonne".
Ce franciscain vit toujours, plus pour longtemps, bien sûr, mais Dieu le bénisse !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
28 novembre 1967
Aujourd'hui, conversation à la radio avec Jean-François Noël. Je lui dis: "N'est-il pas curieux qu'en 1967, on puisse attirer l'attention sur soi en parlant des vérités du catéchisme ? On a l'air d'un étranger venu d'un pays lointain et qui garde l'accent de ces régions-là. Je lui cite des phrases de Nietzsche sur le souffle du vide qui frappe le visage de l'incroyant, puisque "Dieu est mort"
Note perso: Je me souviens d'une réflexion de Dostoïevski qui écrivait : "A partir du moment où les hommes auront déclaré "la mort de Dieu", il se jetteront les uns sur les autres pour s'embrasser comme s'ils voulaient se consoler, et ils se mettront à chérir et à vouloir protéger le moindre brin d'herbe." Je considère la question de l'écologie comme un sujet important, certes, mais cela ne va pas plus loin, pour moi, que d'essayer de trier mes déchets. Cependant, je connais certains militants écologiques pour qui l'écologie est devenue une forme de religion à part entière, comme s'ils se disaient, nous n'avons pas pu croire en Dieu, alors essayons de croire en la terre ? Mais cela me semble en même temps dérisoire et pitoyable...
Aujourd'hui, conversation à la radio avec Jean-François Noël. Je lui dis: "N'est-il pas curieux qu'en 1967, on puisse attirer l'attention sur soi en parlant des vérités du catéchisme ? On a l'air d'un étranger venu d'un pays lointain et qui garde l'accent de ces régions-là. Je lui cite des phrases de Nietzsche sur le souffle du vide qui frappe le visage de l'incroyant, puisque "Dieu est mort"
Note perso: Je me souviens d'une réflexion de Dostoïevski qui écrivait : "A partir du moment où les hommes auront déclaré "la mort de Dieu", il se jetteront les uns sur les autres pour s'embrasser comme s'ils voulaient se consoler, et ils se mettront à chérir et à vouloir protéger le moindre brin d'herbe." Je considère la question de l'écologie comme un sujet important, certes, mais cela ne va pas plus loin, pour moi, que d'essayer de trier mes déchets. Cependant, je connais certains militants écologiques pour qui l'écologie est devenue une forme de religion à part entière, comme s'ils se disaient, nous n'avons pas pu croire en Dieu, alors essayons de croire en la terre ? Mais cela me semble en même temps dérisoire et pitoyable...
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
26 décembre 1967
"Lu dans le père Lallemant une page d'une concision remarquable qui résume selon moi toute vie spirituelles : "Il n'y a que Dieu qui ait droit de souveraineté sur les cœurs. L'Église même n'étend pas jusque-là son domaine. Ce qui s'y passe ne relève point d'elle. Dieu seul en est le Roi... C'est là qu'il établit le trône de sa grâce... Dieu s'applique plus au gouvernement surnaturel d'un cœur où il règne qu'au gouvernement naturel de tout l'Univers... Il n'y a que Dieu qui puisse contenter notre cœur. Notre cœur a un vide qui ne peut être rempli que de Dieu. Les délices de Dieu sont de converser avec les cœurs. C'est là son lieu de repos. Heureuse la vie intérieure qui fait vivre Dieu seul dans les cœurs."
Note perso: Puisse donc Dieu régner dans mon cœur de plus en plus. Car le vide qui est dans mon cœur est de plus en plus le vide, à mesure que toutes les autres relations sont chargées d'inquiétudes, de reproches, de peurs, de suspicions.
Il y a trois jours, quand j'ai décidé d'un seul coup, de trancher au vif dans les liens déjà très amoindris d'avec mes sœurs, c'est que j'avais entendu - six fois au cours de cet appel le mot de "colère": il n'est même plus nécessaire d'explications, de discussion, le mot de colère justifie tout. J'ai conclu aussitôt que c'en était fini des tentatives de rapprochement étalés sur plus d'une dizaine d'années. J'ai dit ce que j'avais à dire et cela fut dit en moins d'une minute. Mais j'ai prié une partie de la nuit qui a suivi je me suis arrêté de compter après trente dizaines de chapelet... je me suis finalement endormi.) Le lendemain matin, j'ai repris le travail comme à l'ordinaire et je me plaignais déjà de n'avoir pas reçu de réponse à ma prière lorsque j'ai ressenti, très fortement: "Désormais, il te faut mourir à toi-même".
J'ai eu la connaissance de ce que cela voulait dire: je dois me dépouiller de mes dernières affections que le monde dit 'légitimes': famille, conjoint, amitiés et jusqu'aux décors du passé... Désormais, il faudra aimer ce prochain à propos duquel Simone Weil déclarait avec une très grande clarté: "Pour aimer un étranger comme soi-même, cela présuppose de se considérer soi-même comme un étranger. Il faut la foi, la prière, la discipline - et Dieu viendra combler ce vide si pénible à endurer pour le moment.
"Lu dans le père Lallemant une page d'une concision remarquable qui résume selon moi toute vie spirituelles : "Il n'y a que Dieu qui ait droit de souveraineté sur les cœurs. L'Église même n'étend pas jusque-là son domaine. Ce qui s'y passe ne relève point d'elle. Dieu seul en est le Roi... C'est là qu'il établit le trône de sa grâce... Dieu s'applique plus au gouvernement surnaturel d'un cœur où il règne qu'au gouvernement naturel de tout l'Univers... Il n'y a que Dieu qui puisse contenter notre cœur. Notre cœur a un vide qui ne peut être rempli que de Dieu. Les délices de Dieu sont de converser avec les cœurs. C'est là son lieu de repos. Heureuse la vie intérieure qui fait vivre Dieu seul dans les cœurs."
Note perso: Puisse donc Dieu régner dans mon cœur de plus en plus. Car le vide qui est dans mon cœur est de plus en plus le vide, à mesure que toutes les autres relations sont chargées d'inquiétudes, de reproches, de peurs, de suspicions.
Il y a trois jours, quand j'ai décidé d'un seul coup, de trancher au vif dans les liens déjà très amoindris d'avec mes sœurs, c'est que j'avais entendu - six fois au cours de cet appel le mot de "colère": il n'est même plus nécessaire d'explications, de discussion, le mot de colère justifie tout. J'ai conclu aussitôt que c'en était fini des tentatives de rapprochement étalés sur plus d'une dizaine d'années. J'ai dit ce que j'avais à dire et cela fut dit en moins d'une minute. Mais j'ai prié une partie de la nuit qui a suivi je me suis arrêté de compter après trente dizaines de chapelet... je me suis finalement endormi.) Le lendemain matin, j'ai repris le travail comme à l'ordinaire et je me plaignais déjà de n'avoir pas reçu de réponse à ma prière lorsque j'ai ressenti, très fortement: "Désormais, il te faut mourir à toi-même".
J'ai eu la connaissance de ce que cela voulait dire: je dois me dépouiller de mes dernières affections que le monde dit 'légitimes': famille, conjoint, amitiés et jusqu'aux décors du passé... Désormais, il faudra aimer ce prochain à propos duquel Simone Weil déclarait avec une très grande clarté: "Pour aimer un étranger comme soi-même, cela présuppose de se considérer soi-même comme un étranger. Il faut la foi, la prière, la discipline - et Dieu viendra combler ce vide si pénible à endurer pour le moment.
Dernière modification par etienne lorant le mar. 07 déc. 2010, 10:58, modifié 1 fois.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
30 décembre 1967
"Si nous pouvions enregistrer ce que nous disons les uns aux autres, et qu'on nous fit entendre l'enregistrement un moment plus tard, des larmes nous couleraient sur les joues, des larmes de honte et de colère. Comment ! Moi qui me croyais si gentil, si patient, si courtois...
C'est sur cette "phrase du jour" que Julien Green conclut l'année 1967. Comment à ce moment-là prévoir les événements de '68'. Mais nous en sommes tous réduits au jour d'aujourd'hui. A chaque jour suffit sa peine. Je n'ai pas de tirade dans mon chapeau en cette fin novembre 2010 (peut-être demain, du fait de mon rendez-vous chez le dentiste? Ah, la molette du dentiste !) Je trouve seulement à dire que je ne suis pas un homme bon. Non, je ne suis pas fidèle non plus - en tout cas pas comme je le voudrais. Ai-je été attentif aujourd'hui ? Je dirais plutôt que je me suis repris de nombreuses fois. Je suis perturbé, c'est cela, oui. Perturbé, car je dois prendre patience, j'attends. J'ai cependant pris une résolution pour la semaine prochaine: j'ai les photos nécessaires pour renouveler mon passeport. Je me rendrai dans les bureaux ad hoc la semaine prochaine....Il faut toujours avoir un passeport en ordre, le monde est tellement stable !
"Si nous pouvions enregistrer ce que nous disons les uns aux autres, et qu'on nous fit entendre l'enregistrement un moment plus tard, des larmes nous couleraient sur les joues, des larmes de honte et de colère. Comment ! Moi qui me croyais si gentil, si patient, si courtois...
C'est sur cette "phrase du jour" que Julien Green conclut l'année 1967. Comment à ce moment-là prévoir les événements de '68'. Mais nous en sommes tous réduits au jour d'aujourd'hui. A chaque jour suffit sa peine. Je n'ai pas de tirade dans mon chapeau en cette fin novembre 2010 (peut-être demain, du fait de mon rendez-vous chez le dentiste? Ah, la molette du dentiste !) Je trouve seulement à dire que je ne suis pas un homme bon. Non, je ne suis pas fidèle non plus - en tout cas pas comme je le voudrais. Ai-je été attentif aujourd'hui ? Je dirais plutôt que je me suis repris de nombreuses fois. Je suis perturbé, c'est cela, oui. Perturbé, car je dois prendre patience, j'attends. J'ai cependant pris une résolution pour la semaine prochaine: j'ai les photos nécessaires pour renouveler mon passeport. Je me rendrai dans les bureaux ad hoc la semaine prochaine....Il faut toujours avoir un passeport en ordre, le monde est tellement stable !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
Qui était cet homme ? Où pourrais-je me renseigner ? Quelqu'un a-t-il une idée ?
Par deux fois, dans son Journal, fin 1967 et début 1968, Julien Green parle d'un homme âgé qu'il croise à la rue du Bac "aux Missions". Cela m'interpelle et j'aimerais en savoir plus. Sans doute existe-t-il un document archivé quelque part ?
Je vous cite ces deux passages du Journal:
- 23 septembre 1967
"Il y a aux Missions de la rue du Bac, dans un coin de l'église, un vieil orant vêtu d'un manteau de berger. Son beau visage blanc, ses yeux d'un bleu pâle qui ne s'arrêtent sur personne, fon de lui un personnage singulier. Onn medit qu'il est là depuis 1900, presque toute la journée, et cela depuis sa jeunesse, tout occupé de Dieu. Si j'osais, je lui demanderais de se souvenir de moi."
- 15 janvier 1968
"Celui que j'appelle le vieux berger et que nous voyons, Anne et moi, tous dans le même coin de la chapelle des Missions, près de la porte, enfoui dans son immense cape noire, levant vers le monde un admirable visage émacié, aux yeux d'azur, celui-là est sans doute un saint comme le Moyen Age en a produit. Nous voit-il ? J'en doute. Il a d'ordinaire son chapelet entre les doigts et ses lèvres remuent imperceptiblement. Le frère portier a dit à Anne que c'était un frère convers et qu'il se tenait là, dans la chapelle, près de la porte, depuis 1900. Quand il est malade, il disparaît dans une chambre qu'on lui a donnée. Il ne se plaint jamais, il prie. Sa chair est couleur d'ivoire, ses cheveux d'un blanc de neige, il a l'air d'être déjà de l'autre côté. Le regarder, c'est lire l'Evangile à la page des Béatitudes. Le seul mot qui me vienne à l'esprit en pensant à lui est celui de lumière."
Je ne sais par où commencer cette 'enquête'. Mais si cet homme a eu un logement à lui en cas de besoin et est demeuré dans cette chapelle aussi longtemps que le dit Julien Green, il doit forcément rester des traces de lui dans quelques documents. En réalité, je souhaiterais simplement connaître son prénom, afin de lui demander d'intercéder pour moi.
Par deux fois, dans son Journal, fin 1967 et début 1968, Julien Green parle d'un homme âgé qu'il croise à la rue du Bac "aux Missions". Cela m'interpelle et j'aimerais en savoir plus. Sans doute existe-t-il un document archivé quelque part ?
Je vous cite ces deux passages du Journal:
- 23 septembre 1967
"Il y a aux Missions de la rue du Bac, dans un coin de l'église, un vieil orant vêtu d'un manteau de berger. Son beau visage blanc, ses yeux d'un bleu pâle qui ne s'arrêtent sur personne, fon de lui un personnage singulier. Onn medit qu'il est là depuis 1900, presque toute la journée, et cela depuis sa jeunesse, tout occupé de Dieu. Si j'osais, je lui demanderais de se souvenir de moi."
- 15 janvier 1968
"Celui que j'appelle le vieux berger et que nous voyons, Anne et moi, tous dans le même coin de la chapelle des Missions, près de la porte, enfoui dans son immense cape noire, levant vers le monde un admirable visage émacié, aux yeux d'azur, celui-là est sans doute un saint comme le Moyen Age en a produit. Nous voit-il ? J'en doute. Il a d'ordinaire son chapelet entre les doigts et ses lèvres remuent imperceptiblement. Le frère portier a dit à Anne que c'était un frère convers et qu'il se tenait là, dans la chapelle, près de la porte, depuis 1900. Quand il est malade, il disparaît dans une chambre qu'on lui a donnée. Il ne se plaint jamais, il prie. Sa chair est couleur d'ivoire, ses cheveux d'un blanc de neige, il a l'air d'être déjà de l'autre côté. Le regarder, c'est lire l'Evangile à la page des Béatitudes. Le seul mot qui me vienne à l'esprit en pensant à lui est celui de lumière."
Je ne sais par où commencer cette 'enquête'. Mais si cet homme a eu un logement à lui en cas de besoin et est demeuré dans cette chapelle aussi longtemps que le dit Julien Green, il doit forcément rester des traces de lui dans quelques documents. En réalité, je souhaiterais simplement connaître son prénom, afin de lui demander d'intercéder pour moi.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Journal de Julien Green
Il me semble que je vais, selon les sujets abordés, éditer deux fois les mêmes extraits: une fois, sous ce répertoire de littérature, et une seconde selon le sujet que JG avait soulevé. Il parle parfois des nouvelles liturgies (à partir de l'année 68), et donc je recopierai le texte (avec l'ordi ça prend une seconde) pour le placer ailleurs sous une autre catégorie. Merci pour votre intérêt !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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